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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 10:23

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Tramp t.9 :

Le Trésor du Tonkin

 

Jean-Charles Kraehn et Patrick Jusseaume,

Ed. Dargaud, 2009.

 

couv-def.jpg

 Dossier en ligne et téléchargeable :

 
Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/000113087c9b295ce526e


·         L’intrigue en résumé :

 

 Cochinchine, années 1950. Après avoir retrouvé la tombe de son père, le capitaine de marine Yann Calec découvre que celui-ci à décidément laissé derrière lui un passé agité. Militaire aventurier plutôt en marge des autorités, il a été impliqué dans une sombre histoire d’or détourné. Calec, déterminé à éclaircir l’affaire, découvre alors l’ancienne maitresse (une congaï) de son père… ainsi que son demi-frère ! Mais le trésor attise bien des convoitises,  en particulier celle des Durand, deux frères de la Sûreté militaire, authentiques « ripoux » prêts à tout pour le retrouver….

 

 

·         Questionnaire pour les élèves :

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-       Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de cet album ? Que suggère l’accroche de la série, située en bas de la couverture ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-       Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-       Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : Indochine et Guerre d’Indochine, Tonkin, Viêt Minh, concubine, caoutchouc et latex.

 

-       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-       Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-       Tentez de trouver des œuvres (romans, bandes dessinées, films) se déroulant en Indochine ou pendant la Guerre indochinoise. Retracez également en quelques lignes la biographie de Marguerite Duras en évoquant son enfance coloniale.

 

 

 

·         Les auteurs de Tramp :

 

 Patrick Jusseaume, né en octobre 1951 à Abidjan (Côte-d’Ivoire) et diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Rouen, s’oriente tout d’abord vers l’Éducation nationale où il enseigne le dessin pendant plusieurs années. Il effectue ses véritables débuts en 1985, dans les pages du magazine Vécu édité par Glénat. Alors que le dessinateur-scénariste breton Jean-Charles Kraehn (Bout d'homme (Glénat) et Le Ruistre (Glénat) ; auteur de Gil St André (Glénat) et de Myrkos (Dargaud)) lui propose de reprendre le dessin de la série médiévale Les Aigles Décapitées (initialement créée avec Patrice Pellerin chez Glénat), Patrick Jusseaume opte ppur unchoix plus personnel : Kraehn lui écrit ainsi le premier tome d'un nouveau polar maritime…

 

 C’est en 1991 que débute la saga maritime Tramp. Réclamant une importante documentation, le premier album (intitulé Le Piège) ne paraîtra que deux ans plus tard. En 2001, après avoir dessiné les quatre tomes du premier cycle de Tramp, Patrick Jusseaume entame La Route de Pointe-Noire, premier volet d’un diptyque « africain » qui sera suivi par La Piste de Kibangou. En 2003, le dessinateur part au Vietnam avec J.C. Kraehn et le scénariste Serge Le Tendre en vue de dessiner Mission Vietnam, un carnet de voyage réalisé pour une association humanitaire et publié par Glénat. En 2005, avec Escale dans le passé, Patrick Jusseaume se lance dans le dessin du troisième cycle des aventures maritimes et exotiques de Yann Calec. Ce cycle « asiatique » s’achève en 2009 avec Le Trésor du Tonkin.

 

 

planche-5-mise-couleurs.jpg

Encrage et couleurs de la planche 5 du tome 9 par P. Jusseaume (Dargaud, 2009).

 

·         L’Indochine française et la guerre :

 

 Le Tonkin désigne la partie la plus septentrionale du Viêt Nam, aux frontières de la Chine (au nord), du Laos (à l’ouest) et du Golfe du Tonkin (à l’est). Depuis sa victoire décisive sur la Chine en 1885, la France contrôle un vaste territoire rassemblant l’Annam (centre du Viêt Nam), le Tonkin (ayant pour « capitale » la ville d’Hanoï), la Cochinchine (delta du fleuve Mékong, au sud du pays), le Laos et le Cambodge : cet ensemble est nommé Indochine française. La population coloniale française n’y dépassera guère les 34 000 individus, pour plus de 18 millions d’habitants dans les années 1950. Les richesses et minerais exploitables (zinc, charbon, étain) y sont multiples : impôts et taxes diverses enrichissent directement l’administration de la métropole, qui contrôle également les monopoles du sel, de l’alcool de riz et de l’opium. La production du caoutchouc (plantation et culture de l’hévea) est favorisée par l’essor de la production automobile européenne : les exportations de caoutchouc représenteront en 1940 le quart des exportations de la péninsule. Par la suite, le recours aux produits régénérés ou synthétiques, puis la guerre, entraveront cette industrie.

 

 De 1941 à 1945, la France de Vichy collabore un temps avec l’occupant japonais en Indochine : en mars 1945, toutefois, le Japon attaquera par surprise les bases françaises. Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Chine et Angleterre se partagent les anciennes possessions françaises. En 1946, sous l’impulsion du général De Gaulle, la France restaure son autorité : le Laos et le Cambodge parviennent à faire reconnaître leur souveraineté en douceur. Il n'en va pas de même au Viêt Nam, enjeu stratégique et économique d'une tout autre importance où le Viêt Minh et d'autres groupes indépendantistes cherchent par ailleurs à établir leur autorité sur le pays.

 

 Le Viêt Minh (Ligue pour l’indépendance du Viêt Nam) est une organisation politique et paramilitaire vietnamienne créée en 1941 par le Parti Communiste indochinois : ce mouvement est dirigé conjointement par Hô Chi Minh (chef politique) et le général Võ Nguyên Giáp. Il reçoit aussi un soutien moral considérable des mouvements communistes et anticolonialistes du monde entier, y compris de France, où le Parti communiste français (plus de 20% de l'électorat à l'époque) fait campagne contre la « sale guerre ». Les actes de guérilla effectués par les combattants, favorisés par les reliefs montagneux et la forêt tropicale, sapent le moral des troupes françaises qui se dispersent dans la traque d’un ennemi insaisissable, très bien renseigné par les populations locales. De 1946 à 1954, les troupes françaises, de fait, échoueront à protéger - outre leurs propres bases - à la fois les axes de communication, les installations économiques (notamment les plantations d’hévéas) et la population des campagnes.

 

 En mai 1954, c’est au nord du pays que se jouent les dernières heures de l’Indochine française. Le 20 novembre 1953, les parachutistes français s’emparent de la base de  Diên Biên Phu (défendue par un faible contingent Viêt Minh) afin de l’utiliser comme point de fixation en vue d’une bataille rangée conte l’ennemi. Mais le Viet Minh déjoue la surveillance aérienne française en faisant passer hommes et matériels par des pistes invisibles sous les arbres, sur des véhicules bricolés avec des carcasses de vélos. Le creusement d'abris souterrains lui permet d'échapper aux bombardements aériens. Les premières vagues d'assaut (50 000 hommes du général Nguyen Vo Giap contre 11 000 soldats français) mettent l'ensemble du camp à la portée de la puissante artillerie (d'origine chinoise) amenée à pied d'œuvre par le Viet Minh. La piste d'atterrissage devenue inutilisable, la garnison française n'est plus ravitaillée que par des parachutages dramatiquement insuffisants. Le 7 mai 1954, après deux mois de résistance acharnée, la base de Diên Biên Phu tombe…

 

Le Président du conseil, Pierre Mendès France, entérine le retrait français en signant finalement les Accords de Genève le 21 juillet 1954. Le Viêt Nam est scindé en deux parties à partir du 17e parallèle : au nord, la République démocratique du Viêt Nam (communiste) et au sud un Viêt Nam pro-occidental. Par la suite, l’indépendance du Viêt Nam (divisé en deux parties), du Laos et du Cambodge sera reconnue. Le pays se réunifiera en 1976 en une République socialiste du Viêt Nam, ayant Hanoï pour capitale.

 

 

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couve-02.jpg

Dessins de recherche conceptuelle pour la couverture du tome 9.


 

·         Lecture et analyse de la couverture :

 

Couramment utilisé, l’anglicisme tramp désigne à la fois un vagabond et un navire chargé d’effectuer du transport maritime à la demande, en dehors de toute affectation à une ligne régulière. En choisissant de baptiser leur série (et non leur héros…) de ce sobriquet, Jean-Charles Kraehn et Patrick Jusseaume ont signifié à mots couverts aux lecteurs férus de termes marins un embarquement vers l’Aventure de type « serial ». Si Tramp est un « thriller maritime », c’est aussi, de par son ancrage dans les années 1950 et l’histoire coloniale d’après-guerre, une piste vers la découverte de situations archétypales : sur fond de troubles politiques et de trafics en tous genres, marines marchandes et militaires tentent de se frayer des débouchés dans tous les milieux.



Escale-dans-le-pass-.jpg

 

 En découvrant la couverture de Le Trésor du Tonkin, les habitués de la série trouveront une filiation certaine avec le visuel de l’opus n° 7 de la série : Escale dans le passé, déjà, montrait le capitaine Calec assis sur une caisse d’explosifs et tenant une photographie à la main, tandis qu’une jonque indochinoise surgissait dans un ciel rougeoyant. Parti enquêté doublement sur les traces du fils (signalé disparu) d’un proche voisin et sur celles de son père à Saïgon, Calec réveille et dérange les fantômes de son propre passé. Dans Le Trésor du Tonkin, le danger semble plus présent, mais Calec sans doute moins seul ; son appui nonchalant sur la caisse d’explosifs semble en effet traduire une certaine maitrise des événements, au-delà de la situation insurrectionnelle du pays.  La lettre et la photographie agissent comme une double indication cognitive : elles nous signalent que le héros a réuni plusieurs preuves et indices en rapport avec les identités recherchées. Elles connotent un lien préservé entre passé et présent : Calec, parti à la recherche du passé, traverse l’histoire au présent. Entre écrit et image, la Bande Dessinée selon Kraehn et Jusseaume illustre un itinéraire littéraire qui est fondamentalement le sien… sinon le leur ! 

 L’autre élément essentiel de ce cycle asiatique, c’est en effet la présence fantomatique du père. Comme si la réalité rejoignait la fiction, Jean-Charles Kraehn avoue : « Georges Kraehn, mon père, a fait l’Indochine à l’époque où il s’était engagé dans la Légion étrangère. Sans doute par désœuvrement. Il avait besoin de s’engager, besoin d’action, d’aventure, loin de chez lui. Il ne m’a pas tout raconté. Mais un jour il m’a confié : « J’ai vu des horreurs et j’ai vécu des horreurs. ». Il m’a également dit : « Au bout de quelques mois, tu ne te bats plus pour le drapeau, tu te bats pour les copains ! ».

 De leur reportage en commun au Vietnam en 2002, Patrick Jusseaume précisera : « Nous sommes restés trois semaines seulement. Mais cela a suffi. Nous nous sommes promenés à Hanoï la nuit... Comment oublier cette moiteur ? Cette palette d’ocres, et puis le vert des rizières... C’est ça le Vietnam ! » .

(Extraits d’une interview pour Le Figaro, par O. Delcroix, novembre 2007)




crayonn--et-encrage.jpg

couve_net03-couleur.jpg

Crayonné et illustration finale pour le visuel de couverture :

(Clic ici pour une visualisation en grande taille :
 http://a21.idata.over-blog.com/2/40/05/64/Tramp/couve_net03-couleur.jpg )

 P. Jusseaume :  "il y a deux recherches, mais trop anecdotiques à mon goût (cf. visuels plus haut). En fait j'essayais plutôt une ambiance. Ce qui m'apparaît intéressant au final, c'est de retrouver les éléments de la couverture du 1er album de ce cycle. Calec a tout en main, plus une lettre qui est censée donner le pourquoi de tout ça. La jungle donne une indication quant au décor principal du dénouement. Le vieux Citroën apporte par sa silhouette une époque ...  Calec est dans un premier temps assis sur des explosifs, puis accoudé à ces mêmes caisses. Ce qui, disons-le, n'est pas très confortable comme position. Mais exprime peut-être mieux les dangers de cette situation peu commune ?
 Le choix du titre : "il est court et résume  l'aventure et le lieu, Tonkin est un joli mot évoquant le voyage dépaysant vers l'Asie des anciennes colonies."



La piste du trésor du Tonkin contenue dans le titre est une surreprésentation de l’univers aventureux de la série : outre la chasse au trésor et les multiples questions afférentes (ce butin, quel est-il ? Existe-t-il ? Par qui est-il convoité ?), le lecteur s’interrogera sur sa connaissance des lieux et du contexte (pourquoi Calec, dont les habits en coton symbolisent le colon blanc français, est-il protégé par des combattants locaux, dont une femme ?). La présence d’une jungle luxuriante et humide, le camion Citroën (U23) et la caisse d’explosif renvoient au Salaire de la peur, roman de Georges Arnaud porté au cinéma par Henri-Georges Clouzot en 1953. Si le marin Calec semble bien éloigné de son élément naturel, on pourra constater que l’humidité signifiée par une frondaison verdoyante aux tonalités de jade (symbole du pouvoir absolu impérial selon la symbolique  orientale) suggère que le héros agit encore une fois dans un univers relativement maitrisé. La lecture graphique littérale, de gauche à droite, indiquera la progression scénaristique : Calec quitte une situation explosive (partie gauche) pour affronter son destin (« guetté » en hors champ), dans une situation suspensive où tout peut néanmoins arrivé… Le héros, visiblement flegmatique, a acquis un don nouveau : la patience de la sagesse orientale. Le Trésor du Tonkin peut attendre, le temps sans doute, de se remémorer quelques paroles aigres-douces de La Petite Tonkinoise chantonnée par Joséphine Baker dès 1930…




·         Pistes supplémentaires :

 

 

-      http://www.dargaud.com/front/albums/series/couvertures.aspx?id=205  http://www.dargaud.com/front/albums/album.aspx?id=3936 :

pages consacrées à la série Tramp et à l’album n°9 sur le site des Editions Dargaud.

 

-        http://www.jusseaume.fr/ : le site officiel de P. Jusseaume (nombreux dossiers et documents).

 

-       http://boutique.momiefolie.com/tramp_t09__p29336.html : interview vidéo de P. Jusseaume.

 

-       http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=177 : interview de Kraehn et Jusseaume sur la réalisation de Tramp.

 

-       http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19540721 : dossiers et photos sur la Guerre d’Indochine.

 

-       http://www.atlas-historique.net/1945-1989/cartes/IndochineGuerre.html : cartes de la Guerre d’Indochine.

 

-       http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Petite_Tonkinoise : paroles de la chanson.

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions DARGAUD, J.C Kraehn et P. Jusseaume, 2009.

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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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