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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 10:23

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Tramp t.9 :

Le Trésor du Tonkin

 

Jean-Charles Kraehn et Patrick Jusseaume,

Ed. Dargaud, 2009.

 

couv-def.jpg

 Dossier en ligne et téléchargeable :

 
Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/000113087c9b295ce526e


·         L’intrigue en résumé :

 

 Cochinchine, années 1950. Après avoir retrouvé la tombe de son père, le capitaine de marine Yann Calec découvre que celui-ci à décidément laissé derrière lui un passé agité. Militaire aventurier plutôt en marge des autorités, il a été impliqué dans une sombre histoire d’or détourné. Calec, déterminé à éclaircir l’affaire, découvre alors l’ancienne maitresse (une congaï) de son père… ainsi que son demi-frère ! Mais le trésor attise bien des convoitises,  en particulier celle des Durand, deux frères de la Sûreté militaire, authentiques « ripoux » prêts à tout pour le retrouver….

 

 

·         Questionnaire pour les élèves :

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-       Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de cet album ? Que suggère l’accroche de la série, située en bas de la couverture ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-       Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-       Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : Indochine et Guerre d’Indochine, Tonkin, Viêt Minh, concubine, caoutchouc et latex.

 

-       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-       Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-       Tentez de trouver des œuvres (romans, bandes dessinées, films) se déroulant en Indochine ou pendant la Guerre indochinoise. Retracez également en quelques lignes la biographie de Marguerite Duras en évoquant son enfance coloniale.

 

 

 

·         Les auteurs de Tramp :

 

 Patrick Jusseaume, né en octobre 1951 à Abidjan (Côte-d’Ivoire) et diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Rouen, s’oriente tout d’abord vers l’Éducation nationale où il enseigne le dessin pendant plusieurs années. Il effectue ses véritables débuts en 1985, dans les pages du magazine Vécu édité par Glénat. Alors que le dessinateur-scénariste breton Jean-Charles Kraehn (Bout d'homme (Glénat) et Le Ruistre (Glénat) ; auteur de Gil St André (Glénat) et de Myrkos (Dargaud)) lui propose de reprendre le dessin de la série médiévale Les Aigles Décapitées (initialement créée avec Patrice Pellerin chez Glénat), Patrick Jusseaume opte ppur unchoix plus personnel : Kraehn lui écrit ainsi le premier tome d'un nouveau polar maritime…

 

 C’est en 1991 que débute la saga maritime Tramp. Réclamant une importante documentation, le premier album (intitulé Le Piège) ne paraîtra que deux ans plus tard. En 2001, après avoir dessiné les quatre tomes du premier cycle de Tramp, Patrick Jusseaume entame La Route de Pointe-Noire, premier volet d’un diptyque « africain » qui sera suivi par La Piste de Kibangou. En 2003, le dessinateur part au Vietnam avec J.C. Kraehn et le scénariste Serge Le Tendre en vue de dessiner Mission Vietnam, un carnet de voyage réalisé pour une association humanitaire et publié par Glénat. En 2005, avec Escale dans le passé, Patrick Jusseaume se lance dans le dessin du troisième cycle des aventures maritimes et exotiques de Yann Calec. Ce cycle « asiatique » s’achève en 2009 avec Le Trésor du Tonkin.

 

 

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Encrage et couleurs de la planche 5 du tome 9 par P. Jusseaume (Dargaud, 2009).

 

·         L’Indochine française et la guerre :

 

 Le Tonkin désigne la partie la plus septentrionale du Viêt Nam, aux frontières de la Chine (au nord), du Laos (à l’ouest) et du Golfe du Tonkin (à l’est). Depuis sa victoire décisive sur la Chine en 1885, la France contrôle un vaste territoire rassemblant l’Annam (centre du Viêt Nam), le Tonkin (ayant pour « capitale » la ville d’Hanoï), la Cochinchine (delta du fleuve Mékong, au sud du pays), le Laos et le Cambodge : cet ensemble est nommé Indochine française. La population coloniale française n’y dépassera guère les 34 000 individus, pour plus de 18 millions d’habitants dans les années 1950. Les richesses et minerais exploitables (zinc, charbon, étain) y sont multiples : impôts et taxes diverses enrichissent directement l’administration de la métropole, qui contrôle également les monopoles du sel, de l’alcool de riz et de l’opium. La production du caoutchouc (plantation et culture de l’hévea) est favorisée par l’essor de la production automobile européenne : les exportations de caoutchouc représenteront en 1940 le quart des exportations de la péninsule. Par la suite, le recours aux produits régénérés ou synthétiques, puis la guerre, entraveront cette industrie.

 

 De 1941 à 1945, la France de Vichy collabore un temps avec l’occupant japonais en Indochine : en mars 1945, toutefois, le Japon attaquera par surprise les bases françaises. Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Chine et Angleterre se partagent les anciennes possessions françaises. En 1946, sous l’impulsion du général De Gaulle, la France restaure son autorité : le Laos et le Cambodge parviennent à faire reconnaître leur souveraineté en douceur. Il n'en va pas de même au Viêt Nam, enjeu stratégique et économique d'une tout autre importance où le Viêt Minh et d'autres groupes indépendantistes cherchent par ailleurs à établir leur autorité sur le pays.

 

 Le Viêt Minh (Ligue pour l’indépendance du Viêt Nam) est une organisation politique et paramilitaire vietnamienne créée en 1941 par le Parti Communiste indochinois : ce mouvement est dirigé conjointement par Hô Chi Minh (chef politique) et le général Võ Nguyên Giáp. Il reçoit aussi un soutien moral considérable des mouvements communistes et anticolonialistes du monde entier, y compris de France, où le Parti communiste français (plus de 20% de l'électorat à l'époque) fait campagne contre la « sale guerre ». Les actes de guérilla effectués par les combattants, favorisés par les reliefs montagneux et la forêt tropicale, sapent le moral des troupes françaises qui se dispersent dans la traque d’un ennemi insaisissable, très bien renseigné par les populations locales. De 1946 à 1954, les troupes françaises, de fait, échoueront à protéger - outre leurs propres bases - à la fois les axes de communication, les installations économiques (notamment les plantations d’hévéas) et la population des campagnes.

 

 En mai 1954, c’est au nord du pays que se jouent les dernières heures de l’Indochine française. Le 20 novembre 1953, les parachutistes français s’emparent de la base de  Diên Biên Phu (défendue par un faible contingent Viêt Minh) afin de l’utiliser comme point de fixation en vue d’une bataille rangée conte l’ennemi. Mais le Viet Minh déjoue la surveillance aérienne française en faisant passer hommes et matériels par des pistes invisibles sous les arbres, sur des véhicules bricolés avec des carcasses de vélos. Le creusement d'abris souterrains lui permet d'échapper aux bombardements aériens. Les premières vagues d'assaut (50 000 hommes du général Nguyen Vo Giap contre 11 000 soldats français) mettent l'ensemble du camp à la portée de la puissante artillerie (d'origine chinoise) amenée à pied d'œuvre par le Viet Minh. La piste d'atterrissage devenue inutilisable, la garnison française n'est plus ravitaillée que par des parachutages dramatiquement insuffisants. Le 7 mai 1954, après deux mois de résistance acharnée, la base de Diên Biên Phu tombe…

 

Le Président du conseil, Pierre Mendès France, entérine le retrait français en signant finalement les Accords de Genève le 21 juillet 1954. Le Viêt Nam est scindé en deux parties à partir du 17e parallèle : au nord, la République démocratique du Viêt Nam (communiste) et au sud un Viêt Nam pro-occidental. Par la suite, l’indépendance du Viêt Nam (divisé en deux parties), du Laos et du Cambodge sera reconnue. Le pays se réunifiera en 1976 en une République socialiste du Viêt Nam, ayant Hanoï pour capitale.

 

 

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couve-02.jpg

Dessins de recherche conceptuelle pour la couverture du tome 9.


 

·         Lecture et analyse de la couverture :

 

Couramment utilisé, l’anglicisme tramp désigne à la fois un vagabond et un navire chargé d’effectuer du transport maritime à la demande, en dehors de toute affectation à une ligne régulière. En choisissant de baptiser leur série (et non leur héros…) de ce sobriquet, Jean-Charles Kraehn et Patrick Jusseaume ont signifié à mots couverts aux lecteurs férus de termes marins un embarquement vers l’Aventure de type « serial ». Si Tramp est un « thriller maritime », c’est aussi, de par son ancrage dans les années 1950 et l’histoire coloniale d’après-guerre, une piste vers la découverte de situations archétypales : sur fond de troubles politiques et de trafics en tous genres, marines marchandes et militaires tentent de se frayer des débouchés dans tous les milieux.



Escale-dans-le-pass-.jpg

 

 En découvrant la couverture de Le Trésor du Tonkin, les habitués de la série trouveront une filiation certaine avec le visuel de l’opus n° 7 de la série : Escale dans le passé, déjà, montrait le capitaine Calec assis sur une caisse d’explosifs et tenant une photographie à la main, tandis qu’une jonque indochinoise surgissait dans un ciel rougeoyant. Parti enquêté doublement sur les traces du fils (signalé disparu) d’un proche voisin et sur celles de son père à Saïgon, Calec réveille et dérange les fantômes de son propre passé. Dans Le Trésor du Tonkin, le danger semble plus présent, mais Calec sans doute moins seul ; son appui nonchalant sur la caisse d’explosifs semble en effet traduire une certaine maitrise des événements, au-delà de la situation insurrectionnelle du pays.  La lettre et la photographie agissent comme une double indication cognitive : elles nous signalent que le héros a réuni plusieurs preuves et indices en rapport avec les identités recherchées. Elles connotent un lien préservé entre passé et présent : Calec, parti à la recherche du passé, traverse l’histoire au présent. Entre écrit et image, la Bande Dessinée selon Kraehn et Jusseaume illustre un itinéraire littéraire qui est fondamentalement le sien… sinon le leur ! 

 L’autre élément essentiel de ce cycle asiatique, c’est en effet la présence fantomatique du père. Comme si la réalité rejoignait la fiction, Jean-Charles Kraehn avoue : « Georges Kraehn, mon père, a fait l’Indochine à l’époque où il s’était engagé dans la Légion étrangère. Sans doute par désœuvrement. Il avait besoin de s’engager, besoin d’action, d’aventure, loin de chez lui. Il ne m’a pas tout raconté. Mais un jour il m’a confié : « J’ai vu des horreurs et j’ai vécu des horreurs. ». Il m’a également dit : « Au bout de quelques mois, tu ne te bats plus pour le drapeau, tu te bats pour les copains ! ».

 De leur reportage en commun au Vietnam en 2002, Patrick Jusseaume précisera : « Nous sommes restés trois semaines seulement. Mais cela a suffi. Nous nous sommes promenés à Hanoï la nuit... Comment oublier cette moiteur ? Cette palette d’ocres, et puis le vert des rizières... C’est ça le Vietnam ! » .

(Extraits d’une interview pour Le Figaro, par O. Delcroix, novembre 2007)




crayonn--et-encrage.jpg

couve_net03-couleur.jpg

Crayonné et illustration finale pour le visuel de couverture :

(Clic ici pour une visualisation en grande taille :
 http://a21.idata.over-blog.com/2/40/05/64/Tramp/couve_net03-couleur.jpg )

 P. Jusseaume :  "il y a deux recherches, mais trop anecdotiques à mon goût (cf. visuels plus haut). En fait j'essayais plutôt une ambiance. Ce qui m'apparaît intéressant au final, c'est de retrouver les éléments de la couverture du 1er album de ce cycle. Calec a tout en main, plus une lettre qui est censée donner le pourquoi de tout ça. La jungle donne une indication quant au décor principal du dénouement. Le vieux Citroën apporte par sa silhouette une époque ...  Calec est dans un premier temps assis sur des explosifs, puis accoudé à ces mêmes caisses. Ce qui, disons-le, n'est pas très confortable comme position. Mais exprime peut-être mieux les dangers de cette situation peu commune ?
 Le choix du titre : "il est court et résume  l'aventure et le lieu, Tonkin est un joli mot évoquant le voyage dépaysant vers l'Asie des anciennes colonies."



La piste du trésor du Tonkin contenue dans le titre est une surreprésentation de l’univers aventureux de la série : outre la chasse au trésor et les multiples questions afférentes (ce butin, quel est-il ? Existe-t-il ? Par qui est-il convoité ?), le lecteur s’interrogera sur sa connaissance des lieux et du contexte (pourquoi Calec, dont les habits en coton symbolisent le colon blanc français, est-il protégé par des combattants locaux, dont une femme ?). La présence d’une jungle luxuriante et humide, le camion Citroën (U23) et la caisse d’explosif renvoient au Salaire de la peur, roman de Georges Arnaud porté au cinéma par Henri-Georges Clouzot en 1953. Si le marin Calec semble bien éloigné de son élément naturel, on pourra constater que l’humidité signifiée par une frondaison verdoyante aux tonalités de jade (symbole du pouvoir absolu impérial selon la symbolique  orientale) suggère que le héros agit encore une fois dans un univers relativement maitrisé. La lecture graphique littérale, de gauche à droite, indiquera la progression scénaristique : Calec quitte une situation explosive (partie gauche) pour affronter son destin (« guetté » en hors champ), dans une situation suspensive où tout peut néanmoins arrivé… Le héros, visiblement flegmatique, a acquis un don nouveau : la patience de la sagesse orientale. Le Trésor du Tonkin peut attendre, le temps sans doute, de se remémorer quelques paroles aigres-douces de La Petite Tonkinoise chantonnée par Joséphine Baker dès 1930…




·         Pistes supplémentaires :

 

 

-      http://www.dargaud.com/front/albums/series/couvertures.aspx?id=205  http://www.dargaud.com/front/albums/album.aspx?id=3936 :

pages consacrées à la série Tramp et à l’album n°9 sur le site des Editions Dargaud.

 

-        http://www.jusseaume.fr/ : le site officiel de P. Jusseaume (nombreux dossiers et documents).

 

-       http://boutique.momiefolie.com/tramp_t09__p29336.html : interview vidéo de P. Jusseaume.

 

-       http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=177 : interview de Kraehn et Jusseaume sur la réalisation de Tramp.

 

-       http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19540721 : dossiers et photos sur la Guerre d’Indochine.

 

-       http://www.atlas-historique.net/1945-1989/cartes/IndochineGuerre.html : cartes de la Guerre d’Indochine.

 

-       http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Petite_Tonkinoise : paroles de la chanson.

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions DARGAUD, J.C Kraehn et P. Jusseaume, 2009.

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 08:58

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Il y a

un   SORCIER

à Champignac

 

Franquin et Henri Gillain,

Ed. Dupuis, 1951.

 

 

 


 
Afficher image en très grande taille :
http://a7.idata.over-blog.com/2/40/05/64/Il-y-a-un-sorcier---Champignac/01.jpg

 

Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/v6T439hE5



 L’intrigue en résumé :

 

Spirou et Fantasio prennent la décision d’aller camper près du village de Champignac-en-Cambrousse. Dès leur arrivée, ils sont confrontés à des évènements étranges et inquiétants : les animaux se métamorphosent, le lait devient soudainement imbuvable et un vagabond est bientôt accusé de sorcellerie par les habitants de la commune et son maire. A proximité, nos héros rencontrent un châtelain original : le comte de Champignac, qui mène au cœur de son domaine des expériences scientifiques extraordinaires…

 

 


 Questionnaire pour les élèves :


La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 


NIVEAU 1

 

-  Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-   Quel semble être le sujet principal de cet album ? Que suggère l’accroche de la série, située en bas de la couverture ?

 

-   Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-   Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-  Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-  Cherchez la définition des termes suivants : cambrousse, sorcier, alchimiste, bohémien, tsigane.

 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-  Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-  Tentez de trouver des œuvres (romans, films, etc.) mettant en opposition le Savoir et l’Ignorance, la Culture et la Nature.

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 
Le personnage de Spirou fut imaginé par Robert Velter (dit Rob-Vel) pour le lancement d’un nouveau périodique jeunesse, imaginé dès 1937 et lancé le 21 avril 1938 : le Journal de Spirou. Le héros (dont le nom wallon signifie écureuil ou enfant espiègle) vivra alternativement ses premières aventures, durant des années de guerre mouvementées, sous la plume de plusieurs auteurs, dont le dessinateur Joseph Gillain (dit Jijé) en 1940 et 1943, puis André Franquin dès 1946. Ce dernier, prenant en charge officiellement la série à partir de 1947, révolutionnera le graphisme et l’univers de ces personnages devenus emblématiques du style rond, humoristique et dynamique de l’Ecole de Marcinelle (réunion d’auteurs publiés par les Editions Dupuis, comme Roba, Peyo, Morris et Will).

 


 
Il y a un sorcier à Champignac constitue la première grande aventure de Spirou et Fantasio, et l’accroche visible en couverture se charge de mentionner ce fait nouveau, sans négliger une part de suspense, sinon de mystère. La typographie choisie pour ce bandeau oblique en noir et blanc résonne comme celle d’une affiche de film noir, genre alors extrêmement populaire dans les années 1950 (cf. des films comme Le Troisième homme (C. Reed - 1950) et Quand la ville dort (J. Huston - 1950)). Le mystère constitue de fait l’architecture thématique et graphique mise en place par le jeune auteur qu’est alors Franquin, ce dernier n’hésitant pas à faire appel à des scénaristes plus confirmés, quitte à retravailler ensuite l’histoire à sa guise.

 Le scénario de l’album est ici écrit par un certain Jean Darc (en réalité Henri Gillain, instituteur et frère du dessinateur Jijé) qui s’inspirera de son village natal situé au Luxembourg pour imaginer son Champignac, tandis que Franquin prendra comme modèle le château de Skeuvre à Natoye (province de Namur, en Belgique) pour dessiner le manoir du comte.

 



Le chateau de Skeuvre, inspirateur de celui du comte de Champignac
©Jean-Pol Grandmont


 
Ce qui frappe immédiatement le lecteur à la lecture du titre et de l’illustration, c’est le croisement des genres littéraires que supposent à la fois une phrase sonnant comme un constat ou un coup de tonnerre stupéfait (Il y a…) et le surgissement d’une interrogation dubitative : finalement, y a-t-il oui ou non présence d’un sorcier dans cette commune rurale (la cambrousse, figure « ironique » de la campagne) paisible et isolée ? Le point d’interrogation sous-jacent est présent mais ne figure pas dans le titre, alors qu’il vient désigner les héros comme principaux acteurs « théâtraux » d’une intrigue où tout le monde peut être le coupable idéal. Rappelons que dans ce lieu clos (Champignac), à l’atmosphère déjà digne des œuvres d’Agatha Christie ou d’Alfred Hitchcock, les lecteurs du Journal de Spirou voient apparaitre une galerie de personnages totalement inconnus mais répondant aux archétypes en vigueur : le romanichel à l’aspect fielleux, le savant âgé et dédaigneux et le notable à la présence juridique ou politique discutable, perpétuellement en retard sur les évènements.

 


Spirou et Fantasio (accompagnés de l’écureuil Spip) occupant de manière inquiète le centre de la composition, on ne manquera pas de diviser la couverture en deux zones distinctes : l’instinct et la mobilité pour la partie gauche (la fougue du héros, le tsigane et sa roulotte, l’arbre comme témoin de la Nature), la sédentarité et la réflexion pour la partie droite (Fantasio est journaliste ; le savant et le maire ; le château et le domaine). Des éléments perturbateurs ou des effets miroirs vont et viennent entre ces deux hémisphères : l’arbre et la végétation du parc, la roulotte et le château, le « sorcier » supposé (le romanichel) et son « œuvre » (un cochon victime d’une mutation), ainsi que l’arrière plan jaunâtre (signe d’un climat orageux ou de la présence silencieuse d’un gaz) trouvent d’étranges échos. Ces différents éléments, emblématiques du Fantastique, de la Science-fiction et du Policier, seront repris par d’autres auteurs, comme en témoigne la couverture de l’album La Marque jaune, réalisée par E.P. Jacobs en 1956.
 

 


 
Témoins discrets du récit policier de type whodunit, les indices balisent la couverture : le titre suggère la piste erronée puisque, outre la mention et la présence du paranormal, on s’en référera à la subtile alchimie entre le visible et l’invisible ici mis en scène. Est donc invisible le village de Champignac, qui semble se réduire à son maire interloqué et aux toits d’un château digne de Dracula ou d’un quelconque antre du Mal (présence de corbeaux ou de chauve-souris ?). Est à l’inverse visible la cause la plus directe des perturbations surnaturelles, puisque les étranges couleurs du cochon se retrouvent sur quelques-uns des nombreux champignons situés aux pieds des héros. La seule sorcellerie « champignacienne » réside en une consistance et un savant dosage interne : Champignac, c’est la marque (sinon la résultante chimique) du champignon, et seul un mycologue confirmé a pu en tirer ses propres expérimentations, ceci à l’abri des regards extérieurs. Le comte, habillé d’une blouse de laboratoire, est donc bien le seul coupable logique, d’autant plus qu’il tient à la main ses bésicles : il détient le moyen de voir, et donc de connaitre la vérité.  Il est, dans la troublante instantanéité figée du visuel de couverture,  le seul à disposer du Savoir.

 


 
La couverture dit tout des clés de l’expression de son auteur : soit encore, comme la série Spirou et Fantasio le montrera par la suite à de multiples reprises, une belle prise de position humaniste et pacifique de Franquin. C’est en effet, dans une ère où l’Europe et le monde, à peine surgis de la guerre et de la peur de la destruction atomique, ont replongé dans la paranoïa de la Guerre Froide, un signal fort adressé aux lecteurs de tous âges contre l’ignorance et les progrès dévoyés de la Science.

 


 

 


 
La couverture originelle, réalisée par Franquin lors de la 1ère édition (1951), fut entièrement redessinée en 1971 (4ème édition : voir couverture proposée pour ce dossier) : l'album s'inscrit dorénavant comme 2ème titre officiel de la série, et chaque personnage ou détail est sensiblement différent, à l'instar du point d'interrogation au trait épaissi et à la couleur retouchée.

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

 

-       http://www.dupuis.com/catalogue/FR/s/124/spirou_et_fantasio.html : page consacrée à la série Spirou et Fantasio sur le site des Editions Dupuis.

 

-       http://www.franquin.com/spirou_fantasio/index_spirou.php : le site officiel de Franquin (nombreux dossiers et documents).

 

-       http://www.spirou.com/spirou/albums/02/index.htm : site officiel de la série et présentation de l’album Il y a un sorcier à Champignac.

 

-       http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_compl%C3%A8te_des_histoires_de_Spirou_et_Fantasio : chronologie complète des différentes Aventures de Spirou et Fantasio.

 

-       http://www.roue-libre.be/article.php3?id_article=73 : du Château de Skeuvre à celui de Champignac, en quelques cases  et photos.

 

-       http://pagesperso-orange.fr/tout.spirou/ : pour tout savoir de l’histoire, des auteurs, séries et rubriques du  Journal de Spirou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.


Images toutes ©Editions Dupuis et Franquin, 1951.

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Published by philtomb - dans Couverture Mythique
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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 09:31

 Rendre compte du travail des auteurs n'est jamais une chose aisée : l'écriture préparatoire et les diverses étapes de travail effectuées en amont de la réalisation graphique de l'album sont souvent ignorées du grand public ...

  Lors de l'ouverture de ce blog, l'élaboration du 1er dossier (consacré au tome 1 de la série Jason Brice) fut rendue possible grâce à la participation amicale du scénariste Alcante et du dessinateur Milan Jovanovic. Aujourd"hui, et par un juste retour des choses, nous levons un voile sur la création du tome 2 de la série (Ce qui est caché), dont la sortie est prévue pour le 30 octobre 2009.





Extrait de Jason Brice t.2 (2009).



 Alcante répond ici à quelques questions concernant sa conception du travail scénaristique :


 
Commençons par le début : quelle est l'origine de Jason Brice ? D'où provient son nom ? Les éléments descriptifs du personnage sortent-ils de ton imagination ou d'une personne croisée dans la rue, un ami ?

 D'où sort Jason Brice ? Son nom sort de mon imagination, je voulais quelque chose qui sonne bien. J'aime bien "Jason" car ça a un petit côté mythologique. "Brice" vient de "Brice Canyon" (un bien bel endroit). Evidemment il fallait aussi une consonnance british. Pour le physique, on s'est inspiré de l'acteur Daniel Craig. Quand j'ai commencé la série, j'ai écrit une biographie de 4 pages sur Jason, en tenant compte des évenements réels qui se sont déroulés durant sa vie (par exemple la Première Guerre mondiale, le conflit anglo-irlandais, ... ). Je voulais que son passé soit cohérent avec ce qu'on voit de Jason dans l'histoire, comme par exemple le fait qu'il ne parle pas beaucoup.

 Quand je présente l'histoire à un dessinateur, outre mes indications qui figurent dans le scénario, je lui indique où il peut trouver des éléments qui pouront le cas échéant l'inspirer (sites internets, livres, films, ...). Parfois je lui donne carrément une photo bien spécifique (par exemple pour la voiture de Jason, ou même son revolver).



 L'une des tes sources d'inspiration avérée est le film Angel Heart (Alan Parker, 1987). Dans ce dernier, Harry Angel enquête sur lui-même et sur sa propre disparition. Est-ce mélange de Fantastique et de Policier qui constitue le coeur de tes références ?

  Angel Heart est en fait une référence parmi d'autres. Je citerai aussi le manga Monster, la série télé Lost et le jeu de rôles L'Appel de Cthulhu. Je n'ai évidemment pas fait de copier-coller direct de ces univers, sinon ça n'a pas vraiment d'intérêt. Par rapport à Angel Heart, je voulais aussi reprendre l'aspect "plongée progressive en enfer", et avoir un fantastique quasi inexistant au départ, puis de plus en plus présent...



 Dans ton scénario, écris-tu l'intégralité des éléments que tu veux voir apparaître sur chaque planche (type de bâtiments,  éléments du mobilier,  vêtements, ... ) ou laisses-tu Milan Jovanovic improviser ?


 En fait, je suis relativement succint dans mes descriptions (quoique...) : je décris en quelques lignes ce qu'il faut voir dans la case ; si un élément du décor joue un rôle important, je vais bien sûr demander explicitement au dessinateur de le dessiner, mais sinon je peux simplement indiquer quelque chose du style "cette scène se passe dans un bar enfumé, le soir" et Milan fait le reste. Mais, en règle générale, j'envoie aussi beaucoup de documentation au dessinateur, car moi même j'ai du en chercher pour écrire mon scénario.




A titre d'exemple, pour la case ci-dessus avec le phare (qui est extraite... du tome 3 en préparation !), voici la description qui figure dans mon scénario :

=======================
4°) Grande case. Vue d’ensemble sur un phare situé en mer (et non sur la côte).  Nous sommes en fin de journée, mais le soleil ne s’est pas encore couché – il commence juste à faire un peu sombre. La mer est plutôt agitée sans qu’on puisse cependant parler de tempête. Quelques grosses vagues s’éclatent sur la base du phare. Un petit bateau y a accosté. Deux marins sont en train de l’arrimer solidement. Un troisième homme en costume passe sur le phare, où il est accueilli par le Gardien du phare, en uniforme noir.
Légende : Un quart de siècle plus tôt, en 1895, au large des côtes anglaises.
Gardien : Alors comme ça, c’est vous l’inspecteur !?
Inspecteur : Oui, bonsoir.
====================

et en plus de ça, j'avais mis en note de bas de page :
========================
Je suggère le phare « Needles Lighthouse » mais d’autres peuvent tout aussi bien convenir. Tu peux en trouver facilement sur Internet, notamment sur
http://www.trinityhouse.co.uk/interacti ... index.html

- Choisis celui qui te plaît le plus ! Seule indication à respecter : ce phare ne doit être accessible qu’en bateau. Autres phares intéressants : Wolf Rock, Bishop Rock, Smalls Lighthouse, Bell Rock, Skerries Lighthouse…
======================

Partant de là, Milan a fait un "mix" entre le phare Needles et un autre figurant sur le site que je lui ai mentionné...



 Internet aide aujourd"hui à trouver plus rapidement un lieu, une information. Mais la trame de l'histoire est influencée certainement par des lectures ou un environnement. Peux-tu en parler ?


En fait, Milan et moi sommes tous les deux des acharnés de la documentation.

Dans le dossier de présentation envoyé chez Dupuis et à Milan par la suite, j'avais notamment indiqué ceci :

1°) Les films suivants se déroulent (au moins en partie) à Londres dans les années 1920 ou dans une époque relativement proche.

- The Lodger (Les Cheveux  d'or) d’Alfred Hitchcock (filmé en 1926) ;
- Finding Neverland (Marc Forster, 2004)  qui se passe en 1904 ;
- Fairy Tale (Ch. Sturridge, 1997) : un film sur l’affaire des fées photographiées à Cottingley en 1917 ;
- Chambre avec vue (James Ivory, 1986) ;
- Nombreux films ou téléfilms tirés de l’œuvre d’Agatha Christie ;
- The Wings of the Dove (Ian Softley, 1997)
- Titanic (James Cameron, 1997) qui se passe en 1912 ;
- Howards End (James Ivory, 1992)

2°) Internet

-
http://www.fashion-era.com/1920s_life_b ... e_wars.htm : ce site donne une bonne vue d’ensemble sur la vie sociale en Grande Bretagne entre les deux guerres, et contient de nombreuses photos de mode féminine de l’époque.

-
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_Londres

- http://www.museumoflondon.org.uk/ : (section « sales / picture library ») ce site contient une galerie de photos dont 162 se rapportent à la période 1910-1930

-
http://www.markreubengallery.com/london.html : quelques photos des années 1920 et 30.

-
http://www.archive.org/details/SeeingLo1920  : il y a moyen de télécharger un film datant de 1920 avec diverses vues de Londres.

J'ai aussi acheté le livre "London Yesterday" (
http://www.amazon.com/London-Yesterday- ... 3927258687) qui contient de nombreuses photos d'époque, que j'ai entièrement photocopiées et envoyées à Milan...





En ce qui concerne par exemple la première page du tome 1, comment as-tu décris cette rue de Londres ? Et ce salon ?

Pour la première planche du T1, même principe que ci-dessus... En voici le découpage :

Case 1. Grande case. Vue d’ensemble sur une rue typique du Londres de 1920, à la tombée de la nuit. Quelques personnes se hâtent de rentrer chez elles – 2 hommes en costume noir et pantalon rayés, avec des chapeaux feutres ; et quelques ouvriers en tenue plus simples avec une casquette. On voit également une voiture d’époque, et un gardien de nuit qui allume une lampe à gaz. Il y a une légère bruine. A l’arrière-plan, quelques immeubles d’habitation donnent sur une petite rue perpendiculaire. Une lumière rougeoyante se dégage d’une fenêtre aux rideaux fermés, à l’étage d’un de ces immeubles. Une voix sort de là.

Voix : A travers les portails invisibles qui nous séparent…
Par le pouvoir surgissant des mots que je prononce…


Case 2. L’intérieur de la pièce. Il fait sombre, le seul éclairage provenant de deux grandes bougies posées sur une cheminée. Quatre personnes sont assises autour d’une table ronde :
- une vieille dame d’environ septante ans (AGATHA), habillée d’un chemisier blanc ;
- trois hommes âgés entre 30 et 40 ans :
o un personnage habillé tout en noir (le MÉDIUM), au look quelque peu détonnant (grosse chaîne en or, bagues,…).
o Son ACOLYTE, plus jeune, l’air quelque peu efféminé, en chemise blanche.
o JASON BRICE, notre héros, en costume gris.
Un plateau ouija est posé sur la table, entre eux. Divers objets plutôt angoissants sont éparpillés dans la pièce: un renard empaillé qui a les babines retroussées, comme s’il grognait, des statues de divinités hindoues / indonésiennes (notamment une de Garuda), une grande icône orthodoxe, une boule en cristal, un bocal en verre contenant un serpent dans du formol, un grand crucifix…

Médium 1: …Mr Walden, nous vous invoquons…

Médium 2: Si vous nous entendez, veuillez vous manifester, je vous prie….


Case 3. Agatha, la petite vieille, inquiète, tremblante, elle serre contre elle une photo de son mari (dans un cadre). Jason Brice est assis à côté d’elle, il lui tient doucement la main.

Médium : Votre épouse et votre neveu sont ici…

Acolyte : Je…Je sens…


Case 4. A l’avant-plan, les flammes des bougies deviennent soudain énormes (FFFFRRRR), projetant des ombres inquiétantes sur les murs. Les quatre personnes se retournent vers les flammes ! (Les flammes reprendront leur taille normale quelques cases plus loin)
Acolyte : …sa… présence !!!

Agatha : AaaaHH !





Ci-dessous : recherches de couvertures et maquette finale.

















Image en grand format : http://accel21.mettre-put-idata.over-blog.com/2/40/05/64/Jason-Brice-2/couv_j10.jpg



Un mot de conclusion, en rapport avec la réalisation de cette deuxième couverture ?


Oui, la couverture est belle hein !? Et très détaillée, comme de coutume avec Milan !

 Pour le titre, on a beaucoup hésité en fait. Le titre original était Le pacte des démons, puis on a eu une autre idée : Ce qui est caché. Jusqu'au dernier moment j'ai hésité, je penchais même plutôt pour Le pacte des démons mais Milan et l'éditeur préféraient le deuxième titre et je me suis rendu à leur avis.
 Vous me direz quel titre serait le meilleur une fois que vous aurez lu l'album...




Toutes les images sont ©Editions Dupuis, Alcante et Jovanovic - 2009.

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 13:00

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

Carnets    d’Orient

t.10 : Terre fatale

 

Jacques Ferrandez,

Ed. Casterman, 2009.

 

 


 
Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/bhsaa756I


·     L’intrigue en résumé :

 

 1960. Resté à Alger, Octave doit retrouver Samia, qui a disparu. Le colonel Lebreton lui confie une mission délicate : permettre aux dirigeants algériens prêts à négocier de mener des discussions au plus haut niveau. L’officier lui révèle aussi que Samia s’est réfugiée au Djebel Amour, où elle s’est mise sous la protection de sa grand-mère. Elle attend un enfant…


C’est ainsi qu’Octave retrouve celle qu’il aime, et qu’il la convainc de rejoindre Paris, enceinte de leur enfant. Quant à lui, il parvient à convoyer certains chefs rebelles jusqu’à l’Élysée, où ils seront reçus directement par de Gaulle dans le plus grand secret. Mais ces pourparlers de la dernière chance échouent. En Algérie, les extrémistes de tous bords rassemblent leurs forces. Manifestations et contre-manifestations se multiplient et se radicalisent, préparant la voie de l’inéluctable indépendance, mais aussi du cortège de violences et de massacres qui vont l’accompagner.

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :


La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 


NIVEAU 1

 

-       Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de cet album ? Que suggère le titre de la série ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-        Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 


NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-       Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : FLN et ALN, GPRA, OAS, Pieds-Noirs, Harkis, Putsh des généraux, Autodétermination, Accords d’Evian. Retracez une rapide chronologie des événements survenus en Algérie pendant l’année 1962. Tentez également de resituez la carrière du général De Gaulle, de 1940 à 1962.

 

-       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-        Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-        Tentez de trouver des œuvres (romans, films, etc.) où l’intrigue est associée à la Guerre d’Algérie: décrivez en les thématiques récurrentes (exemples : conquêtes et défaites françaises, amours impossibles, guerre civile, intolérances et tortures, reconnaissance de l’identité algérienne, périple des Harkis, émigration et immigration, etc.).

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

L’Histoire des 10 albums composant la fresque des Carnets d’Orient est aussi celle de son créateur, jacques Ferrandez. Né à Alger en 1955, ce dernier quitte l’Algérie un an plus tard : il ne connaitra donc pas directement le départ traumatisant des Français en 1962, après l’Indépendance. C’est en 1987 que débute pour l’auteur le décryptage historique de son pays natal, avec le premier volume des Carnets. D’abord prévue en cinq volumes autour de la période coloniale (1836 - 1954), cette fresque réaliste aux couleurs lumineuses s’est prolongée, à partir de 2002, d’un second cycle occupant la période contemporaine (1954 - 1962). L’auteur y aborde frontalement le contexte d’une véritable guerre fantôme, qui n’ose dire son nom, et se frotte aux tensions grandissantes entre Pieds-Noirs et Algériens.

 

 Dans le dixième et dernier tome de sa saga, Terre fatale, sur laquelle planent les ombres mêlées de Delacroix et Camus, Ferrandez décrit minutieusement les événements historiques de l’année 1962, tout en continuant de d’illustrer les amours contrariées de ses héros de fiction : Samia, jeune algéroise militante du F.L.N. (Front de Libération Nationale) et Octave, militaire éclairé, un temps putschiste…

 

 La couverture du 10ème et dernier volet de la saga marque tout d’abord le lecteur par son titre : cette « Terre fatale », mise en rapport avec l’illustration, suppose l’incompréhension, la haine et le racisme, les violences, la guerre et la mort. L’intitulé de la série, Carnets d’Orient, pourra dérouter de jeunes lecteurs pour lesquels l’expression de l’Orient désigne avant tout un ensemble s’étalant d’Istanbul aux confins de l’Asie, dans une « opposition » géographique à leur propre occidentalisme. On ne manquera donc pas d’évoquer avec eux tout à la fois les fortes connotations du mot (voyage, aventure et exotisme), la diversité des cultures (entre pays des Proche-Orient, Moyen-Orient et Extrême-Orient) et bien sur la vogue de l’Orientalisme (entre peintures, récits et … carnets de voyages) développée au 19ème siècle, notamment lors de la conquête de l’Afrique du Nord (Maghreb) de 1830 à 1912.

 

Ces Carnets permettent en outre de mettre en avant la notion de témoignages, sur et autour d’événements relativement récents : entre un recul peu évident pour les acteurs du drame et la réflexion obligatoire sur l’Histoire, l’aspect émotif et sensible de la bande dessinée selon Ferrandez permet, sur un chemin sinueux entre fiction et réel, de retracer une itinérance vraisemblable. On devinera, en voyant les personnages représentés en couverture, quelques archétypes de la saga familiale romanesque : la beauté des héros, alliée à leurs différences (un blanc militaire, bien qu’habillé ici en « journaliste baroudeur », une civile algéroise) est mise en exergue littéralement au « pied du mur », obstacle lui-même très suggestif. Le mur se dresse en effet entre Passé (l’œil ne distingue rien sur la partie gauche du visuel, et à priori derrière le mur) et Présent (les violences et la marche en avant du mouvement indépendantiste), tandis qu’Octave et Samia sont physiquement situés face à leurs propres camps idéologiques : l’Algérie Française prônée par l’OAS (Organisation Armée Secrète : le sigle apparait pour la première fois sur les murs d’Alger le 16 Mars 1961, accompagné du slogan « L’Algérie est française et le restera ») s’y heurte à Vive le FLN (Front de Libération Nationale, créé en Novembre 1954 et qui mènera le combat jusqu’en Mars 1962, autour du slogan « La Révolution Algérienne, un peuple au combat contre la barbarie colonialiste »).

 

 L’ambiance de ce visuel est évidemment tournée vers l’illustration des forces en présence, mais aucune violence physique n’est montrée : la foule hostile (cris, gestes et drapeau identitaire algérien), les flammes des probables barricades ou voitures incendiées, l’épaisse fumée noire s’élevant jusqu’au titre (contraste des couleurs noir et rouge) et les graffitis sur les murs et le véhicule désignent la situation insurrectionnelle. Les couleurs pastels, ocres, sables et terres, référence du courant pictural orientalise, disparaissent dans une atmosphère plombée de guerre civile et urbaine, où les politiques se retranchent derrière les murs de leurs cités respectives (Alger et Paris). Voici donc l’illustration littérale d’une terre plongée dans le drame des soubresauts de l’Histoire : fatale plus que fataliste, elle est l’ultime chapitre de la colonisation française.

 

 Une page supplémentaire des Carnets peut être tournée…  

   

 

    

·     Pistes supplémentaires :

 

 

-    http://bd.casterman.com/catalogues_list.cfm?CategID=1603&OwnerID=1514 : page consacrée à la série Carnets d’Orient sur le site des Editions Casterman.

 

-    http://bd.casterman.com/docs/Albums/4468/CARNET%20D'ORIENT.pdf : dossier pédagogique consacré aux premiers volumes de la série.

 

-    http://kd2a.france2.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=5088 : interview vidéo de l’auteur réalisée en 2009 par le site KD2A, offrant un panorama de l’ensemble de la série. Voir également l’extrait de l’album proposé :

http://kd2a.france2.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-dossiers&id_article=771

 

-    http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?item=223 : interview réalisée en Mai 2009 par le site Auracan.

 

-    http://guerredalgerie.free.fr/ : dossier sur la Guerre d’Algérie constitué par des élèves de 1ère (T.P.E.)

 

-   http://www.aidh.org/faits_documents/algerie/express2.html : chronologie de la Guerre d’Algérie, sur le site du périodique L’Express.  Voir aussi la chronologie accessible sur le site de l’encyclopédie MSN Encarta : http://fr.encarta.msn.com/media_102662720_741534031_-1_1/guerre_d%E2%80%99alg%C3%A9rie_chronologie.html .

 

-    http://www.zerodeconduite.net/lennemiintime/dossier_pedagogique.htm : site et dossier pédagogique réalisés pour la sortie du film L’ennemi intime (Florent-Emilio Siri, 2007).

 Voir également, sur un thème proche, le site et le dossier constitués pour le film Indigènes (Rachid Bouchareb, 2006) : http://www.zerodeconduite.net/compteur/clic.php?url=http://www.agence-cinema-education.fr/indigenes-dossierpeda.pdf

 

 

  
 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Casterman et J. Ferrandez, 2009.

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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 21:04

 Je m'étonne, aux vues du nombre de visiteurs comptabilisés, que mes "écrits" (bien que publiés sous le cachet du "pédagogique", il n'émanent d'aucune haute instance ! ) ne suscitent pas plus le débat, le questionnement, voire la controverse.

Aucun commentaire, pas de contre-expertise, nulle suggestion : quid de votre avis sur ces dossiers et sur le site tout entier ? Nombre d'images et de paroles laissées par les auteurs sont INEDITES et devraient pourtant attirer vos remarques...

Alors, n'hésitez pas : dans la mesure du possible et du temps qui est le mien, j'essaierai de vous répondre, de corriger mes éventuelles erreurs et surtout, pour rejoindre l'initiative originelle de ce site, de faire acte pédagogique en affinant le dossier mis en ligne (jusque là GRATUITEMENT) à la portée de tous.


Si des enseignants ou des formateurs ont par ailleurs expérimenté ces analyses en classes ou face à des groupes, qu'ils nous rapportent également leurs propres ressentis.


Enfin, si VOUS avez envie de voir analyser certains titres, certains thèmes et certaines couvertures, glissez en la suggestion...


 Au plaisir de vous lire et de vous entendre.


Très amicalement


Philippe Tomblaine

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 11:15

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

Mister Hollywood

t.01 : boulevard des illusions

 

Gihef et Eric Lenaerts,

Ed. Dupuis, 2009.

 

 


Voir image en très grande taille :
http://accel21.mettre-put-idata.over-blog.com/2/40/05/64/Mister-Hollywood/Mister_Hollywood_1_couv.jpg

Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/qEWvz6DAK


 

·     L’intrigue en résumé :

 

 Orson Wells, jeune scénariste prometteur, originaire du New Jersey, se voit proposer par son professeur d’écriture, une première expérience auprès d’un producteur hollywoodien.

 

Le jeune homme, naïf, asthmatique, multi-phobique, hypocondriaque et sujet à des crises d’anxiété, est persuadé de rencontrer facilement le succès dans la capitale du cinéma. Mais il va découvrir un milieu où il vaut mieux se méfier des lumières trop vives pour ne pas se brûler les ailes…

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.


 

NIVEAU 1

 

-       Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de cet album ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-        Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-       Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : 7ème Art, Hollywood, Walk of Fame,  Majors du cinéma/Grands Studios. Trouvez une biographie du réalisateur Orson Welles et retracez rapidement son parcours.

-        

-       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-        Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-        Tentez de trouver des œuvres (romans, films, etc.) où l’intrigue est associée au contexte cinématographique : décrivez en les thématiques récurrentes (exemples : difficultés de tournages ou de financements, jalousies entre stars, interaction entre fiction et réalité, mise en abyme d’un tournage célèbre, production et essor des USA, concurrence entre les Studios, etc.).

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 Egalement dessinateur des séries carcérales Enchainés (Ed. Vents d’Ouest, 2004 à 2006) et Haute Sécurité (Ed. Dupuis, 2007 à 2009), Gihef écrit avec cet album son premier scénario en optant pour un personnage… scénariste de cinéma. Ce passionné du 7ème Art multiplie par conséquent les références et anecdotes cinématographiques, au sein d’un monde aussi impitoyable que celui des truands, puisque gangréné par l’argent, la drogue, les orgueils et les traitrises.

 

Le visuel de couverture est tout entier construit et défini par le mot contraste : en commençant par comprendre le titre, le lecteur devinera une ironique définition de l’unique personnage  mis en scène. Mister Hollywood n’est qu’un jeune novice, ayant tout à apprendre d’un monde constitué de lumières et de paillettes illusoires. Sonnant comme un qualificatif « ronflant », l’anglicisme Mister attise également le coté mystérieux de cet étrange héros dont on ignore encore tout, alors que la typographie du mot Hollywood reprend à l’identique celle des célèbres lettres géantes surplombant le quartier du même nom situé au nord-ouest de Los Angeles en Californie.




 

 Le panneau Hollywood (littéralement, « le bois de houx ») fut construit en 1923 sur le Mont Lee (partie du grand parc municipal Griffin Park), et était alors destiné à promouvoir un programme immobilier : laissées à l’abandon et restaurées en 1978, les neuf lettres du panneau (hautes de 15 mètres et larges de 9 mètres) sont aujourd’hui plus que mythiques et symbolisent toute l’industrie cinématographique américaine.

 

Sur la couverture, la magie hollywoodienne apparait bien éloignée : le titre comme l’arrière-plan noir et blanc renvoient à un passé prestigieux mais oublié, dont ne subsistent plus que des éléments épars. Une photo de starlette déchirée et les étoiles du Walk of Fame sont mises en correspondance avec les couleurs voyantes (chemise hawaïenne et tenue de touriste) portées par le personnage central : on ne sait si celui-ci se comporte en professionnel (attaché-case et regard assuré vers une hypothétique caméra grue) ou en profane (tenue décontractée, pieds sur les Stars et la voute étoilée apparaissant dans les ombres, poubelle, papiers volants et vue en plongée) au milieu de ce boulevard des illusions.

 

 Figurent sur  le Walk of Fame (la promenade de la gloire) près de 2400 étoiles portant le nom des célébrités du spectacle honorées par la Chambre de Commerce de Los Angeles : sur le trottoir anthracite du Hollywood Boulevard, depuis 1958, chaque star voit donc son nom inséré dans une étoile à cinq branches de 80 centimètres de coté, aux couleurs roses détourées de laiton. Un emblème rappelle en outre la catégorie dans laquelle la star s’est illustrée : une caméra, une télévision, une platine tourne-disque, un microphone ou un couple de masques de théâtre ancien. On distingue pour l’anecdote sur la couverture de Mister Hollywood l’étoile appartenant à l'actrice Jayne Mansfield (1933-1967), qui fut avec Marylin Monroe l'un des plus célèbres sex-symbols des années 1950.


 


 
Positionné de manière statique comme un pion sur un échiquier (voir les « cases » du trottoir et l’étoile comme un socle ou un piédestal fragile) dont il ne maitriserait ni le jeu ni les coups du sort, le « héros » n’en est pas moins offert comme tel : jeune et prêt à s’adapter, il est déjà présenté comme une étoile en devenir, au-delà des désillusions artistiques ou sentimentales induites par un système foncièrement prédateur. N’oublions pas non plus qu’il porte le nom d’un des génies du Cinéma : le  visionnaire et incisif producteur, réalisateur et acteur Orson Welles…

 

  Voici comment le scénariste Gihef définit son propre alter ego de fiction, Orson Wells, qui cumule donc dans son être les deux noms du réalisateur Welles et du romancier H.G. Wells, tous deux créateurs de La Guerre des Mondes (1898 pour le roman de Science Fiction, et 1938 pour la fameuse émission radiophonique) :

 

Orson est un jeune scénariste doué, originaire du New Jersey. Sa vie serait bien facile s’il n’avait autant de problèmes personnels. Il est asthmatique, multiphobique et sujet à des crises de panique fréquentes. Autant dire qu’il n’a pas choisi le meilleur environnement pour améliorer sa condition de vie. Los Angeles est une des villes les plus polluées au monde et l’industrie cinématographique est un milieu très stressant.


Il fait un peu figure d’un poisson qui s’efforce de vivre hors de l’eau. Ce mode de vie lui est très néfaste, il le sait, mais il ne pourrait s’imaginer faisant autre chose.


 
C’est son père qui lui a donné son prénom (pour l’anecdote, j’ai failli l’appeler Gary Grant). Il trouvait l’homonymie amusante, et était féru de cinéma avant de rencontrer la mère d’Orson. Cette dernière est la source de la plupart des problèmes d’Orson. C’est une femme acariâtre et manipulatrice. A partir du tome 2, elle jouera un rôle plus important.

 


 
Extrait de l’interview donné sur le site Graphivore.be (Décembre 2008).



 Le visuel de couverture place le récit d’apprentissage comme une offre et un possible, invitant le lecteur à mettre ses pas dans ceux du personnage, pour une ascension suggérée du trottoir vers les cimes hollywoodiennes : blanc et noir, rouge et gris, ce parcours se fait entre la vie et la mort, la folie du succès et l’autodestruction de la chute (voir la photo déchirée d’une probable « starlette d’un jour »). Dans la magie du spectacle local, tout n’est qu’illusion d’optique, trucages et effets de manche : le héros, à priori, saura percevoir et comprendre, en allant plus loin, le tête tournée vers les étoiles.
 

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

 

-    http://www.dupuis.com/catalogue/FR/s/1756/mister_hollywood.html  : page consacrée à l’album sur le site des Editions Dupuis.

 

-     http://www.bedeo.fr/index.php?/bedeo/Data/Evenement-BD/Les-entretiens-Bedeo/Gihef-et-Lenaerts-a-la-conquete-d-Hollywood-64105/(offset)/0 et  http://www.graphivore.be/news.php?idnews=1810 : deux interviews des auteurs, en rapport avec la parution de cet ouvrage.

 

-      http://fr.wikipedia.org/wiki/Walk_of_Fame_(Hollywood) : description du Walk of Fame hollywoodien.

 

-      http://cinemaclassic.free.fr/hollywood.htm : tout sur Hollywood, les Grands Studios, les Oscars, etc.

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Dupuis, Gihef et E. Lenaerts, 2009.

 

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 09:45
 Très occupé, Frank Giroud n'avait guère eu le temps de participer au dossier concernant les couvertures de ses séries Le Décalogue et Le Testamentaire (voir l'article : http://couverturedebd.over-blog.com/article-29059184.html ). Il répond aujourd'hui à nos questions concernant la genèse de ces dernières...






- Dans quelles conditions a été imaginée la conception de la maquette générale du
Décalogue ?


 Elle devait obéir à plusieurs critères:


 - le livre (au sens noble, voire bibliophilique du terme) étant au centre de tous les récits, il fallait que la couverture évoque celui-ci, et se démarque donc de ce qui se fait généralement en bande dessinée ; 

- la couleur devait évoquer le cuir (matière traditionnelle du livre à l'époque où "Nahik" est censé avoir été fabriqué)

- le dessin, qui devait occuper une place mineure dans l'ensemble ;

 En outre, la couleur et la matière choisies devaient également évoquer les façades ocres des maisons arabes à l'époque du Prophète. N
ous avons décidé de renforcer ce côté "coranique" avec l'utilisation d'une calligraphie rappelant les caractères arabes.

 Bien que chaque récit soit autonome, il s'agissait d'une série, et  le lecteur devait comprendre au premier coup d'œil que chaque album faisait partie d'un tout : la maquette générale a donc été reprise sur les dix tomes, la contribution spécifique de chaque auteur apparaissant à travers un dessin à fond perdu, sans décor pour ne pas parasiter l'impression d'ensemble.

 Pour la première fois dans une série BD, le héros récurrent n'était pas un être humain mais un livre ("Nahik") ; j'avais donc demandé aux dessinateurs de ne pas représenter
un personnage mais un objet, en suggérant toutefois que cet objet évoque si possible un homme ou une femme (le poupon, la statue, l'icône, le dessin déchiré etc.).

 Rappelons que cette maquette a été conçu en collaboration avec Christian Blondel, alors maquettiste indépendant, et qui a depuis intégré le groupe Glénat. L'idée d'inscrire une lettre de "D-E-C-A-L-O-G-U-E" sur la tranche est de Joseph.






- Pour le Légataire, quelles ont été les "modifications" effectuée, en rapport ou non avec les concepts développés pour le Décalogue ?

 Les contraintes ne sont plus les mêmes. Il s'agit d'une seule et même histoire développée sur 5 tomes et dessinée par les mêmes auteurs.
Afin que le lecteur puisse faire le lien avec le Décalogue, nous avons conservé la même calligraphie sur les couvertures, ainsi que la même matière, mais en bleu. Il y a ainsi unité de l'univers (la matière et la calligraphie du titre générique) et spécificité de chaque série (brun pour Le Décalogue, bleu pour Le Légataire et rouge pour Les Fleury-Nadal).

 Le héros étant cette fois un individu de chair et d'os, nous sommes revenus à une conception plus classique (un personnage sur la couverture, sauf sur celle du tome 01 qui, en tant que volume "pont"  devait faire davantage référence à la série mère).



Merci de ces précisions.
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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 09:40

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Adèle  et la Bête

 

Jacques Tardi

Ed. Casterman, 1976.


 

 

Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/pmortSVN1



·     L’album :

 Suite à une proposition de son éditeur Casterman, le dessinateur français Jacques Tardi créé en 1975 le personnage féminin d’Adèle Blanc-Sec, au sein d’un hommage au roman-feuilleton et au Paris du début de siècle. En 1976 parait le premier épisode, Adèle et la Bête, qui sera suivi de trois autres aventures les années suivantes (Le Démon de la Tour Eiffel (1976), Le Savant Fou (1977) et Momies en folie (1978)), tous venant compléter une saga prénommée Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec.

 Habile mélange de récit policier et fantastique, de politiquement incorrect et « d’anarchisme serein », entre codes du récit-feuilleton et dynamitage des règles narratives de la Bande Dessinée traditionnelle, Tardi impose surtout un style unique, tendant vers le brulot antimilitariste et la dénonciation de la Guerre de 1914-1918, qui animeront également le reste de son œuvre.

 

·     L’intrigue en résumé :

  Au Musée d'Histoire Naturelle de Paris éclot en 1911 un Ptérodactyle ! De Lyon, un savant télépathe le contrôle, mais il arrive à l'oiseau préhistorique de lui échapper et de tuer. Au même moment, Edith Rabatjoie est retenue prisonnière par Adèle qui veut sauver de la guillotine Ripol, accusé à tort du meurtre d'un banquier. S'ensuit une rocambolesque course au trésor...

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-   Quel est le titre de la B.D.? Quel est le nom de son auteur ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-   Quel est le nom de l’éditeur ?

 

-   Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

-   Que représente l’illustration ? (la décrire)

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit l’image ?

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans la B.D.

 

  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

-    Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. Identifiez le lieu et l’époque dans lesquels se déroule l’action principale.

 

-    Que signifie selon vous le titre ? A quelle œuvre fait-il référence ? Mêmes questions pour le sous-titre.

 

-     A quel(s) genre(s) littéraire(s) ou cinématographique(s) se rattache(nt) selon vous cette couverture ? Expliciter vos choix.

 

 

 

  • Lecture et analyse de la couverture :

 

 La première de couverture d’Adèle et la Bête est d’abord emblématique d’une manière de percevoir la Bande Dessinée comme œuvre littéraire à part entière, Casterman étant réputé dans le domaine (éditeur d’Hergé et d’Hugo Pratt, de François Bourgeon et de Philippe Geluck).

 

  Hommage au style feuilletonesque, né en 1836 et florissant dans la seconde partie du XIXème siècle, autour d’auteurs tels que Dumas, Balzac, Eugène Sue (Les Mystères de Paris en 1842), Paul Féval (Le Bossu en 1857) ou Ponson du Terrail (Rocambole, également en 1857), Tardi relie en outre la mythologie interne des aventures d’Adèle (qui est elle-même romancière…) à la fois au journalisme et à deux corpus de récits :

  -   Tout d’abord les romans policiers des années 1890-1910, à commencer par l’incontournable Sherlock Holmes de Conan Doyle, qui nait en 1887 et dont Adéle adopte la posture d’investigatrice curieuse et réfléchie. L’héroïne de Tardi revêt toutefois des aspects psychologiques plus sombres et criminels, dont le Fantômas de Souvestre et Allain (1911), qui fournit un arrière-plan iconographique de premier choix, l‘Arsène Lupin de Maurice Leblanc (1908) ou encore le Rouletabille de Gaston Leroux (Mystère de la chambre jaune en 1907) semblent être les modèles les plus directs. Le sous-titre « Les Aventures Extraordinaires… » est repris ou inspiré du titre originel de la compilation des histoires de Rouletabille et d’Arsène Lupin tout autant que d’une dérivation des Voyages Extraordinaires de Jules Verne et des Histoires Extraordinaires de Poe/Baudelaire (1856).

 


-   
Les romans de la veine Fantastique et Science-Fiction, ensuite, puisque Adèle côtoie dès ses premières aventures monstre préhistorique, savant fou et malédiction égyptienne : on citera ici pour mémoire Edgard Poe (Double assassinat dans la Rue Morgue, en 1841), Mary Shelley et Bram Stocker, Théophile Gautier, R.L. Stevenson et H.G. Wells… Le titre Adèle et la Bête est un évident clin d’œil à la Belle et la Bête, conte écrit par Jeanne-Marie Leprince de Beaumont en 1757.

 

On pourrait s’interroger à ce stade sur le processus de création graphique de Tardi, plongé entre mode Rétro,  Art Nouveau et style emprunté au genre Steampunk. On ne gardera en tête que le goût de recréation historique et documentaire de Tardi pour représenter un Paris début de siècle : sur la couverture, les toits en zinc typiques, les longues cheminées, les habits d’Adèle ainsi qua la double typographie du titre et sous-titre renvoient au contexte 1900 ou de la belle Epoque. Les élèves identifieront Paris par défaut, en dépit du fait qu’on n’en perçoive pas les monuments emblématiques.

 

 Aventure graphique plongée dans un contexte historiquement daté, Adèle et la bête livre dès sa typographie une ambiance et un décor de genre : cette typographie est inspirée de celle mise en place pour la construction du Métro Parisien en 1900 selon les travaux de l’architecte Hector Guimard, et en particulier de l’inscription du nom des stations figurant sur les édicules publics (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Am%C3%A9nagement_des_stations_du_m%C3%A9tro_de_Paris). C’est tout un « passé réfléchi par l’image » qui s’offre ainsi en couverture, doublement mis en scène à la fois en un mixage de références littéraires assez aisément « lisibles » pour un bon lecteur, mais aussi par un contraste inquiétant : celui entre l’héroïne isolée et le monstre préhistorique (induisant l’inverse du titre référencé), les couleurs chaudes et froides, le réalisme historique et l’intrusion du Fantastique, et finalement l’ombre et la lumière, annonciatrices du véritable style de Tardi.

 



 Soumises aux impératifs du marketing, et récemment révisée en vue de son intégration dans une collection complétée de la sortie d’un ouvrage en 2007, la couverture initiale a largement (totalement ?) perdu de son charme et de son intérêt au sein de la nouvelle maquette. On pourra toutefois la comparer avec l’ancienne édition auprès des élèves et demander leurs préférences.

 

 

  • Pistes supplémentaires :

-   http://blancsecadele.free.fr/menu.html : site non-officiel consacré à la série.

 

-   http://bd.casterman.com/catalogues_list.cfm?CategID=1524&OwnerId=811 : page consacrée à Tardi sur le site des Editions Casterman.

 

-   http://membres.lycos.fr/pazuzu/sommaire.htm : le dictionnaire des Aventures d’Adèle Blanc-Sec.

 

-  http://www.discip.ac-caen.fr/lettres/lettres-modernes/article.php3?id_article=31 : séquence en Français sur la lecture de l’œuvre intégrale.

 

-   http://www.classiquesetcontemporains.fr/livres/detail/adele-et-la-bete,32796 : étude complète de l’œuvre, proposée par la collection Classiques & Contemporains de Magnard.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Casterman et J. Tardi - Avec l’aimable autorisation des Editions Casterman.

 

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 07:30

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

Bout

d’’homme

t.05 : l’’épreuve

 

Jean-Charles Kraehn

Ed. Glénat, 2008.

 

  Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/qHZ6A1xMU


 

·     L’intrigue en résumé :

 

 A dix-neuf ans, Rémi est un jeune breton bien étrange, qui s'est arrêté curieusement de grandir lorsqu'il avait dix ans, et qui fut recueilli par un cirque comme véritable bête de foire. Maltraité et mal nourri, jusqu'au jour où Bout d'homme pris conscience de son terrible pouvoir : il peut tuer rien qu'en regardant dans les yeux ! Dès lors, fini l'esclavage : celui qui a pour ami un rat démoniaque va pouvoir mener son petit monde à la baguette…

  Il faudra à l’adolescent  un long voyage initiatique, qui le mènera jusqu’en Amérique, pour tout à la fois comprendre les secrets de ses origines, combattre le mal qui est en lui et reconquérir son amour perdu de jeunesse, Toinette. Ayant appris, et de retour au pays après deux ans d’absence, Bout d’Homme sera aussi devenu grand, rompant ainsi au final sa surprenante malédiction.

 

 Dans l’Epreuve, l’auteur revient sur des années québécoises fondamentales pour Rémi : entre doute et espoir, comment Bout d’Homme est-il devenu adulte ?

 

 
Couverture de l'intégale de Bout d'homme, parue en 1996.




  Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 


NIVEAU 1

 

-  Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-  Quel semble être le sujet principal de cet album ?

 

-  Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale. A quel genre littéraire associez-vous cette couverture ?

 

-  Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?



NIVEAU 2

 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-  Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-  Cherchez la définition des termes suivants : vagabond, trappeur, orpailleur, Ruée vers l’or, Klondike.

 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-   Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-   Tentez de trouver les principales œuvres associées au contexte de la fin du XIXème siècle (romans, films, etc.) : décrivez en les thématiques récurrentes (exemples : misère sociale et ouvrière, conditions des enfants, ségrégation et racisme, errance et voyage).

 

 
Visuel de couverture de Bout d'homme t.01 : l'Enfant et le Rat (Glénat, 1990).

 


  Lecture et analyse de la couverture :

 

 Bout d’Homme se déroule au XIXème siècle, dans une atmosphère littéraire qui fait ressembler la Bretagne d’alors autant à l’arrière plan des Misérables de Victor Hugo (1862) qu’au Sans famille d’Hector Malot (1878) : la misère sociale, les mauvaises conditions de vie des enfants et l’animalité come ultime refuge y font ouvertement référence, au-delà de la reprise du prénom (Rémi) du personnage central. Dans l’Epreuve, c’est le nord-est du Québec qui est plus précisément concerné, et l’on songera donc tour à tour aussi bien à Charles Dickens et Mark Twain (pour l’odyssée adolescente du récit) qu’à Jack London et à ses deux célèbres romans L’appel de la forêt, écrit en 1903, et Croc-Blanc, en 1906 (pour l’exploration des grands espaces et d’une nature sauvage).


 

Sans famille, comme un parfum littéraire de roman naturaliste...


 
En mêlant Aventure et Fantastique dans un conte campagnard strictement breton, Kraehn emmène ici dans ce cinquième album ses lecteurs vers un Ailleurs non annoncé par le visuel de couverture mais pourtant reconnaissable : on cherchera en vain dans le Massif Armoricain des forêts de sapins aussi étendues ou des reliefs aussi escarpés. Surtout, un imaginaire canadien sera réinvesti visuellement de par  la présence des Grands Lacs et de feuillages revêtant les premières couleurs de l’été indien. Cette frontière des lieux et des saisons annonce le temps titré des « épreuves » : c’est la confrontation de l’homme-enfant à la Nature et à sa nature. Tiraillé entre sa part d’animalité (Bout d’homme porte une peau de bête sur le dos) et sa condition civile (le costume et le galurin), le héros est fondamentalement seul, livré à ses propres doutes et au devoir d’un choix permanent, condition de sa survie…


 

 En suivant pas à pas Bout d’Homme dans son cheminement initiatique intérieur, le lecteur adopte lui-même la posture conjuguée du pèlerin et du trappeur : il s’agit, en allant ici vers le Nord, de suivre son chemin et une trace, et de rester en piste en étant guidé par sa « bonne étoile ».

 

 


 
Dessin de couverture pour la réédition du tome 01, en 2008

·     Pistes supplémentaires :

 

 

-    http://www.glenatbd.com/bd/bout-d-homme-tome-5-9782723459754.htm : page consacrée à l’album sur le site des Editions Glénat.

 

-   http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?item=168 : interview de l’auteur en rapport avec la parution de cet ouvrage.

 

-   http://fr.truveo.com/JeanCharles-Kraehn-pr%C3%A9sente-le-nouveau-tome-de-sa/id/3582035982 : interview vidéo.

 

-    http://www.krinein.com/bd/bout-homme-3653.html : critique et commentaires sur l’ensemble de la série.

 

 

 

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Glénat et Jean-Charles Kraehn, 2008.

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 11:11

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

OBoys

Le Sang du Mississippi

 

Philippe Thirault & Steve Cuzor

 

Ed. Dargaud, 2009.

  

·    

Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/jczEAVd32


L’intrigue en résumé :

 

 Dans l’Amérique des années 1930, le long du fleuve Mississippi. Huck Finn et son frère Tom survivent sous les coups d'un père alcoolique et petit trafiquant. Pour échapper à une condition très précaire, le jeune homme est placé chez Mortimer Denis, éleveur de poissons-chats. Il fait alors la connaissance de l'un des ouvriers : Charley Williams. Un destin qui les lie de façon indéfectible, à un détail près : l'un est blanc, l'autre est noir...

 Leur chemin sera à l'image du fleuve : sinueux et très mouvementé.

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-        Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-        Quel semble être le sujet principal de cet album ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-        Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale. A quel genre littéraire associez-vous cette couverture ?

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album?

 

 

NIVEAU 2

 

-        Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-        Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-        Cherchez la définition des termes suivants : Grande Dépression, Hobo, ségrégation, Prohibition, road-movie, Vieux Sud, bayou. Retracez une rapide chronologie des Etats-Unis dans les années 1920-1930.

 

-        Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-        Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-        Tentez de trouver les principales œuvres associées au contexte de la Grande Dépression (romans, films, etc.) : décrivez en les thématiques récurrentes (exemples : misère sociale et ouvrière, conditions des enfants, ségrégation, errance et voyage, jazz et Prohibition).

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 A lire l’intrigue d’O’Boys t.01 : le Sang du Mississippi, on aura tôt fait d’évoquer une foule de références : c’est d’abord, et dès le magnifique visuel de couverture, un road-movie initiatique librement inspiré du célèbre roman Les aventures d’Huckleberry Finn de Mark Twain. Publié pour la première fois en 1884, l’œuvre est considérée comme l’un des premiers grands romans américains : il s’agit d’un récit à la première personne où Huckleberry « Huck » Finn, le meilleur ami de Tom Sawyer (autre héros de Mark Twain, et titre du roman paru en 1876) nous raconte à sa manière ses rocambolesques aventures. La naïveté du caractère principal est mise en opposition avec le contexte fortement ségrégationniste d’un Vieux Sud pratiquant encore l’esclavage, et qui, à la parution du roman, se remettait difficilement de la défaite de la Guerre de Sécession (1861 - 1865).

 

Couverture originelle poru le roman de Mark Twain, 1884.

 
Le voyage entrepris par Huck et son ami Jim, un esclave en fuite, sur le Mississippi à bord d'un radeau de fortune est probablement une des plus fortes allégories de la liberté par la fuite de toute la littérature américaine. Il n’est donc guère étonnant que cette forte imagerie (imaginée en 1884 par le jeune illustrateur New-Yorkais Edward W. Kemble, en 174 dessins) soit devenue l’emblème iconographique de nombre de couvertures et d’affiches des diverses adaptations du récit de Twain : citons ici notamment les affiches des films Les aventuriers du fleuve (Michael Curtiz, 1960) et Les Aventures de Huckleberry Finn (Stephen Sommers, 1993), très proches du visuel final de l’album O’Boys. Le fleuve, l’amitié entre deux personnages pourtant séparés par leurs âges et leurs couleurs de peau, l’errance et le soleil couchant sont des détails qui participent d’emblée à une atmosphère romanesque poussée, où les ambiances chaudes et crépusculaires du Vieux Sud auront toutes leurs places, entre bayous et plantations (voir l’esthétique du roman et du film « fleuve » Autant en emporte le vent en 1939).

 

Affiche du film Les aventuriers du fleuve (Michael Curtiz, 1960).

Affiche du film  Les Aventures de Huckleberry Finn (Stephen Sommers, 1993).



 
Autres thèmes d’importance, tous croisés : la ségrégation raciale, l’errance de la misère et les traditions noires. On n’oubliera pas, en lisant cet album que le contexte originel de Mark Twain est ici transposé dans l’Amérique des années 1930, ce qui permet tout à la fois de cerner le contexte économique de la Grande Dépression (suite à la crise du « Jeudi Noir » du 24 Octobre 1929), de renforcer l’influence culturelle du Jazz et du Blues (joués entre juke-joints, cabarets et saloons)), et de jouer sur la sinistre menace latente des exactions du Ku Klux Klan (organisation suprématiste blanche protestante fondé le 24 Octobre 1865).

 

 Il y a ici dans le dessin de couverture une singularité  lexicale et musicale particulière, renforcée par la prononciation argotique ou vernaculaire du titre principal (pouvant renvoyer également au film des frères Coen, O’Brother, paru en 2000) Le titre, O’Boys, comme l’explique Steve Cuzor, est en effet particulièrement connoté :

 

L’origine du titre O’Boys, vient de l’expression « Oh boys, let’s go ! » qui est une des explications (car il y en a une autre) du mot Hobo. Les vagabonds du rail l’employaient au moment de prendre d’assaut les trains de marchandises. On est dans une période où cette Amérique absurde obligeait ses chômeurs à payer pour chercher du boulot qui n’existait pas. En réponse, les Hobos lui ont montré leur façon de « faire le trimard », de « brûler le dur » au grand dam des compagnies ferroviaires, qui ont fini par leur déclarer la guerre. Les courses-poursuites avec les gardes-frein se terminaient régulièrement sous les roues d’un wagon. Mais rien à faire, pour Huck et Charley, de toute façon, la vie était devant eux… Les embrouilles aussi !

 

Extrait de l’interview des auteurs disponible sur le site des Editions Dargaud.

 

  La couverture d’O’Boys met l’accent sur l’amitié dans l’errance entre les deux personnages, dont la vie dérive le long du fleuve, dans l’espoir de meilleurs hospices, quelque part vers l’Ouest : après 1929, et une fois réduits au chômage ou expatriés de terres rendues infertiles par de terribles tempêtes de poussière (Dust Bowl),  nombreux seront effectivement ceux à être tentés de faire voyage vers la Californie. On estime à 3 millions ces migrants originaires principalement de l’Oklahoma et de l’Arkansas, et dont John Steinbeck retraça le destin dans son poignant roman Les Raisins de la colère, publié en 1939 et qui obtint le Prix Pulitzer l’année suivante.

 



Ci-dessus et en dessous : projets de couvertures par Steve Cuzor.








 
La tragédie contextuelle est ici rendue inhérente au road-movie : c’est d’abord la présence du sang (voir les projets de couvertures), semblant à la fois suivre et guider les personnages, et transformé en les eaux bouillonnantes ou faussement endormies du fleuve assoupi sur les rythmes blues… C’est ensuite ce radeau-maison, vie détruite et emportée par une Nature omniprésente, tandis que les traces de la civilisation finissent d’être englouties : plus de nourriture ni de métier (boite de conserves industrielles), plus d’effets personnels (armoire en bois) et plus de réel moyen de transport (pneu de voiture). Laisser à eux-mêmes, les personnages subissent une nouvelle Odyssée sans Début ni Fin. C’est la Rivière sans retour ou l’un des cinq fleuves des enfers (on choisira ici l’Achéron pour l’affliction et le Léthé pour l’oubli), en un rouge ouvertement mélancolique et symbolique de l’épopée révolue du Western (voir la case finale des Lucky Luke : I’m a poor Lonesome…).

 Seule différente notable et d’importance : les personnages en sont pas seuls mais unis, permettant un basculement salvateur des valeurs.

 

 

Ex-libris.
 


Pistes supplémentaires :

 

 

-      http://www.dargaud.com/front/albums/album.aspx?id=4109 et http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2742 : page consacrée à l’album et interview des deux auteurs sur le site des Editions Dargaud.

 

-     http://kd2a.france2.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=3997 : interview vidéo de Philippe Thirault sur le site KD2A

 

-      http://philippethirault.free.fr/index.htm : le site de Philippe Thirault.

Nombreux visuels (dont la couverture…) et extraits commentés du tome 2 (parution prévue en Septembre 2009) sur la page : http://philippethirault.free.fr/library/oboys/2.htm.

 

-     http://etext.lib.virginia.edu/railton/ : site (en Anglais) consacré à Mark Twain.

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Aventures_de_Huckleberry_Finn : lien Wikipédia consacré au roman Les Aventures de Huckleberry Finn.

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Hobo : article consacré aux travailleurs itinérants (hoboes) sur l’encyclopédie Wikipédia.

 

 

 

   

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Dargaud, Philippe Thirault et Steve Cuzor, 2009.

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