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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 15:05

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

A L’ombre du convoi

1, Le Poids du passé

 

Kid Toussaint & J.-M. Beroy

Casterman, 2012.

 

alombreduconvoi1 

 

 

Dossier à lire en ligne et/ou imprimer :


 

L’intrigue en résumé 

 

 

 Belgique, nuit du 12 au 13 novembre 1943, quelque part entre Malines et Louvain. 
Un convoi de wagons plombés s’est immobilisé sur la voie ferrée. Il vient de quitter Bruxelles, direction Auschwitz. À son bord, parmi des milliers d’autres, une jeune femme, Olya Van Horn, juive allemande jusqu’alors réfugiée en Belgique. Elle se remémore la longue suite d’événements tragiques qui, depuis sa ville natale d’Hambourg dix ans auparavant, l’a finalement conduite dans ce sinistre convoi… 

 

 

9782203040656 4 75

 

Visuel de la 4ème de couverture - Casterman 2012. 



Questionnaire pour les élèves  

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé de cet album :

 

A.   Etude des textes et paratextes

 

1.    Relevez le titre et sa typographie.

Que nous apprend-il sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.    Quels renseignements supplémentaires nous donne le titre du 1er volume, «Le Poids du passé » ?

 

3.    Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.   Etude des images et dessins

 

4.    Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-       Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-       Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-       Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-       Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-       Couleurs dominantes ?

-       Présence ou non de personnages identifiables ?

-       Lieux, époque et actions ?

 

5.    D’après l’ensemble des éléments dessinés listés (1ère et 4èmesde couvertures), quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

6.    Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?  

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

7.    Que suggèrent les couleurs employées ?

 

8.    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?  

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

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Crayonné et encrage par J.-M. Beroy.

 


Lecture et analyse de la couverture  

 

 En couverture de ce premier tome d’un récit annoncé en deux volumes, l’atmosphère est immédiatement inquiétante, chargée et lourde de sens. Sans rien connaitre d’une histoire annoncée comme vraie en 4ème de couverture, le lecteur d’interrogera tout d’abord sur la signification des deux titres conjugués : ces derniers précisent ainsi tour à tour le caractère à la fois dramatique (ombre/poids), historique (passé) et itinérant (convoi) de l’intrigue. De même, le mot « convoi », plus qu’une référence au récit d’apprentissage perçu à la manière du road-movie hollywoodien, renverra à un champ lexical associé de manière sinistre à la Seconde Guerre mondiale. Ce seul contexte est bien sur immédiatement perceptible de par le jeu des couleurs employées (rouge, noir, blanc et teintes vert-de-gris), de par les diverses tenues vestimentaires des personnages et, bien plus encore, par l’étoile de David et la croix gammée visibles sur les bras de deux personnages situés à l’extrême droite de la couverture.

 

Ce premier constat ne manque pas de renouveler le questionnement, dans la mesure où la juxtaposition de l’ensemble des personnages apparait en vérité surprenante : il ne s’agit en effet, contrairement à ce que laisserait à priori penser une vision trop rapide des choses, ni d’un convoi constitué uniquement de déportés d’origine juive (un seul personnage arbore de manière visible l’étoile jaune), ni d’un groupe de civils (français, allemands ou belges) escortés par des militaires, ni même d’un possible groupe d’évadés des camps. Seuls indices du voyage effectué, les bagages et valises laissés de part et d’autre de la voie de chemin de fer marquent l’abandon, le temps de pause ou la volonté de laisser derrière soi les souvenirs d’un lourd passé, cette remarque faite dans l’optique de la signification du titre. Plus intriguant encore, les uniformes et objets (casque à pointe, calot et vieille pipe bavaroise de réserviste) portés par les deux soldats situés à gauche de ce visuel renvoient quant à eux non pas à la Seconde Guerre mais bien au... Premier conflit mondial !

 

Dès lors, le cadre historique bascule dans le genre Fantastique, ce « plan » littéraire étant signifié en couverture par plusieurs éléments connotés : si le paratexte est chargé d’un certain mystère, c’est initialement parce que les mots clés employés résonnent comme des renvois à d’autres titres fameux associés à l’univers secret de la Résistance, tels L’armée des ombres (J. Kessel et J.-P. Melville, 1943 et 1969) ou Paroles de l’ombre (J. P Guéno, Les Arènes éditions, 2009). Dans la même veine, le convoi annoncé renverra à des films de genre tels La Bataille du rail (R. Clément, 1946), Le Train (J. Frankenheimer, 1964) ou L’Express du colonel Von Ryan (M. Robson, 1965). L’enfer des trains de déportation et les souffrances sanglantes issues de la guerre sont symbolisés par un arrière-plan pour le coup digne du cinéma fantastique (arbres décharnés et torturés, lumière rougeâtre) ; elles le sont aussi par le biais de l’étrange pluie de feuilles rouges « enflammées » semblant s’abattre tout autour des protagonistes : voici ressurgir le « poids du passé » (on lira, dans cette expression comme dans le choix de la typographie en rouge, les diverses souffrances déjà vécues entre 1914 et l’avènement du nazisme), mêlé à un présent dramatique et à un futur dont l’espoir semble absent, aux vues des visages stupéfaits et horrifiés de la famille (père, mère et enfants) visibles au premier plan.

 

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Encrage de la première planche.

 

 

A ce stade de notre analyse, on se souviendra (voir la 4ème de couverture) que cet album retrace les destins croisés de trois personnages réunis cette nuit-là sur cette même voie ferrée : Olya, une juive allemande déportée, Wilhem, lui aussi allemand mais membre de la Schutzpolizei chargée de convoyer les captifs, et Théo, l’amant belge d’Olya, membre d’un très petit groupe de résistants qui, presque sans moyens, va attaquer le convoi et tenter de libérer les déportés. Cette histoire s’inspire d’un épisode authentique de la Seconde Guerre mondiale en Belgique : dans la nuit du 19 au 20 avril 1943, le convoi n° 20, chargé de 1 600 déportés juifs de tous âges, est immobilisé en pleine campagne grâce à un feu rouge factice. Trois résistants en profiteront alors pour ouvrir les wagons et parviendront à libérer 231 personnes. Ce convoi fut le seul de toute l’histoire de la Déportation à être attaqué par la Résistance.

 

La couverture ne met donc pas directement l’accent sur l’attaque du convoi mais sur ses prémices (le « passé ») et sur les individualités qui le composent, en jouant du flashback graphique partiel. Trois adolescents sont visibles dans des postures contrastées : au 1er plan, la jeune Olya angoissée, et derrière elle, un lecteur (il s’agit de Wilhem) et un membre des jeunesses hitlériennes. L’association de ces deux dernières images nous indiquera par ailleurs que l’endoctrinement de l’un ne fut peut être qu’un mauvais choix de lecture, évité de l’autre.

 

Pour le scénariste Kid Toussaint, la couverture se devait d’être intrigante :

 

« Avec José-Marìa, on savait dès le début que la couverture devait représenter le convoi lui-même et on voulait y associer au moins un personnage marchant devant ou à côté du train. On hésitait pas mal sur l'angle et on se demandait aussi si on planchait sur une couverture « sœur » pour le deuxième tome du diptyque. Finalement, José-Marìa Beroy m'a proposé ceci. J'ai tout de suite adhéré ! J'adore ces couvertures, façon Sgt Peppers, qui fourmillent de détails et qui demande un regard attentif pour bien tout saisir. Ici par exemple, au premier coup d'œil, on a bien conscience, le titre aidant, que l'album parle de la déportation... Mais en y regardant de plus près, on remarque les soldats de la Première Guerre mondiale. Cette anachronie doit donner envie d’en savoir plus. »

 

En filant les diverses métaphores évoquées, le visuel d’A l’ombre du convoi apparait comme parfaitement signifiant : devenus les proies d’un contexte destructeur, les personnages-victimes désignés pour emprunter le chemin de leur propre anéantissement sont, contre toute attente, en train de jouer avec  le feu. Au bûcher de leurs souvenirs (générations d’avant, héritages culturels ou faits d’armes) succède déjà l’inévitable l’étincelle de la survie : ce seront la compassion et la résistance, telle la main du père - déjà disparu dans la réalité - posée sur l’épaule de sa fille, ou l’espoir placé dans un bébé encore tenu lové contre le sein nourricier maternel , voire la lecture salvatrice, contre l’autodafé et la censure. Ce qui semble s’offrir au lecteur, c’est donc une rare échappatoire au destin tragique tracé d’avance telle une voie rectiligne pour des personnages saisis entre la violence (les armes, sur la gauche) et la culture (le livre et les choix idéologiques ou religieux, à droite) de leur époque. « Notre ombre n’éteint pas le feu », pour reprendre in fine les mots de Paul Eluard (A la fin de l’année, 1935).

 

 

Couverture couleur copy

 

Mise en couleurs.


 

Pistes supplémentaires 

 

-        

http://bd.casterman.com/Albums_detail.cfm?ID=41341

Page consacrée à la série sur le site des éditions Casterman.

 

http://kidtoussaint.blogspot.fr/ : blog officiel de Kid Toussaint. 

 

http://www.graphivore.be/entretien-avec-jose-maria-beroy-et-kid-toussaint-news-4874.html

 

http://www.generationbd.com/index.php/interviews/20-interviews-ecrites/1786-a-lombre-du-convoi-1-interview-de-kid-toussaint-et-beroy-casterman.html

 

http://expressbd.fr/2012/03/06/kid-toussaint-scenariste-du-diptyque-a-l-ombre-du-convoi-bd/

: différentes interviews des auteurs.

 

 http://www.cclj.be/sites/default/files/SIMON_GRONOWSKI.DEF_.pdf : dossier concernant Simon Gronowski, survivant de la Shoah ayant écrit et inspiré le récit intitulé « L’Enfant du 20ème convoi ». Voir aussi la page :  

http://www.getuigen.be/Getuigenis/Gronowski-Simon/tkst.htm#Table%20de%20mati%C3%A8res

 

http://neuviemeart.citebd.org/IMG/article_PDF/article_a369.pdf : A la lumière de Maus, étude critique d’A l’ombre du convoi par Dominique Hérody.

 

 

Beroy+01

Dédicace par J.-M. Beroy.

 


Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Casterman - Toussaint & Beroy 2012.

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 13:50

 Des auteurs qui dévoilent leurs projets (et donc leurs 1ères de couvertures...) sur leurs blogs ou ceux de leurs éditeurs, il y en a de plus en plus...

 

Petit tour d'horizon "visuel" avec les (bonnes) adresses suivantes :


 

- Laurent Sieurac, pour Arelate t.2 :

 

http://1.bp.blogspot.com/-QNhXAeK-gyE/T0vpLDsqxdI/AAAAAAAABcU/G2REsm4iGlg/s1600/recherche+couv-tome-2-couleur-wip005-bis.jpg

 

http://laurentsieurac.blogspot.fr/2012/02/couverture-arelate-tome-2-wip.html

http://laurentsieurac.blogspot.fr/2012/02/couverture-arelate-tome-2-wip-suite-et.html

 

 

- Jacques Lamontagne, pour Les Druides t.6 :

 

http://img.over-blog.com/511x708/0/33/42/82/blog/Druides06.jpg

 

http://lamontagne.over-blog.net/article-la-couverture-du-tome-6-des-druides-76920982.html

 

 

Stéphane Perger pour Scotland Yard t.1 (collection 1800) : de nombreux essais de couvertures !

 

http://2.bp.blogspot.com/-T-HRE0jTY_E/TzPb0CFnOgI/AAAAAAAAANY/P24kpCQSvOk/s1600/SY1coverz2.jpg

 

http://pergerbd.blogspot.fr/2012/01/and-happy-new-yard.html

http://pergerbd.blogspot.fr/2012/02/scotland-yard-covers.html

 

 

- Christophe Bec et Rafa Fonteriz pour Le meilleur job du monde t.1 :

 

http://soleilprod.com/images/upload/albums/2351_500.jpg

 

http://soleilprod.com/wip/12/t/MEILLEUR+JOB+DU+MONDE+%28LE%29+T.1+-+L%27%C3%AEle+Carpenter

(clic sur "Couverture (85%)")

http://soleilprod.com/images/upload/wip/12_s103_1.jpg

 

 

 

 

et - pour finir ce parcours par un petit jeu... - la couverture du prochain album de XIII (par Sente et Jigounov).. à reconstituer !

http://www.jigsawplanet.com/?rc=play&pid=28d53b9817af

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 15:15

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

D. 1, Lord Faureston 

Ayroles, Maïorana & Leprévost

Delcourt, 2009.

 

 

 

 

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Dossier d'analyse à lire en ligne :

 


L’intrigue en résumé 

 

 

 D. 1, Lord Faureston (2009) :

 

De retour d’une expédition en Afrique, l'explorateur Richard Drake fréquente la haute société victorienne. Il tombe sous le charme de Miss Catherine Lacombe, une Lady au caractère bien trempé. Drake va dès lors devoir affronter l’intriguant Lord Faureston, un dandy qui exerce un mystérieux pouvoir magnétique sur les femmes. Faureston, semblant cacher sa vraie nature, est surtout la hantise de Mister Jones, un obscur employé de banque qui, la nuit venue, devient chasseur de vampires !

 

 

D. 2, Lady d’Angerès (2011) :

 

Etant désormais certain de la monstrueuse identité vampirique de Lord Faureston, Richard Drake et l'improbable Mister Jones suivent sa piste du fog londonien jusqu'aux brumes de la lande anglaise. Le temps leur est compté car la belle Miss Lacombe, victime d’une agression, paraît sombrer dans les ténèbres. La traque s'intensifie et les chasseurs vont se découvrir une autre redoutable concurrente : la mystérieuse Lady d'Angerès. 

 

 

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Crayonné préparatoire pour la visuel du t.1.

 

 


Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé des ces deux albums :

 

A.    Etude des textes et paratextes

 

1.       Relevez le titre de cette série et sa typographie.

Que nous apprend-il sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.       Quels renseignements supplémentaires nous donne les sous-titres « Lord » et « Lady » ?

 

3.       Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.    Etude des images et dessins

 

4.       Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-          Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-          Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-          Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-          Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-          Couleurs dominantes ?

-          Présence ou non de personnages identifiables ?

-          Lieux, époque et actions ?

 

5.       D’après l’ensemble des éléments dessinés listés (1ères et 4èmes de couvertures), quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

6.       Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?  

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

7.       Que suggèrent les couleurs employées ?

 

8.       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

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esquisse

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Différentes études de personnages par B. Maïorana.

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Après le succès de leur série Garulfo (6 volumes parus chez Delcourt de 1995 à 2002), et avant le succès de la série romanesque Twilight (création de l’américaine Stephenie Meyer dès 2005, la saga est adaptée au cinéma à partir de 2008), Alain Ayroles et Bruno Maïorana s’attaquent au récit vampirique en sachant éviter avec soin le parcours tracé par  Bram Stoker dans son Dracula, personnage auquel renvoie pourtant directement la signature de la série (D). Ayroles parvient en un seul album à instaurer une ambiance d'époque, des lieux et des personnages qui semblent jongler avec les mots comme avec la curiosité du lecteur. En un mot, à « croquer » de manière détournée tout un pan de la littérature populaire fantastique…

 

Le deuxième volume de la série D, Lady d’Angerès, permettra essentiellement aux auteurs de contourner une nouvelle fois les ficelles traditionnelles d’un genre devenu de nouveau mirifique suite aux créations multiples ayant suivie le succès de Twilight ; constatons que l’histoire commence à dépasser largement la cadre de la rivalité entre Faureston et Drake, et annonce un univers foisonnant propice à de nombreuses découvertes. En parallèle au récit principal, les révélations sur le passé d'explorateur de Drake font émerger un être complexe et violent, qui semble cacher bien des surprises… Riche en cases mais dynamique, cette suite laissera donc les lecteurs sur les dents et fera une nouvelle fois attendre la suite avec impatience.

 

Encrage et couleurs d 2

 

Encrage et version finale du visuel du t.2

 


Les origines du vampire, si elles ne sont pas cinématographiques, sont pourtant liées de près au 7ème art. Invention littéraire, le vampire naît en effet quasiment en même temps que la machine des frères Lumière. En décembre 1895 se déroule la première projection du cinématographe, l’Entrée du train en gare de La Ciotat, et moins de deux ans plus tard, en 1897, est publié Dracula de Bram Stocker, ouvrage fondateur du mythe.

 

Souvent mis en relation avec le personnage historique roumain de Vlad l’empaleur, le personnage fictif du comte Dracula - et par extension celui du « vampire » - n’apparaît pourtant pas dans la littérature par hasard. L’ensemble du XIXème siècle coïncide en effet avec une période où les mythes populaires et fantastiques se croisent pour former un hybride parfois monstrueux avec la deuxième révolution industrielle et l’essor des sciences. La société doit assimiler en très peu de temps tant de changements bouleversants que les peurs primaires refont surfaces, telles les refoulées de la modernité, et donnent naissance, outre Dracula, à plusieurs classiques successifs des genres Fantastique et Science-fiction : Frankenstein (Shelley, 1818), Dr Jekyll & Mister Hyde (Stevenson, 1886), L’ile du Dr Moreau et L’homme invisible (Wells, 1896 et 1897). Ces créatures s’épanouiront naturellement de la littérature au grand écran en passant par la bande dessinée, dès les premières tentatives de fiction, muettes et sommaires. Les vampires suceurs de sang se propagent dans le cinéma naissant de manière d’abord informe. C’est le nom qui effraie : en 1909 avec Vampyr of the coast aux Etats-Unis, en 1912 dans le court-métrage suédois Vampyr Inn, en 1913 dans The Vampyr aux Etats-Unis encore. En 1916, Louis Feuillade réalise le feuilleton Les Vampires, sans lien avec le mythe littéraire, mais fantasmant une fois de plus ce nom majestueux. Un fantasme qui donnera naissance à la même époque, à partir d’un poème de Rudyard Kipling datant de 1897 (The Vampire), à la Vamp, créature féminine précédant la femme fatale, mais partageant avec elle les attributs d’une dangereuse séduction.

 

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 Dracula Has Risen From the Grave

 

Affiches des films Le Cauchemar de Dracula (T. Fisher, 1958) et Dracula et les femmes (F. Francis, 1968).

 

 

A l’évidence, la 1ère de couverture du tome 1 de D semble rassembler plusieurs éléments issus de la cosmogonie vampirique, tout en jouant sur le non-dit, le doute ou du moins le silence de l’incertitude. Le nom de la série demeure énigmatique sauf à le rapprocher (typographie comme écrite à la plume et plongée dans le sang oblige…) du nom « Dracula ». Symboliquement la lettre D fait aussi référence au monde divin (d comme dieu), à l’aristocratie (la particule « de »), à l’androgynie (l’association masculin-féminin induite par l’association d’une ligne droite et d’une courbe dans la forme de la lettre), ainsi, dans l’album, qu’à l’explorateur Drake. En vérité, ce seront donc à la fois le titre de la série et celui de l’album qui agiront de pair comme un révélateur, en accord avec le visuel : Faureston est bien l’anagramme de Nosferatu, terme popularisé par Bram Stoker dans son propre roman mais emprunté à Emily Gerard, auteur de nombreux ouvrages sur le folklore de Transylvanie. Le terme « nosferatu », qui désigne en roumain le « non mort » ou le « vampire » selon les versions auxquelles on se réfère, sera repris par le réalisateur Friedrich W. Murnau en 1922 pour le titre d’un film (devenu l’un des chefs-d’œuvre du cinéma expressionniste allemand) livré telle une adaptation muette de Dracula.

 

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Nosferatu...

 

 

Le visuel de Lord Foreston est dominé par le motif de la mort : il s’agit d’une scène d’enterrement sous un ciel grisâtre, l’atmosphère sinistre étant renforcée par les dominantes noires et rouges, qui assimilent immédiatement les couleurs du titre au personnage central. Ce dernier, qui domine non seulement  la triste l’assemblée (maintenue telle un bloc uniforme sur une ligne d’horizon qui rejoint sa main gauche) mais aussi notre propre regard « d’outre-tombe » en contreplongée (le lecteur étant bel et bien, dans ce jeu de regard,  à la place du cercueil… ou du cadavre !), semble esquisser un ultime geste romantique sous forme d’adieu. La rose jetée dans la tombe prendra ainsi son sens premier d’hommage raffiné offert lors des funérailles, au profit d’un message parfaitement significatif : « je vous aime ». A cette ambiance autant digne du roman gothique anglais que du roman social et historique stendhalien (Le Rouge et le Noir, 1830) se superpose l’ensemble des références vampiriques : le personnage de Lord Faureston est-il sincère ou fait-il appel au réveil d’un corps en apparence dénué de vie, comme sa main droite ouverte semble en partie le suggérer ?

La rose rouge, fleur fraichement coupée, devient également un symbole extrêmement ambigu : en tant que symbole chrétien, le rosier, arbuste épineux aux fleurs puissamment parfumées symbolise l'amour, la beauté et la pureté. En Transylvanie, on place une rose sur la poitrine des morts pour prévenir toute réanimation. Des épines de la plante sont parfois répandues dans le cercueil, piquées dans le suaire et jetées en travers de la tombe pour "clouer" sur place le revenant… Fleur de la beauté et fleur du mal, la rose rouge dédouble en quelque sorte l’intriguant Foreston, qui semble de fait s’être ici débarrassé d’une âme dont il aura lui-même coupé l’essence de la vie, et renvoie tel un miroir au titre D rougeoyant de la série.

 

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La rose en couverture du tome 11 de la série La communauté du sud par C. Harris (2011).

 

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Esquisse de personnage.

 

Lady d'Angeres


En 1ère de couverture de Lady d’Angerès,  les auteurs choisissent fort logiquement une continuité stylistique : mêmes teintes, mêmes symboliques, même jeu de regard vers un lecteur hors-champ envouté par la présence magnétique du vampire. Au lord s’est substituée une mystérieuse lady dont l’éventail gracieux laisse transparaitre la cruauté sanguinaire (on songe à la fameuse comtesse hongroise Elisabeth Bathory (1560-1614), qui sera accusé du meurtre de très nombreuses jeunes filles). Dans ce jeu diabolique des sens et des illusions, la vue devient prédominante sur l’odorat (odeur de la fleur ou de la mort) et le toucher (les mains de Faureston et l’éventail de d’Angerès) : seul celui qui aura vu la réalité saura…et pourra éventuellement survivre ! Cette remarque rejoindra du reste l’épigraphe du roman de Stendhal précité : « La vérité. L’âpre vérité ». L’arc de cercle que décrit l’éventail déplié de la lady, bien loin de charmer,  enferme ainsi sa proie dans un espace cerné de « dards » constitués par les brins matériels constitutifs de l’armature de l’accessoire féminin. Dans la même logique que sur le précédent visuel, le titre est donc « dans la tombe », cerné de noir et transpercé du nom du principal meurtrier. Saisi entre bestialité et humanité refoulée, le personnage du vampire s’offre à notre regard, mais reste dénué de toute culpabilité : l’œil - le nôtre - était donc dans la tombe, et regardait… Dracula !


 

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Couverture du comic The Tomb of Dracula (n° 03 de février 1980, éd. Marvel). Couverture par Bob Larkin.


 

Pistes supplémentaires 

 

 

http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/d_1_lord_faureston

http://www.editions-delcourt.fr/special/D/

Pages consacrées à la série sur le site des éditions Delcourt.

 

http://bruno-maiorana.com : site officiel de Bruno Maïorana.

http://www.vampirisme.com/interview/maiorana-interview-du-dessinateur-de-d : interview du dessinateur.

http://www.youtube.com/watch?v=-7KmMMntg9E : reportage de France 3 consacré à la série.

 

www.vampires-fr.com , www.morsure.net et www.vampirisme.com : sites de références sur les vampires (origines, mythes, médias, etc.).

 

http://www.ebooksgratuits.com/ebooks.php?auteur=stoker_bram : texte intégral de Dracula sur ebooks libres et gratuits.

 

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  Décors mis en couleurs par Thierry Leprèvost.

 


Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Delcourt - Ayroles, Maïorana & Leprévost. 2009 - 2012.

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 11:24

 Non ce blog n'est pas mort !

 

Occupés par de multiples travaux et pour des motifs personnels, je n'ai malheureusement pas pu m'y consacrer autant que souhaité ces dernières semaines : vous allez donc retrouver ici de manière régulière (une fois/semaine) soit des infos liés aux couvertures des bd (de nombreux blogs auteurs proposent de visualiser l'évolution de leux travaux) soit - enfin !) - de nouveaux dossiers analytiques, abordant comme à l'accoutumée aussi bien de nouvelles créations que les 1ères de couvertures des "grands classiques" du 9ème art franco-belge.

 

A suivre, donc, des titres tels D (Delcourt), A l'ombre du convoi (Casterman), Tintin au Tibet (Casterman), 20 000 siècles sous les mers (Soleil), Les brigades du temps (Dupuis) ou Nocturnes (Lombard)...

 

 

Et pour retrouver un "classique" (Lucky Luke contre Phil Defer, voir le dossier consacré : Lucky Luke t.08 : Phil Defer ) très copié sous forme d'hommage, lire ou relire cette page : link

 

 

http://thanagra.typepad.com/.a/6a0133f3c0e2ec970b0134898d55e7970c-pi  http://thanagra.typepad.com/.a/6a0133f3c0e2ec970b0153922366f5970b-pi

A bientôt...

 

Les auteurs ou enseignants désireux de me contacter peuvent toujours le faire : philtomb@yahoo.fr

 

Bio. et bibliographie personnelle complète sur link

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 15:25

  Paru en 2010 au Lombard dans la collection Signé, Nous ne serons jamais des héros est un one-shot qui narre la vie peu glorieuse de Mick, trentenaire chômeur et looser patenté dont l'existence va être bouleversée suite au décès de sa grand-mère. Notre antihéros désabusé va ainsi devoir renouer avec son père, un acariatre endurci suite à un ancien accident dramatique, mais avec lequel il s'embarque pour un tour du monde plus que nostalgique...

 

 Cet ouvrage discordant par rapport à la sphère des héros traditionnels de bande dessinée est réalisée conjointement par le scénariste Olivier Jouvray et les frères Salsedo (le dessinateur Frederik et le coloriste Greg). Le dessin semi-réaliste permet, dans ce road-movie de l'ordinaire, une juste réflexion sur les relations familiales évoquées, oscillant entre cynisme, non-dit et véritable tendresse.

 

En accord avec les auteurs, nous reprenons leurs termes pour décrire dans le détail les nombreuses étapes, intellectuelles ou graphiques, ayant mené au choix de la couverture finalisée...


En tentant toujours de voir plus loin !

 

 

http://lelitoulalu.blogs.lindependant.com/media/02/01/2124451519.jpg

 

Visuel finalisé (Le Lombard - 2010)

 

 


 

Première étape, un petit croquis de mise en place pour structurer l'idée.

 

http://2.bp.blogspot.com/_0NtKrR1I95k/S3qn9W0EX5I/AAAAAAAAAYQ/Zz6Yu6ET9BM/s400/projets-couv%27.jpg

 


Après, je passe sur la feuille définitive (dans mon cas, du Arches aquarelle satiné) sur laquelle je vais m'appliquer à réaliser un crayonné poussé.

 

http://2.bp.blogspot.com/_0NtKrR1I95k/S3qouAbdb2I/AAAAAAAAAYY/829_YRG3mTg/s400/crayonn%C3%A9.jpg



Le crayonné terminé, je prends ma plus belle plume (une Leonardt Hiro 801) ainsi que mon petit pot d'encre de chine et je passe à l'encre mon dessin. Achevé l'encrage, je réalise un lavis à l'aquarelle noire pour donner des valeurs et du relief.

 
http://2.bp.blogspot.com/_0NtKrR1I95k/S3qo52FWz4I/AAAAAAAAAYg/4cPjGzC1-a4/s400/encrage-et-lavis.jpg

 

 

Mon travail est maintenant terminé et je laisse la main à Greg, talentueux coloriste qui va donner une dimension supplémentaire à l'image, une atmosphère, une ambiance particulière...

 

http://3.bp.blogspot.com/_0NtKrR1I95k/S3qpCjfsupI/AAAAAAAAAYo/yhcQfZk7u1M/s400/couleur.jpg


Et voilà le résultat avant maquette.

L'éditeur se chargera de recadrer l'image et d'intégrer les titres noms des auteurs et logos...

 


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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 10:19

  Entre deux dossiers pédagogiques, nous décrivons parfois ici dans le détail les nombreuses étapes, intellectuelles ou graphiques, ayant mené au choix de la couverture finalisée. La catégorie "Première de Couverture" offre ainsi une partie "bonus" ou "making-of" additionnelle à la compréhension de l'album évoqué.

 

 

  Récemment interrogé dans le cadre du travail réalisé au profit du futur ouvrage consacré à la Deuxième Guerre mondiale dans la bande dessinée (à paraitre en 2012), le dessinateur Vincent Bailly nous fait ici la gentillesse de revenir (visuels inédits à l'appui) sur la genèse du visuel du tome 01 de l'adaptation d'Un sac de billes, paru aux éditions Futuropolis en 2011. Nous restituons ici une partie de cette interview, ainsi que les commentaires en rapport avec la 1ère de couverture.

 

 

 

Que pensez-vous de la 1ère transposition de cet ouvrage en bande dessinée, à savoir celle effectuée par Alain bouton et Mark Malès en 1989 (Bayard Editions) ? En aviez-vous rediscuté avec Joseph Joffo ?

 

 Vincent Bailly : Je ne savais pas qu’Un sac de billes avait déjà été adapté, et je ne l’ai appris qu’en commençant le travail de recherche et de documentation. Cette 1ère transposition était difficile à trouver et de toutes façons je voulais éviter de trop m’imprégner du travail d’un autre sur un sujet que nous avions à traiter, donc je n’ai pas chercher à le lire. Joseph Joffo nous l’a montrée la première fois qu’on s’est rencontré ; en fait il ne se trouvait pas assez « beaux garçons » lui et son frère dans les premières planches que j’ai amené et il m’a montré le travail de Mark Malès comme exemple… que je n’ai pas suivi, en bonne tête de mule...


 

UnSacDeBilles 02022005

  Editions Bayard - 1989


 

Comment s’est effectué le choix de la couverture ?

 

Vincent Bailly : On a commencé par en parler, on était d' accord pour éviter de tomber dans certains clichés trop convenus quand on représente l’époque et surtout quand on illustre l’antisémitisme pendant la Deuxième Guerre mondiale : à savoir deux petits juifs en train de courir sur fond de croix gammée, on l’a vu trop souvent et, à titre personnel, les symboles nazis me gavent tant ils sont  trop facilement repris. C’est très graphique et, ces derniers temps on les met à toutes les sauces, donc, si on n’en a pas besoin, autant s’en passer. Maintenant, pas de faux procès, quand on traite de la période il faut utiliser ces éléments, sans en rajouter.

J’ai fait plusieurs propositions sur mon petit carnet de croquis et j’ai envoyé tout ça à Kris à nos éditeurs, Claude et Sébastien, et le directeur artistique de chez Futuropolis, Didier.

 

rough couverture 1

  rough couverture 4   rough couverture 5  rough couverture 6 rough couverture 7

 

 Fig : roughs de couverture 1 à 5


 

Didier a immédiatement fait une très bonne proposition : il a recomposé trois des propositions pour en faire une première et une quatrième de couverture, et on a tous été d’accord tout de suite pour dire qu’on tenait une bonne couverture , ce qui est arrivé plutôt vite et ne se produit pas si souvent : il n’est pas rare qu’il y ait plusieurs allers-retours et de nouvelles propositions avant que tout le monde soit d’accord.

 

rough couv- un sac de billes

 

Couverture rough Didier SACdeBILLES-2

 

 

J’ai repris le rough à mon compte (fig. : rough couv. un sac de billes) puis j’ai attaqué la réalisation, qui m’a pris trois jours. Je mets les étapes pour le fun : d’abord le crayonné, on s’était demandé s’il fallait que les gamins au second plan soient visibles où si on ne faisait que leur pieds dépassants du haut de l’image. Finalement on avait besoin de leurs expressions donc je les ai dessinés entièrement. (étape 1)

Ensuite l’encrage : c’est du feutre. (étape 2)

Puis je monte les ombres et les couleurs de fond avec des encres aquarelles. (étapes 3 et 4)

Un jus général d’encre pour unifier le tout et même un peu d’informatique pour vérifier certains effets. (étape 5)

Finalisation à l’acrylique pour les détails et pour renforcer la saturation des couleurs les plus sombres qui passent mal à l’aquarelle (couverture brut)

 

couverture etape 1- crayonn+®

couverture etape 2- encrage couverture  couverture etape 3 copier

couverture etape 4 copier  couverture etape 5correction

 

couverture brut  couv

 

Même manière sur la 4ème de couverture, sauf que pour celle là j’avais changé de papier : j’utilise d’habitude du Vinci et, sur le conseil des copains, Maël et Joseph Béhé, j’ai testé le Lanaquarelle, qui est un super papier, mais finalement j’ai pris mes habitude avec l’autre donc le deuxième tome continue à se faire au Vinci.

 

4 e de couv-encrage  4 e de couv-noir

 

4 e de couv- 

 

 

Tous les visuels présentés sont © éd. Futuropolis, Kris et Bailly 2011.


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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 17:11

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

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   F. Vehlmann et B. Gazzotti

Dupuis, série depuis 2006

 

seuls 1

 

 

 

L’histoire

Ils sont cinq ... mais ils sont seuls !

 

Cinq enfants se réveillent un matin et constatent que tous les habitants de la ville ont mystérieusement disparu. Que s'est-il passé ? Où sont leurs parents et amis ? Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans une grande ville vide et vont devoir apprendre à se débrouiller... SEULS !

 

Au fil des cinq albums qui composent le 1er cycle, Dodji, Leïla, Camille, Yvan et Terry vont affronter des dangers toujours plus inquiétants et angoissants : les animaux échappés d’un cirque, un fou armé de couteaux, un jeune nazillon qui tyrannise son clan d'enfants installé dans un parc d'attractions, des singes kidnappeurs au comportement étrange et ultra-violent, l'exploration de la zone rouge, la mort de l'un d'entre eux...

 

Et pourtant, ils n'ont encore rien vu et leur situation empire jusqu'au climax final, aussi terrifiant que surprenant.

 

Les albums     

Scénario : Fabien Vehlmann - Dessin : Bruno Gazzotti - Couleurs : Cerise /Caroline et Usagi

1er cycle

1.     La Disparition, Dupuis, janvier 2006

2.     Le Maître des couteaux, Dupuis, avril 2007

3.     Le Clan du requin, Dupuis, juin 2008

4.     Les Cairns rouges, Dupuis, juin 2009

5.     Au cœur du maelström, Dupuis, juin 2010

 

2e cycle

6.     La Quatrième Dimension et demie, Dupuis, mai 2011

 

 

Les sites et pistes supplémentaires à consulter… seul(s)

-          http://www.seuls-labd.com/accueil.php : site officiel de la série (résumés des albums, jeux, forum…).

-          http://www.dupuis.com/catalogue/FR/s/753/seuls.html  : présentation de la série sur le site des éditions Dupuis.

-          http://seuls.over-blog.org/ : blog du dessinateur Bruno Gazzotti (infos sur la série, esquisses et crayonnés,  possibilité de poser des questions à l’auteur).

-          http://fr.wikipedia.org/wiki/Seuls_(bande_dessin%C3%A9e) : page dédiée à la série dans Wikipédia. Accès au résumé détaillé de chacun des albums.

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé des différents albums.

 

Objectif : comment analyser la première de couverture d’un album de bande dessinée ?

 

1)    En vous servant de la grille d’analyse, relevez les différents éléments qui composent la couverture de votre album :

 

 

Ce que je vois sur la 1ère de couverture du tome 1 de Seuls

 

IMAGE

 

Que représente-t-elle ?

Hypothèses sur l'époque :

 

 

 

 

 

Hypothèses sur le lieu de l'action :

 

Justification de ces hypothèses :

 

 

 

 

 

Plans de l'image :

 

Hypothèses à partir de ces plans :

 

 

 

 

 

Lignes de l'image :

 

Hypothèses à partir de ces lignes :

 

 

 

 

 

Angle de vision :

 

Impressions dégagées :

 

 

 

 

 

Eclairage  :

 

 

 

TEXTE

 

Quelle sorte de texte ?

 

Emplacement :

 

Typographie :

 

 

 

 

Interprétation du titre :

 

 

 

COULEURS

 

Identification :

 

 

 

 

Impressions dégagées :

 

 

 

 

 

Hypothèses sur le sujet de l’histoire :

 

 

 

 

 

2)    À partir de tous les éléments relevés, évoquez l’atmosphère dans laquelle le lecteur va certainement être entraîné.

 

3)    Observez attentivement les couvertures des albums suivants. Quels points communs ou différences relevez-vous ? De toutes les couvertures présentées, quelle est celle qui vous attire le plus ? Pour quelle(s) raison(s) ?

 

 

seuls 2

 

seuls 3 

 

seuls 4

 

seuls 5

 

seuls 6

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Avec son titre relativement aisé à retenir, la série Seuls, lancée en 2006 par le scénariste Fabien Vehlmann et le dessinateur Bruno Gazzotti aura su susciter l’intérêt immédiat d’un large public, attiré à la fois par une intrigue fascinante et par le style nerveux déployé par les auteurs.

 

Le dessin de couverture du 1er album de la série, titré La disparition, fournit d’emblée au regard des lecteurs de nombreux éléments plus ou moins codés qui ont le grand mérite de ne pas déployer pour autant le cœur de l’intrigue. Nous observerons prioritairement que le dessin répond tel un miroir au paratexte : un adolescent « seul », armé de manière assez dérisoire, doit y affronter ses diverses peurs et affronter un danger encore indicible. Les taches de sang au sol et la piste - criminelle, animale ou monstrueuse - suggérée dictent un parcours en souffrance (vers le bord inférieur gauche), inverse à la destinée normale du protagoniste.

 

Si l’idée de mort est amenée par la présence du sang et par le sous-titre « disparition », rien ne permet d’avancer que l’intrigue soit ici strictement cantonnée au domaine du genre policier. Si la maquette et le dessin de la couverture introduisent un potentiel en ce sens, notamment par la présence des couleurs (noir, blanc et rouge) et d’une arme, on notera que la série ne s’inscrit dans aucune collection référentielle de l’éditeur (Répérages chez Dupuis, collection dans laquelle s’inscrit par exemple la série précédente de Gazzotti, Soda (créé par L. Warnant avec Ph. Tome au scénario, de 1987 à 1999)), ou encore les titres Jérome K. Jérome Bloche (par Le Tendre, Makyo et Dodier depuis 1985) ou Largo Winch (de Van Hamme et Francq depuis 1990)). Le blanc inquiétant sur lequel vient s’inscrire le héros de ce premier opus (Dodji) renvoie certes à un effet de présentation des caractères, déjà vu précisément sur les premiers visuels de Largo Winch, mais connote ici une toute autre atmosphère : tout décor et repère immédiat ayant disparu, l’adolescent est bien livré à lui-même, dans un univers oscillant entre polar, aventure, fantastique et science-fiction. On pourra ainsi y voir ou y lire un rappel de la blancheur monochrome et aliénante environnant les acteurs du film THX 1138 de Georges Lucas (1971).

 

Le logo-titre Seuls agit également en réfraction de l’univers présenté : dans l’optique où le héros semble isolé de tout, le titre renvoie à un pluriel intriguant et suggestif soit de la menace constituée par « les » autres soit de l’éventualité de mondes parallèles et pluriels, là où nous voyons encore une unique disparition. Par sa solitude et sa peur, Dodji en appelle déjà toutefois à une fraternité combative : son arme est d’emblée son premier compagnon, et nous ne saurions dire par ailleurs, à la découverte de ce premier album, si le titre doit se lire « Seuls » ou « Seul » suivi d’un sigle plus ou moins évident à décrypter (&/et, sigle de l’infini, variante d’une lettre grecque, etc.).

De manière plus subtile, nous analyserons notamment que le titre Seuls est constitué de cinq lettres, au profit d’un récit mettant en scène cinq adolescents, tels ceux composant le fameux Club des Cinq d’Enid Blyton (1942 - 1963), lui-même allégorie de l’union parfaite composée par les cinq doigts de la main.

 

Parmi les références littéraires des auteurs, on évoquera de manière assez évidente des titres comme Les Enfants de Timpelbach (H. Winterfeld, 1937) ou Sa Majesté des mouches (W. Golding, 1954). Dans le manga d’horreur L’Ecole emportée, paru en 1972, c’est toute une école et ses occupants qui se retrouvent transportés dans un monde désertique et hostile dénué d’adultes. Dans le Peter Pan de J.M. Barrie (1911), le Pays imaginaire abrite aussi tout un groupe de garçons perdus, enfants abandonnés à la naissance et ayant perdu de vue la réalité du monde extérieur. Ce type d’intrigues prend à contrepied le point de vue romanesque traditionnel montrant plutôt un groupe composé de naufragés adultes voyant très vite s’affronter les diverses mentalités (en bande dessinée, Histoire sans héros par Van Hamme et Dany, paru en 1977 au Lombard). A l’inverse, nombreux sont les scénarios ou les histoires à nous avoir présenté un groupe de personnages unis par l’amitié ou malgré eux, devant lutter contre une terrible adversité ou résoudre un problème en apparence insoluble : voir ainsi le roman L’Ile mystérieuse (1874), les séries télévisuelles Mission impossible et Agence tous risques, les comics La Ligue des Gentlemen Extraordinaires et X-Men, la série romanesque Les 6 Compagnons de Paul-Jacques Bonzon, des films aux titres évocateurs comme Les Sept Mercenaires (J. Sturges, 1960) ou Les Douze Salopards (R. Aldrich, 1967) ou, encore, La Communauté de l’Anneau, titre en 1954 du premier opus du Seigneur des Anneaux de Tolkien.

On lira également dans les sentiments de solitude et désespérance de « Seuls » un parcours initiatique digne à la fois de Robinson Crusoé (D. Defoë, 1719), de Je suis une légende (R. Matheson, 1954), de La Planète des singes (P. Boulle, 1963) et de la série Lost, ultime robinsonnade au titre analogue, diffusée de 2004 à 2010.

 

Pour les couvertures des épisodes suivants, les auteurs vont avoir beau jeu de décliner les concepts élaborés lors de ce premier album : dans chacun des cas, l’un des cinq enfants-héros sera représenté sur fond blanc face à une menace nouvelle, celle-ci renvoyant du même coup aux différents genres et thématiques précédemment évoqués. Soit le thriller policier pour Le Maitre des couteaux (t.2 en 2007), l’aventure animale pour Le Clan du requin (t.3 en 2008), le monde des légendes urbaines pour Les Cairns rouges (t.4 en 2008), l’horreur surnaturelle et le genre catastrophe pour Au cœur du Maelström (t.5 en 2009), la guerre et le fantastique pour La quatrième dimension et demie (t.6 en 2010).

 

 

cover-edition luxe seuls-khani

 

 

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Crayonné et visuel final pour la couverture de l'intégrale du 1er cycle.


En jouant sur les références et les codes internes de la série, parfois donnés ouvertement comme faussés (le « sang » apparaissant en couverture des tomes 1, 3 et 5 est réel, inversement à la peinture rouge du tome 4), ces visuels agissent comme des révélateurs d’une perception de plus en plus directe de l’intrigue, constituée au fil des épisodes par des micro-indices. Au début du tome 6, nous comprenons par exemple par le « seul » titre que la compréhension de l’existence d’un univers parallèle (la fameuse  quatrième dimension et demie) permettra d’office le deuxième surgissement de Dodji dans la linéarité des personnages, inévitablement rompue après cinq couvertures. Le visuel de l’intégrale du 1er cycle, parue en 2011, gardera du reste la même charte graphique tout en prenant soin de montrer cette fois ci l’ensemble du groupe, positionnée toutefois dans une situation relativement analogue à celle de Dodji en couverture du tome 1 (il en conserve encore le bâton-massue protecteur, mais son équipement et ses habits ont changé).


 

 

 

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Recherches de couvertures pour les tomes 4 et 5 ; visuel paru en couverture du Journal de Spirou pour annoncer la prépublication du tome 5.

 

 

 

Au fur et à mesure des années, album après album, la série Seuls glisse donc d’un genre à l’autre, demeurant ouvertement multi-référentielle bien que nous ayant déjà indiqué dès ses origines son but ultime probable : la science-fiction contemporaine. En témoignent ainsi les blocs verdâtres constitutifs de la numérotation des albums, dont la couleur essentiellement symbolique met en exergue le mystère relatif à la création : bien que relative au champ de la fiction, l’histoire narrée est aussi le reflet du lecteur, seul lecteur de l’album tenu entre ses mains et seul acteur agissant dans le cadre de son propre imaginaire. Libre à lui d’échanger ensuite avec les auteurs ou d’autres lecteurs sur sa perception de la série : il rejoindra alors comme témoin ou acteur le potentiel narratif d’une série où les blancs doivent être comblés aussi bien physiquement que mentalement. S’il y a ellipse dans la bande dessinée, l’œil du lecteur inventera en effet tôt ou tard la case ou l’inter-case manquante…


Sommes-nous « seuls » dans cet univers graphique ? 

 

 

 

 

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine - Images toutes ©Dupuis - Vehlmann et Gazzotti. 2006 à 2011.

 

 

 

  Pour lire en ligne :

   

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 08:45

 Petit tour des articles ou sites ayant évoqué les dernières parutions...

(Merci aux différents rédacteurs pour leus avis !)

 

 

BD Zoom : COUP DE PROJECTEUR SUR... : les ouvrages de référence BD du moment !

 

link

 


Le comptoir de la BD : les 100 visages de Sherlock Holmes


link

 

 

Eric Leguay, la vie numérique : tous pirates


link

 

 

Le blog de Manuel F. Picaud et Auracan : Angoulême consacre cet été aux pirates

 

link

 

 

L@BD : la collection La bulle au carré renait !


link

 

 

Casemate n° 39 (juillet/aout 2011) - p.48


casemate.png

 

 

De capes, d'épée et de pirates

 

link

 

 

Vivre à Chalons : parlons BD : l'été c'est fait pour lire et voyager avc les pirates

 

link

 

 

Hector BD : Loufock Scholmes dans la cour de Sherlock Holmes

 

link

 

 

Actua BD : Guerre de Sécession et western avec les Tuniques Bleues

 

link

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 14:45

 

 

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

L’Appel des       ORIGINES 

 

Callède, Séjourné & Verney

Vents d’Ouest, 2011.


 

appel

 

DOSSIER en ligne et téléchargeable  :

Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/000113087536bbb073508

 

 

L’intrigue en résumé 

 

 

 L’Appel des origines. 1, Harlem (2011) :

 

Harlem dans les années 1920. La jeune Anna travaille la journée dans le restaurant de son oncle et sa tante, et la nuit danse au rythme du jazz. Une vie qui pourrait être légère… Mais Anna est tourmentée par ses origines : elle est métisse, un statut difficile qui l’empêche de trouver sa place. Un jour, elle découvre l’existence de son père inconnu : un Blanc, mystérieusement disparu en Afrique.

 

Elle ne pense plus qu’à le retrouver, et réussit à se joindre aux membres d’une expédition se rendant sur le continent noir à la recherche des origines de l’Homme. À chacun sa quête, à chacun ses origines : les voici partis ensemble à la poursuite de leurs chimères.

 

 

5eme avenue 1917

 

Vue de la 5ème Avenue à New-York en 1917.

 



Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé des ces deux albums :

 

A.           Etude des textes et paratextes

 

1.    Relevez le titre de cet album.

Que nous apprend-il sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.    Quels renseignements supplémentaires nous donne le sous-titre « Harlem » ?

 

3.    La typographie du titre nous renseigne-t-elle sur le genre du récit ?

 

4.    Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.           Etude des images et dessins

 

5.    Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-       Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-       Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-       Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-       Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-       Couleurs dominantes ?

-       Présence ou non de personnages identifiables ?

-       Lieux, époque et actions ?

 

6.    D’après l’ensemble des éléments dessinés listés (1ères et 4èmes de couvertures), quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

7.    Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?  

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

8.    Que suggèrent les couleurs employées ?

 

9.    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?  

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 

 Né à Dax (Landes) en 1972, le scénariste Joël Callède s’est toujours attaché à développer des histoires marquées par le non-dit, où des situations exceptionnelles viennent révéler les failles des personnages, moment crucial où ils basculent vers la noirceur et le chaos (voir les séries Enchainés ou Dans la nuit, aux titres évocateurs). Après avoir traité pleinement du genre thriller avec Haute sécurité (une enquête dans l’enfer carcéral des USA) ou Tatanka (les protagonistes luttent contre une épidémie  mortelle fulgurante), Callède se réassocie avec le dessinateur Gaël Séjourné et le coloriste Jean Verney pour traiter une histoire plus romantique, prenant pour cadre l’Amérique des années 1920.

 

Ce cadre américain fait référence à tout un patrimoine culturel rendu mythique par la littérature, la musique et le cinéma : qui dit « années 1920 » aux USA dit en effet développement d’une industrie florissante, marquée par l’essor conjoint des nouvelles techniques industrielles et des médias. C’est le règne de l’organisation scientifique du travail (taylorisme et fordisme), plus tard critiquée par Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes (1936), des débuts de la Prohibition concernant les boissons (qui fera le bonheur de la mafia et d’Al Capone à partir de 1925) et de l’érection des gratte ciels (Chrysler Building en 1928, Empire State Building en 1930). Ce sont aussi les grands débuts de l’ère des studios hollywoodiens (le fameux panneau « Hollywood » est érigé en 1923 sur une colline de Los Angeles) qui, outre les comédies et films burlesques, privilégient alors les Westerns et les grands films d’aventure. La parution du premier film parlant en 1927, Le Chanteur de Jazz, détermine également toute l’influence de la musique noire, qui va propulser d’Harlem à Broadway et de la Nouvelles-Orléans à New-York des noms tels Sydney Bechet ou Louis Armstrong. Notons que les années 1920 et 1930 virent l'apparition de l'industrie du disque, et donc l'accroissement extraordinaire de la popularité des chanteurs et guitaristes de blues ou de jazz. La fin de la période est frappée de plein fouet par la Grande Dépression, crise économique d’envergure mondiale qui débute par le krach boursier du 29 octobre 1929.


 

courtstreetprint[2]

 

Rue de Broklyn en 1928

 

 

L’étude minutieuse de la 1ère de couverture de L’Appel des origines mettra en évidence certains des marqueurs culturels précités : le renvoi à l’univers de la ville américaine (Ford T et gratte-ciel) détermine d’entrée de jeu une itinérance dont l’unique personnage représenté est le garant. En rejoignant le ciel (et le mot « origine »), l’immeuble trace une ligne ascendante qui est complétée discrètement par la reprise en haut de page d’un véhicule dans un tout autre contexte (l’Afrique noire) dont le traitement encore « en négatif » suggère le temps décalé ou le caractère perdu.

 

Séjourné illustre en couverture l’essor du quartier de Brooklyn, le plus peuplé des cinq arrondissements du Grand New York, alors dominé en 1927 par la structure de la Williamsburg Savings Bank, haute de 46 étages. Le visage de l’héroïne (Anna), cadré en gros plan, occupe la partie gauche du visuel, mettant en valeur le traitement féminin d’un album dont les thématiques centrales associeront naissance, maternité, croissance, urbanité et itinérance. On déterminera également - et sans avoir lu l’album - que le sous-titre « Harlem » connote l’introspection du thème des origines raciales et ethniques de ce personnage visiblement métisse, dont les « origines » restent à préciser selon le titre de la série et le renvoi déjà signalé au continent africain.


 

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La tour Williamsburgh au début des années 1930

 


La typographie choisie pour le titre  de l’album a naturellement trait à l’atmosphère des années 1920 et à l’esprit Art déco, mouvement artistique influent de 1920 à 1939 notamment dans l’architecture et le design. Le style vestimentaire d’Anna précise cette autre figure emblématique de la période Art déco qu’est la « garçonne » : silhouette androgyne et cheveux courts, on assiste en effet à l'émancipation de la femme qui désire occuper une place au moins égale à celle de l'homme. Le mot « garçonne » provient du roman homonyme écrit par Victor Margueritte en 1922 et sera magnifié par les silhouettes de Suzanne Lenglen (tennis), Louise Brooks (cinéma), Tamara de Lempicka (peinture) ou encore par la chanteuse et meneuse de revue Joséphine Baker.


 

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Louise Brooks en 1927 ( © Library of Congress)

 


Dernier point de référence à mettre en parallèle avec cette couverture, le cinéma, et plus précisément les affiches de films conçues dans les années 1920 : outre l’illustration  graphique parfois archétypale d’un véritable sous-genre (le film d’aventure romantique et exotique, dont Tarzan (WS Van Dyke, 1932), The African Queen (J. Huston, 1951) et Out of Africa (S. Pollack, 1985 ; adaptation de La Ferme africaine (1937)) seront les garants), on verra dans l’inconscient collectif que l’association antagoniste d’un visage féminin et d’un gratte-ciel peut aussi renvoyer au célèbre Metropolis de Fritz Lang (1927), voire à la légende dérangeante et crépusculaire de King Kong (M.C. Cooper et E.B. Schoedsack, 1933).

 

 skyscraper souls poster 1932

 

Affiche originelle pour le film Skycrapers Souls (E. Selwyn, 1932)

 


On comprendra aisément en voyant et analysant cette couverture que les sources documentaires des auteurs sont à relier à un vaste imaginaire ayant parcouru la littérature, le cinéma et l’ensemble des moyens d’expression depuis le début du XXème siècle : les transformations sociales et technologiques issues de la fin du XIXème siècle nourriront le roman d'aventure qui prendra en compte la développement des villes au travers des leurs nouvelles populations (Les Mystères de Paris d'Eugène Sue dès 1842) et du progrès scientifique (œuvres de Jules Verne ou d’H.G. Wells). La motorisation des transports, la facilité et la vitesse des déplacements par le train, l'automobile puis l'avion feront rêver les lecteurs alors que la nostalgie d'un « monde perdu » (Conan Doyle, 1912) antérieur à ce progrès accompagnera notablement les Aventures de Tarzan imaginées par Edgar Rice Burroughs (1912 également), pour ne donner que ce seul exemple. Un autre facteur du succès du roman d'aventure est le goût de l’ailleurs entretenu par les récits de voyages et les biographies des explorateurs : citons le Journal d'un voyage à Tombouctou de René Caillié (1830), Voyage aux grands lacs d'Afrique orientale de Richard Francis Burton (1857 - 1859), À travers le continent mystérieux d'Henry Morton Stanley (1878), ou encore lesrécits romanesques postérieurs de Rudyard Kipling (Le Livre de la jungle, 1894) et de Joseph Conrad (Au cœur des ténèbres, 1899).

 

De pages en bulles, Callède et Séjourné s’associent au final avec justesse et émotion aux découvertes fondamentales effectuées par les anthropologues, archéologues généticiens et linguistes : L’Appel des origines contient en germe la recherche de l’Afrique, berceau de l’humanité, des rêves et d’une aventure d’éternité par définition encore en devenir.

 


 

La genèse d’une couverture, commentée par Gaël Séjourné 

 

 Tout vient à point à qui sait attendre, voici les nombreuses étapes de gestation de la couverture, et j'en ai passé...

 

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 En résumé tout est parti de la couverture « 0 » où nous avions décidé avec le scénariste de mettre Anna en évidence sur un décor de Harlem, tout en essayant de préciser à quelle époque l'histoire se déroulait.


 Après quelques recherches, Callède regrettait de ne pas prévenir le lecteur que cette histoire nous entrainera en Afrique, d'où mon idée de rajouter un bandeau en haut qui symbolise l'expédition perdue dont Anna va suivre les traces.

 

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 La couverture n°1 nous plaisait bien mais la directrice de collection n'était pas hyper emballée. Elle a fait travailler un graphiste, dont je vous fais grâce des propositions car c'était plus que médiocre ! Du coup, j'ai fait plusieurs propositions dans tous les sens (couvertures n° 2).

 

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En couvertures n° 3, je suis allé dans la direction des affiches de films d'aventure de l'époque.

 

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Puis Valérie Aubin (la directrice de collection), vexée, a eu la bonne idée de remettre le projet entre les mains d'un autre graphiste dont j'ignore encore le nom, qui a fait beaucoup de propositions très intéressantes (couverture n° 4). C’est de celles-ci que nous avons tiré la bon visuel final après quelques ajustements.

 

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4

 

 


Pistes supplémentaires 

 

-   http://www.ventsdouest.com/bd/l-appel-des-origines-tome-01-9782749305509.htm

Page dédiée à la série sur le site de l’éditeur

 

-   http://www.usa-decouverte.com/culture.html

Un panorama de la culture américaine

 

-   http://www.techno-science.net/?onglet=articles&article=3&page=6

Quelques gratte-ciel entrés dans l’histoire

 

-   http://www.ouiphilblues.com/historique.html

Une histoire du blues et du jazz

 

-   http://mletourneux.free.fr/

Site consacré au roman d’aventures

 

-   http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=425&chkDetails=on&hidetop=1

http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=508&chkDetails=on&hidetop=1

Autour des années 1920-1930... en BD

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine

- Images toutes ©Vents d’Ouest - Callède, Séjourné & Verney. 2011. 

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 13:42

La collection "La bulle au carré" renaît !


http://www.labd.cndp.fr/spip.php?article1178
 

 

Rencontre dédicace pour ma part prévue le samedi 25 juin (15h) à la Cité BD d'Angoulême,

pour l'inauguration de l'exposition consacrée.

http://www.citebd.org/local/cache-vignettes/L505xH758/PiratesAFfiche-232b3.jpg

http://www.citebd.org/spip.php?rubrique252

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