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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 11:36

 

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Un monde si tranquille t.01 :

la gloire d’Albert

 

Etienne Davodeau

Ed. Delcourt, 1999.

 

 

 

Dossier téléchargeable : http://dl.free.fr/jUUqRAI7S

 



 L’intrigue en résumé :

 

(Résumé éditeur)

 

 Albert est un brave type.

 

 Mais quand la radio annonce la mort de Philippot sur la route (le fameux cocktail alcool, fatigue et vitesse), il pète un peu les plombs. Il faut dire que Philippot n'était pas n'importe qui. Il avait fondé le parti "Traditions et Convictions" avec son ami de toujours, Bertrand Delorme, qui dirige le célèbre spectacle son et lumière "Nos valeurs, notre terroir". Ces deux-là avaient le vent en poupe.

 

  Leur spectacle fêtait ce soir-là son millionième spectateur et les élections législatives toutes proches se présentaient bien : le siège de député semblait à la portée de Delorme. La mort de Philippot est un sale coup.

 Mais ce n'est pas un accident. Albert le sait. Albert était là. Deux sales petits gauchistes ont tendu un piège à son chef bien-aimé. Albert est un brave type. Mais il est décidé : le temps est venu de mettre en pratique les belles théories de Philippot sur l'autodéfense.

 

Albert va agir. Ça faisait des années que sa vieille carabine de chasse ne servait plus…

 

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

 La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-  Quel est le titre de cet album ?

Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-  Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ?

 Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

  Repérez le nom de la collection : quelles indications nous donnent cette appellation sur le

genre du récit ?

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en

quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-   Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent

indiquer un récit du genre «policier» ?

 

-   Cherchez la définition des termes polar, extrême-droite, gauchisme et autodéfense.

 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

 En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-   Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait

elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-   Faites des recherches sur le thème de la montée des extrêmes, en France ou dans le

monde.

 

-  Tentez de trouver des œuvres (romans, pièces de théâtre, bandes dessinées, films, etc.) en

rapport avec l’arrière-plan sociopolitique de cet album.

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 Comme toujours avec Etienne Davodeau, l’histoire narrée, offerte comme un miroir fragile, touchant et mélancolique de notre société, est à la fois simple et complexe. Le personnage central, antihéros malmené et balloté par les événements, est l’archétype du militant traditionnaliste, aveuglé par son modèle néo-fasciste et inconscient des visées politiques personnelles menées dans un monde qui le dépasse socialement et intellectuellement. Un univers sans concession, entre survie et égocentrisme, soit le microcosme humain… observé sous le microscope de la satire sociale.

 

La Gloire d’Albert et Anticyclone sont les deux premiers polars d’une trilogie (intitulé Un monde si tranquille) qui s’achève en 2002 avec la publication de Ceux qui t’aiment, chronique sarcastique sur les rapports entre supporters et footballeurs milliardaires.

 

La couverture de l’album délivre ce même ensemble de simplicité apparente et de thématiques plus complexes. Comme l’explique Etienne Davodeau, les différentes recherches graphiques menées pour exprimer cette dualité illustrent une synthèse permanente : celle de l’ombre et de la lumière, de l’avant scène et des coulisses, de l’obscur et de la gloire éphémère.

 

« C’est un album avec une dimension parodique tout d’abord, à savoir que l’histoire se déroule dans un cadre qui est celui d’un son et lumière, en milieu rural, fait par un homme politique qui rencontre un succès inespéré, national, voire international : ça, c’est la dimension parodique. Et puis, l’autre aspect de cette dimension parodique, c’est l’envie d’un type assez obscur, un sans grade de passer à la lumière, de faire un truc notable, et d’être un héros, d’avoir quelques jours de gloire, d’où le titre, la Gloire d’Albert... et ceci au prix d’errements qu’il va amèrement regretter.


Donc, c’est une sorte de polar (en tout cas celui-là, je l’ai vraiment écrit comme un polar !) simplement, la définition de polar est sujette à caution et à débat... Pour ma part je m’en tiens plutôt à celle qu’a défini un de mes auteurs de chevets, à savoir Jean-Patrick Manchette, qui est à mon sens un des meilleurs auteurs de polar français (enfin, qui était puisqu’il est mort !), qui est un roman de critique sociale... Pour moi le polar est d’abord un roman de critique sociale, c’est un peu l’idée qui a généré ce bouquin... mais c’est avant  tout dans mon esprit une parodie ! »


(Extrait de l’interview de L. Renet et Fr. Grégoire ; cf. liens proposés).

 

Roughs et recherches pour le visuel de couverture :






























 
Le lecteur déduira notamment du titre de la collection (Sang Froid) l’idée de récit policier, sinon de polar : les couleurs (noir, blanc et bleu) et l’arme du personnage devraient également aider à cette interprétation. Mis en lumière, dévoilé et aveuglé par une lumière blafarde, Albert, qui est dessiné avec tous les stéréotypes du Beauf croqué par Cabu  (soit la caricature ironique du
Français braillard, brave type au racisme ordinaire et bardé de convictions), est aussi inexistant que le décor qu’il remplace de fait. Il est sur scène mais c’est un acteur interchangeable, glissé de lui-même dans le costume du chasseur auto satisfait de ses actes « assassins ». On pourra déduire de la présence des projecteurs une surmédiatisation du phénomène, et donc de l’extrémisme politique : durant tout l’album, les références directes au Front National, à Jean-Marie Le Pen, au spectacle son et lumière du Puy du Fou (Vendée) et à Philippe de Villiers seront très nettes, l’auteur lui-même les revendiquant largement, sans sombrer pour autant dans l’attaque politique directe puisque les militants d’extrême gauche sont également parodiés et ridiculisés.

 



  Entre sympathie et répulsion, compréhension et rejet, ombre et  lumière, le personnage d’Albert introduit dès la couverture deux idées essentielles et sous-jacente du jeu politique : celle de la défense du territoire nationale (doctrine que la lecture de l’album fera circuler entre les notions de patriotisme, nationalisme et chauvinisme) et celle de la justice par l’autodéfense (affiliée cette fois ci aux tonalités racistes, réactionnaires et fascistes prônées par certaines milices ou organisations). Ces deux idées engagent une double évocation du pouvoir et de la justice, notions clés du territoire républicain et souverain : si Albert s’autoproclame comme autojusticiable, doit-on en déduire qu’il le fait à sa seule gloire, ou qu’il suit au contraire la volonté d’une entité supérieure ? Dans les deux cas, on supposera le dépassement du cadre légal et social, permettant en cela les actes les plus cruels au nom d’un fondamentaliste dogmatique, qu’il soit personnel, religieux ou politique.

 

  
  Albert est sur scène, mais aussi mis en scène, dans une mécanique insidieuse qui impulse les notions d’ascension et de chute, pour les deux revers d’une médaille aux accents emprunts de corruption, de compromissions, de lâchetés, sinon de crimes. Est-il finalement logique que le chasseur soit dans la lumière « pure » (voir le premier titre voulu par l’auteur pour son œuvre) alors qu’il est supposé attendre sa proie dans l’ombre ? Certainement pas : en pleine gloire, mais comment et pourquoi ? Voilà une dénonciation subtile de la politique du chiffre et du résultat, au mépris des actes et des idées…

 

 

 

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-      http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/un_monde_si_tranquille_1_la_gloire_d_albert : page consacrée à l’album sur le site des Editions Delcourt.

 

-     http://www.etiennedavodeau.com : site personnel de l’auteur.

 

-     http://www.bruitdebulles.com/spip.php?article109&artsuite=0 : interview de l’auteur (2005) sur le site Bruitdebulles.

 

-    http://houbahop.chez-alice.fr/interviews/Davodeau1/liendav1.html : Interview réalisée par Laurent Renet et Frédéric Grégoire, dans le cadre de l'émission Culture Bulles du 12 octobre 1999 pour la sortie de l'album La Gloire d’Albert.

 

-     http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=1003 : interview vidéo de l’auteur sur le site France 5 BD.

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Beauf : article consacré par l’encyclopédie Wikipédia au stéréotype du « beauf »

 

 

 

 

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Étienne Davodeau et Guy Delcourt Productions.
La Gloire d'Albert -
 1999.


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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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