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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 16:55

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Quand souffle le vent

 

Laurent Galandon & Cyril Bonin

 

Ed. Dargaud, 2009.

 

 

  Couverture-finale.jpg

 
Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/vyptAb19K

·    
L’intrigue en résumé :

 

 Le Nord de la France au début du XXème siècle. La révolte est latente chez les « gueules noires » : craignant pour leur sécurité, les mineurs refusent de redescendre au puits. Lorsqu’une caravane tzigane fait halte près de leur village, les rancœurs s’accumulent : l’exploitant menace de les embaucher à la place des mineurs récalcitrants, tandis que le jeune Antoine croise le regard envoutant de la mystérieuse Kheshalya. Leur amour et leur liberté dérangent, alors que ressurgissent les ombres fantastiques du Passé, entre vérité et mensonge.

 

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

 La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-      Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-     Quel semble être le sujet principal de cet album ?

 

-      Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-      Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale. A quel genre littéraire associez-vous cette couverture ?

 

-      Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-      Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album?

 

NIVEAU 2

 

-     Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-      Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

 

-      Cherchez la définition des termes suivants : tsigane/rom/gitan, bohémien, gueule(s) noire(s), puits et galerie de mine, grisou. Retracez une rapide chronologie de l’exploitation minière en France.

 

-      Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-    Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-    Tentez de trouver les principales œuvres associées à l’univers minier (romans, films, etc.) : décrivez en les thématiques récurrentes (exemples : lutte des classes, révolte ouvrière et syndicalisme, misère, conditions des enfants, etc.).

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 L’évocation de l’univers minier en littérature revient la plupart du temps à se situer en parallèle de l’incontournable classique d’Emile Zola : Germinal, roman paru à l’origine dans le magazine Gil Blas à partir de Novembre 1884. L’album Quand souffle le vent conditionne le lecteur à cette référence : c’est bien du vent de la révolte sociale et humaine dont il s‘agit, à l’aube d’une ère nouvelle (le XXème siècle) qui sera aussi celle des grandes destructions (les deux guerres mondiales).

 La Révolution annoncée dans ce « printemps » de germination résonne faussement dès le titre à la fois comme un long orage asséchant les cultures, et graphiquement comme un automne/hiver menaçant : le brouillard environnant vient noyer, tels des fantômes, un arbre dépouillé de ces feuilles et un puits de mine semblant abandonné. Le vent, encore, est présent au premier plan de cette couverture tout d’abord dans une herbe verte, dont la symbolique suppose autant la régénération de Mère Nature que l’idée de Mort, de putréfaction et de maladie.

 

 Cette ambivalence se retrouve dans la principale silhouette féminine, jeune femme fragile à la robe emmenée par le souffle du vent : la fière liberté de la gitane (Kheshalya) amène comme un espoir de justice et d’espérance, mais oppose fondamentalement deux conditions. C’est L’Homme (absent) et la Femme, l’Intérieur (de la Terre) et l’Extérieur, le Voyage et la Sédentarité ; c’est également, et de manière encore obscure, deux forces opposées : la nature sauvage (l’arbre séculaire, le vent) et la nature contrainte (la terre exploitée, le bois transformé en planches et étais). La force de l’Histoire repose à vrai dire sur cette opposition entre Passé et Présent : l’arbre et le bois contiennent la Vérité, mais le bois « vital » tend à manquer (l’étai est négligé dans la mine), menaçant donc la vie des mineurs…

 

Le vent, c’est enfin la réaffirmation de la nécessité de ce souffle vital : une nature souveraine et renaissante, la travail issu des mains des mineurs, l’Homme et la génération future portée en son sein par la Femme. Ce surgissement est annoncé en filigrane par les obliques et les verticales du dessin de couverture, conjointement à l’idée de l‘emprise de la féminité sur la rudesse masculine inhérente au pays minier. La mine (et l’industrie), la nature, la gitane : trois forces en présence venues pour faire avancer la roue de l’Histoire…

 

Revenant sur la genèse de l’album et de cette couverture, Cyril Bonin explique :

 

De manière générale, je considère qu’une couverture ne doit pas être narrative. Il ne s’agit pas de résumer l’histoire ou d’en illustrer un épisode car cela aboutit souvent à une image chargée et compliquée. Ce qui me semble essentiel, c’est l’impact visuel d’une couverture, qui doit néanmoins être cohérente avec son contenu. Ici, au départ, Laurent Galandon (scénariste), Christel Hoolans (éditrice) et moi-même avons défini une ligne directrice. Nous voulions quelque chose de sobre, qui puisse évoquer une œuvre littéraire, et qui capte l’œil. Ce qui était important du point de vue du contenu, c’était de montrer l’opposition des deux univers en présence dans l’histoire : celui des mineurs et celui des tsiganes. Par ailleurs, notre album, qui devait s’appeler « Tsigane » à l’origine, fut rebaptisé « Kheshalya ». En effet, le personnage de Kheshalya est la clé qui relie les deux univers, le passé et le présent… C’est donc sur cette base que j’ai entrepris mes recherches.

  Concernant la couverture définitive de "Quand souffle le vent" : pour ce qui est de l'attitude de Kheshalya, la jeune femme fait dos au vent et se protège en retenant son châle autour d'elle afin de montrer sa fragilité et d'évoquer sa lutte contre l'hostilité de l'environnement et la rudesse des évènements. Néanmoins, elle est présentée dans une légère contre plongée (vue de dessous) afin de la magnifier et de montrer sa fierté que vient encore souligner son regard. Une attitude toute en nuances… 

 

Cyril Bonin commente ici pour nous ses travaux de recherches de couvertures :

  couv-01.jpg

Couv-01 : Kheshalya en très gros plan. Les gros plans ont l’intérêt de capter l’attention du lecteur. Rien n’attire d’avantage le regard qu’un autre regard. Ici, je joue le jeu du gros plan tout en laissant à Kheshalya une part de mystère. Elle est dans la roulotte et regarde vers l’extérieur vers quelque chose qu’on ne voit pas.



  couv-02.jpg


Couv-02 : même principe de gros plan, mais inscrit dans un cartouche qui sépare des éléments graphiques représentant les deux univers (mineurs-puits /tsiganes-cimetière et arbre).
 

  couv-03.jpg

Couv 3 : Vue en pied sur Kheshalya mais elle garde son mystère puisqu’elle nous tourne le dos. Une manière d’inviter le lecteur à ouvrir l’album pour en savoir plus. Ici encore, elle sert de séparation aux deux univers représentés de part et d’autre de l’image.



couv-04.jpg

Couv-04 : Une autre proposition, histoire d’élargir le champ des possibilités. Ici, c’est une pure proposition graphique avec une Kheshalya alanguie, au trait, en NB, et qui sert presque de motif décoratif à la typo du titre.



couv-05.jpg

Couv-05 : Une proposition de couverture beaucoup plus littérale, plus prosaïque. Khesalya posant devant sa roulotte… Pas de concept, mais parfois une jolie image peut suffire.




Cette fois encore, nous avons changé de titre. « Kheshalya » étant un peu trop compliqué à mémoriser et à orthographier, cela risquait de nuire à l’album. Après plusieurs semaines de brainstorming à trois, Laurent eut l’idée de « Quand souffle le vent… ». Ce titre présente l’avantage d’être générique. Il ne privilégie pas un aspect de l’histoire plus que l’autre. Et puis c’est une approche symbolique : Le vent évoque le voyage des tsigane, mais également les événements qui se précipitent et risquent de tout emporter.



couv-06.jpg
 

Couv-06 : Je repris donc mes recherches à partir de cette nouvelle base. L’image devant évoquer le vent contenu dans le titre, je me contentais, dans un premier temps, de faire voler la robe de Kheshalya.



couv-07.jpg

Couv-07 : Je décide d’illustrer l’idée que le vent ne fait pas que soulever les jupes, il emporte les personnages et précipite les évènements. Du coup, des vignettes s’envolent.



couv-08.jpg

Couv-08 : retour à l’idée de départ : Kheshalya est le personnage central qui sépare et relie les deux univers. (l’arbre-nature-tsiganes/puits-mineurs) A cela, vient s’ajouter le vent.

 


couv-09.jpg

couv-10.jpg


Couv-09 et 10 :
Agrandissement de l’image précédente. Cela permet d’obtenir un gros plan sur notre héroïne afin d’accrocher le regard des lecteurs. Par ailleurs, avec l’agrandissement, le trait grossi est du plus bel effet graphique. Mais ici, on perd pratiquement l’impression de vent et les deux univers disparaissent.



couv-11.jpg


Couv-11 :
Retour à la couv 08, mais cette fois finalisée. L’arbre et le puits sont fondus dans le brouillard pour ne pas trop attirer l’attention et être comme des éléments graphiques presque décoratifs. L’arbre entoure Khesalya et forme avec elle et le puits,  une ligne diagonale qui descend, qui donne une impression négative inconsciente, comme une pente fatale.

couv-12.jpg

Couv-12 : Une couverture ne serait rien sans son titre. Le choix de la typo ne se fit pas sans mal. Je vous épargne les multiples recherches (que je n’ai plus, de toute façon). Nous avons opté pour celle-ci, qui a été créée pour l’occasion, à la main, par le graphiste Philippe Ravon. Elle n’est pas sans rappeler certaines affiches de films des années 50, ce qui donne un côté rétro à l’ensemble. Elle est oblique et cette dynamique évoque le vent. Le côté manuscrit est cohérent avec cette histoire d’hommes qui travaillent de leurs mains.





 Une interview complémentaire de Laurent Galandon :

 

 

 Dans Quand souffle le vent, deux univers (marqués par le voyage et la sédentarité) se croisent : ce "vent" annoncé, est-ce leur révolte commune (qui résonne presque comme une Envolée sauvage...) face à la bourgeoisie en place ?

 

 L’idée est intéressante ! Cependant nous ne l’avions pas vu ainsi au départ. D’autant qu’il n’y a pas de révolte chez « nos » tsiganes mais plutôt de la résignation face à l’ostracisme dont ils sont victimes, dans notre histoire, et hélas, encore aujourd’hui. Le vent fait ici référence, d’une part, aux gens du voyage, « les fils du vent » et, d’autre part, au climat venteux et pluvieux de la région où se déroule notre récit. Enfin, il renvoie également au grisou (gaz, qui mélangé avec l’air, explose au contact d’une flamme), qui, outre sa réalité dans la mine, est une métaphore de la tempête (tempête des émotions plus que climatique au demeurant). Autant d’éléments transversaux à « Quand souffle vent ».  

 

 

 Le titre a été modifié et n'a plus rien à voir : pourquoi ce changement ?

 

Le titre original était simplement « Tsiganes ». Une intéressante bande dessinée, signée Kkrist Mirror (sur la déportation des Tsiganes pendant la seconde Guerre Mondiale) est sortie quelques mois auparavant avec ce titre. Finalement, c’était plutôt une bonne chose : pour notre histoire « Tsiganes » était probablement un titre un peu réducteur. Avec Cyril et Christel (directrice éditoriale/Dargaud) nous en avons alors cherché un nouveau et nous sommes arrêtés sur « Kheshalya ». Mais il s’est avéré que ce titre était difficile à mémoriser, à orthographier et à prononcer. Et, comme pour le titre original, il ne faisait référence qu’à un seul des deux univers. Aussi, avons-nous repris nos « brainstorming » (par mails) pour arriver à « Quand souffle le vent » qui, pour les raisons évoquées dans la réponse précédente, nous semble pertinent : il renvoie autant aux Tsiganes qu’aux mineurs… Et il « sonne » bien, non ?

 

 La couverture : comment avez-vous procédé pour arriver à une vision commune de cet album ?

 

Le titre, j’entends ici le(s) mot(s) qui le compose(nt), sont abordés par Cyril comme un élément graphique à part entière de la couverture. D’où des recherches très variées liées à son changement. Les premières recherches ont commencé alors que nous pensions appeler notre album Kheshalya. Il s’agissait également d’y faire apparaître les deux univers forts de l’histoire, les Tsiganes et les Mineurs. Kheshalya, la jeune gitane est un personnage important sur laquelle repose une part importante de l’intrigue. Aussi s’est-elle naturellement imposée. Elle est présente sur toutes les recherches. La dimension « gens du voyage » était donc là. Pour compléter mon explication, je dois rappeler ici que l’histoire était avant tout pour moi celle des Tsiganes, même si la présence des mineurs est évidemment forte. La tour d’un puits – référence archétypale du monde de la mine -  permettait donc d’y faire référence tout en laissant la « priorité » aux « fils du vent ». C’est donc par étapes, alimentées d’échanges tripartites, que nous sommes arrivés à la version définitive. Elle répond parfaitement à nos intentions.

 

 

 Le Fantastique et l'Histoire: deux genres souvent présents dans vos scénarii ; d'où vient cette double fascination ?

 

  Rien de systématique néanmoins et pas de fascination. Pour ces deux histoires, j’ai en effet glissé des composantes qui oscillent entre le fantastique et l’onirique. Mes deux prochains livres « l’Enfant Maudit » et « Tahya El-Djazaïr » n’en présenteront pas. Le « Fantastique » m’intéresse s’il sert le récit et qu’il participe de l’intrigue. Par contre, je m’appuie en effet souvent l’Histoire. Ce sont souvent des moments, des événements ou des « anecdotes » méconnues qui vont être le déclencheur d’une idée nouvelle qui pourra (ou non) devenir un scénario. Et je prends énormément de plaisir à me plonger alors dans les recherches de documentation.

Cependant « Quand souffle le vent » reste mon histoire la plus romanesque, sans référence historique datée.

 

 Un livre, un film, une BD : outre Germinal, y a-t'il des parallèles ou des références incontournables à "avoir" selon vous, en rapport avec cet album ?

 

 Il doit y en avoir de nombreuses ! Pour ma part, je fais volontiers référence aux films d’Emir Kusturica et de Tony Gatliff qui - s’ils ne se déroulent aucunement à l’époque ou dans l’univers de Quand souffle le vent  - sont riches d’ambiances et d’atmosphères atemporelles.

 

 

 Sans dévoiler la fin, vous rompez avec la tradition éternelle du Happy End : pour un one-shot, un choix facile pour un scénariste... ou un éditeur ?

 

 Je ne pose pas la question de l’éditeur lorsque j’écris : je lui soumets une histoire terminée. Pour le scénariste, il en est un peu autrement. Quand on passe plusieurs semaines à l’élaboration d’une histoire, on s’attache aux personnages (aux « bons » comme aux « mauvais » d’ailleurs). Alors, les faire souffrir ou disparaître est parfois douloureux. A la rédaction d’une telle situation, si je n’éprouve pas d’émotion, c’est qu’elle n’est pas réussie. Cet échec peut-être du à la mise en scène de la séquence ou alors parce que la dite séquence n’a pas une place cohérente dans l’ensemble de la narration. Alors, il faut reprendre…

 

 

Pistes supplémentaires :

 

 

-      http://www.dargaud.fr/front/albums/album.aspx?id=4209 et http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2885 : page consacrée à l’album et interview des deux auteurs sur le site des Editions Dargaud.

 

-      http://cyrilbonin.blogspot.com/ : le blog de Cyril Bonin.

 

-      http://www.gfweb.org/fog/Parutions/QSLV/QSLV.htm : partie consacrée à l’album Quand souffle le vent, sur le site de Cyril Bonin.

 

-      http://workinprogresslg.blogspot.com/ : le blog de Laurent Galandon.

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Germinal_(roman) : le roman Germinal, d’Emile Zola.

 

-      http://www.geopedia.fr/mines-techniques.htm : l’univers de la mine et des mineurs. Voir aussi le site suivant : http://pagesperso-orange.fr/mineralogica/la_mine_et_les_mineurs.htm (la mine et les mineurs à travers la carte postale ancienne).

 

-      http://fr.wikipedia.org/wiki/Roms, http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/tsiganes.htm et http://www.a-part-entiere.org/ : à la découverte de la culture rom et tsigane.

 



  Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Dargaud, Laurent Galandon et Cyril Bonin, 2009.

L’interview et les commentaires des auteurs sont ici reproduits avec leur aimable autorisation.

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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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