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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 13:42

La collection "La bulle au carré" renaît !


http://www.labd.cndp.fr/spip.php?article1178
 

 

Rencontre dédicace pour ma part prévue le samedi 25 juin (15h) à la Cité BD d'Angoulême,

pour l'inauguration de l'exposition consacrée.

http://www.citebd.org/local/cache-vignettes/L505xH758/PiratesAFfiche-232b3.jpg

http://www.citebd.org/spip.php?rubrique252

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 08:29

A paraitre le 15 juin 2011 !

 

 

 

Sherlock Holmes, enquête dans le 9ème Art

 

220 pages illustrées 


Sherlock preview


 

Pirates & Corsaires dans la bande dessinée : des bulles à l'abordage !

 

250 pages illustrées


Pirates preview

 

 

Spirou, aux sources du S...

 

255 pages illustrées 


Spirou preview

 

 

Ouvrages disponibles dans les libriaires générales et spécialisées

 

Sur Amazon :

http://www.amazon.fr/Philippe-Tomblaine/e/B004MU8R9U

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 18:23

 

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Notre Mère la Guerre

 

Maël & Kris

Futuropolis, 2009.


 

  Couverture finale t.1

 

 

DOSSIER en ligne et téléchargeable  :

 

Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/0001130873d910860f561


 

Mémoires de guerre(s)

 

Illustrer la dramaturgie des deux guerres mondiales est une vieille affaire de la bande dessinée : dès 1939, se succèdent aux Etats-Unis puis en France des illustrés réalisés « à l’ancienne » (illustrant avec une feinte naïveté les faits d’armes héroïques du premier conflit mondial) et des comics évidemment très partisans. En 1944, sous la pression alliée, la France commence à entreprendre un vaste chantier de reconstruction idéologique : le dessinateur Marijac lance de sa propre initiative le magazine hebdomadaire Coq Hardi et la série parodique Les trois mousquetaires du Maquis. Entre esprit de résistance et défense des valeurs nationales, les périodiques d’alors importent des bandes américaines ou innovent en misant sur de jeunes créateurs (c’est l’origine de l’âge d’or de la BD franco-belge, dès 1945). Aux USA comme en Angleterre, les auteurs s’impliquent dans le conflit ou en extraient leurs propres souvenirs de guerre, pour lancer diverses séries mettant en scène les combats en Afrique du Nord ou la bataille du  Pacifique : Milton Caniff lance Steve Canyon en 1947 (sur le modèle de son célèbre Terry et les Pirates) tandis qu’Hugo Pratt créera en 1957 Ernie Pike (inspiré du correspondant de guerre Ernest Pyle, tué en 1945) et en 1969 Les Scorpions du  désert. Délivré du discours pontifiant sur une guerre « propre », les auteurs osent dès les années 1950 présenter les affres d’une guerre « sale » et immorale.


 Ces lectures de jeunesse donneront lieu dès les années 1980 à une lecture beaucoup plus nuancée de la guerre : en noir et blanc, le 9ème Art évoquera tour à tour la Shoah (Maus, par Art Spiegelman en 1987), le drame de la destruction du Japon (Gen d’Hiroshima (1983), d’après l’expérience de l’auteur, Keiji Nakazawa), l’endoctrinement fasciste (L’histoire des 3 Adolf, par Osamu Tezuka en 1983) ou les lendemains du Débarquement en juin 1944 (La Guerre d’Alan, par Emmanuel Guibert (2000), d’après le récit authentique du vétéran Alan Cope).


Parallèlement, l’œuvre de Jacques Tardi, fortement engagée sur la Première Guerre Mondiale (C’était la guerre des tranchées (1993) ou Journal de guerre (2008)) réinvestit différents filtres culturels et mémoriels (témoignages directs ou indirects, sources historiques et muséologiques, influences artistiques) et permet aujourd’hui un retour nécessaire du travail historique, entre discours scientifique et sémiologique des apports spécifiques de la bande dessinée, émotion et compassion. Inspiré par Tardi et par le contexte, de nombreux auteurs contemporains on réinvesti le champ de bataille du premier conflit mondial, déclinant le plus souvent plusieurs thèmes sous l’apparence d’un seul (le récit guerrier) : citons ici Le Front (Juncker, 2003), Le Sang des Valentines (De Metter, 2004) Fritz Haber (Vandermeulen, 2005), Le Coeur des batailles (Morvan et Kordey, 2007) ou L’Ambulance 13 (Cothias et Mounier, 2010) sans oublier la « mise en bulles » des formidables témoignages délivrés dans Paroles de Poilus, Paroles de Verdun (2006 et 2007) et Vies tranchées, les soldats fous de la Grande Guerre (2010).


Au Cinéma, on relèvera une évolution parallèle : le premier film antimilitariste demeure Les Sentiers de la gloire (Stanley Kubrick, 1957), suivi, dans les années 1970, décennie contestataire et farouchement opposée à la Guerre du Viêt-Nam, par Les Douze Salopards (Robert Aldrich, 1967), Les hommes contre (Francesco Rossi, 1970) et Patton (Robert Aldrich, 1970). Plus près de nous, La vie et rien d’autre (Bertrand Tavernier, 1989), Il faut sauver le Soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998) ou Joyeux Noël (Christian Carion, 2005) entérinent un genre nouveau, repris par plusieurs auteurs du 9ème Art : le film ou le récit de guerre traditionnel se mêle à la fable didactique autant qu’au drame historique, n’interdisant ni un cynisme quasi-permanent ni une volonté philosophique d’interroger sur la portée éthique ou morale des valeurs nationales.

 

 

 

L’intrigue en résumé 

 

 

 Notre Mère la Guerre - Première Complainte (2009) :

 

En 1935 à Soulac dans le Tarn-et-Garonne, un vieil homme affaibli et alité nommé Roland Vialatte se confie à un prêtre. Vingt ans auparavant, en janvier 1915, autour de Méricourt, en Champagne pouilleuse. Alors que la guerre fait rage, trois femmes - une serveuse de bar, une infirmière de la Croix Rouge et une journaliste canadienne - sont retrouvées assassinées sur le front, mystérieusement accompagnées par une lettre d’adieu... signée de leur assassin. Pressé par un état-major soucieux de régler au plus vite l’affaire, le lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte est chargé de cette enquête délicate en première ligne des combats.

 

Notre Mère la Guerre - Deuxième Complainte (2010) :

 

Janvier 1915, l’armée compte ses morts. Les noms des soldats disparus résonnent dans les plaines encore marquées par les combats incessants. Pour les rescapés de l’escouade du caporal Peyrac, il s’agit avant tout de ne pas sombrer dans la folie face à la mort, omniprésente. Julien Dussart, dit Jolicœur, blessé et coincé au milieu du champ de bataille, et c’est toute la troupe qui se mobilise là où la moindre source de vie est synonyme d’espoir. Le Lieutenant Vialatte, lui, a été envoyé au front pour tenter de retrouver le meurtrier d’un tout autre genre de victimes, féminines, dont le nombre ne cesse d’augmenter. Entre deux salves ennemies, l’enquête avance. 

 

Image1

 

 1ère de couverture pour Notre Mère la Guerre. 2, Deuxième complainte

par Maël et Kris

 

Futuropolis, 2010

 


Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé des ces deux albums :

 

A.   Etude des textes et paratextes

 

1.    Relevez le titre du premier l’album.

Que nous apprend-il sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.    Quels renseignements supplémentaires nous donne le sous-titre « première complainte » ?

 

3.    La typographie du titre nous renseigne-t-elle sur le genre du récit ?

 

4.    Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.   Etude des images et dessins

 

5.    Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-       Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-       Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-       Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-       Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-       Couleurs dominantes ?

-       Présence ou non de personnages identifiables ?

-       Lieux, époque et actions ?

 

6.    D’après l’ensemble des éléments dessinés listés (1ères et 4èmes de couvertures), quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

7.    Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?  

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

8.    Que suggèrent les couleurs employées ?

 

9.    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?  

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Le paysage est désolé et la mort omniprésente : voici, très vite, quels seront les deux principaux thèmes probablement relevés par la grande majorité des observateurs de la première de couverture du tome 1 de Notre Mère la Guerre. Le contexte de la Première Guerre Mondiale est lisible par le biais d’une tranchée (boueuse et torturée, fabriquée avec des éléments de fortune) et par un titre complexe, renvoyant aussi bien à l’expression « la mère des batailles » qu’aux idées conjuguées d’univers originel, de passage obligatoire et de domaine religieux. Ce « notre père » inversé, tracé de lettres noires morbides, tend à renvoyer vers l’idée dérangeante d’une déesse mère maléfique, cet effet étant encore souligné par le sous-titre de l’œuvre (première complainte) : le domaine de la chanson tragique traduira cette fois-ci l’épopée héroïque des différents acteurs du drame, narré telle une douloureuse confession par Roland Vialatte.

 

A ce premier champ exploratoire se substitue rapidement toute une série d’indices ou de faits mystérieux, constitutifs du « polar » dissimulé sous le récit historique : tout d’abord un corps (celui d’une infirmière étrangement armée), dont la pose sans vie ne laisse apparaitre que le visage cadavérique et quelques traces de sang inquiétantes. L’absence de tout soldat, ensuite, qui laisse présumer d’un quelconque boyau ou secteur abandonné, propice à tous les règlements de compte. Les arbres nus et déchiquetés, l’arme éteinte, la femme tuée (on fera le rapport entre cette non-présence et le titre) ainsi que le choix des couleurs terreuses et grisâtres connoteront une nouvelle fois une mort dédoublée : celle, massive et inhumaine, apportée par la Guerre, comprise comme sous-jacente de l’univers décrit et celle, plus individualisée et sans doute plus criminelle, ayant frappée très précisément cette jeune femme.  Autre absence notable : celle du héros-soldat ou de l’enquêteur attendu, qui laisse présager d’un rôle fort dévolu au lecteur et d’une démarche subjective des auteurs.

 

En 4ème de couverture de ce premier album, d’autres détails nous sont fournis : dans la nuit, les hommes montent au front, probablement au cours des premiers mois de la guerre, comme le laissent deviner les uniformes (le malheureux pantalon rouge garance et le képi en tissu seront remplacés par la  fameuse tenue bleu horizon au début de l’année 1915) et le cheval servant à la logistique. De nouveau, aucun personnage ne se détache vraiment de cette petite troupe : seules les lunettes d’un lieutenant militaire traduiront une différence entre cet homme (qui ne porte pas de fusil ni de paquetage) et les autres...

 

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  4èmes de couvertures pour Notre Mère la Guerre. Tomes 1 et 2

 par Maël et Kris

 

Futuropolis,2009 et 2010

 

 

Les 1ères et 4èmes de couverture de Notre Mère la Guerre, Deuxième complainte réinvestissent de manière plus explicite le champ religieux et liturgique : une troupe d’hommes (nous pourrons reconnaitre le soldat à la pipe visible en 4ème de couverture du tome 1) s’est abritée dans la nef d’une église dévastée, tous ayant l’air anxieux et la peur au ventre. Au dos, un homme seul prie, à la lumière vacillante d’un autel et à proximité des soins donnés par les infirmières aux blessés du conflit : sans voir son visage, nous reconnaitrons cette fois-ci l’officier (casquette et gabardine) visible en 4ème de couverture du tome précédent.

 

L’ensemble de ces éléments est naturelles plus révélateur de la volonté ciblée des auteurs : le récit de guerre est d’office évacué par une imagerie non constitutive de la sauvagerie physique des affrontements, au profit d’un discours engagé, ancré sur la propension psychologique de la guerre à détruire l’âme humaine. Hommes ou femme, combattants ou infirmière, jeunes ou vieux, toutes et tous se retrouvent moralement impliqués dans un théâtre d’ombres où les acteurs doivent accepter malgré eux - et parfois sans comprendre - le destin tragique qui est le leur.

 

Dans ce monde éminemment masculin, la femme se transmue en une quête aux accents mythologiques : outre l’antinomie offerte par « la » guerre et « la » mort comme catharsis maternelle, c’est « la » vie qui est recherchée par tous les biais au cours de différentes séquences qui seront précisément le cadre attendu du « repos des soldats » (prière, sexualité ou nourriture). Cet angle métaphysique et spirituel est ici du ressort du récit d’apprentissage : en 1ère et 4ème de couverture du tome 1, la croix rouge de l’infirmière et la route prise par les soldats renverront à cette idée de cheminement et de sacrifice, à cette intersection symbolique entre l’Homme et l’esprit divin, choix ultime auquel est confronté le héros au seuil de la mort en ouverture de l’œuvre. Nous retrouverons au final rassemblés ces symboles dans l’image de Vialatte priant aux pieds d’un Christ « outragé » par la Guerre.

 

Dans Notre Mère la Guerre, l’Homme affronte l’homme sans courage ni volonté : on ne distinguera en couverture que peur, lâcheté ainsi qu’une insaisissable camaraderie constitué de non-dits et de méfiances. La poésie offerte par ce diptyque est à vrai dire relativement inhumaine : c’est sans doute pour cela, parce qu’elle résonne comme un effrayant poème de Villon ou telle l’ironique et douloureuse Chanson de Craonne,  qu’elle nous émeut au plus haut point...



Pistes supplémentaires 

 

-   http://www.futuropolis.fr/fiche_titre.php?id_article=717195

Page dédiée à la série sur le site de l’éditeur.

 

-   http://www.bdgest.com/preview-573-BD-notre-mere-la-guerre-premiere-complainte.html 

http://www.bdgest.com/preview-749-BD-notre-mere-la-guerre-deuxieme-complainte.html 

Prévisualisations des tomes 1 et 2.

 

-   http://www.bodoi.info/magazine/2009-09-14/kris-scrute-lhomme-en-guerre/20556 

Interview du scénariste Kris sur le site Bodoï.

 

-   http://mael-dessousdetable.blogspot.com/ 

Blog de Maël.

 

-   http://www.curiosphere.tv/guerre14_18/ 

http://www.crdp-reims.fr/memoire/bac/1GM/menu.htm 

http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=423&chkDetails=on&hidetop=1 

http://www.museeairespace.fr/fileadmin/user_upload/Pdf/presse/Communiques/cp-putain-de-guerre.pdf 

Autour de la 1ère Guerre mondiale... en BD

 

 

 

 

Entretien avec Maël :

 

1. Pouvez-vous expliquer votre rencontre artistique et la genèse de ce projet ?

 

En 2006, alors que je termine Dans la colonie pénitentiaire [NdA : scénario de Sylvain Ricard, édit. Delcourt] et que je prépare L'Encre du passé fraîchement signé chez Dupuis [scénario par Antoine Beauzat], Claude Gendrot (ancien directeur éditorial chez Dupuis et éditeur pour Futuropolis depuis quelques mois alors) me contacte pour me proposer de travailler avec Kris sur un projet qui a pour cadre la Première Guerre Mondiale. À cette époque, Kris et moi ne nous connaissons pas. J’ai lu Un homme est mort [dessin par Etienne Davodeau, Futuropolis, 2006] et Coupures irlandaises [dessin par Vincent Bailly, Futuropolis, 2008], qui m’ont bien emballés ; Kris a lu Les Rêves de Milton [scénario de Frédéric Féjard et Sylvain Ricard], est séduit mais pas totalement convaincu par mon approche graphique. Ce sont les premières planches de L'Encre du passé qui achèveront de le convaincre. Il faut dire qu’il porte le sujet de Notre Mère la Guerre depuis longtemps, c’est pour lui un projet d’une grande importance, il faut trouver LE dessinateur pour cette histoire, et plusieurs noms plus prestigieux ont déjà décliné. De mon côté, ma première réaction est un mouvement de recul : la Première Guerre Mondiale, après Tardi et tout un tas d'autres créateurs talentueux (pas seulement en BD), et alors qu’en pleine escapade japonisante j’ai déjà sous le coude un projet en tant qu’auteur complet, franchement, ça me fait un peu peur...

 

Et puis, je reçois le script : intention, synopsis, parti-pris, ébauches de personnages. J’y repense plusieurs jours durant. Il y a un souffle, là-dedans, une matière brute, qu'il est rare de trouver dans un simple projet de bd. La guerre n’est pas le cadre de l'histoire : la guerre EST l'histoire, et inversement. L’angle est original, l’ambition presque excessive, et ça change vraiment de Tardi. Évidemment, « quelle connerie la guerre », mais là c’est plus nuancé, la fiction et l’épaisseur des personnages (antagonismes) devraient permettre d’explorer plus de facettes. Sur la forme, je n’ai pas de réserves, Kris est un bon scénariste, il sait raconter et dialoguer. Mes derniers remparts tombent quand j’ai la certitude, après discussion avec Kris et Claude Gendrot, qu’on ne prend pas le chemin du polar non plus, que l’intrigue, l’enquête, sont un moyen d'installer les situations extrêmes qui révéleront les personnages, les « hommes en guerre ».


Et donc, en 2007, nous disons « oui » à Notre Mère la Guerre, qui entre-temps a été redécoupé en trois parties.

 


   2. Quelles furent vos volontés artistiques ou éthiques, autour de la conception de ces couvertures ? Y’a-t-il eu par exemple des détails ou des scènes que vous ne vouliez pas montrer ?

 

Précisément : nous avons décidé assez vite de ne pas montrer une scène de chaque livre en particulier, du moins pas de la même façon. Mais il n’y a pas eu non plus d'autocensure. Il faut reprendre l'historique de la couverture de la Première complainte pour comprendre :

 

-              la direction artistique de cette couverture, orchestrée en particulier par Didier Gonord, tenait compte d'un point sur lequel nous sommes tombés d’accord, après discussion autour de nos premières idées : pas question de laisser dériver l’image de couverture de ce livre vers une scène de genre ou une illustration réductrice. Si vous regardez les premières aquarelles de recherche, vous voyez pas mal de pistes finalement anecdotiques, sans grand mystère (cf. premières images ci dessous).

 

-              à nos yeux, Notre Mère la Guerre n’est pas une « BD sur la guerre », ni un « polar », etc. C’est un peu tout ça, mais notre sujet est : qu'est-ce que la guerre (celle-ci en particulier, emblématique) fait de l’Homme (hommes et femmes) ? Nous avions aussi un titre fort : Notre Mère la Guerre, en soi, c’est tout un monde possible, à la limite de la provocation métaphysique.

 

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Recherches inédites pour Notre Mère la Guerre. 1, Première complainte

 

 

par Maël (2009)

 

 

 

Comment ont évolué la charte graphique, le visuel principal, les pages de garde, etc. ?

 

  Partant de là, Didier Gonord a fait une proposition très allégorique, qui donnait tout son sens à cette approche, mais qui nous éloignait trop, pour le coup, de notre récit, de nos personnages (cf. roughs numériques ci dessous).


 

NOTRE MERE-3 COUVS

 


Tenant compte de l'articulation en trois parties, cette piste imaginait décliner trois figures féminines de la guerre : la Nation emmenant ses fils à l'assaut, la République protégeant ses enfants, la Piéta pleurant ses morts. Le tout faisant référence, bien sûr, aux images de Delacroix, Michel-Ange...

Jugées trop désincarnées par rapport au récit, ces images ont été écartées comme pistes de couverture (mais pas de livre comme on le verra plus tard).

Est restée, tout de même, l’idée de ne pas faire redondance avec le titre (donc pas d’image de guerre des tranchées à proprement parler), et de replacer la figure de la femme (en creux, en repoussoir dans ce premier tome) dans le cadre du récit.

 

J’ai donc réalisé des esquisses de cette scène avec l’infirmière, qu’on pouvait croire endormie ou blessé au combat, avec notre gendarme Vialatte dans le champ. On a rapidement compris que la présence de notre personnage principal remettait trop d’anecdotique dans l’image, qui gagnait en mystère si on le retirait.

Mais, du coup, on était frustrés de ne pas montrer plus d’éléments concrets du récit - et là, on a opté pour une illustration « complémentaire » en 4ème de couverture, qui vient vraiment compléter la couverture en ramenant sur le parcours du personnage au fil de son enquête sur le front (proposition, là encore, de Didier Gonord).

Le principe artistique pour toutes les couvertures de cette série était ainsi défini : le mystère, le sous-texte, le « sous-jacent » en 1ère de couv’, le récit, le « terre-à-terre » en 4ème de couv’.

 

Quant à la piste allégorique, elle a trouvé sa place en page de titre, et permet de recoller à la dimension plus métaphysique du récit.

 

 

3. Comment se détache-t-on des albums - voire des affiches de films - déjà parus sur le sujet, sans parler de l'impact encore récent des œuvres de Jacques Tardi ?

 

Concernant la comparaison (inévitable), ou référence, à Tardi, c’est simple : nous ne faisons pas la même chose, et ne prétendons pas imiter une œuvre qui, en soi, est d’un aboutissement incomparable. Notre Mère la Guerre essaie, grâce à l'usage de la fiction, d’approcher des points de vue subjectifs, pas toujours à l’unisson ; Tardi, qui utilise une petite part de fiction comme fil rouge dans un travail de reconstitution, propose quelque chose de plus réel, de plus direct aussi.

 

Pour parler plus particulièrement des couvertures d’albums par rapport à d'autres visuels sur le même thème, comme dit plus haut, nous ne voulions pas d’illustration de type « guerre des tranchées », c'était une option trop réductrice. L’originalité étant contenue dans le titre, on pouvait proposer des images de couverture un peu moins directes et explicites. Pour le tome 2, Kris tenait particulièrement à focaliser sur la section Peyrac, et avait une idée très précise de ce qui devait sortir de ce portrait de groupe, ce côté « posé devant l'objectif », avec un regard dur et interrogateur vers nous qui les regardons, comme chargé de reproches. Pour éviter là encore de tomber dans l'illustration estampillée « guerre des tranchées », on a situé ça dans une église en ruines que j’avais déjà campée dans une précédente recherche, avec une approche de couleurs tirant vers le Sépia, pour accentuer l'aspect « photo », dans les mêmes tons que les terribles souvenirs de Peyrac.

 

 

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Recherches inédites pour Notre Mère la Guerre. 2, Deuxième complainte

 

par Maël (2010)

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine - Images toutes ©Futuropolis - Maël & Kris. 2011.

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 18:10

Couverture Alix Page 1 Image 0001

 

Alix : L'Enfant grec

par J. Martin

à paraitre aux éditions Magnard (Collection Classiques & Contemporains) 

en juin 2011 aux cotés de 5 autres titres. 

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 11:49

Enfin des nouvelles...

et des couvertures des différents ouvrages en cours, tous à paraitre le 14 juin 2011...

 

 

couv.jpg

 

Commençons par

Sherlock Holmes dans la bande dessinée : enquête dans le 9ème art,

entièrement finalisé à ce jour (voir articles précédents et page perso pour détail du contenu).

 

La maquette de cette couverture (ainsi que les visuels suivants) est réalisée par la talentueuse Isabelle Archambault.

 


 

 

Quelques unes des propositions pour

Pirates & Corsaires dans la bande dessinée : des bulles à l'abordage !

 

Pirates 1 

 

J'ai très vite adopté la 1ère proposition, aussi bien pour la composition générale que pour le choix des éléments représentés (logiquement, un pirate, un navire et la mer !) de manière fluide.

 

 

Pirates 2

 

 

Ocres ou sépias, c'est bien, mais un peu de bleu (mer), c'est mieux ! Et hop, la couverture finalisée...

 

 

Pirates 3

 

En interview dans cet ouvrage de 200 pages illustrées, retrouvez :

 

Bonifay, Philippe et Terpant, Jacques - Pirates (Casterman, 2001 à 2007)

Bourgne, Marc /Bonnet, Franck - Les Pirates de Barataria (Glénat, depuis 2009)

Brrémaud, Frédéric / Lematou - Histoire des plus fameux pirates (Delcourt, depuis 2009)

Charlier, Philippe - Barbe-Rouge (Dargaud, 1961 - 2004)

Chauvel, David / Simon, Fred  - L’Ile au trésor (Delcourt, 2007 à 2009)

Conrad, Didier - Donito (Dupuis, 1991 à 1996)

Bingono, Brice - Pavillon noir (Soleil, depuis 2011)

Corteggiani, François et Tranchand, Pierre - Marine (Hachette/Lombard, 1984 - 1992)

Duval, Stéphane - Gitans des mers (Dupuis, depuis 2010) 

 Hermann et Yves H. - Le Diable des sept mers (Dupuis, 2008 - 2009) 

Créty, Stéphane - Hannibal Meriadec et les larmes d'Odin (Soleil, depuis 2009)

Filippi, D.P et Liberge, Eric, Les Corsaires d’Alcibiade (Dupuis, depuis 2004)

Mitton, Jean-Yves - Les Survivants de l’Atlantique (Soleil, 1992 à 2003)

Perrissin, Christian - Barbe-Rouge (Dargaud, 1999 - 2004, avec M. Bourgne) et La Jeunesse de Barbe-Rouge (Dargaud, 1996 - 2001, avec D. Redondo)

Riff Reb’s - A bord de L'Etoile Matutine (Soleil Prod., 2009)

Robet, Dominique et Alain - Gabrielle B. (Emmanuel Proust Editions, 2005 - 2008)

Appolodorus, Olivier - Ile Bourbon 1730 (Delcourt, 2007)

 

 

 


 

 

 Spirou, aux sources du S...

 

Spirou 1

 

 Là encore, c'est la 3ème proposition qui m'a tout de suite parue la plus logique : Spirou s'interrogeant sur sa propre énigme, avec ce "S" emblématique allant du titre à son personnage...et vice  versa. Ceci sans compter les légendaires couleurs (rouge, noir et blanc)...

 

 

spirou2.jpg

 

 

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 17:45

Livres parus ou à paraitre...

Pour plus de commodités, retrouvez désormais l'actualité éditoriale de l'auteur de ce blog
sur la page

http://couverturedebd.over-blog.com/pages/Lactualite_editoriale_de_lauteur-2676722.html
                                                      

         



De JUIN 2011 à JANVIER 2012...

(Visuels non représentatifs de la couverture finale)

 

 

juin 2011

 

 

Extrait exclusif :

 

 

 

  spirou couv

 

juin 2011

 

 

  pirates couv

 

 juin 2011

 

 

 

guerre couv

 

janvier 2012





        

Retrouvez ces ouvrages à la vente

sur le site Amazon :

 

http://www.amazon.fr/s?_encoding=UTF8&search-alias=books-fr&field-author=Philippe%20Tomblaine

 

 

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 18:07

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

 

Tintin et les Picaros

Hergé

Casterman, 1976.

 

Pages de Tintin Et Les Picaros Page 1 Image 0001

 

DOSSIER en ligne et téléchargeable  :

 

Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/0001130870e9829002b1b

 

La création d’un univers

 

 Paru en 1976, Tintin et les Picaros fut le dernier album finalisé entièrement par Hergé et ses proches collaborateurs. La genèse de ce 23ème album fut passablement longue et compliquée par la volonté de l’auteur d’y faire de nombreuses allusions à la situation politique internationale des années 1960. Initialement conçu comme une suite directe des Bijoux de la Castafiore (22ème titre de la série, paru en 1963), le récit débutait par un détournement d’avion avant de retrouver Tintin en Amérique du Sud, dans un contexte révolutionnaire où devait dès lors se poser la question de son engagement, voire de son militantisme. Les grandes lignes de ce premier synopsis ne furent réadaptées par Hergé qu’une décennie plus tard, après la parution intermédiaire de Vol 714 pour Sydney en 1968,  album qui reprit pour sa part l’idée du piratage aérien.

 

Lors de sa parution, Tintin et les Picaros eut un énorme succès commercial, notamment en raison de l’absence prolongée de nouveauté liée au personnage ; on ne manquera cependant pas d’y voir la décomposition progressive de l’univers de Tintin c, après le huis clos des Bijoux de la Castafiore et l’aventure effacée de Vol 714 pour Sydney. Ayant quitté ses éternels pantalons de golf pour un jean marron, le héros affronte une ligne claire démystifiée, où l’aventure ne tente plus personne et où la réalité du monde contemporain devient omniprésente. Bien que fictif, le San Theodoros, théâtre perpétuel des affrontements entre l’armée et les guérilleros révolutionnaires, ressemble comme deux gouttes d’eau à l’un de ces nombreux pays d’Amérique du Sud, tour à tour terre d’accueil pour les anciens dignitaires nazis,  dominion sous influence du blocs de l’Est ou de l’Occident, et également terrain de lutte au profit du pouvoir personnel.  Le coup d’État réussi à la fin de l’album par Alcazar n’est pas sans rappeler celui de la révolution cubaine de Fidel Castro, accomplie en 1959 avec un faible nombre d’hommes (les « Barbudos », les barbus). L’auteur ne fait pas de concession à l’ami de Tintin : Alcazar apparaît illettré, cupide et imbu de lui-même. Il désire en effet rebaptiser la capitale « Alcazaropolis », et personnifie le régime dictatorial tout autant que son prédécesseur et ennemi, le général Tapioca. De fait, il n’en sera qu’un « reflet », annoncé graphiquement par la misère régnant toujours au final d    ans le pays et lors du départ de Tintin.

 

 

L’intrigue en résumé 

 

 

 Lors d’un voyage au San Theodoros, La Castafiore et les Dupondt sont arrêtés arbitrairement par le régime du général Tapioca. Haddock, le professeur Tournesol puis Tintin se rendent successivement sur place pour leur venir en aide. Accueillis mais surveillés par les hommes du dictateur, nos amis tenteront d’échapper à la surveillance et à la vengeance du colonel Sponsz lors de la visite d’une ancienne pyramide aztèque perdue au cœur de la jungle…

 

 

 

tintin

 

 L'ensemble des Aventures de Tintin.

 

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé de l’album :

 

A.   Etude des textes et paratextes

 

1.      Relevez le titre de l’album.

Que nous apprend-il sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.      Trouvez le nom de la série. Pourquoi n’apparait-il plus selon vous sur cette couverture ?

 

3.      Existe-t-il un ou plusieurs rapport(s) entre le titre de l’album et celui de la série ?

La typographie de la série ou du titre nous renseignent-elles sur le genre du récit ?

4.      Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.   Etude des images et dessins

 

5.      Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-         Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-         Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-         Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-         Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-         Couleurs dominantes ?

-         Présence ou non de personnages identifiables ?

-         Lieux, époque et actions ?

 

6.      D’après l’ensemble des éléments dessinés listés, quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

7.      Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

8.      Que suggèrent les couleurs employées ?

 

9.      Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Ayant compris dès 1934 l’intérêt à tirer d’une couverture particulièrement accrocheuse, Hergé s’est par la suite toujours refusé à cet effet de facilité consistant à en faire un quasi-résumé du contenu de l’album. Ce principe traditionnel est à l’œuvre sur les visuels des premières aventures du héros reporter (Tintin au Pays des Soviets (1930), Tintin au Congo (1931) et Tintin en Amérique (1932)) puis se transforme à partir des Cigares du Pharaon au profit de trois nouveaux éléments : une image directe, relativement frappante et mystérieuse ; un titre court, à la fois évocateur et intriguant mais parfois sans véritable lien avec l’image ; la disparition relative du mot « Tintin ».

 

 Le titre Tintin et les Picaros occupe une place importante, inséré dans un cartouche qui le met en valeur, outre sa propre typographie. Inscrit en noir sur fond jaune, il s’en réfère ici essentiellement au genre Aventure, représenté graphiquement par le contexte exotique de la jungle sud-américaine. Plus qu’une simple vignette extraite de l’album - et qui n’y apparait d’ailleurs jamais telle quelle - l’image s’avère porteuse d’un suspense littéralement romanesque, aspect du reste initialement renforcé par la publication feuilletonesque de l’histoire au fil de l’hebdomadaire Journal de Tintin durant l’année 1975. C’est pour de strictes raisons commerciales que les éditions Casterman contraignirent Hergé dès 1968 à reprendre le nom du héros dans le titre, après un nombre conséquent d’albums dépourvus de cette présence homonyme fort logiquement évocatrice.

En toute connaissance de cause, Hergé reprend donc ici un titre faussement simpliste, où un Tintin connu de tous côtoie de bien « étrangers » Picaros : arrondi et biseauté, le lettrage adopté par l’auteur depuis 1934 encre pour sa part l’album dans la continuité de l’œuvre, voire même plus largement de l’univers de la ligne claire, puisque ce véritable standard iconique sera repris tel que aussi bien par Jacobs pour Blake et Mortimer que par des auteurs ultérieurs tels Ted Benoit, Floc’h, Chaland ou Sterne.

 

 On rappellera dans l’évocation sémantique du titre que Tintin et les Picaros ne fut qu’un second choix, adopté après un Tintin et les Bigotudos (« moustachus ») initial. La polysémie du terme « Picaros » y est probablement pour beaucoup : plusieurs réalités s’y croisent, tel un imaginaire latin ou sud-américain renvoyant aussi bien au mot « picaro » (miséreux, voleur, canaille) qu’au genre picaresque, dont on retiendra le profil antihéroïque et la vision sociale relativement pessimiste. L’évocation à mots couverts des partisans castristes permet à l’album de demeurer atemporelle et de profiter d’une liberté d’expression proche de celle exprimée dans le Lotus bleu (1936) ou dans Coke en stock (1958).

 

 Inscrit dans un ovale jaune, le titre ressemble plus que jamais à un phylactère sans appendice dont le format important (1/3 de la couverture) viendra évoquer le rapport à un verbal ou à l’expression silencieuse de l’album. Peut-être moins artificielle qu’à l’accoutumée, l’association du bandeau titre au dessin se fait sur un mode plus strictement bédéiste : devenu le garant à part entière de ses propres aventures, Tintin fait disparaitre in fine le bandeau du surtitre indiquant précisément et jusqu’à ce 23ème album « Les Aventures de Tintin ». Non significatif, selon les propres mots d’Hergé, et par conséquent déchargé de toute intentionnalité de pointer le caractère non aventureux de l’album (en opposition donc avec l’image), ce détail du surtitrage absent ne manquera pas d’interpeller le sémioticien ou le spécialiste de la geste hergéenne. Ce dernier, parfaitement conscient des similitudes entre l’œuvre et la vie intime de son auteur, constaterait ainsi la fin d’un cycle et l’immanence d’un personnage déjà appelé vers une éternité artistique.

 

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1ère planche originelle de l'album, telle que parue après modification de la première case.

 

 

 Inscrite parmi les « classiques » de la série, la couverture cherche à s’en rapprocher avec la figuration des quatre principaux protagonistes, bien connus des lecteurs mais plus acteurs des aventures passées que de cette ultime aventure annoncée. On pourra en outre s’étonner de l’absence du personnage d’Alcazar, protagoniste central de cet épisode et dont le rôle est plus développé que celui de Tournesol. La proche « famille » du héros, mise en vedette, s’apparente à un hommage du dessinateur : ces figures, secondaires au départ (le capitaine Haddock  apparait dans Le Crabe aux pinces d’or en 1940, le professeur Tournesol dans Le Trésor de Rackham le Rouge en 1943), ont toutes acquis leur légitimité et finalement permis à Tintin lui-même « d’exister », tel que le confirmera Hergé en 1979. L’attitude de chaque personnage est légitimée : Haddock et Milou se ressemblent, le scientifique et distrait Tournesol proteste tandis que Tintin ferme la marche et protège ses compagnons dans leur fuite.

 

Pour la première fois saisis dans une scène d’action haletante, les personnages d’Hergé ne touchent plus terre, dans une référence interne à la planche 26 de l’album où les héros, pris sous le feu croisé (du moins le croient-ils…) des partisans de Tapioca et d’Alcazar, tombent en réalité dans un traquenard. Visuellement, l’œil du lecteur suit une diagonale ascendante se dirigeant de l’escalier et de l’arrête de la pyramide vers le bas inférieur droit de la couverture, indiquant ainsi la marche à suivre pour lire les aventures de ces personnages. Cette ligne de fuite qui n’a jamais aussi bien portée son nom s’inspire tout naturellement du système de lecture  occidentale, dans un effet intensifié de célérité. Très proche de la couverture réalisée en 1952 par Hergé pour L’Eruption du Karamako, quatrième volet des aventures de Jo, Zette et Jocko, le dessin créé la complicité avec le lecteur en instaurant un principe d’entraide. Ainsi le lecteur imaginera-t-il les personnages courant vers lui comme s’ils avaient besoin de son aide, dans un contexte à la fois étranger (la jungle équatoriale luxuriante, la pyramide aztèque inspirée du monument maya El Castillo, situé à Chichen Itza au Mexique) et potentiellement hostile.

 

 

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Visuel de couverture pour L'Eruption du Karamako (1952).

 

 

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Pyramide de Kukulcan (El Castillo) sur le site archéologique de Chichen Itza (Yucatan, Mexique), datée du XIIème siècle.

 

 

 Extrêmement programmatique et archétypique du récit d’aventure exotique, la couverture offre ici un avant-goût du contenu de l’album sans rien dévoiler de ses principales articulations, et  encore moins du long refus de Tintin d’entrer véritablement dans l’aventure, ce qu’il ne fera qu’au détour de la vingt-et-unième planche… Gage de suspense et suspense elle-même, la couverture de Tintin et les Picaros, qui ne dévoile ni le danger que fuient les personnages ni la nature des « Picaros », multiplie les atouts nécessaires pour intriguer attirer le lecteur, et obéit de fait complètement à la notion de triple attente : désir de percer le secret du titre, désir d’élucider le suspense contenu dans l’illustration, désir de faire le chemin qui va de l’illustration au titre et du titre à l’illustration…

 

 

 

Pistes supplémentaires 

 

-       http://www.tintin.com

Site officiel : résumés des albums, présentations de l’auteur, personnages, dossiers thématiques. Forum ouvert aux fans.

 

-       http://www.bellier.org/tintin%20picaros/vue1.htm

Planches originales parues dans le Journal de Tintin en 1975

 

-       http://www.tintin.free.fr/aventures/voirbd.php?choix=picaros

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tintin_et_les_Picaros

Quelques renseignements autour de l’album.

 

 

 

-   

Monographies existantes :

-         Hergé et les Bigotudos, le roman d’une aventure (P. Goddin, Casterman, 1993 - 287 p.)

 A partir de l'exemple « Tintin et les Picaros », récit dont la gestation a duré près de 15 ans, et pour lequel une impressionnante quantité d'archives a été conservée, l'auteur décrit la genèse d'une histoire, depuis la première intuition de ce qui s'appela longtemps « Tintin et les Bigotudos » jusqu'à l'album terminé. Evoquant de manière vivante et rigoureuse les étapes de l'élaboration, Philippe Goddin révèle des gags méconnus, des séquences inédites, des versions abandonnées. Il nous montre aussi un Hergé en proie au doute, multipliant les hypothèses jusqu'au vertige, comme s'il craignait de laisser échapper l'essentiel

 

 

-         L’ultime album d’Hergé (L. Schuurman, Cheminements, 2001 - 204 p.)

 A travers l'analyse fouillée, argumentée et littéraire des Picaros, l'auteur s'ingénie à mettre en lumière les multiples signes de finitude qui en ponctuent le récit désabusé, ainsi que les règles, les motifs récurrents et les procédés de style qui ont fait le succès de l'écriture hergéenne, pour mieux embrasser, en définitive, l’œuvre toute entière.

 

  Dossier réalisé par Ph. Tomblaine. 2010.

Images toutes ©Hergé - Moulinsart SA.

 

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 10:58

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

Black Face

 

R. Cauvin et W. Lambil

Dupuis, 1983. 

 

 

black face couv 

 
Dossier à télécharger :
 

 

 

 

La création d’un univers, autour des Tuniques Bleues

 

 En reprenant en 1972 le travail graphique de Louis Salverius, Willy Lambil choisit, en accord avec son scénariste, de réduire l’équipe initiale de cinq personnages à seulement deux :

 

« C’est moi qui ai tenu à ce qu’ils ne soient que deux, qu’ils forment un duo à la Laurel et Hardy (Stan Laurel (1890-1965) et Oliver Hardy (1892-1957) ont formé, de 1917 à 1950, le duo comique de cinéma le plus célèbre du 20ème  siècle, en tournant dans plus d’une centaine de films burlesques, muets puis parlant). Je pensais qu’en étant plusieurs, ils perdaient en consistance. […] Deux personnages, c’est un maximum. »

Extrait de l’interview du dessinateur, dans Willy Lambil, Editions Toth, 2003  - p.27

 

 De son côté, Raoul Cauvin précise : « Les éditions Dupuis m’ont demandé de lancer un nouveau western. Comme je ne voulais pas me mesurer à Lucky Luke, et que j’étais incapable de faire ce type de western, j’ai opté pour ce qui était en vogue à l’époque, les films sur les uniformes bleus. Je ne connaissais rien à la Guerre de Sécession, mais j’aimais ces grands spectacles avec des indiens et des soldats de cavalerie. L’aventure a commencé aussi bêtement que cela, par l’influence de tous ces films dont j’étais vraiment fou à l’époque, notamment les grandes productions avec John Wayne. » L’époque était déjà celle du « western spaghetti», mais on peut citer dans la filmographie de John Wayne quelques références majeures : La conquête de l’Ouest (J. Ford et H. Hathaway - 1962), El Dorado (H. Hawks - 1966), et Rio Lobo (H. Hawks - 1970).

 

Détail qui a son importance : dans le premier album de la série (Un chariot dans l’Ouest - 1970), l’histoire est celle d’un western traditionnel, appuyé par toute son imagerie (chariots de pionniers, affrontements entre tribus indiennes et régiment de cavalerie, canyon et mesa), ce qu’illustre d’ailleurs parfaitement l’image d’archive choisie en page de titre.

 

Le titre de la série, « Les Tuniques Bleues », fait référence aux uniformes de l’armée américaine les plus connus, ceux portés entre 1872 et 1900 par les régiments d’infanterie et de cavalerie dispersés en garnison dans différents forts le long de la frontier, et directement chargé de la protection des convois de pionniers contre les Indiens.

 

 

 

L’intrigue en résumé 

 

 

 Black Face, un noir enrôlé dans l'armée nordiste comme fossoyeur, est envoyé en mission dans le Sud afin d'inciter les esclaves de sa couleur à se révolter contre les Confédérés. Persuadé à juste titre que la vie dans le Nord n'est pas meilleure que celle dans le Sud, il accepte la mission, mais en profite pour inciter à la révolte contre tous les Blancs.

 Echappant au contrôle du Caporal Blutch et du Sergent Chesterfield, Black Face et ses hommes s’attaquent aux femmes et aux enfants Sudistes, puis décident de s’attaquer au camp Nordiste.

 Devenus hors-la-loi, ils contraignent le général Alexander à leur opposer le brutal et raciste Lieutenant Ripley…

 

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé de l’album :

 

A.   Etude des textes et paratextes

 

1.      Relevez le titre de la série et celui de l’album.

Que nous apprennent-ils sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.      Trouvez le nom de la série.

 

3.      Existe-t-il un ou plusieurs rapport(s) entre le titre de l’album et celui de la série ?

La typographie de la série ou du titre nous renseignent-elles sur le genre du récit ?

 

4.      Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.   Etude des images et dessins

 

5.      Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-         Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-         Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-         Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-         Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-         Couleurs dominantes ?

-         Présence ou non de personnages identifiables ?

-         Lieux, époque et actions ?

 

6.      D’après l’ensemble des éléments dessinés listés, quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

7.      Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

8.      Que suggèrent les couleurs employées ?

 

9.      Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 L’album Black Face est le vingtième de la série Les Tuniques Bleues, et fut réalisé par Raoul Cauvin et Willy Lambil pour les Editions Dupuis en 1982. Contenant les deux ingrédients principaux de la saga (l’humour et la valeur dramatique du contexte belliqueux), le récit se rapproche néanmoins d’une tonalité plus sombre et nuancée, profondément historique, en traitant pour la première fois frontalement les questions de l’esclavage et de la situation des Noirs dans la Guerre de Sécession.

 

 

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Visuel de l'édition originale (1983)

 

 

 

Eléments de réponse :

 

A.       La 1ère de couverture présente généralement les héros dans une scène particulièrement accrocheuse et ayant une valeur synthétique du contenu de l’album. Les noms et rôles de Lambil et Cauvin y sont signalés, ainsi que le nom de l’éditeur (Dupuis) et le numéro de l’album dans la série (n°20, Les Tuniques Bleues). Le titre occupe une place importante, inséré dans un cartouche qui le met en valeur, outre sa propre typographie. Inscrit en noir sur fond jaune à l’origine, lors de la première version de la couverture parue dans une édition brochée en 1983, le titre s’en référait aux genres Aventure, Western et Policier.

 

 Pour la réédition parue en 1984 (couverture cartonnée), le titrage s’harmonise en devenant plus sobre, bien que plus « sanglant » : en effet, si la couleur rouge fait à la fois ressortir la violence contenue du dessin et le numéro de l’album, elle n’a plus la même connotation qu’auparavant. L’association des couleurs entre le titre Black Face, le  mot « noir » et le personnage à l’avant-plan disparait, bien que le lecteur fasse mentalement sans soucis le lien entre ces divers éléments.

 

B.        La situation présentée ici est un instant-clé des plus inquiétants : on devinera dans ce plan moyen la situation initiale (des héros dans le camp ennemi) et un élément perturbateur (un Noir armé, portant lui-même les couleurs nordistes). Les élèves pourront deviner un genre, le Western, et un contexte (les Etats-Unis, voire la Guerre de Sécession) par le biais de plusieurs éléments additionnés : un titre en langue anglaise, la présence d’un soldat Noir, des tombes portant elles-mêmes des épitaphes et noms anglo-saxons, un revolver Colt et son étui,  chevaux et chapeaux de style Stetson, tenues militaires (tuniques) bleues et grises.

  La construction de l’image permet d’affirmer plusieurs points : si les idées de danger et de mort sont omniprésentes (cimetière, menace de l’arme, « black », noir ou rouge du titre, surprise des personnages, cheval à terre en limite de hors-champ), c’est bien l’idée d’opposition et de confrontation qui est ici mise en scène. On observera ainsi sur cette couverture deux Blancs désarmés (de taille réduite, renvoyés dans l’arrière plan) contre un seul noir menaçant (vue de dos et en contreplongée),  des Sudistes contre un Nordiste,  des couleurs chaudes contre des couleurs froides,  des pierres tombales et  des herbes sèches (1er plan) opposés au ciel bleu et à la végétation verdoyante (2nd plan). La Mort (symbolisé par le mot black) fait véritablement face aux héros : la tonalité dramatique de l’Histoire se heurte au style semi-réaliste et humoristique du graphisme digne de l’Ecole de Marcinelle de Lambil. Cette commune de la ville belge de Charleroi a donné son nom au Journal de Spirou, fondé en ces lieux par Jean Dupuis en 1938. Les dessinateurs de l'École de Marcinelle (Jijé (qui en fut l’initiateur), Franquin, Morris, Will, Tillieux, Roba, Jidéhem, Gos) sont adeptes de la bulle arrondie, où fusent des dialogues simples, joyeux et spontanés. On leur oppose leurs concurrents bruxellois du Journal de Tintin (Hergé, Edgar P. Jacobs, J. Martin) qui détaillent des textes plus longs, très documentés et plutôt académiques, dans des phylactères de forme rectangulaire.

 

 

 Si cet album n’est pas le premier étudié, on s’interrogera naturellement sur cette situation énigmatique qui met finalement nos héros dans des uniformes et à la place de l’ennemi sudiste traditionnel : pris entre deux feux, sinon entre deux camps ou deux postures morales et politiques à tenir, Blutch et Chesterfield permettent d’affiner la réflexion raciale, cœur de cet album : le « visage noir » doit-il être défendu ou doit-on lui donner les moyens de se défendre par lui-même, en lui donnant non des armes mais des droits ?

 

 

Notes :

Ce dossier étant exceptionnellement long, retrouvez en l'ntégralité avec la

 version au format  PDF téléchargeable

sur le lien donné en haut de l'article.

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 18:26

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

JERONIMUS

Ch. Dabitch et J.-D. Pendanx

Futuropolis, 2008 - 2010.

 

 

  Tome 1 couv

 

  DOSSIER en ligne et téléchargeable  :

 

 

 

Les auteurs : Christophe Dabitch & Jean-Denis Pendanx

 

 

 Né en 1968 à Bordeaux, Christophe Dabitch passe une maîtrise de lettres à la Sorbonne puis une maitrise de sciences politiques à Paris.  Ayant fait l'IUT de journalisme à Bordeaux, il devient journaliste indépendant en presse écrite et audiovisuelle (Sud Ouest, La Nouvelle République, France 3, le Monde diplomatique, Passages, La Lunette, etc.). Egalement critique littéraire, il anime aussi des rencontres littéraires et réalise des documentaires et des magazines pour la télévision (notamment Dabic et Dabitch, un cousin serbe pour ARTE).

Christophe Dabitch est l'auteur de trois livres historiques (Le Tramway de Bordeaux, une histoire ; Le Marché des Capucins ; Les Cinquante Otages, un assassinat politique, éditions Sud-Ouest et éditions Le Cycliste). Il écrit des scénarios de bande dessinée, notamment Abdallahi et Jéronimus avec Jean-Denis Pendanx, et La Ligne de fuite et Mauvais garçons avec Benjamin Flao, tous publiés par les éditions Futuropolis de 2006 à 2010.

 

Né à Dax en 1966, Jean-Denis Pendanx passera par l'école Estienne à Paris, puis obtient un BTS en arts appliqués à Toulouse avant de suivre les cours de l'école des arts décoratifs de Paris. Il vit à Bordeaux où il se consacre à la bande dessinée, aux illustrations de livres pour la jeunesse, aux illustrations pour des magazines, ainsi qu'à des expositions et animations autour du métier de dessinateur de BD. En 1991 il publie avec Doug Headline son premier album : Diavolo le solennel (éditions Glénat). En 1993 paraît le premier volume de Labyrinthes, avec Dieter et Serge Le Tendre (5 albums chez Glénat) ; et il travaille en parallèle sur le dessin animé Corto Maltese. En 2002, il adapte les Corruptibles avec son auteur, Alain Brezault. En 2006 et 2008, il signe successivement Abdallahi puis Jeronimus avec Christophe Dabitch pour le compte de Futuropolis.

 

 

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  Réplique du navire Le Batavia, réalisée entre 1985 et 1995.

 

L’intrigue en résumé 

 

 Octobre 1628, Amsterdam. Jéronimus Cornelisz est apothicaire, et adeptes des cercles de réflexion les plus hérétiques de la ville. Venant de perdre son jeune enfant, et sous le menace des révélations d'un membre du cercle, torturé, il décide de quitter la Hollande, et de s'engager dans la puissante Compagnie hollandaise des Indes orientales. Il embarque sur un navire fraichement construit, le Batavia, à destination du comptoir du même nom. Mais ce bateau n'y arrivera jamais : voici l'histoire de ses passagers…

 

  • Première partie : Un homme neuf (avril 2008).
  • Deuxième partie : Naufrage (avril 2009).
  • Troisième partie : L’Ile (août 2010).

 

  pendanx 1024

 

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-      Quel est le titre de chacun des albums ? Quel est le nom des auteurs ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? A quoi voit-on qu’il s’agit d’un récit composé de plusieurs albums ?

 

-      Quel est le nom de l’éditeur ?

 

-      Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

-      Que représente l’illustration sur chacune des couvertures ? Décrire en cherchant les points communs ou les différences.

-      Quelles sont les couleurs dominantes de chaque illustration ?

 

Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit l’image ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans la B.D.

 

-    Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

NIVEAU 3

 

-    Essayer de décrire l’atmosphère de chacune des ces couvertures. Quels sont les éléments potentiellement révélateurs du destin tragique des personnages ou du navire Le Batavia ?

 

-    Recherchez des exemples de peintures flamandes ayant pu influencer visuellement le dessinateur. Effectuer une comparaison avec les couvertures des récits écrits de l’épopée du Batavia.

 

-    A quel(s) genre(s) littéraire(s) ou cinématographique(s) se rattache(nt) selon vous ces couvertures ? Expliciter vos choix.

 

 

Ongeluckige voyagie vant schip Batavia (Plate 3)

 

 Gravure illustrant le récit  Ongeluckige voyagie, van't schip Batavia ("Le voyage infortuné du navire Le Batavia"), écrit par Francisco Pelsaert (1647). 

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Outre une accroche situant le contexte général (la Hollande et le commerce maritime au XVIIème siècle), le lecteur remarquera dès la couverture du premier tome (intitulé Un homme neuf) que la trilogie, fort justement nommée Jeronimus, semble se focaliser sur ou autour d’un nom : protagoniste central et élément annonciateur du drame à venir (« En octobre 1628, [il] n'avait plus rien à perdre.»), l’apothicaire Jeronimus Cornelisz est d’ores est déjà assimilé à ce trouble océan dont la menace insaisissable pèse graphiquement sur le navire Le Batavia. Ce dernier étant condamné à s’éloigner vers des horizons incertains, il disparait au second plan dans le brouillard, alors que l’imminence de la tempête et la présence immédiate des flots tumultueux amènent à penser à sa fin et donc à son probable naufrage.

 Un nom, mais nul visage ni aucune silhouette humaine… A se demander si les acteurs de cette aventure au-delà des mers ne sont pas réduits à l’état de fantômes ou de marionnettes avant l’heure fatidique, tous livrés au bon vouloir du Destin. Les auteurs mettent de fait l’accent sur l’importance cruciale de la présence/absence des faits,  gestes ou silences exprimés par les différents personnages. Ces derniers n’apparaitront que peu sur les trois visuels proposés, alors que l’ensemble des couvertures dévoile l’ascension et la noirceur meurtrière de Jéronimus. En couverture du tome 2, le visuel nous fait côtoyer toute la violence et la détresse de Cornelisz, partagé entre rêve de refaire sa vie dans un ailleurs idéalisé (le paradis du bout du monde, tel que vient le souligner l’accroche « Après tout, une île, c'est l'une des images du Paradis. Une clôture parfaite. ») et sombres pulsions (voir son visage entre ombres et lumières). Il se livrera de fait avec un petit groupe de partisans à des exactions de plus en plus ouvertement meurtrières sur ses compagnons de voyage. Le mot Naufrage, stipulé en page de titre pour ce deuxième album, parachève la double vision d’un homme et d’un navire entrainés par le même système inhumain (l’essor du capitalisme et de la finance à outrance) dans un océan d’infortune. A l’opposé de la couverture du tome 1, le visuel du tome 2 est constitué de couleurs plus chaudes, laissant une large part au noir (mort, crime et désespoir) et au brun/rouge (homme, passions, sang et violences de tous ordres). Nous retrouverons ces teintes froides et chaudes en couverture du dernier volet (L’Ile), où le personnage de Jéronimus, symboliquement vêtu de pourpre, est très directement associé à la mer de sang abandonnée dans le sillage de son embarcation de fortune.

 

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 Recherches en noir et blanc pour le visuel de couverture du tome 2.

 

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J.-D. Pendanx : " Trois recherches de couverture pour le tome 2, dont une qui est la combinaison (informatique) de deux images. Elle ne sera pas retenue, mais le portrait de Jéronimus restera comme l'image la plus simple et la plus forte..."

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 Projet initial de couverture pour le tome 2 et visuel final (ci-dessous).

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 Le titre Jeronimus dévoile aussi l’importance du traitement biographique dans un scénario développé sur un ton strictement historicisant, où la présence et les explications du narrateur omniscient permettent de comprendre les tenants et aboutissants des actes du personnage central. C’est que, contrairement au contenu de leurs œuvres précédentes - Abdallahi et La ligne de fuite -, où le lecteur pouvait rencontrer tel ou tel personnage fictif au détour d’une histoire parfaitement documentée, tous les protagonistes de Jéronimus ont réellement existé. On rappellera en effet que l’ensemble des faits tragiques retranscrits au fil des trois albums (incarcération de Torrentius, coup de tabac, escale, incident provoqué par Arien Jacobsz sur un des navires de l’escorte, rôle de Jeronimus ou massacre des familles…) se sont déroulés tels que contés. La seule liberté que semble s’être octroyée Christophe Dabitch concerne les hypothèses émises sur la façon dont se sont tissés les liens, construites les circonstances et élaborées les manigances qui conduiront à la future tragédie. Sans oublier, bien sûr, la teneur des conversations et des pensées intimes.

 On peut à vrai dire comprendre dès cet ensemble de couvertures, et grâce aux accroches, les conditions de vie à bord, la nature des relations entre les responsables, l’équipage et les passagers, le portrait psychologique des différents acteurs ou encore l’enchainement des évènements...

 

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 Essais couleurs pour le visuel du tome 3 ; l'image originale (au centre, avec un ciel bleu) a été retouchée pour donner une atmosphère plus pesante.

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Visuel final pour la 1ère de couverture du tome 3.

 

Entre voix off, dialogues et planches muettes, Jean-Denis Pendanx dresse quant à lui dans chaque case autant de tableaux à contempler, évidemment inspirés des marines et des techniques en clair obscur des peintres flamands et hollandais des XVème et XVIIème siècles. « Restant fidèle aux méthodes traditionnelles pour l’exécution de chacune de ses planches, l’auteur réalise d’abord un premier crayonné soigné qui lui permet de mettre en place les bases de son découpage. Ensuite, il réalise un dessin au feutre, puis, par un jeu de calque, il le transpose sur des feuilles à dessin classiques, avant de passer à la mise en couleurs avec de la peinture acrylique » (informations : Gilles Ratier et BD Zoom).  Intérieurs tour à tour sombres et lumineux, paysages et vues maritimes, expressions des visages ou extériorisation des sentiments, chaque détail est traité par couches supplémentaires de gouache et grâce à de petits coups de pinceaux facilement repérables dans les parties mouchetées. Parmi les peintres hollandais ayant pu avoir une influence notable sur les gammes chromatiques et les ambiances développées par J.-D. Pendanx, citons ici les incontournables Rembrandt (1606 - 1669) et Johannes Vermeer (1632 - 1675), mais aussi Johannes Torrentius (1589 - 1644), Frans Hals (vers 1580 - 1666), Jan Steen (1625 - 1679)  Jan De Bray (1627 - 1697), Adrian van Diest (1655 - 1704) et Pieter de Hooch (1629 - vers 1685).

Dans Jeronimus, l’invitation au voyage apparait sous des jours dramatiques et des atours psychologiquement dérangeant ; elle n’en demeure pas moins fascinante de par ses répercussions religieuses, humaines et philosophiques entre Arts et Lettres de l’époque Moderne.

 

 

 

 

Pour compléter cette analyse, le dessinateur Jean-Denis Pendanx a bien voulu répondre

à l’entretien exclusif suivant :

 

 

 1. Comment vous est venue l’idée de ce projet ?

 

 Jean-Denis Pendanx : Le projet « Jéronimus » est parti du cadeau du roman de Simon Leys [NDA : Les Naufragés du Batavia, suivi de Prosper (éditions Arléa (2003) et Points-Seuil (2005))] que m'a fait Christophe Dabitch pour mon anniversaire. Leys renvoyait à un autre livre, L'archipel des hérétiques [roman de Mike Dash publiée en 2005 par les éditions Jean-Claude Lattès], que je me suis empressé d'acheter... Un vieux rêve de dessiner une histoire forte et vraie au 17ème siècle prenait forme, et nous nous sommes lancés dans cette aventure dans la foulée d'Abdallahi (saga en 2 tomes décrivant le parcours africain de René Caillié et publiée par Futuropolis en 2006). Le hasard fait donc parfois bien les choses...

 

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 2. Quelle(s) volonté(s) artistiques ou éthiques, autour de la conception de ces couvertures ? A quelle étape de votre travail concevez-vous ces 1ères de couverture ?

 

  J.-D. Pendanx : Les projets de couvertures sont souvent un problème pour les dessinateurs, car, en effet il faut  faire l'illustration au milieu de la réalisation de l'album, et on n'a pas toujours une vision d'ensemble du livre... Aussi, l'éditeur a un droit de regard sur l'image de la couverture et parfois des idées bien arrêtées de ce qui doit être ou ne pas être, par exemple : mettre les héros au premier plan, etc...

 Dans le cas de Futuropolis, le graphiste, Didier Gonord, est plus un partenaire dans l'élaboration de la couverture, il peut intervenir sur notre dessin, le recadrer, changer les couleurs pour rester en cohérence avec la ligne graphique et l'identité des éditions Futuropolis. Parfois, il fait plus œuvre de création, par exemple l'image du tome 1 m’a été livrée avant que je ne dessine une esquisse de projet...  Didier a combiné 2 images des pages déjà scannées et a créé une image originale du bateau dans la tempête, le tour était joué et j'ai été emballé par sa proposition !

 

 

 3. Comment se détache-t-on des albums - voire des affiches de films - déjà parus sur le sujet (aventure maritime au sens marge pour le 1er album, puis "thriller" historique pour les suivantes...) ?

 

 Pour le tome 2 de Jéronimus ou l'on voit le visage de Cornelisz, il y a eu des recherches du style bateau pendant le naufrage, panique à bord, bref, une image spectaculaire ; mais ça ne collait pas avec le récit et elle donnait plutôt le mal de mer...  J'ai d'abord pensé faire le visage de Jéronimus  comme un sur imprimé sur une scène de naufrage... Mais à l'arrivée, elle faisait trop image d'affiche de cinéma (ancienne), on a vite écarté cette idée et on s'est accordés avec Christophe, Didier et Sébastien Gnaedig [directeur de collection] pour laisser le visage en gros plan qui se suffisait à lui-même et on restait cohérents avec le premier album.

 

 Pour le tome 3, on s'est efforcé de rester dans cette cohérence : une image simple et évocatrice d'un drame en plan lointain, cette fois.

 

 Par contre, les trois plats de 4ème de couverture (voir ci-dessous) sont pensés dès le début. On voulait raconter (ou plutôt évoquer une petite histoire) : d’abord un zoom arrière sur un tableau inspiré des peintres flamands (contemporains de Jéronimus), puis le tableau  dans le tableau (mise en abyme), pour finir dans le tome 3 avec des ombres portées, comme des fantômes ou des visiteurs de musée, renforçant l'idée du drame de cette série.

  

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 Plats de 4ème de couverture pour les tomes 1 à 3.

 

 

 4.  Y'a-t-il des détails ou des scènes que vous ne vouliez pas montrer ?


 En général, je préfère une scène épurée, qui peut questionner le lecteur et forcément représentative de l'album. J'évite, comme dans les pages de Jéronimus, de montrer une scène  violente ; l'évocation par le texte reste la plus forte. La charte graphique et les visuels des pages de garde peuvent être proposées ou discutés mais dans notre cas, nous faisons confiance au talent de Didier Gonord et il a carte blanche.

 

   

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Visuel réalisé pour le coffret de l'intégrale.

 

 

 

Pistes supplémentaires 

 

 

-       http://www.futuropolis.fr/fiche_titre.php?id_article=717159 : page consacrée à la saga sur le site officiel de l’éditeur.

 

-       http://www.bdgest.com/news-292-BD-jeronimus-une-experimentation-humaine-.html : interview des auteurs réalisée en 2008 par le site BDGest.

 

-       http://www.wideo.fr/video/iLyROoaf8_l7.html : interview vidéo de Ch. Dabitch pour l’émission Carré VIP à l’occasion de la parution du 3ème tome. Durée : 13 min.

 

-       http://www.mandragore2.net/dico/lexique2/lexique2.php?page=voyage-batavia : descriptif du voyage et du naufrage du Batavia. Détail de la liste des mutins et bibliographier complémentaire.

 

-       http://robinsons.over-blog.com/article-31640326.html : récit et analyse des étapes de l'itinérance de Jéronimus.

 

-       http://www.cosmovisions.com/peinturePaysBasChrono.htm : une histoire de la peinture hollandaise.

 

 

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  Visuel réalisé pour l'étui de l'intégrale par J.-D. Pendanx.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Futuropolis.

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 08:55

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

La Marque jaune

E.-P. Jacobs

Le Lombard, 1956.

 

  Couverture marque jaune

 

 DOSSIER  en ligne et téléchargeable  :

 

 

L’album

 

 

 Publié à l’origine en planches hebdomadaires dans le magazine Tintin entre le 06 Août 1953 et le 10 Novembre 1954, la Marque jaune est la troisième aventure de Blake et Mortimer, héros créés par le Belge Edgar Pierre Jacobs (1904-1987) dès 1950. Un album de 66 pages sera ensuite publié aux Editions du Lombard en Février 1956. 

 

 

La Marque jaune est considérée comme l'album le plus emblématique de la série. Ainsi d'après Claude le Gallo, auteur du Monde d’Edgar P. Jacobs, c’est le cœur de l'œuvre jacobsienne, le « carrefour de son monde".

 

 

  L’intrigue en résumé 

 

 

  Depuis quelques temps, un malfaiteur impudent sévit dans Londres, surnommé la Marque jaune en raison de sa sinistre et mystérieuse signature. Son dernier coup d’éclat, le vol de la couronne impériale, met toute l’Angleterre en émois. Les services secrets et Scotland Yard sont sur les dents, craignant que ce ne soit que le début d’actes encore plus graves. Blake et Mortimer sont appelés à participer à l’enquête…

 

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-      Quel est le titre de cet album ? Quel est le nom de son auteur ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-      Quel est le nom de l’éditeur ?

 

-      Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

-      Que représente l’illustration ? (la décrire)

 

-      Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ?

 

-      Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit l’image ?

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans la B.D.

 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

NIVEAU 3

 

-    Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. Identifiez le lieu de l’action principale. En comparant cette couverture aux précédents travaux de recherches de Jacobs (premiers projets de couvertures), dites en quoi elle est semblable ou différente.

 

-    Que signifie selon vous le « M », élément visuel central de cet album ?

 

-    A quel genre littéraire ou cinématographique se rattache selon vous cette couverture ? Expliciter vos choix.

 

-     Tenter de comprendre en quoi cette couverture a durablement influencé la Bande Dessinée franco-belge ; trouver des exemples d’hommages ou de parodies récents.

 

 

1

 

 2

 

3

 

 

4

 

Evolution des différents projets de couverture par Edgar P. Jacobs. 

 

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Couverture mythique de bande dessinée franco-belge d’après guerre, et sans doute du 9ème Art tout court, l’illustration réalisée par Jacobs pour la troisième aventure de ses personnages n’aura pourtant pas était une sinécure. La première idée de l’auteur est de rendre un hommage flamboyant au jeu théâtralisé d’ombre et de lumière du cinéma expressionniste allemand (Jacobs étant également passionné d’opéra depuis sa découverte de Faust à Bruxelles en 1917). L’intégralité de l’album baigne dans une atmosphère policière et fantastique oscillant entre le film noir et le roman à énigme anglo-saxon.

  Autour de ces idées, Jacobs réalisera différents projets de couvertures mettant en scène une cité londonienne doublement menacée par un climat orageux et une gigantesque marque planant telle une Epée de Damoclès au dessus de la tête des héros. Un « M » (Maléfique, Mort, Malheur, Malédiction et… Marque) du Mal contre le Bien. On notera également les idées d’opposition entre ciel et terre, bâtiment/monument et humain, couleurs froides et chaudes, lignes courbes et droites : tout concourt à ce que le visuel renvoie inconsciemment - et en particulier au jeune lecteur - les notions de déséquilibre, de folie destructrice et malfaisante. La civilisation et l’état, symbolisés par les monuments officiels (Tour de Londres, Parlement et Big Ben) sont menacés, soit un sentiment de peur généralisée, encore renforcé par l’instabilité du ciel.

 

  Jacobs était un spécialiste des titres intrigants, aux fortes connotations fantastico-policières : citons ici « l’affaire », « le piège », « le secret », « l’énigme » et donc « la marque ». La Marque Jaune est un titre inspiré de la signature du personnage clé du film M le Maudit (Fritz Lang - 1931), signe fatidique représentant la lettre grecque Mu. L’influence du film Métropolis (Fritz Lang - 1927) peut aussi être signalée.

 

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 Affiche allemande de M le Maudit par F. Lang (1931).

 

 

 

  S’étant heurté à la censure et au contrôle des publications pour la jeunesse, qui jugeait ses histoires par trop effrayantes et morbides, Jacobs se vit en outre refuser par Hergé en 1953 un projet de couverture pour le magazine Tintin annonçant la parution prochaine de la Marque jaune : la silhouette vampirique digne de Nosferatu (F.W. Nurnau - 1922) et le pistolet tenu par Blake n’étaient décemment pas montrables ! Jacobs réalisera donc une quatrième version de la couverture, qui sera beaucoup plus sobre et énigmatique, mais n’oubliera pas cette affaire, comme le démontre le 26 Septembre 1953, à l’occasion des sept ans du journal Tintin, le dessin sensiblement référentiel destiné à Raymond Leblanc, fondateur du journal.

 

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L'ombre de Nosferatu, entre projet censuré (deuxième image ci-dessus), projet publié (troisième image) et desin référentiel...

 

 

 

  Couverture policière, la Marque jaune l’est avant tout par son atmosphère de polar : la ville et ses bas-quartiers (Limehouse Dock est une zone d’entrepôts et de docks le long de la Tamise), la nuit, l’éclairage public, la chaussée humide et son duo d’enquêteurs confronté à une menace située hors-champ. Jacobs travaille son dessin en parallèle d’une documentation impressionnante (il se rendra sur place à l’époque pour photographier et repérer les lieux de déplacements de ces personnages) et en particulier des gravures de Gustave Doré montrant la City à l’époque Victorienne. Sherlock Holmes et Jack l’Eventreur hantent encore les lieux et comment, d’ailleurs, ne pas retrouver sur cette couverture dans le duo Blake/Mortimer cet autre couple littéraire mondialement célèbre formé de Holmes et Watson… L’un complémentaire de l’autre, et une main secourable sur l’épaule, comme signe éternel d’amitié.

 

 Couverture affiliée aux genres fantastique et science-fiction, ensuite, car, dans cette menace surnaturelle qui vient pétrifier des personnages déjà plongés au cœur du mystère (la fameuse marque étant à la fois sur eux, derrière eux, devant eux et pourtant invisible à nos yeux de lecteur), seul le futur dénouement apportera un élément de résolution. Là est tout le charme et l’enjeu dramatique de cette couverture : tout y est en suspens et en suspense (Que se passe t’il ? Que signifie cette marque sur le mur ? Que voient les personnages ?) et tout se laisse deviner (Que tient Mortimer dans sa poche ?). Etranges ombres portées, inquiétante scène où l’obstacle surgit du mauvais côté (de la gauche) et stoppe la progression naturelle de la lecture comme de l’avancée de l’enquête (vers la droite, donc). Héros isolés et pourtant jetés dans la lumière, Blake et Mortimer semblent poser dans un décor théâtralisé Hitchcockien, engageant un savant jeu de regards avec le lecteur/spectateur : c’est « fenêtre sur rue » et « psychose du cliffhanger », à suivre en tournant la page (lire http://fr.wikipedia.org/wiki/Cliffhanger_(fin_ouverte)). Un ancrage aussi terrifiant qu’il demeure sans voix, contrastant avec les fameux longs récitatifs jacobsiens…

 

 Album phare de l’œuvre de Jacobs, la Marque jaune est d’abord un chef d’œuvre artistique et visuel : rarement une couverture de bande dessinée, telle une affiche de cinéma, aura aussi durablement influencée les créations postérieures. Tant et si bien que nombre d’auteurs contemporains en livreront des hommages, des parodies ou des citations plus ou moins directs. Pour prendre des exemples relativement récents, on citera ici les premières de couvertures de Baker Street t.1 : Sherlock Holmes n’a peur de rien (P. Veys et N. Barral - Delcourt - 1998) et de Le Chat t.14 : la Marque du Chat (Ph. Geluck - Casterman - 2007), qui sont deux variations humoristiques de l’œuvre originelle. Autre exemple de la notoriété « iconique » de cette couverture : en 2007, le journal Le Monde n’hésite pas à détourner son propre logo, ceci à l’occasion de la republication de l’album, lors du vingtième anniversaire de la disparition d’Edgar P. Jacobs. Les repreneurs graphiques postérieurs de la série, Ted benoit et André Juillard, livreront également divers ex-libris et illustrations hommages à Jacobs, rejoignant ainsi les très nombreux clins d’œil faits à cet univers mythique au sein de plusieurs albums et séries de bandes dessinées influencés par le style ligne claire.

 

 

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La Marque, une image "franco-belge" entre hommage et parodie.

 

 

 

Pistes supplémentaires 

 

 

-       http://www.blakeetmortimer.com/spip.php?article24 : page consacrée à l’album sur le site officiel de Blake et Mortimer.

 

-       http://www.marquejaune.com/index.php?option=com_content&task=view&id=43&Itemid=64 : Sur les traces de la Marque… : cases et photos issues de la propre documentation de Jacobs, enfin mises en parallèle.

 

 

 

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-       http://www.page2007.com/news/videoroll/blake-et-mortimer-la-marque-jaune : site permettant d’écouter l’album dans une version sonorisée.

 

-       http://blake-et-mortimer.over-blog.fr/0-categorie-10194931.html : croquis et esquisses d’André Juillard.

 

-       http://blake-jacobs-et-mortimer.over-blog.com : tout sur l’univers de l’auteur.

 

-       http://www.blakeetmortimer.com/spip.php?article47 : interview sur le thème « Science-fiction et insolite », tirée des correspondances entre Claude Le Gallo et Edgar P. Jacobs (fin septembre 1970), citée dans l’ouvrage Le monde d’Edgar P. Jacobs (Edition du Lombard, 2004).

 

-       http://emmanuelmailly.free.fr/essaiparent1.htm : exemples de visuels en hommage à la Marque jaune.

 

 

 

 

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Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Blake & Mortimer et Editions Dargaud.

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