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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:20

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

SORCIERES et PLEINE LUNE

 

 

   

Christophe CHABOUTE

 

 

Ed. Le Téméraire et Vents d'Ouest - 1998, 2000 et 2001.  

 

 

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Dossier téléchargeable :  Sorcièresetpleinelune.pdf

 

 

  • L'auteur, sous le signe du noir et du blanc :

 

 

 Christophe Chabouté est né en 1967 en Alsace. Le grand public découvrira seulement en 1998 celui qui n'était jusqu'ici qu'un graphiste free-lance : le succès immédiat de l'album Sorcières (Ed. le Téméraire), et l'Alph-Art Coup de Cœur venu récompenser au Festival d'Angoulême Quelques jours d'été (Ed. Paquet), imposent le style comme les thématiques fortes de l'auteur. Attiré très jeune par les domaines du dessin et de la narration, Chabouté cadre ses histoires dans un noir et blanc souvent intimiste et crépusculaire, où les personnages dérivent entre la solitude d'une morne réalité, un fantastique attirant et l'exutoire d'une folie meurtrière. Il obtient le Grand Prix RTL pour sa vision du destin d'Henri Désiré Landru en 2006 (Ed. Vents d'Ouest) parfaite mise en œuvre du rapport entretenu selon l'auteur entre l'Histoire, l'intimité poétique des personnages et leur mouvance entre raison et déraison, grandeur et décadence, fatalité et destin, dessinés dans un noir et blanc qui sait habilement éviter tout manichéisme.

 

 

  • Les intrigues en résumé :

 

- Certaines sorcières peuvent être machiavéliques, rancunières, manipulatrices, d'autres maladroites, voire touchantes. Aucune ne laisse indifférent. Êtes-vous sûr que votre voisine n'en est pas une ?

 

 

- Un fonctionnaire à la vie réglée voit en une nuit ses petites habitudes bien ancrées voler en éclats. De minable tortionnaire il devient violeur puis voleur. Et si tout cela n'était que l'effet de la pleine lune ?

 

 

  • Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

 

NIVEAU 1

 

- Quels sont les titres de ces B.D. ? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

 

- Quel est le nom de l'éditeur et de la collection ?

 

 

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

 

- Que représente l'illustration ? (la décrire)

 

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de l'illustration ?

 

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l'image ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l'histoire commune racontée dans ces albums.

 

- Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l'illustration de chacun de ces albums. A quel genre littéraire/cinématographique peut-on les associer ?

 

- Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère de chacune des couvertures. Identifier le lieu de l'action principale et l'époque à laquelle se déroule chaque récit.

 

- « L'ambiance » de ces couvertures vous parait-elle lourde ou légère? Expliciter vos choix.

 

- Une pleine lune, un chat (noir), un bois dans la nuit, un personnage solitaire: avec la documentation dont vous disposer, tenter de trouver des titres d'œuvres où l'on retrouve l'association de ces éléments.

 

 

  • Lecture et analyse de la couverture :

 

  Chez Chabouté, les titres sont une entrée en matière immédiate : c'est d'abord un univers cumulatif de deux genres, le Fantastique ou le Policier, souvent associés dans la notion de thriller psychologique ou surnaturel. C'est ensuite une référence à l'univers du conte et de la fable, dans la mesure où chaque récit est titré du nom d'un personnage, s'inscrit dans un lieu emblématique et se déroule sous des cieux propices.

 

 

  Sorcières et Pleine Lune traduisent leur appartenance à ce même corpus, autant par la grande similarité qui réunit ces deux visuels, que par les quelques détails qui peuvent les différencier. On se posera en outre la question de savoir en quoi les tonalités noires et blanches de la mise en images « à la manière » de Chabouté peuvent associer l'œuvre de celui au roman graphique, et plus généralement au monde de la Littérature romanesque (voir sur ce point l'album paru en 2006 Construire un feu, adaptation d'une célèbre nouvelle de Jack London).

 

 

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  Economie de moyens, longs silences et ambiances de rigueur ne suffiraient pas à définir le style narratif de l'auteur, dont les visuels en clairs-obscurs ici étudiés sont cependant de parfaits exemples. Symbole de cette économie, le décor se réduit à l'essentiel : ciel infernal et rougeoyant,  forêt (Noire) évocatrice des frissons de l'enfance et des cauchemars du monde adulte, quelque part entre Le Petit Chaperon Rouge, le Petit Poucet et un récit de Stephen King. Une forêt maléfique digne des longs métrages de Walt Disney (Blanche Neige et les 7 Nains (1937), La Belle au Bois Dormant (1957)), qui peut d'ailleurs se résumer à un seul arbre (cette fois on songera à l'arbre-refuge du Chevalier sans-tête de la Légende du Val Dormant de Washington Irving (1819), qui inspira le Sleepy Hollow de Tim Burton (1999)) et  qui symbolise dès ses origines tout un pan du Cinéma Fantastique. Corrompue par le mal, soumise ou alliée au vampire - on ne sait -, la forêt maléfique protège l'antre du Mal. Le passage vers la mort, le désespoir et la peur, symbolisé par un pont, se trouve justement au cœur de cette forêt ("Et quand il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre" est l'un des cartons les plus célèbres du cinéma muet, issu du film Nosferatu de  F.W. Murnau en 1921). La forêt incarne ce lieu de transition entre le monde rationnel, rassurant, peuplé d'humains ordinaires et celui, terrifiant, de l'occulte et du fantastique, habité par les monstres et autres créatures du diable. Avec Nosferatu, le ton est donné. D'emblée la forêt occupe un rôle-clef dans le Fantastique, et en particulier dans les récits d'épouvante. Chabouté en a fait son décor-type, de l'illustration pour l'intégrale de ses premiers récits, parue en 2006, jusqu'aux visuels de La bête ou Construire un feu.

 

 

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  De cette union surnaturelle entre la terre, le ciel et le vivant découle toutefois chez Chabouté non la monstruosité mais la peur et la folie : un chat noir et un humain en fuite sous la pleine lune en sont les signes annonciateurs, mais seul le lecteur les transformera sciemment ou inconsciemment en ce qu'ils ne sont pas encore graphiquement parlant (un chat sorcier(e) surnaturel ou un loup-garou). Cette « inconscience » tire sa force d'un décorum savamment mis en place : ciel tourmenté, arbre décharné, chat de sinistre présage (un chat noir est l'incarnation du Diable depuis le Moyen Age) digne de son homologue du Cheshire chez Lewis Caroll (Alice au Pays des Merveilles, 1865) et monde clos (de barbelés !) duquel on n'entrouvre qu'une porte timide. Chacun de ses éléments est enfin associé dans un jeu pictural proche du ténébrisme, où les contrastes entre ombres et lumières insinuent une violence psychologique sourde.

 

 

  Silhouette anonyme et apeurée, l'humain, bien que désireux de poursuivre un récit entamé sur le rythme de lecture traditionnel (gauche-droite), ne fait que subir un environnement-monde qui le dépasse : pour preuve, sur le visuel de Sorcières, la toile-piège qui lui est tendue dans la partie droite de l'illustration, entre chat à l'affut d'une innocente victime et barbelés mortifères (un détail modifié dans la version la plus récente de l'album) ; preuve encore, sur le visuel de Pleine Lune, entre une forêt opaque et  déjà prédatrice de l'ombre du coureur, et non sens instauré par la course comme par la dualité ombre-lumière de ce même coureur (pourquoi court il vers la nuit et non la lumière ? Pourquoi l'ombre projetée sur le sol ne correspond-elle pas à l'angle naturel de la lumière lunaire (qui par ailleurs semble totalement indépendante du décor-forêt de l'avant plan) ?). Une ombre maléfique sans doute, que l'on n'aura là aussi aucun mal à rapprocher de celles de Dracula (Bram Stocker, 1897) ou de Nosferatu dans le folklore et le cinéma expressionniste anglo-saxons. Entre promesse de l'ombre et la bête dans l'ombre, Chabouté semble donc avoir choisi, à travers un découpage justement très cinématographique de chacune de ses histoires.

 

 

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  Le silence trouble, le sentiment de solitude, le froid ou la nuit, le monde réduit à un univers clos sont également très récurrents chez Chabouté (voir l'ensemble des visuels de couvertures) : l'humanité en est en général exclue, au profit du regard engagé du lecteur-spectateur, qui prendra donc (à tort ou à raison) la place du héros traditionnel. A la lecture du visuel, on ne saurait justement dire où se situer, à l'inverse de quantités d'illustrations : avant, pendant ou après l'action principale ? La scène est là, mais sans figurants, éternel témoin muet d'un drame perpétuel : celui de l'affrontement avec la réalité et avec le temps, dont on connait l'ultime issue. Rien ne sert de courir...

 

 

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 Les albums de Chabouté sont en noir et blanc : intemporels, comme un étrange et cruel portrait du quotidien, et par là même une définition du Polar et du Fantastique. Plein soleil ou Pleine lune. Noir et blanc comme la vie et la mort qui hantent en vérité tous ses personnages de papier.

 

 

  • Pistes supplémentaires :

 

 

- http://colombine65.free.fr/chaboute : site non-officiel de l'auteur.

 

-  www.ventsdouest.com/christophe-chaboute-000000017484-091.htm : page dédiée sur le site des éditions Vents d'Ouest.

 

- http://www.bdselection.com/php/index.php?rub=page_dos&id_dossier=25: interview de l'auteur.

 

- http://www.bodoi.info/archives/2008-09-03/1788/1788 : interview réalisée par le magazine Bodoï (dossier téléchargeable au format PDF).

 

- http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-dossiers&id_article=508: page consacrée à l'album Tout seul sur le site de France 5.

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes Ch. Chabouté, Ed. Le Téméraire, Glénat et Vents d'Ouest©.

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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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