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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 16:11

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

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   F. Vehlmann et B. Gazzotti

Dupuis, série depuis 2006

 

seuls 1

 

 

 

L’histoire

Ils sont cinq ... mais ils sont seuls !

 

Cinq enfants se réveillent un matin et constatent que tous les habitants de la ville ont mystérieusement disparu. Que s'est-il passé ? Où sont leurs parents et amis ? Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans une grande ville vide et vont devoir apprendre à se débrouiller... SEULS !

 

Au fil des cinq albums qui composent le 1er cycle, Dodji, Leïla, Camille, Yvan et Terry vont affronter des dangers toujours plus inquiétants et angoissants : les animaux échappés d’un cirque, un fou armé de couteaux, un jeune nazillon qui tyrannise son clan d'enfants installé dans un parc d'attractions, des singes kidnappeurs au comportement étrange et ultra-violent, l'exploration de la zone rouge, la mort de l'un d'entre eux...

 

Et pourtant, ils n'ont encore rien vu et leur situation empire jusqu'au climax final, aussi terrifiant que surprenant.

 

Les albums     

Scénario : Fabien Vehlmann - Dessin : Bruno Gazzotti - Couleurs : Cerise /Caroline et Usagi

1er cycle

1.     La Disparition, Dupuis, janvier 2006

2.     Le Maître des couteaux, Dupuis, avril 2007

3.     Le Clan du requin, Dupuis, juin 2008

4.     Les Cairns rouges, Dupuis, juin 2009

5.     Au cœur du maelström, Dupuis, juin 2010

 

2e cycle

6.     La Quatrième Dimension et demie, Dupuis, mai 2011

 

 

Les sites et pistes supplémentaires à consulter… seul(s)

-          http://www.seuls-labd.com/accueil.php : site officiel de la série (résumés des albums, jeux, forum…).

-          http://www.dupuis.com/catalogue/FR/s/753/seuls.html  : présentation de la série sur le site des éditions Dupuis.

-          http://seuls.over-blog.org/ : blog du dessinateur Bruno Gazzotti (infos sur la série, esquisses et crayonnés,  possibilité de poser des questions à l’auteur).

-          http://fr.wikipedia.org/wiki/Seuls_(bande_dessin%C3%A9e) : page dédiée à la série dans Wikipédia. Accès au résumé détaillé de chacun des albums.

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé des différents albums.

 

Objectif : comment analyser la première de couverture d’un album de bande dessinée ?

 

1)    En vous servant de la grille d’analyse, relevez les différents éléments qui composent la couverture de votre album :

 

 

Ce que je vois sur la 1ère de couverture du tome 1 de Seuls

 

IMAGE

 

Que représente-t-elle ?

Hypothèses sur l'époque :

 

 

 

 

 

Hypothèses sur le lieu de l'action :

 

Justification de ces hypothèses :

 

 

 

 

 

Plans de l'image :

 

Hypothèses à partir de ces plans :

 

 

 

 

 

Lignes de l'image :

 

Hypothèses à partir de ces lignes :

 

 

 

 

 

Angle de vision :

 

Impressions dégagées :

 

 

 

 

 

Eclairage  :

 

 

 

TEXTE

 

Quelle sorte de texte ?

 

Emplacement :

 

Typographie :

 

 

 

 

Interprétation du titre :

 

 

 

COULEURS

 

Identification :

 

 

 

 

Impressions dégagées :

 

 

 

 

 

Hypothèses sur le sujet de l’histoire :

 

 

 

 

 

2)    À partir de tous les éléments relevés, évoquez l’atmosphère dans laquelle le lecteur va certainement être entraîné.

 

3)    Observez attentivement les couvertures des albums suivants. Quels points communs ou différences relevez-vous ? De toutes les couvertures présentées, quelle est celle qui vous attire le plus ? Pour quelle(s) raison(s) ?

 

 

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seuls 3 

 

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Lecture et analyse de la couverture 

 

 Avec son titre relativement aisé à retenir, la série Seuls, lancée en 2006 par le scénariste Fabien Vehlmann et le dessinateur Bruno Gazzotti aura su susciter l’intérêt immédiat d’un large public, attiré à la fois par une intrigue fascinante et par le style nerveux déployé par les auteurs.

 

Le dessin de couverture du 1er album de la série, titré La disparition, fournit d’emblée au regard des lecteurs de nombreux éléments plus ou moins codés qui ont le grand mérite de ne pas déployer pour autant le cœur de l’intrigue. Nous observerons prioritairement que le dessin répond tel un miroir au paratexte : un adolescent « seul », armé de manière assez dérisoire, doit y affronter ses diverses peurs et affronter un danger encore indicible. Les taches de sang au sol et la piste - criminelle, animale ou monstrueuse - suggérée dictent un parcours en souffrance (vers le bord inférieur gauche), inverse à la destinée normale du protagoniste.

 

Si l’idée de mort est amenée par la présence du sang et par le sous-titre « disparition », rien ne permet d’avancer que l’intrigue soit ici strictement cantonnée au domaine du genre policier. Si la maquette et le dessin de la couverture introduisent un potentiel en ce sens, notamment par la présence des couleurs (noir, blanc et rouge) et d’une arme, on notera que la série ne s’inscrit dans aucune collection référentielle de l’éditeur (Répérages chez Dupuis, collection dans laquelle s’inscrit par exemple la série précédente de Gazzotti, Soda (créé par L. Warnant avec Ph. Tome au scénario, de 1987 à 1999)), ou encore les titres Jérome K. Jérome Bloche (par Le Tendre, Makyo et Dodier depuis 1985) ou Largo Winch (de Van Hamme et Francq depuis 1990)). Le blanc inquiétant sur lequel vient s’inscrire le héros de ce premier opus (Dodji) renvoie certes à un effet de présentation des caractères, déjà vu précisément sur les premiers visuels de Largo Winch, mais connote ici une toute autre atmosphère : tout décor et repère immédiat ayant disparu, l’adolescent est bien livré à lui-même, dans un univers oscillant entre polar, aventure, fantastique et science-fiction. On pourra ainsi y voir ou y lire un rappel de la blancheur monochrome et aliénante environnant les acteurs du film THX 1138 de Georges Lucas (1971).

 

Le logo-titre Seuls agit également en réfraction de l’univers présenté : dans l’optique où le héros semble isolé de tout, le titre renvoie à un pluriel intriguant et suggestif soit de la menace constituée par « les » autres soit de l’éventualité de mondes parallèles et pluriels, là où nous voyons encore une unique disparition. Par sa solitude et sa peur, Dodji en appelle déjà toutefois à une fraternité combative : son arme est d’emblée son premier compagnon, et nous ne saurions dire par ailleurs, à la découverte de ce premier album, si le titre doit se lire « Seuls » ou « Seul » suivi d’un sigle plus ou moins évident à décrypter (&/et, sigle de l’infini, variante d’une lettre grecque, etc.).

De manière plus subtile, nous analyserons notamment que le titre Seuls est constitué de cinq lettres, au profit d’un récit mettant en scène cinq adolescents, tels ceux composant le fameux Club des Cinq d’Enid Blyton (1942 - 1963), lui-même allégorie de l’union parfaite composée par les cinq doigts de la main.

 

Parmi les références littéraires des auteurs, on évoquera de manière assez évidente des titres comme Les Enfants de Timpelbach (H. Winterfeld, 1937) ou Sa Majesté des mouches (W. Golding, 1954). Dans le manga d’horreur L’Ecole emportée, paru en 1972, c’est toute une école et ses occupants qui se retrouvent transportés dans un monde désertique et hostile dénué d’adultes. Dans le Peter Pan de J.M. Barrie (1911), le Pays imaginaire abrite aussi tout un groupe de garçons perdus, enfants abandonnés à la naissance et ayant perdu de vue la réalité du monde extérieur. Ce type d’intrigues prend à contrepied le point de vue romanesque traditionnel montrant plutôt un groupe composé de naufragés adultes voyant très vite s’affronter les diverses mentalités (en bande dessinée, Histoire sans héros par Van Hamme et Dany, paru en 1977 au Lombard). A l’inverse, nombreux sont les scénarios ou les histoires à nous avoir présenté un groupe de personnages unis par l’amitié ou malgré eux, devant lutter contre une terrible adversité ou résoudre un problème en apparence insoluble : voir ainsi le roman L’Ile mystérieuse (1874), les séries télévisuelles Mission impossible et Agence tous risques, les comics La Ligue des Gentlemen Extraordinaires et X-Men, la série romanesque Les 6 Compagnons de Paul-Jacques Bonzon, des films aux titres évocateurs comme Les Sept Mercenaires (J. Sturges, 1960) ou Les Douze Salopards (R. Aldrich, 1967) ou, encore, La Communauté de l’Anneau, titre en 1954 du premier opus du Seigneur des Anneaux de Tolkien.

On lira également dans les sentiments de solitude et désespérance de « Seuls » un parcours initiatique digne à la fois de Robinson Crusoé (D. Defoë, 1719), de Je suis une légende (R. Matheson, 1954), de La Planète des singes (P. Boulle, 1963) et de la série Lost, ultime robinsonnade au titre analogue, diffusée de 2004 à 2010.

 

Pour les couvertures des épisodes suivants, les auteurs vont avoir beau jeu de décliner les concepts élaborés lors de ce premier album : dans chacun des cas, l’un des cinq enfants-héros sera représenté sur fond blanc face à une menace nouvelle, celle-ci renvoyant du même coup aux différents genres et thématiques précédemment évoqués. Soit le thriller policier pour Le Maitre des couteaux (t.2 en 2007), l’aventure animale pour Le Clan du requin (t.3 en 2008), le monde des légendes urbaines pour Les Cairns rouges (t.4 en 2008), l’horreur surnaturelle et le genre catastrophe pour Au cœur du Maelström (t.5 en 2009), la guerre et le fantastique pour La quatrième dimension et demie (t.6 en 2010).

 

 

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Crayonné et visuel final pour la couverture de l'intégrale du 1er cycle.


En jouant sur les références et les codes internes de la série, parfois donnés ouvertement comme faussés (le « sang » apparaissant en couverture des tomes 1, 3 et 5 est réel, inversement à la peinture rouge du tome 4), ces visuels agissent comme des révélateurs d’une perception de plus en plus directe de l’intrigue, constituée au fil des épisodes par des micro-indices. Au début du tome 6, nous comprenons par exemple par le « seul » titre que la compréhension de l’existence d’un univers parallèle (la fameuse  quatrième dimension et demie) permettra d’office le deuxième surgissement de Dodji dans la linéarité des personnages, inévitablement rompue après cinq couvertures. Le visuel de l’intégrale du 1er cycle, parue en 2011, gardera du reste la même charte graphique tout en prenant soin de montrer cette fois ci l’ensemble du groupe, positionnée toutefois dans une situation relativement analogue à celle de Dodji en couverture du tome 1 (il en conserve encore le bâton-massue protecteur, mais son équipement et ses habits ont changé).


 

 

 

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Recherches de couvertures pour les tomes 4 et 5 ; visuel paru en couverture du Journal de Spirou pour annoncer la prépublication du tome 5.

 

 

 

Au fur et à mesure des années, album après album, la série Seuls glisse donc d’un genre à l’autre, demeurant ouvertement multi-référentielle bien que nous ayant déjà indiqué dès ses origines son but ultime probable : la science-fiction contemporaine. En témoignent ainsi les blocs verdâtres constitutifs de la numérotation des albums, dont la couleur essentiellement symbolique met en exergue le mystère relatif à la création : bien que relative au champ de la fiction, l’histoire narrée est aussi le reflet du lecteur, seul lecteur de l’album tenu entre ses mains et seul acteur agissant dans le cadre de son propre imaginaire. Libre à lui d’échanger ensuite avec les auteurs ou d’autres lecteurs sur sa perception de la série : il rejoindra alors comme témoin ou acteur le potentiel narratif d’une série où les blancs doivent être comblés aussi bien physiquement que mentalement. S’il y a ellipse dans la bande dessinée, l’œil du lecteur inventera en effet tôt ou tard la case ou l’inter-case manquante…


Sommes-nous « seuls » dans cet univers graphique ? 

 

 

 

 

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine - Images toutes ©Dupuis - Vehlmann et Gazzotti. 2006 à 2011.

 

 

 

  Pour lire en ligne :

   

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 07:45

 Petit tour des articles ou sites ayant évoqué les dernières parutions...

(Merci aux différents rédacteurs pour leus avis !)

 

 

BD Zoom : COUP DE PROJECTEUR SUR... : les ouvrages de référence BD du moment !

 

link

 


Le comptoir de la BD : les 100 visages de Sherlock Holmes


link

 

 

Eric Leguay, la vie numérique : tous pirates


link

 

 

Le blog de Manuel F. Picaud et Auracan : Angoulême consacre cet été aux pirates

 

link

 

 

L@BD : la collection La bulle au carré renait !


link

 

 

Casemate n° 39 (juillet/aout 2011) - p.48


casemate.png

 

 

De capes, d'épée et de pirates

 

link

 

 

Vivre à Chalons : parlons BD : l'été c'est fait pour lire et voyager avc les pirates

 

link

 

 

Hector BD : Loufock Scholmes dans la cour de Sherlock Holmes

 

link

 

 

Actua BD : Guerre de Sécession et western avec les Tuniques Bleues

 

link

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 13:45

 

 

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

L’Appel des       ORIGINES 

 

Callède, Séjourné & Verney

Vents d’Ouest, 2011.


 

appel

 

DOSSIER en ligne et téléchargeable  :

Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/000113087536bbb073508

 

 

L’intrigue en résumé 

 

 

 L’Appel des origines. 1, Harlem (2011) :

 

Harlem dans les années 1920. La jeune Anna travaille la journée dans le restaurant de son oncle et sa tante, et la nuit danse au rythme du jazz. Une vie qui pourrait être légère… Mais Anna est tourmentée par ses origines : elle est métisse, un statut difficile qui l’empêche de trouver sa place. Un jour, elle découvre l’existence de son père inconnu : un Blanc, mystérieusement disparu en Afrique.

 

Elle ne pense plus qu’à le retrouver, et réussit à se joindre aux membres d’une expédition se rendant sur le continent noir à la recherche des origines de l’Homme. À chacun sa quête, à chacun ses origines : les voici partis ensemble à la poursuite de leurs chimères.

 

 

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Vue de la 5ème Avenue à New-York en 1917.

 



Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé des ces deux albums :

 

A.           Etude des textes et paratextes

 

1.    Relevez le titre de cet album.

Que nous apprend-il sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.    Quels renseignements supplémentaires nous donne le sous-titre « Harlem » ?

 

3.    La typographie du titre nous renseigne-t-elle sur le genre du récit ?

 

4.    Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.           Etude des images et dessins

 

5.    Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-       Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-       Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-       Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-       Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-       Couleurs dominantes ?

-       Présence ou non de personnages identifiables ?

-       Lieux, époque et actions ?

 

6.    D’après l’ensemble des éléments dessinés listés (1ères et 4èmes de couvertures), quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

7.    Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?  

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

8.    Que suggèrent les couleurs employées ?

 

9.    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?  

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 

 Né à Dax (Landes) en 1972, le scénariste Joël Callède s’est toujours attaché à développer des histoires marquées par le non-dit, où des situations exceptionnelles viennent révéler les failles des personnages, moment crucial où ils basculent vers la noirceur et le chaos (voir les séries Enchainés ou Dans la nuit, aux titres évocateurs). Après avoir traité pleinement du genre thriller avec Haute sécurité (une enquête dans l’enfer carcéral des USA) ou Tatanka (les protagonistes luttent contre une épidémie  mortelle fulgurante), Callède se réassocie avec le dessinateur Gaël Séjourné et le coloriste Jean Verney pour traiter une histoire plus romantique, prenant pour cadre l’Amérique des années 1920.

 

Ce cadre américain fait référence à tout un patrimoine culturel rendu mythique par la littérature, la musique et le cinéma : qui dit « années 1920 » aux USA dit en effet développement d’une industrie florissante, marquée par l’essor conjoint des nouvelles techniques industrielles et des médias. C’est le règne de l’organisation scientifique du travail (taylorisme et fordisme), plus tard critiquée par Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes (1936), des débuts de la Prohibition concernant les boissons (qui fera le bonheur de la mafia et d’Al Capone à partir de 1925) et de l’érection des gratte ciels (Chrysler Building en 1928, Empire State Building en 1930). Ce sont aussi les grands débuts de l’ère des studios hollywoodiens (le fameux panneau « Hollywood » est érigé en 1923 sur une colline de Los Angeles) qui, outre les comédies et films burlesques, privilégient alors les Westerns et les grands films d’aventure. La parution du premier film parlant en 1927, Le Chanteur de Jazz, détermine également toute l’influence de la musique noire, qui va propulser d’Harlem à Broadway et de la Nouvelles-Orléans à New-York des noms tels Sydney Bechet ou Louis Armstrong. Notons que les années 1920 et 1930 virent l'apparition de l'industrie du disque, et donc l'accroissement extraordinaire de la popularité des chanteurs et guitaristes de blues ou de jazz. La fin de la période est frappée de plein fouet par la Grande Dépression, crise économique d’envergure mondiale qui débute par le krach boursier du 29 octobre 1929.


 

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Rue de Broklyn en 1928

 

 

L’étude minutieuse de la 1ère de couverture de L’Appel des origines mettra en évidence certains des marqueurs culturels précités : le renvoi à l’univers de la ville américaine (Ford T et gratte-ciel) détermine d’entrée de jeu une itinérance dont l’unique personnage représenté est le garant. En rejoignant le ciel (et le mot « origine »), l’immeuble trace une ligne ascendante qui est complétée discrètement par la reprise en haut de page d’un véhicule dans un tout autre contexte (l’Afrique noire) dont le traitement encore « en négatif » suggère le temps décalé ou le caractère perdu.

 

Séjourné illustre en couverture l’essor du quartier de Brooklyn, le plus peuplé des cinq arrondissements du Grand New York, alors dominé en 1927 par la structure de la Williamsburg Savings Bank, haute de 46 étages. Le visage de l’héroïne (Anna), cadré en gros plan, occupe la partie gauche du visuel, mettant en valeur le traitement féminin d’un album dont les thématiques centrales associeront naissance, maternité, croissance, urbanité et itinérance. On déterminera également - et sans avoir lu l’album - que le sous-titre « Harlem » connote l’introspection du thème des origines raciales et ethniques de ce personnage visiblement métisse, dont les « origines » restent à préciser selon le titre de la série et le renvoi déjà signalé au continent africain.


 

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La tour Williamsburgh au début des années 1930

 


La typographie choisie pour le titre  de l’album a naturellement trait à l’atmosphère des années 1920 et à l’esprit Art déco, mouvement artistique influent de 1920 à 1939 notamment dans l’architecture et le design. Le style vestimentaire d’Anna précise cette autre figure emblématique de la période Art déco qu’est la « garçonne » : silhouette androgyne et cheveux courts, on assiste en effet à l'émancipation de la femme qui désire occuper une place au moins égale à celle de l'homme. Le mot « garçonne » provient du roman homonyme écrit par Victor Margueritte en 1922 et sera magnifié par les silhouettes de Suzanne Lenglen (tennis), Louise Brooks (cinéma), Tamara de Lempicka (peinture) ou encore par la chanteuse et meneuse de revue Joséphine Baker.


 

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Louise Brooks en 1927 ( © Library of Congress)

 


Dernier point de référence à mettre en parallèle avec cette couverture, le cinéma, et plus précisément les affiches de films conçues dans les années 1920 : outre l’illustration  graphique parfois archétypale d’un véritable sous-genre (le film d’aventure romantique et exotique, dont Tarzan (WS Van Dyke, 1932), The African Queen (J. Huston, 1951) et Out of Africa (S. Pollack, 1985 ; adaptation de La Ferme africaine (1937)) seront les garants), on verra dans l’inconscient collectif que l’association antagoniste d’un visage féminin et d’un gratte-ciel peut aussi renvoyer au célèbre Metropolis de Fritz Lang (1927), voire à la légende dérangeante et crépusculaire de King Kong (M.C. Cooper et E.B. Schoedsack, 1933).

 

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Affiche originelle pour le film Skycrapers Souls (E. Selwyn, 1932)

 


On comprendra aisément en voyant et analysant cette couverture que les sources documentaires des auteurs sont à relier à un vaste imaginaire ayant parcouru la littérature, le cinéma et l’ensemble des moyens d’expression depuis le début du XXème siècle : les transformations sociales et technologiques issues de la fin du XIXème siècle nourriront le roman d'aventure qui prendra en compte la développement des villes au travers des leurs nouvelles populations (Les Mystères de Paris d'Eugène Sue dès 1842) et du progrès scientifique (œuvres de Jules Verne ou d’H.G. Wells). La motorisation des transports, la facilité et la vitesse des déplacements par le train, l'automobile puis l'avion feront rêver les lecteurs alors que la nostalgie d'un « monde perdu » (Conan Doyle, 1912) antérieur à ce progrès accompagnera notablement les Aventures de Tarzan imaginées par Edgar Rice Burroughs (1912 également), pour ne donner que ce seul exemple. Un autre facteur du succès du roman d'aventure est le goût de l’ailleurs entretenu par les récits de voyages et les biographies des explorateurs : citons le Journal d'un voyage à Tombouctou de René Caillié (1830), Voyage aux grands lacs d'Afrique orientale de Richard Francis Burton (1857 - 1859), À travers le continent mystérieux d'Henry Morton Stanley (1878), ou encore lesrécits romanesques postérieurs de Rudyard Kipling (Le Livre de la jungle, 1894) et de Joseph Conrad (Au cœur des ténèbres, 1899).

 

De pages en bulles, Callède et Séjourné s’associent au final avec justesse et émotion aux découvertes fondamentales effectuées par les anthropologues, archéologues généticiens et linguistes : L’Appel des origines contient en germe la recherche de l’Afrique, berceau de l’humanité, des rêves et d’une aventure d’éternité par définition encore en devenir.

 


 

La genèse d’une couverture, commentée par Gaël Séjourné 

 

 Tout vient à point à qui sait attendre, voici les nombreuses étapes de gestation de la couverture, et j'en ai passé...

 

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 En résumé tout est parti de la couverture « 0 » où nous avions décidé avec le scénariste de mettre Anna en évidence sur un décor de Harlem, tout en essayant de préciser à quelle époque l'histoire se déroulait.


 Après quelques recherches, Callède regrettait de ne pas prévenir le lecteur que cette histoire nous entrainera en Afrique, d'où mon idée de rajouter un bandeau en haut qui symbolise l'expédition perdue dont Anna va suivre les traces.

 

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1


 La couverture n°1 nous plaisait bien mais la directrice de collection n'était pas hyper emballée. Elle a fait travailler un graphiste, dont je vous fais grâce des propositions car c'était plus que médiocre ! Du coup, j'ai fait plusieurs propositions dans tous les sens (couvertures n° 2).

 

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En couvertures n° 3, je suis allé dans la direction des affiches de films d'aventure de l'époque.

 

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3

 

Puis Valérie Aubin (la directrice de collection), vexée, a eu la bonne idée de remettre le projet entre les mains d'un autre graphiste dont j'ignore encore le nom, qui a fait beaucoup de propositions très intéressantes (couverture n° 4). C’est de celles-ci que nous avons tiré la bon visuel final après quelques ajustements.

 

COUV5

4

 

 


Pistes supplémentaires 

 

-   http://www.ventsdouest.com/bd/l-appel-des-origines-tome-01-9782749305509.htm

Page dédiée à la série sur le site de l’éditeur

 

-   http://www.usa-decouverte.com/culture.html

Un panorama de la culture américaine

 

-   http://www.techno-science.net/?onglet=articles&article=3&page=6

Quelques gratte-ciel entrés dans l’histoire

 

-   http://www.ouiphilblues.com/historique.html

Une histoire du blues et du jazz

 

-   http://mletourneux.free.fr/

Site consacré au roman d’aventures

 

-   http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=425&chkDetails=on&hidetop=1

http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=508&chkDetails=on&hidetop=1

Autour des années 1920-1930... en BD

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine

- Images toutes ©Vents d’Ouest - Callède, Séjourné & Verney. 2011. 

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 12:42

La collection "La bulle au carré" renaît !


http://www.labd.cndp.fr/spip.php?article1178
 

 

Rencontre dédicace pour ma part prévue le samedi 25 juin (15h) à la Cité BD d'Angoulême,

pour l'inauguration de l'exposition consacrée.

http://www.citebd.org/local/cache-vignettes/L505xH758/PiratesAFfiche-232b3.jpg

http://www.citebd.org/spip.php?rubrique252

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 07:29

A paraitre le 15 juin 2011 !

 

 

 

Sherlock Holmes, enquête dans le 9ème Art

 

220 pages illustrées 


Sherlock preview


 

Pirates & Corsaires dans la bande dessinée : des bulles à l'abordage !

 

250 pages illustrées


Pirates preview

 

 

Spirou, aux sources du S...

 

255 pages illustrées 


Spirou preview

 

 

Ouvrages disponibles dans les libriaires générales et spécialisées

 

Sur Amazon :

http://www.amazon.fr/Philippe-Tomblaine/e/B004MU8R9U

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 17:23

 

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Notre Mère la Guerre

 

Maël & Kris

Futuropolis, 2009.


 

  Couverture finale t.1

 

 

DOSSIER en ligne et téléchargeable  :

 

Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/0001130873d910860f561


 

Mémoires de guerre(s)

 

Illustrer la dramaturgie des deux guerres mondiales est une vieille affaire de la bande dessinée : dès 1939, se succèdent aux Etats-Unis puis en France des illustrés réalisés « à l’ancienne » (illustrant avec une feinte naïveté les faits d’armes héroïques du premier conflit mondial) et des comics évidemment très partisans. En 1944, sous la pression alliée, la France commence à entreprendre un vaste chantier de reconstruction idéologique : le dessinateur Marijac lance de sa propre initiative le magazine hebdomadaire Coq Hardi et la série parodique Les trois mousquetaires du Maquis. Entre esprit de résistance et défense des valeurs nationales, les périodiques d’alors importent des bandes américaines ou innovent en misant sur de jeunes créateurs (c’est l’origine de l’âge d’or de la BD franco-belge, dès 1945). Aux USA comme en Angleterre, les auteurs s’impliquent dans le conflit ou en extraient leurs propres souvenirs de guerre, pour lancer diverses séries mettant en scène les combats en Afrique du Nord ou la bataille du  Pacifique : Milton Caniff lance Steve Canyon en 1947 (sur le modèle de son célèbre Terry et les Pirates) tandis qu’Hugo Pratt créera en 1957 Ernie Pike (inspiré du correspondant de guerre Ernest Pyle, tué en 1945) et en 1969 Les Scorpions du  désert. Délivré du discours pontifiant sur une guerre « propre », les auteurs osent dès les années 1950 présenter les affres d’une guerre « sale » et immorale.


 Ces lectures de jeunesse donneront lieu dès les années 1980 à une lecture beaucoup plus nuancée de la guerre : en noir et blanc, le 9ème Art évoquera tour à tour la Shoah (Maus, par Art Spiegelman en 1987), le drame de la destruction du Japon (Gen d’Hiroshima (1983), d’après l’expérience de l’auteur, Keiji Nakazawa), l’endoctrinement fasciste (L’histoire des 3 Adolf, par Osamu Tezuka en 1983) ou les lendemains du Débarquement en juin 1944 (La Guerre d’Alan, par Emmanuel Guibert (2000), d’après le récit authentique du vétéran Alan Cope).


Parallèlement, l’œuvre de Jacques Tardi, fortement engagée sur la Première Guerre Mondiale (C’était la guerre des tranchées (1993) ou Journal de guerre (2008)) réinvestit différents filtres culturels et mémoriels (témoignages directs ou indirects, sources historiques et muséologiques, influences artistiques) et permet aujourd’hui un retour nécessaire du travail historique, entre discours scientifique et sémiologique des apports spécifiques de la bande dessinée, émotion et compassion. Inspiré par Tardi et par le contexte, de nombreux auteurs contemporains on réinvesti le champ de bataille du premier conflit mondial, déclinant le plus souvent plusieurs thèmes sous l’apparence d’un seul (le récit guerrier) : citons ici Le Front (Juncker, 2003), Le Sang des Valentines (De Metter, 2004) Fritz Haber (Vandermeulen, 2005), Le Coeur des batailles (Morvan et Kordey, 2007) ou L’Ambulance 13 (Cothias et Mounier, 2010) sans oublier la « mise en bulles » des formidables témoignages délivrés dans Paroles de Poilus, Paroles de Verdun (2006 et 2007) et Vies tranchées, les soldats fous de la Grande Guerre (2010).


Au Cinéma, on relèvera une évolution parallèle : le premier film antimilitariste demeure Les Sentiers de la gloire (Stanley Kubrick, 1957), suivi, dans les années 1970, décennie contestataire et farouchement opposée à la Guerre du Viêt-Nam, par Les Douze Salopards (Robert Aldrich, 1967), Les hommes contre (Francesco Rossi, 1970) et Patton (Robert Aldrich, 1970). Plus près de nous, La vie et rien d’autre (Bertrand Tavernier, 1989), Il faut sauver le Soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998) ou Joyeux Noël (Christian Carion, 2005) entérinent un genre nouveau, repris par plusieurs auteurs du 9ème Art : le film ou le récit de guerre traditionnel se mêle à la fable didactique autant qu’au drame historique, n’interdisant ni un cynisme quasi-permanent ni une volonté philosophique d’interroger sur la portée éthique ou morale des valeurs nationales.

 

 

 

L’intrigue en résumé 

 

 

 Notre Mère la Guerre - Première Complainte (2009) :

 

En 1935 à Soulac dans le Tarn-et-Garonne, un vieil homme affaibli et alité nommé Roland Vialatte se confie à un prêtre. Vingt ans auparavant, en janvier 1915, autour de Méricourt, en Champagne pouilleuse. Alors que la guerre fait rage, trois femmes - une serveuse de bar, une infirmière de la Croix Rouge et une journaliste canadienne - sont retrouvées assassinées sur le front, mystérieusement accompagnées par une lettre d’adieu... signée de leur assassin. Pressé par un état-major soucieux de régler au plus vite l’affaire, le lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte est chargé de cette enquête délicate en première ligne des combats.

 

Notre Mère la Guerre - Deuxième Complainte (2010) :

 

Janvier 1915, l’armée compte ses morts. Les noms des soldats disparus résonnent dans les plaines encore marquées par les combats incessants. Pour les rescapés de l’escouade du caporal Peyrac, il s’agit avant tout de ne pas sombrer dans la folie face à la mort, omniprésente. Julien Dussart, dit Jolicœur, blessé et coincé au milieu du champ de bataille, et c’est toute la troupe qui se mobilise là où la moindre source de vie est synonyme d’espoir. Le Lieutenant Vialatte, lui, a été envoyé au front pour tenter de retrouver le meurtrier d’un tout autre genre de victimes, féminines, dont le nombre ne cesse d’augmenter. Entre deux salves ennemies, l’enquête avance. 

 

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 1ère de couverture pour Notre Mère la Guerre. 2, Deuxième complainte

par Maël et Kris

 

Futuropolis, 2010

 


Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé des ces deux albums :

 

A.   Etude des textes et paratextes

 

1.    Relevez le titre du premier l’album.

Que nous apprend-il sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.    Quels renseignements supplémentaires nous donne le sous-titre « première complainte » ?

 

3.    La typographie du titre nous renseigne-t-elle sur le genre du récit ?

 

4.    Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.   Etude des images et dessins

 

5.    Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-       Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-       Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-       Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-       Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-       Couleurs dominantes ?

-       Présence ou non de personnages identifiables ?

-       Lieux, époque et actions ?

 

6.    D’après l’ensemble des éléments dessinés listés (1ères et 4èmes de couvertures), quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

7.    Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?  

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

8.    Que suggèrent les couleurs employées ?

 

9.    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?  

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Le paysage est désolé et la mort omniprésente : voici, très vite, quels seront les deux principaux thèmes probablement relevés par la grande majorité des observateurs de la première de couverture du tome 1 de Notre Mère la Guerre. Le contexte de la Première Guerre Mondiale est lisible par le biais d’une tranchée (boueuse et torturée, fabriquée avec des éléments de fortune) et par un titre complexe, renvoyant aussi bien à l’expression « la mère des batailles » qu’aux idées conjuguées d’univers originel, de passage obligatoire et de domaine religieux. Ce « notre père » inversé, tracé de lettres noires morbides, tend à renvoyer vers l’idée dérangeante d’une déesse mère maléfique, cet effet étant encore souligné par le sous-titre de l’œuvre (première complainte) : le domaine de la chanson tragique traduira cette fois-ci l’épopée héroïque des différents acteurs du drame, narré telle une douloureuse confession par Roland Vialatte.

 

A ce premier champ exploratoire se substitue rapidement toute une série d’indices ou de faits mystérieux, constitutifs du « polar » dissimulé sous le récit historique : tout d’abord un corps (celui d’une infirmière étrangement armée), dont la pose sans vie ne laisse apparaitre que le visage cadavérique et quelques traces de sang inquiétantes. L’absence de tout soldat, ensuite, qui laisse présumer d’un quelconque boyau ou secteur abandonné, propice à tous les règlements de compte. Les arbres nus et déchiquetés, l’arme éteinte, la femme tuée (on fera le rapport entre cette non-présence et le titre) ainsi que le choix des couleurs terreuses et grisâtres connoteront une nouvelle fois une mort dédoublée : celle, massive et inhumaine, apportée par la Guerre, comprise comme sous-jacente de l’univers décrit et celle, plus individualisée et sans doute plus criminelle, ayant frappée très précisément cette jeune femme.  Autre absence notable : celle du héros-soldat ou de l’enquêteur attendu, qui laisse présager d’un rôle fort dévolu au lecteur et d’une démarche subjective des auteurs.

 

En 4ème de couverture de ce premier album, d’autres détails nous sont fournis : dans la nuit, les hommes montent au front, probablement au cours des premiers mois de la guerre, comme le laissent deviner les uniformes (le malheureux pantalon rouge garance et le képi en tissu seront remplacés par la  fameuse tenue bleu horizon au début de l’année 1915) et le cheval servant à la logistique. De nouveau, aucun personnage ne se détache vraiment de cette petite troupe : seules les lunettes d’un lieutenant militaire traduiront une différence entre cet homme (qui ne porte pas de fusil ni de paquetage) et les autres...

 

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  4èmes de couvertures pour Notre Mère la Guerre. Tomes 1 et 2

 par Maël et Kris

 

Futuropolis,2009 et 2010

 

 

Les 1ères et 4èmes de couverture de Notre Mère la Guerre, Deuxième complainte réinvestissent de manière plus explicite le champ religieux et liturgique : une troupe d’hommes (nous pourrons reconnaitre le soldat à la pipe visible en 4ème de couverture du tome 1) s’est abritée dans la nef d’une église dévastée, tous ayant l’air anxieux et la peur au ventre. Au dos, un homme seul prie, à la lumière vacillante d’un autel et à proximité des soins donnés par les infirmières aux blessés du conflit : sans voir son visage, nous reconnaitrons cette fois-ci l’officier (casquette et gabardine) visible en 4ème de couverture du tome précédent.

 

L’ensemble de ces éléments est naturelles plus révélateur de la volonté ciblée des auteurs : le récit de guerre est d’office évacué par une imagerie non constitutive de la sauvagerie physique des affrontements, au profit d’un discours engagé, ancré sur la propension psychologique de la guerre à détruire l’âme humaine. Hommes ou femme, combattants ou infirmière, jeunes ou vieux, toutes et tous se retrouvent moralement impliqués dans un théâtre d’ombres où les acteurs doivent accepter malgré eux - et parfois sans comprendre - le destin tragique qui est le leur.

 

Dans ce monde éminemment masculin, la femme se transmue en une quête aux accents mythologiques : outre l’antinomie offerte par « la » guerre et « la » mort comme catharsis maternelle, c’est « la » vie qui est recherchée par tous les biais au cours de différentes séquences qui seront précisément le cadre attendu du « repos des soldats » (prière, sexualité ou nourriture). Cet angle métaphysique et spirituel est ici du ressort du récit d’apprentissage : en 1ère et 4ème de couverture du tome 1, la croix rouge de l’infirmière et la route prise par les soldats renverront à cette idée de cheminement et de sacrifice, à cette intersection symbolique entre l’Homme et l’esprit divin, choix ultime auquel est confronté le héros au seuil de la mort en ouverture de l’œuvre. Nous retrouverons au final rassemblés ces symboles dans l’image de Vialatte priant aux pieds d’un Christ « outragé » par la Guerre.

 

Dans Notre Mère la Guerre, l’Homme affronte l’homme sans courage ni volonté : on ne distinguera en couverture que peur, lâcheté ainsi qu’une insaisissable camaraderie constitué de non-dits et de méfiances. La poésie offerte par ce diptyque est à vrai dire relativement inhumaine : c’est sans doute pour cela, parce qu’elle résonne comme un effrayant poème de Villon ou telle l’ironique et douloureuse Chanson de Craonne,  qu’elle nous émeut au plus haut point...



Pistes supplémentaires 

 

-   http://www.futuropolis.fr/fiche_titre.php?id_article=717195

Page dédiée à la série sur le site de l’éditeur.

 

-   http://www.bdgest.com/preview-573-BD-notre-mere-la-guerre-premiere-complainte.html 

http://www.bdgest.com/preview-749-BD-notre-mere-la-guerre-deuxieme-complainte.html 

Prévisualisations des tomes 1 et 2.

 

-   http://www.bodoi.info/magazine/2009-09-14/kris-scrute-lhomme-en-guerre/20556 

Interview du scénariste Kris sur le site Bodoï.

 

-   http://mael-dessousdetable.blogspot.com/ 

Blog de Maël.

 

-   http://www.curiosphere.tv/guerre14_18/ 

http://www.crdp-reims.fr/memoire/bac/1GM/menu.htm 

http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=423&chkDetails=on&hidetop=1 

http://www.museeairespace.fr/fileadmin/user_upload/Pdf/presse/Communiques/cp-putain-de-guerre.pdf 

Autour de la 1ère Guerre mondiale... en BD

 

 

 

 

Entretien avec Maël :

 

1. Pouvez-vous expliquer votre rencontre artistique et la genèse de ce projet ?

 

En 2006, alors que je termine Dans la colonie pénitentiaire [NdA : scénario de Sylvain Ricard, édit. Delcourt] et que je prépare L'Encre du passé fraîchement signé chez Dupuis [scénario par Antoine Beauzat], Claude Gendrot (ancien directeur éditorial chez Dupuis et éditeur pour Futuropolis depuis quelques mois alors) me contacte pour me proposer de travailler avec Kris sur un projet qui a pour cadre la Première Guerre Mondiale. À cette époque, Kris et moi ne nous connaissons pas. J’ai lu Un homme est mort [dessin par Etienne Davodeau, Futuropolis, 2006] et Coupures irlandaises [dessin par Vincent Bailly, Futuropolis, 2008], qui m’ont bien emballés ; Kris a lu Les Rêves de Milton [scénario de Frédéric Féjard et Sylvain Ricard], est séduit mais pas totalement convaincu par mon approche graphique. Ce sont les premières planches de L'Encre du passé qui achèveront de le convaincre. Il faut dire qu’il porte le sujet de Notre Mère la Guerre depuis longtemps, c’est pour lui un projet d’une grande importance, il faut trouver LE dessinateur pour cette histoire, et plusieurs noms plus prestigieux ont déjà décliné. De mon côté, ma première réaction est un mouvement de recul : la Première Guerre Mondiale, après Tardi et tout un tas d'autres créateurs talentueux (pas seulement en BD), et alors qu’en pleine escapade japonisante j’ai déjà sous le coude un projet en tant qu’auteur complet, franchement, ça me fait un peu peur...

 

Et puis, je reçois le script : intention, synopsis, parti-pris, ébauches de personnages. J’y repense plusieurs jours durant. Il y a un souffle, là-dedans, une matière brute, qu'il est rare de trouver dans un simple projet de bd. La guerre n’est pas le cadre de l'histoire : la guerre EST l'histoire, et inversement. L’angle est original, l’ambition presque excessive, et ça change vraiment de Tardi. Évidemment, « quelle connerie la guerre », mais là c’est plus nuancé, la fiction et l’épaisseur des personnages (antagonismes) devraient permettre d’explorer plus de facettes. Sur la forme, je n’ai pas de réserves, Kris est un bon scénariste, il sait raconter et dialoguer. Mes derniers remparts tombent quand j’ai la certitude, après discussion avec Kris et Claude Gendrot, qu’on ne prend pas le chemin du polar non plus, que l’intrigue, l’enquête, sont un moyen d'installer les situations extrêmes qui révéleront les personnages, les « hommes en guerre ».


Et donc, en 2007, nous disons « oui » à Notre Mère la Guerre, qui entre-temps a été redécoupé en trois parties.

 


   2. Quelles furent vos volontés artistiques ou éthiques, autour de la conception de ces couvertures ? Y’a-t-il eu par exemple des détails ou des scènes que vous ne vouliez pas montrer ?

 

Précisément : nous avons décidé assez vite de ne pas montrer une scène de chaque livre en particulier, du moins pas de la même façon. Mais il n’y a pas eu non plus d'autocensure. Il faut reprendre l'historique de la couverture de la Première complainte pour comprendre :

 

-              la direction artistique de cette couverture, orchestrée en particulier par Didier Gonord, tenait compte d'un point sur lequel nous sommes tombés d’accord, après discussion autour de nos premières idées : pas question de laisser dériver l’image de couverture de ce livre vers une scène de genre ou une illustration réductrice. Si vous regardez les premières aquarelles de recherche, vous voyez pas mal de pistes finalement anecdotiques, sans grand mystère (cf. premières images ci dessous).

 

-              à nos yeux, Notre Mère la Guerre n’est pas une « BD sur la guerre », ni un « polar », etc. C’est un peu tout ça, mais notre sujet est : qu'est-ce que la guerre (celle-ci en particulier, emblématique) fait de l’Homme (hommes et femmes) ? Nous avions aussi un titre fort : Notre Mère la Guerre, en soi, c’est tout un monde possible, à la limite de la provocation métaphysique.

 

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Recherches inédites pour Notre Mère la Guerre. 1, Première complainte

 

 

par Maël (2009)

 

 

 

Comment ont évolué la charte graphique, le visuel principal, les pages de garde, etc. ?

 

  Partant de là, Didier Gonord a fait une proposition très allégorique, qui donnait tout son sens à cette approche, mais qui nous éloignait trop, pour le coup, de notre récit, de nos personnages (cf. roughs numériques ci dessous).


 

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Tenant compte de l'articulation en trois parties, cette piste imaginait décliner trois figures féminines de la guerre : la Nation emmenant ses fils à l'assaut, la République protégeant ses enfants, la Piéta pleurant ses morts. Le tout faisant référence, bien sûr, aux images de Delacroix, Michel-Ange...

Jugées trop désincarnées par rapport au récit, ces images ont été écartées comme pistes de couverture (mais pas de livre comme on le verra plus tard).

Est restée, tout de même, l’idée de ne pas faire redondance avec le titre (donc pas d’image de guerre des tranchées à proprement parler), et de replacer la figure de la femme (en creux, en repoussoir dans ce premier tome) dans le cadre du récit.

 

J’ai donc réalisé des esquisses de cette scène avec l’infirmière, qu’on pouvait croire endormie ou blessé au combat, avec notre gendarme Vialatte dans le champ. On a rapidement compris que la présence de notre personnage principal remettait trop d’anecdotique dans l’image, qui gagnait en mystère si on le retirait.

Mais, du coup, on était frustrés de ne pas montrer plus d’éléments concrets du récit - et là, on a opté pour une illustration « complémentaire » en 4ème de couverture, qui vient vraiment compléter la couverture en ramenant sur le parcours du personnage au fil de son enquête sur le front (proposition, là encore, de Didier Gonord).

Le principe artistique pour toutes les couvertures de cette série était ainsi défini : le mystère, le sous-texte, le « sous-jacent » en 1ère de couv’, le récit, le « terre-à-terre » en 4ème de couv’.

 

Quant à la piste allégorique, elle a trouvé sa place en page de titre, et permet de recoller à la dimension plus métaphysique du récit.

 

 

3. Comment se détache-t-on des albums - voire des affiches de films - déjà parus sur le sujet, sans parler de l'impact encore récent des œuvres de Jacques Tardi ?

 

Concernant la comparaison (inévitable), ou référence, à Tardi, c’est simple : nous ne faisons pas la même chose, et ne prétendons pas imiter une œuvre qui, en soi, est d’un aboutissement incomparable. Notre Mère la Guerre essaie, grâce à l'usage de la fiction, d’approcher des points de vue subjectifs, pas toujours à l’unisson ; Tardi, qui utilise une petite part de fiction comme fil rouge dans un travail de reconstitution, propose quelque chose de plus réel, de plus direct aussi.

 

Pour parler plus particulièrement des couvertures d’albums par rapport à d'autres visuels sur le même thème, comme dit plus haut, nous ne voulions pas d’illustration de type « guerre des tranchées », c'était une option trop réductrice. L’originalité étant contenue dans le titre, on pouvait proposer des images de couverture un peu moins directes et explicites. Pour le tome 2, Kris tenait particulièrement à focaliser sur la section Peyrac, et avait une idée très précise de ce qui devait sortir de ce portrait de groupe, ce côté « posé devant l'objectif », avec un regard dur et interrogateur vers nous qui les regardons, comme chargé de reproches. Pour éviter là encore de tomber dans l'illustration estampillée « guerre des tranchées », on a situé ça dans une église en ruines que j’avais déjà campée dans une précédente recherche, avec une approche de couleurs tirant vers le Sépia, pour accentuer l'aspect « photo », dans les mêmes tons que les terribles souvenirs de Peyrac.

 

 

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Recherches inédites pour Notre Mère la Guerre. 2, Deuxième complainte

 

par Maël (2010)

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine - Images toutes ©Futuropolis - Maël & Kris. 2011.

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 18:10

Couverture Alix Page 1 Image 0001

 

Alix : L'Enfant grec

par J. Martin

à paraitre aux éditions Magnard (Collection Classiques & Contemporains) 

en juin 2011 aux cotés de 5 autres titres. 

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 11:49

Enfin des nouvelles...

et des couvertures des différents ouvrages en cours, tous à paraitre le 14 juin 2011...

 

 

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Commençons par

Sherlock Holmes dans la bande dessinée : enquête dans le 9ème art,

entièrement finalisé à ce jour (voir articles précédents et page perso pour détail du contenu).

 

La maquette de cette couverture (ainsi que les visuels suivants) est réalisée par la talentueuse Isabelle Archambault.

 


 

 

Quelques unes des propositions pour

Pirates & Corsaires dans la bande dessinée : des bulles à l'abordage !

 

Pirates 1 

 

J'ai très vite adopté la 1ère proposition, aussi bien pour la composition générale que pour le choix des éléments représentés (logiquement, un pirate, un navire et la mer !) de manière fluide.

 

 

Pirates 2

 

 

Ocres ou sépias, c'est bien, mais un peu de bleu (mer), c'est mieux ! Et hop, la couverture finalisée...

 

 

Pirates 3

 

En interview dans cet ouvrage de 200 pages illustrées, retrouvez :

 

Bonifay, Philippe et Terpant, Jacques - Pirates (Casterman, 2001 à 2007)

Bourgne, Marc /Bonnet, Franck - Les Pirates de Barataria (Glénat, depuis 2009)

Brrémaud, Frédéric / Lematou - Histoire des plus fameux pirates (Delcourt, depuis 2009)

Charlier, Philippe - Barbe-Rouge (Dargaud, 1961 - 2004)

Chauvel, David / Simon, Fred  - L’Ile au trésor (Delcourt, 2007 à 2009)

Conrad, Didier - Donito (Dupuis, 1991 à 1996)

Bingono, Brice - Pavillon noir (Soleil, depuis 2011)

Corteggiani, François et Tranchand, Pierre - Marine (Hachette/Lombard, 1984 - 1992)

Duval, Stéphane - Gitans des mers (Dupuis, depuis 2010) 

 Hermann et Yves H. - Le Diable des sept mers (Dupuis, 2008 - 2009) 

Créty, Stéphane - Hannibal Meriadec et les larmes d'Odin (Soleil, depuis 2009)

Filippi, D.P et Liberge, Eric, Les Corsaires d’Alcibiade (Dupuis, depuis 2004)

Mitton, Jean-Yves - Les Survivants de l’Atlantique (Soleil, 1992 à 2003)

Perrissin, Christian - Barbe-Rouge (Dargaud, 1999 - 2004, avec M. Bourgne) et La Jeunesse de Barbe-Rouge (Dargaud, 1996 - 2001, avec D. Redondo)

Riff Reb’s - A bord de L'Etoile Matutine (Soleil Prod., 2009)

Robet, Dominique et Alain - Gabrielle B. (Emmanuel Proust Editions, 2005 - 2008)

Appolodorus, Olivier - Ile Bourbon 1730 (Delcourt, 2007)

 

 

 


 

 

 Spirou, aux sources du S...

 

Spirou 1

 

 Là encore, c'est la 3ème proposition qui m'a tout de suite parue la plus logique : Spirou s'interrogeant sur sa propre énigme, avec ce "S" emblématique allant du titre à son personnage...et vice  versa. Ceci sans compter les légendaires couleurs (rouge, noir et blanc)...

 

 

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 17:45

Livres parus ou à paraitre...

Pour plus de commodités, retrouvez désormais l'actualité éditoriale de l'auteur de ce blog
sur la page

http://couverturedebd.over-blog.com/pages/Lactualite_editoriale_de_lauteur-2676722.html
                                                      

         



De JUIN 2011 à JANVIER 2012...

(Visuels non représentatifs de la couverture finale)

 

 

juin 2011

 

 

Extrait exclusif :

 

 

 

  spirou couv

 

juin 2011

 

 

  pirates couv

 

 juin 2011

 

 

 

guerre couv

 

janvier 2012





        

Retrouvez ces ouvrages à la vente

sur le site Amazon :

 

http://www.amazon.fr/s?_encoding=UTF8&search-alias=books-fr&field-author=Philippe%20Tomblaine

 

 

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 18:07

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

 

Tintin et les Picaros

Hergé

Casterman, 1976.

 

Pages de Tintin Et Les Picaros Page 1 Image 0001

 

DOSSIER en ligne et téléchargeable  :

 

Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/0001130870e9829002b1b

 

La création d’un univers

 

 Paru en 1976, Tintin et les Picaros fut le dernier album finalisé entièrement par Hergé et ses proches collaborateurs. La genèse de ce 23ème album fut passablement longue et compliquée par la volonté de l’auteur d’y faire de nombreuses allusions à la situation politique internationale des années 1960. Initialement conçu comme une suite directe des Bijoux de la Castafiore (22ème titre de la série, paru en 1963), le récit débutait par un détournement d’avion avant de retrouver Tintin en Amérique du Sud, dans un contexte révolutionnaire où devait dès lors se poser la question de son engagement, voire de son militantisme. Les grandes lignes de ce premier synopsis ne furent réadaptées par Hergé qu’une décennie plus tard, après la parution intermédiaire de Vol 714 pour Sydney en 1968,  album qui reprit pour sa part l’idée du piratage aérien.

 

Lors de sa parution, Tintin et les Picaros eut un énorme succès commercial, notamment en raison de l’absence prolongée de nouveauté liée au personnage ; on ne manquera cependant pas d’y voir la décomposition progressive de l’univers de Tintin c, après le huis clos des Bijoux de la Castafiore et l’aventure effacée de Vol 714 pour Sydney. Ayant quitté ses éternels pantalons de golf pour un jean marron, le héros affronte une ligne claire démystifiée, où l’aventure ne tente plus personne et où la réalité du monde contemporain devient omniprésente. Bien que fictif, le San Theodoros, théâtre perpétuel des affrontements entre l’armée et les guérilleros révolutionnaires, ressemble comme deux gouttes d’eau à l’un de ces nombreux pays d’Amérique du Sud, tour à tour terre d’accueil pour les anciens dignitaires nazis,  dominion sous influence du blocs de l’Est ou de l’Occident, et également terrain de lutte au profit du pouvoir personnel.  Le coup d’État réussi à la fin de l’album par Alcazar n’est pas sans rappeler celui de la révolution cubaine de Fidel Castro, accomplie en 1959 avec un faible nombre d’hommes (les « Barbudos », les barbus). L’auteur ne fait pas de concession à l’ami de Tintin : Alcazar apparaît illettré, cupide et imbu de lui-même. Il désire en effet rebaptiser la capitale « Alcazaropolis », et personnifie le régime dictatorial tout autant que son prédécesseur et ennemi, le général Tapioca. De fait, il n’en sera qu’un « reflet », annoncé graphiquement par la misère régnant toujours au final d    ans le pays et lors du départ de Tintin.

 

 

L’intrigue en résumé 

 

 

 Lors d’un voyage au San Theodoros, La Castafiore et les Dupondt sont arrêtés arbitrairement par le régime du général Tapioca. Haddock, le professeur Tournesol puis Tintin se rendent successivement sur place pour leur venir en aide. Accueillis mais surveillés par les hommes du dictateur, nos amis tenteront d’échapper à la surveillance et à la vengeance du colonel Sponsz lors de la visite d’une ancienne pyramide aztèque perdue au cœur de la jungle…

 

 

 

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 L'ensemble des Aventures de Tintin.

 

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé de l’album :

 

A.   Etude des textes et paratextes

 

1.      Relevez le titre de l’album.

Que nous apprend-il sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.      Trouvez le nom de la série. Pourquoi n’apparait-il plus selon vous sur cette couverture ?

 

3.      Existe-t-il un ou plusieurs rapport(s) entre le titre de l’album et celui de la série ?

La typographie de la série ou du titre nous renseignent-elles sur le genre du récit ?

4.      Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.   Etude des images et dessins

 

5.      Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-         Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-         Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-         Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-         Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-         Couleurs dominantes ?

-         Présence ou non de personnages identifiables ?

-         Lieux, époque et actions ?

 

6.      D’après l’ensemble des éléments dessinés listés, quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

7.      Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

8.      Que suggèrent les couleurs employées ?

 

9.      Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Ayant compris dès 1934 l’intérêt à tirer d’une couverture particulièrement accrocheuse, Hergé s’est par la suite toujours refusé à cet effet de facilité consistant à en faire un quasi-résumé du contenu de l’album. Ce principe traditionnel est à l’œuvre sur les visuels des premières aventures du héros reporter (Tintin au Pays des Soviets (1930), Tintin au Congo (1931) et Tintin en Amérique (1932)) puis se transforme à partir des Cigares du Pharaon au profit de trois nouveaux éléments : une image directe, relativement frappante et mystérieuse ; un titre court, à la fois évocateur et intriguant mais parfois sans véritable lien avec l’image ; la disparition relative du mot « Tintin ».

 

 Le titre Tintin et les Picaros occupe une place importante, inséré dans un cartouche qui le met en valeur, outre sa propre typographie. Inscrit en noir sur fond jaune, il s’en réfère ici essentiellement au genre Aventure, représenté graphiquement par le contexte exotique de la jungle sud-américaine. Plus qu’une simple vignette extraite de l’album - et qui n’y apparait d’ailleurs jamais telle quelle - l’image s’avère porteuse d’un suspense littéralement romanesque, aspect du reste initialement renforcé par la publication feuilletonesque de l’histoire au fil de l’hebdomadaire Journal de Tintin durant l’année 1975. C’est pour de strictes raisons commerciales que les éditions Casterman contraignirent Hergé dès 1968 à reprendre le nom du héros dans le titre, après un nombre conséquent d’albums dépourvus de cette présence homonyme fort logiquement évocatrice.

En toute connaissance de cause, Hergé reprend donc ici un titre faussement simpliste, où un Tintin connu de tous côtoie de bien « étrangers » Picaros : arrondi et biseauté, le lettrage adopté par l’auteur depuis 1934 encre pour sa part l’album dans la continuité de l’œuvre, voire même plus largement de l’univers de la ligne claire, puisque ce véritable standard iconique sera repris tel que aussi bien par Jacobs pour Blake et Mortimer que par des auteurs ultérieurs tels Ted Benoit, Floc’h, Chaland ou Sterne.

 

 On rappellera dans l’évocation sémantique du titre que Tintin et les Picaros ne fut qu’un second choix, adopté après un Tintin et les Bigotudos (« moustachus ») initial. La polysémie du terme « Picaros » y est probablement pour beaucoup : plusieurs réalités s’y croisent, tel un imaginaire latin ou sud-américain renvoyant aussi bien au mot « picaro » (miséreux, voleur, canaille) qu’au genre picaresque, dont on retiendra le profil antihéroïque et la vision sociale relativement pessimiste. L’évocation à mots couverts des partisans castristes permet à l’album de demeurer atemporelle et de profiter d’une liberté d’expression proche de celle exprimée dans le Lotus bleu (1936) ou dans Coke en stock (1958).

 

 Inscrit dans un ovale jaune, le titre ressemble plus que jamais à un phylactère sans appendice dont le format important (1/3 de la couverture) viendra évoquer le rapport à un verbal ou à l’expression silencieuse de l’album. Peut-être moins artificielle qu’à l’accoutumée, l’association du bandeau titre au dessin se fait sur un mode plus strictement bédéiste : devenu le garant à part entière de ses propres aventures, Tintin fait disparaitre in fine le bandeau du surtitre indiquant précisément et jusqu’à ce 23ème album « Les Aventures de Tintin ». Non significatif, selon les propres mots d’Hergé, et par conséquent déchargé de toute intentionnalité de pointer le caractère non aventureux de l’album (en opposition donc avec l’image), ce détail du surtitrage absent ne manquera pas d’interpeller le sémioticien ou le spécialiste de la geste hergéenne. Ce dernier, parfaitement conscient des similitudes entre l’œuvre et la vie intime de son auteur, constaterait ainsi la fin d’un cycle et l’immanence d’un personnage déjà appelé vers une éternité artistique.

 

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1ère planche originelle de l'album, telle que parue après modification de la première case.

 

 

 Inscrite parmi les « classiques » de la série, la couverture cherche à s’en rapprocher avec la figuration des quatre principaux protagonistes, bien connus des lecteurs mais plus acteurs des aventures passées que de cette ultime aventure annoncée. On pourra en outre s’étonner de l’absence du personnage d’Alcazar, protagoniste central de cet épisode et dont le rôle est plus développé que celui de Tournesol. La proche « famille » du héros, mise en vedette, s’apparente à un hommage du dessinateur : ces figures, secondaires au départ (le capitaine Haddock  apparait dans Le Crabe aux pinces d’or en 1940, le professeur Tournesol dans Le Trésor de Rackham le Rouge en 1943), ont toutes acquis leur légitimité et finalement permis à Tintin lui-même « d’exister », tel que le confirmera Hergé en 1979. L’attitude de chaque personnage est légitimée : Haddock et Milou se ressemblent, le scientifique et distrait Tournesol proteste tandis que Tintin ferme la marche et protège ses compagnons dans leur fuite.

 

Pour la première fois saisis dans une scène d’action haletante, les personnages d’Hergé ne touchent plus terre, dans une référence interne à la planche 26 de l’album où les héros, pris sous le feu croisé (du moins le croient-ils…) des partisans de Tapioca et d’Alcazar, tombent en réalité dans un traquenard. Visuellement, l’œil du lecteur suit une diagonale ascendante se dirigeant de l’escalier et de l’arrête de la pyramide vers le bas inférieur droit de la couverture, indiquant ainsi la marche à suivre pour lire les aventures de ces personnages. Cette ligne de fuite qui n’a jamais aussi bien portée son nom s’inspire tout naturellement du système de lecture  occidentale, dans un effet intensifié de célérité. Très proche de la couverture réalisée en 1952 par Hergé pour L’Eruption du Karamako, quatrième volet des aventures de Jo, Zette et Jocko, le dessin créé la complicité avec le lecteur en instaurant un principe d’entraide. Ainsi le lecteur imaginera-t-il les personnages courant vers lui comme s’ils avaient besoin de son aide, dans un contexte à la fois étranger (la jungle équatoriale luxuriante, la pyramide aztèque inspirée du monument maya El Castillo, situé à Chichen Itza au Mexique) et potentiellement hostile.

 

 

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Visuel de couverture pour L'Eruption du Karamako (1952).

 

 

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Pyramide de Kukulcan (El Castillo) sur le site archéologique de Chichen Itza (Yucatan, Mexique), datée du XIIème siècle.

 

 

 Extrêmement programmatique et archétypique du récit d’aventure exotique, la couverture offre ici un avant-goût du contenu de l’album sans rien dévoiler de ses principales articulations, et  encore moins du long refus de Tintin d’entrer véritablement dans l’aventure, ce qu’il ne fera qu’au détour de la vingt-et-unième planche… Gage de suspense et suspense elle-même, la couverture de Tintin et les Picaros, qui ne dévoile ni le danger que fuient les personnages ni la nature des « Picaros », multiplie les atouts nécessaires pour intriguer attirer le lecteur, et obéit de fait complètement à la notion de triple attente : désir de percer le secret du titre, désir d’élucider le suspense contenu dans l’illustration, désir de faire le chemin qui va de l’illustration au titre et du titre à l’illustration…

 

 

 

Pistes supplémentaires 

 

-       http://www.tintin.com

Site officiel : résumés des albums, présentations de l’auteur, personnages, dossiers thématiques. Forum ouvert aux fans.

 

-       http://www.bellier.org/tintin%20picaros/vue1.htm

Planches originales parues dans le Journal de Tintin en 1975

 

-       http://www.tintin.free.fr/aventures/voirbd.php?choix=picaros

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tintin_et_les_Picaros

Quelques renseignements autour de l’album.

 

 

 

-   

Monographies existantes :

-         Hergé et les Bigotudos, le roman d’une aventure (P. Goddin, Casterman, 1993 - 287 p.)

 A partir de l'exemple « Tintin et les Picaros », récit dont la gestation a duré près de 15 ans, et pour lequel une impressionnante quantité d'archives a été conservée, l'auteur décrit la genèse d'une histoire, depuis la première intuition de ce qui s'appela longtemps « Tintin et les Bigotudos » jusqu'à l'album terminé. Evoquant de manière vivante et rigoureuse les étapes de l'élaboration, Philippe Goddin révèle des gags méconnus, des séquences inédites, des versions abandonnées. Il nous montre aussi un Hergé en proie au doute, multipliant les hypothèses jusqu'au vertige, comme s'il craignait de laisser échapper l'essentiel

 

 

-         L’ultime album d’Hergé (L. Schuurman, Cheminements, 2001 - 204 p.)

 A travers l'analyse fouillée, argumentée et littéraire des Picaros, l'auteur s'ingénie à mettre en lumière les multiples signes de finitude qui en ponctuent le récit désabusé, ainsi que les règles, les motifs récurrents et les procédés de style qui ont fait le succès de l'écriture hergéenne, pour mieux embrasser, en définitive, l’œuvre toute entière.

 

  Dossier réalisé par Ph. Tomblaine. 2010.

Images toutes ©Hergé - Moulinsart SA.

 

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Published by philtomb - dans Couverture Mythique
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