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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:22

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

L’ENVOLEE SAUVAGE t.01 et t.02 

    

(Laurent GALANDON et Arno MONIN)   

 

 Ed. Bamboo  - Collection Angle de vue, 2006 et 2007. 

 

 

envolesauvage1.jpg

envolesauvage2autourdespalombes.jpg

 

Dossier téléchargeable : L'envolée sauvage.pdf

  

  Les intrigues en résumé : 

 

  

  -    Tome 1 : La dame blanche : 1941. Simon habite à la campagne dans une famille qui l’a recueilli. Il est juif et sa présence devient insupportable au maire instituteur pro-allemand. Protégé par le curé du village, Simon est envoyé dans un séminaire dont il s’évade… 

 

 

 -      Tome 2 : Les autours des palombes : Simon, juif réfugié dans une ferme éloignée de la tourmente, est bientôt rattrapé par l'antisémitisme forcené. Il s'enfuit à nouveau et tombe sous la protection de Firmin, un résistant auquel Simon va donner un coup de main. Malheureusement, Simon est pris par la milice et déporté à Auschwitz avec la petite Ada. 

  

  

 

    Questionnaire pour les élèves : 

 

 

 

 La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

 

 

 

  NIVEAU 1 

 

 

-     Quels sont les titres de ces B.D. ? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

 

 

-     Les noms de l’éditeur ou de la collection apparaissent-ils ? 

 

 

-     Que représente l’illustration ? (la décrire) 

 

 

-     Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ? 

 

 

-     Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ? 

 

 

   

 NIVEAU 2 

 

 

-    Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire commune racontée dans ces albums. 

 

-     Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration de chacun de ces albums. Quels détails indiquent le dramatique sujet historique traité au sein de ces albums ? 

 

 

-     Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

 

 

 

 

  NIVEAU 3 

 

 

-      Essayer de décrire l’atmosphère de chacune des couvertures. Identifier notamment avec le visuel du second album, le lieu de l’action principale et l’époque à laquelle se déroule chaque récit. 

 

 

-     « L’ambiance » de ces couvertures vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

 

 

-     Un enfant solitaire, une étoile jaune, un « animal totem » (ou animal symbolique) : avec la documentation dont vous disposez, tentez de trouver des titres d’œuvres où l’on retrouve l’association de ces éléments. 

 

 

      

  Lecture et analyse de la couverture : 

 

   

  Comment parler de la Shoah à un public adolescent contemporain ? Voici la lourde et difficile question à laquelle on voulu répondre le scénariste Laurent Galandon et le dessinateur Arno Monin. Faire acte de mémoire, mais traiter le sujet avec délicatesse, poésie, et garder un espoir lié à l’enfance, sans détourner par ailleurs les horreurs de la réalité historique. On rappellera ici que l’Holocauste fit  plus de cinq millions de victimes. Pour la France, 75 721 Juifs, dont près de 11 000 enfants, seront déportés de 1942 à 1944, principalement vers le camp d’Auschwitz.

 

 

 A l’inverse de bien des œuvres, le double album de l’Envolée sauvage surprend en ce qu’il n’est finalement ni inspiré par un témoignage direct d’un survivant des camps de la mort, ni ancré dès sa couverture dans un patrimoine visuel strictement « historisant ».

 

 

 

 La couverture de l’Envolée sauvage t.1 : la dame blanche est symptomatique de ces choix. C’est d’abord un titre surprenant (le sous-titre n’apparait qu’en page de titre intérieure), intriguant, déroutant… Le jeune lecteur ne devrait pas pour autant en déduire un récit strictement animalier, puisque le personnage central est bien un humain. S’agit-il alors d’une atmosphère fantastique ? Le paysage automnal décharné, les rochers monolithiques, les nuages sombres et le vent violent, les couleurs froides et pluvieuses, et la présence d’un rapace blanc inciteraient à répondre par l’affirmative ; d’autant plus que le sous-titre de ce premier volume, la fameuse Dame blanche, fait s’entrecroiser bien des notions : la référence fantomatique, le surnom de la chouette effraie et l’association entre un héros adolescent et un animal-totem de couleur blanche contribueront sans doute pour nombre de jeunes lecteurs à pré-situer l’œuvre quelque part entre Harry Potter, Tintin et Sans-Famille. Ce qui sera dès lors intéressant pour l’enseignant tiendra en la constitution d’un lien entre les thématiques internes à ces récits et celles inhérentes au cycle de Galandon et Monin : une adolescence orpheline et en souffrance, un décorum ou contexte hostile, une itinérance et un récit d’apprentissage, l’établissement de liens d’amitiés indéfectibles avec l’Autre, compris comme inséparable compagnon de route.

 

  

 

 De cette couverture, encore, et passé le mystère déroutant de la première découverte, on appréciera justement les détails : la typographie manuscrite et torturée du titre, la correspondance entre la déchirure blanche (où viennent s’inscrire le titre et les noms des auteurs) et la chouette, le visage fermé du personnage, qui semble lui-même suivre un chemin incertain (sans passé, puisqu’on n’en distingue pas les origines, cachées derrière la colline, et sans avenir, puisque se perdant entre herbes et rochers de sinistres augures). Au croisement des lignes de force de ce visuel, notre œil sera in fine attiré par la minuscule étoile jaune fixée sur le vêtement, à la place du cœur du personnage. Dévoilement lourd de perspectives et de conséquences, puisque le jeune héros, encore anonyme pour le lecteur, n’en paraitra que plus menacé : isolé, perdu, en proie à l’hostilité des éléments et dont la seule présence est « résumée » autant par une clôture aliénante que par une chouette ayant bien du mal à tenter son « envolée sauvage » (celle-ci perdant visuellement des plumes face à la tempête annoncée).

 

  

 

 Le même schéma s’établit en correspondance, en couverture du second volume l’Autour des palombes. Tout d’abord une modification de la donne dramatique puisque le contexte devient référencé : on reconnaitra en arrière-plan la sinistre entrée du camp d’Auschwitz, lieu de mort et d’enfermement connoté à la fois par la présence de divers éléments hostiles (clôtures et fils de fer barbelés, nuages noirs ou fumées acres, cailloux) et par l’autour des palombes, puissant rapace (ici ramené à l’aigle symbole du pouvoir fasciste) cherchant à s’emparer des faibles proies que semblent constituer les enfants/adolescents. Ceux-ci, à l’inverse de la première couverture, s’affranchissent à la fois d’un contexte pesant, puisque représentés « en marche », en contreplongée, et dans l’état de franchir un seuil important, soit un quadruple enjeu du sort, du hasard, de la liberté et du destin, notions toutes contenues dans la symbolique du vert se déroulant sur leurs pieds. Cette envolée libertaire, riche de tous les espoirs, s’oppose toutefois encore et en partie aux idées d’exclusion (symbolique de l’étoile jaune) et d’entrave (système totalitaire, barbelés, etc.), représentées sur ce visuel dans une itinérance étymologiquement « sinistre » des caractères. « Sinistre », c’est-à-dire, « à gauche »,  « préjudiciable » pour reprendre le sens premier donné par le latin.

 

   

 On déduira enfin de ce même parcours droite-gauche l’idée d’un retour, d’un nouveau regard sur le chemin parcouru, qui donne sans doute aux deux couvertures de l’Envolée sauvage leur portée symbolique la plus universelle : sans passé, le présent n’a pas d’avenir. Là se définissent bien tout le cœur et l’âme du message du devoir de mémoire.

 

 

 

 entreauschwitz.bmp

 

 L'entrée principale du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau après la Libération, en 1945.

 

 

   

Interview de Laurent Galandon :  

 

  

 Comment vous est venue l'idée de parler de la Shoah ? Une idée entre fiction et réalité, ou inspirée de choses réelles ? 

 

 

 Non, pas de base réelle. Je ne suis pas de confession juive, je n’ai pas connu ou ne connaît pas (ou alors sans le savoir) de personnes directement « touchées » par la Shoah. Par contre, j’ai eu l’occasion de travailler avec des jeunes en grandes difficultés et j’ai été étonné (atterré même peut-être) par leur méconnaissance sur le sujet. Aussi ai-je eu envie de participer, modestement, d’une part à un devoir de mémoire et, d’autre part, à une démarche « pédagogique ». Mais, rien de tout cela n’était conscient à l’écriture de l’histoire. 

 

  

  L'idée du titre s'est-elle imposée immédiatement ? 

 

 

  Assez rapidement en tout cas. C’est « un peu idiot » mais j’ai besoin d’un titre lorsque j’écris une histoire, quitte à le modifier par la suite. Ce titre, « l’envolée sauvage » permet de mettre en évidence plusieurs aspects historiques (le développement de l’antisémitisme ; la violence et l’horreur de la déportation et de l’extermination…) ainsi que des éléments directement liés à l’histoire de notre héros (sa passion et sa relation aux oiseaux). Par ailleurs, le titre porte également d’évidentes métaphores (liberté/emprisonnement…). Enfin, et plus simplement, il « sonne » bien, non ? Un film, très bien, réalisé par Caroll Ballard, porte ce même titre. 

 

   

  Avez-vous effectué beaucoup de recherches graphiques concernant l’élaboration de cette couverture ? 

 

 

La couverture, c’est l’espace de liberté – totale - d’Arno ! Aussi n’avons-nous jamais d’idée arrêtée. Généralement, nous attendons qu’une première grosse partie de l’album soit avancée pour commencer à en parler. Alors nous échangeons, pas tant sur la forme, plus sur l’ambiance et les informations que nous souhaitons y faire passer, les éléments qui nous semblent importants et forts.  Arno proposera alors des premiers roughs, mais finalement ils ne seront pas très éloignés les uns des autres. Lors de cette phase, l’éditeur est très présent. Des échanges « à trois » se mettent en place pour arriver à une mouture définitive. Arno fait preuve d’une grande sensibilité (pendant tout l’album) mais, plus encore à l’égard de la couverture. Aussi sommes-nous arrivés assez vite aux couvertures telles qu’elles sont, les albums sortis. 

 

 

 

  Autre question, avez vous, lors de la parution du tome 2, évoqué l'idée d'une "relation graphique" évidente entre les couvertures des deux albums, outre, sans doute, l'évocation d'une itinérance ? 

 

 

    Oui. La "marque blanche" dans laquelle apparaît le titre. Pas tant pour la "signification" qu'elle pourrait porter mais davantage en terme de "marqueur" graphique.  Dans la première couverture, Simon est seul et statique, à ce stade il subit encore l'Histoire ; dans le tome 2, il est en mouvement et avec Ada, son histoire s'inscrit dans l'Histoire.

 

 

   Des références filmiques ou littéraires ? 

 

  

  Elles sont nombreuses. En matière cinématographique, outre les « grands classiques »,  je citerai La vie est belle dont (en toute modestie), je me sens assez proche. Le personnage de Roberto Benigni arrive à traverser les épreuves grâce à l’humour qu’il déploie pour laisser croire à son fils que leur déportation est un jeu ; Simon affronte des épreuves similaires grâce à son « amour » pour les oiseaux. En matière de livre, évidemment Si j’étais un homme de Primo Levi, mais j’évoquerai aussi volontiers C’est en hiver que jours rallongent  de Joseph Biallot (qui a également connu les camps). 

 

 

   

 Que pensez-vous des adaptations de "Paroles de..." et plus généralement des "mises en images" des témoignages des survivants de cette période ? 

 

 

   A part l’inégalé et l'inégalable chef d’œuvre Maus d’Art Spiegelman, je connais assez peu les adaptations de cette période en BD. Yossel de Joe Kubert est également un bel ouvrage (sur le ghetto de Varsovie) qui tient davantage du carnet de croquis que de la bande dessinée. Donc, si c’est bien fait, je crois que chaque pierre à l’édifice de l’indispensable devoir de mémoire est le bienvenu… Peut être plus encore en ce début de XXIème siècle. 

 

 

 

 

  envolesauvage2crayonn.jpg

 

 

Recherches graphiques pour la couverture du tome 2 (Copyright Arno Monin et Editions Bamboo).

 

 

   

Pistes supplémentaires : 

 

 

 

-    http://www.angle.fr/catalogue/l-envolee-sauvage-tome-1-grand-angle-15.html : site officiel de l’éditeur Bamboo. 

   

 

-     http://www.dailymotion.com/video/x3gjzk_interview-l-galandon-et-a-monin-par  : interview vidéo des auteurs. On y trouvera de nombreux détails sur la naissance de l’œuvre et le concept de « devoir de mémoire ». 

 

 

-     http://workinprogresslg.blogspot.com/ : blog exposant les différents projets de Laurent Galandon. On y retrouvera divers documents et critiques de l'Envolée sauvage (voir à la date du 23 Aout 2007).

 

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Shoah et http://fr.wikipedia.org/wiki/Auschwitz : articles consacrés à la Shoah et au camp d’Auschwitz sur l’encyclopédie Wikipédia

 

   

-     http://www.ushmm.org/wlc/fr/ : encyclopédie multimédia de la Shoah. 

 

 

-     http://www.actuabd.com/article.php3?id_article=2038 : la Shoah en bande dessinée, une bibliographie… 

 

 

-      www.abc-lefrance.com/fiches/VieestbelleBenigni.pdf : dossier ABC Le France consacré au film La vie est belle (R. Benigni - 1998). 

 

 

 

   

 Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

 

Images toutes Galandon/Monin et Ed. Bamboo©.

 

L’interview de Laurent Galandon est reproduite dans ce dossier avec l’aimable autorisation de l’auteur.  

 

 

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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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commentaires

medical claims processing 08/10/2014 14:27

The soaring sauvage story is really very interesting. The cartoon is depicted in the way this gives us the outline of the story. This is a bit wild story with the animals and the forest as the main characters.

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