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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 09:40

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Adèle  et la Bête

 

Jacques Tardi

Ed. Casterman, 1976.


 

 

Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/pmortSVN1



·     L’album :

 Suite à une proposition de son éditeur Casterman, le dessinateur français Jacques Tardi créé en 1975 le personnage féminin d’Adèle Blanc-Sec, au sein d’un hommage au roman-feuilleton et au Paris du début de siècle. En 1976 parait le premier épisode, Adèle et la Bête, qui sera suivi de trois autres aventures les années suivantes (Le Démon de la Tour Eiffel (1976), Le Savant Fou (1977) et Momies en folie (1978)), tous venant compléter une saga prénommée Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec.

 Habile mélange de récit policier et fantastique, de politiquement incorrect et « d’anarchisme serein », entre codes du récit-feuilleton et dynamitage des règles narratives de la Bande Dessinée traditionnelle, Tardi impose surtout un style unique, tendant vers le brulot antimilitariste et la dénonciation de la Guerre de 1914-1918, qui animeront également le reste de son œuvre.

 

·     L’intrigue en résumé :

  Au Musée d'Histoire Naturelle de Paris éclot en 1911 un Ptérodactyle ! De Lyon, un savant télépathe le contrôle, mais il arrive à l'oiseau préhistorique de lui échapper et de tuer. Au même moment, Edith Rabatjoie est retenue prisonnière par Adèle qui veut sauver de la guillotine Ripol, accusé à tort du meurtre d'un banquier. S'ensuit une rocambolesque course au trésor...

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-   Quel est le titre de la B.D.? Quel est le nom de son auteur ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-   Quel est le nom de l’éditeur ?

 

-   Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

-   Que représente l’illustration ? (la décrire)

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit l’image ?

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans la B.D.

 

  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

-    Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. Identifiez le lieu et l’époque dans lesquels se déroule l’action principale.

 

-    Que signifie selon vous le titre ? A quelle œuvre fait-il référence ? Mêmes questions pour le sous-titre.

 

-     A quel(s) genre(s) littéraire(s) ou cinématographique(s) se rattache(nt) selon vous cette couverture ? Expliciter vos choix.

 

 

 

  • Lecture et analyse de la couverture :

 

 La première de couverture d’Adèle et la Bête est d’abord emblématique d’une manière de percevoir la Bande Dessinée comme œuvre littéraire à part entière, Casterman étant réputé dans le domaine (éditeur d’Hergé et d’Hugo Pratt, de François Bourgeon et de Philippe Geluck).

 

  Hommage au style feuilletonesque, né en 1836 et florissant dans la seconde partie du XIXème siècle, autour d’auteurs tels que Dumas, Balzac, Eugène Sue (Les Mystères de Paris en 1842), Paul Féval (Le Bossu en 1857) ou Ponson du Terrail (Rocambole, également en 1857), Tardi relie en outre la mythologie interne des aventures d’Adèle (qui est elle-même romancière…) à la fois au journalisme et à deux corpus de récits :

  -   Tout d’abord les romans policiers des années 1890-1910, à commencer par l’incontournable Sherlock Holmes de Conan Doyle, qui nait en 1887 et dont Adéle adopte la posture d’investigatrice curieuse et réfléchie. L’héroïne de Tardi revêt toutefois des aspects psychologiques plus sombres et criminels, dont le Fantômas de Souvestre et Allain (1911), qui fournit un arrière-plan iconographique de premier choix, l‘Arsène Lupin de Maurice Leblanc (1908) ou encore le Rouletabille de Gaston Leroux (Mystère de la chambre jaune en 1907) semblent être les modèles les plus directs. Le sous-titre « Les Aventures Extraordinaires… » est repris ou inspiré du titre originel de la compilation des histoires de Rouletabille et d’Arsène Lupin tout autant que d’une dérivation des Voyages Extraordinaires de Jules Verne et des Histoires Extraordinaires de Poe/Baudelaire (1856).

 


-   
Les romans de la veine Fantastique et Science-Fiction, ensuite, puisque Adèle côtoie dès ses premières aventures monstre préhistorique, savant fou et malédiction égyptienne : on citera ici pour mémoire Edgard Poe (Double assassinat dans la Rue Morgue, en 1841), Mary Shelley et Bram Stocker, Théophile Gautier, R.L. Stevenson et H.G. Wells… Le titre Adèle et la Bête est un évident clin d’œil à la Belle et la Bête, conte écrit par Jeanne-Marie Leprince de Beaumont en 1757.

 

On pourrait s’interroger à ce stade sur le processus de création graphique de Tardi, plongé entre mode Rétro,  Art Nouveau et style emprunté au genre Steampunk. On ne gardera en tête que le goût de recréation historique et documentaire de Tardi pour représenter un Paris début de siècle : sur la couverture, les toits en zinc typiques, les longues cheminées, les habits d’Adèle ainsi qua la double typographie du titre et sous-titre renvoient au contexte 1900 ou de la belle Epoque. Les élèves identifieront Paris par défaut, en dépit du fait qu’on n’en perçoive pas les monuments emblématiques.

 

 Aventure graphique plongée dans un contexte historiquement daté, Adèle et la bête livre dès sa typographie une ambiance et un décor de genre : cette typographie est inspirée de celle mise en place pour la construction du Métro Parisien en 1900 selon les travaux de l’architecte Hector Guimard, et en particulier de l’inscription du nom des stations figurant sur les édicules publics (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Am%C3%A9nagement_des_stations_du_m%C3%A9tro_de_Paris). C’est tout un « passé réfléchi par l’image » qui s’offre ainsi en couverture, doublement mis en scène à la fois en un mixage de références littéraires assez aisément « lisibles » pour un bon lecteur, mais aussi par un contraste inquiétant : celui entre l’héroïne isolée et le monstre préhistorique (induisant l’inverse du titre référencé), les couleurs chaudes et froides, le réalisme historique et l’intrusion du Fantastique, et finalement l’ombre et la lumière, annonciatrices du véritable style de Tardi.

 



 Soumises aux impératifs du marketing, et récemment révisée en vue de son intégration dans une collection complétée de la sortie d’un ouvrage en 2007, la couverture initiale a largement (totalement ?) perdu de son charme et de son intérêt au sein de la nouvelle maquette. On pourra toutefois la comparer avec l’ancienne édition auprès des élèves et demander leurs préférences.

 

 

  • Pistes supplémentaires :

-   http://blancsecadele.free.fr/menu.html : site non-officiel consacré à la série.

 

-   http://bd.casterman.com/catalogues_list.cfm?CategID=1524&OwnerId=811 : page consacrée à Tardi sur le site des Editions Casterman.

 

-   http://membres.lycos.fr/pazuzu/sommaire.htm : le dictionnaire des Aventures d’Adèle Blanc-Sec.

 

-  http://www.discip.ac-caen.fr/lettres/lettres-modernes/article.php3?id_article=31 : séquence en Français sur la lecture de l’œuvre intégrale.

 

-   http://www.classiquesetcontemporains.fr/livres/detail/adele-et-la-bete,32796 : étude complète de l’œuvre, proposée par la collection Classiques & Contemporains de Magnard.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Casterman et J. Tardi - Avec l’aimable autorisation des Editions Casterman.

 

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 07:30

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

Bout

d’’homme

t.05 : l’’épreuve

 

Jean-Charles Kraehn

Ed. Glénat, 2008.

 

  Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/qHZ6A1xMU


 

·     L’intrigue en résumé :

 

 A dix-neuf ans, Rémi est un jeune breton bien étrange, qui s'est arrêté curieusement de grandir lorsqu'il avait dix ans, et qui fut recueilli par un cirque comme véritable bête de foire. Maltraité et mal nourri, jusqu'au jour où Bout d'homme pris conscience de son terrible pouvoir : il peut tuer rien qu'en regardant dans les yeux ! Dès lors, fini l'esclavage : celui qui a pour ami un rat démoniaque va pouvoir mener son petit monde à la baguette…

  Il faudra à l’adolescent  un long voyage initiatique, qui le mènera jusqu’en Amérique, pour tout à la fois comprendre les secrets de ses origines, combattre le mal qui est en lui et reconquérir son amour perdu de jeunesse, Toinette. Ayant appris, et de retour au pays après deux ans d’absence, Bout d’Homme sera aussi devenu grand, rompant ainsi au final sa surprenante malédiction.

 

 Dans l’Epreuve, l’auteur revient sur des années québécoises fondamentales pour Rémi : entre doute et espoir, comment Bout d’Homme est-il devenu adulte ?

 

 
Couverture de l'intégale de Bout d'homme, parue en 1996.




  Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 


NIVEAU 1

 

-  Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-  Quel semble être le sujet principal de cet album ?

 

-  Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale. A quel genre littéraire associez-vous cette couverture ?

 

-  Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?



NIVEAU 2

 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-  Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-  Cherchez la définition des termes suivants : vagabond, trappeur, orpailleur, Ruée vers l’or, Klondike.

 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-   Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-   Tentez de trouver les principales œuvres associées au contexte de la fin du XIXème siècle (romans, films, etc.) : décrivez en les thématiques récurrentes (exemples : misère sociale et ouvrière, conditions des enfants, ségrégation et racisme, errance et voyage).

 

 
Visuel de couverture de Bout d'homme t.01 : l'Enfant et le Rat (Glénat, 1990).

 


  Lecture et analyse de la couverture :

 

 Bout d’Homme se déroule au XIXème siècle, dans une atmosphère littéraire qui fait ressembler la Bretagne d’alors autant à l’arrière plan des Misérables de Victor Hugo (1862) qu’au Sans famille d’Hector Malot (1878) : la misère sociale, les mauvaises conditions de vie des enfants et l’animalité come ultime refuge y font ouvertement référence, au-delà de la reprise du prénom (Rémi) du personnage central. Dans l’Epreuve, c’est le nord-est du Québec qui est plus précisément concerné, et l’on songera donc tour à tour aussi bien à Charles Dickens et Mark Twain (pour l’odyssée adolescente du récit) qu’à Jack London et à ses deux célèbres romans L’appel de la forêt, écrit en 1903, et Croc-Blanc, en 1906 (pour l’exploration des grands espaces et d’une nature sauvage).


 

Sans famille, comme un parfum littéraire de roman naturaliste...


 
En mêlant Aventure et Fantastique dans un conte campagnard strictement breton, Kraehn emmène ici dans ce cinquième album ses lecteurs vers un Ailleurs non annoncé par le visuel de couverture mais pourtant reconnaissable : on cherchera en vain dans le Massif Armoricain des forêts de sapins aussi étendues ou des reliefs aussi escarpés. Surtout, un imaginaire canadien sera réinvesti visuellement de par  la présence des Grands Lacs et de feuillages revêtant les premières couleurs de l’été indien. Cette frontière des lieux et des saisons annonce le temps titré des « épreuves » : c’est la confrontation de l’homme-enfant à la Nature et à sa nature. Tiraillé entre sa part d’animalité (Bout d’homme porte une peau de bête sur le dos) et sa condition civile (le costume et le galurin), le héros est fondamentalement seul, livré à ses propres doutes et au devoir d’un choix permanent, condition de sa survie…


 

 En suivant pas à pas Bout d’Homme dans son cheminement initiatique intérieur, le lecteur adopte lui-même la posture conjuguée du pèlerin et du trappeur : il s’agit, en allant ici vers le Nord, de suivre son chemin et une trace, et de rester en piste en étant guidé par sa « bonne étoile ».

 

 


 
Dessin de couverture pour la réédition du tome 01, en 2008

·     Pistes supplémentaires :

 

 

-    http://www.glenatbd.com/bd/bout-d-homme-tome-5-9782723459754.htm : page consacrée à l’album sur le site des Editions Glénat.

 

-   http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?item=168 : interview de l’auteur en rapport avec la parution de cet ouvrage.

 

-   http://fr.truveo.com/JeanCharles-Kraehn-pr%C3%A9sente-le-nouveau-tome-de-sa/id/3582035982 : interview vidéo.

 

-    http://www.krinein.com/bd/bout-homme-3653.html : critique et commentaires sur l’ensemble de la série.

 

 

 

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Glénat et Jean-Charles Kraehn, 2008.

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 11:11

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

OBoys

Le Sang du Mississippi

 

Philippe Thirault & Steve Cuzor

 

Ed. Dargaud, 2009.

  

·    

Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/jczEAVd32


L’intrigue en résumé :

 

 Dans l’Amérique des années 1930, le long du fleuve Mississippi. Huck Finn et son frère Tom survivent sous les coups d'un père alcoolique et petit trafiquant. Pour échapper à une condition très précaire, le jeune homme est placé chez Mortimer Denis, éleveur de poissons-chats. Il fait alors la connaissance de l'un des ouvriers : Charley Williams. Un destin qui les lie de façon indéfectible, à un détail près : l'un est blanc, l'autre est noir...

 Leur chemin sera à l'image du fleuve : sinueux et très mouvementé.

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-        Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-        Quel semble être le sujet principal de cet album ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-        Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale. A quel genre littéraire associez-vous cette couverture ?

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album?

 

 

NIVEAU 2

 

-        Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-        Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-        Cherchez la définition des termes suivants : Grande Dépression, Hobo, ségrégation, Prohibition, road-movie, Vieux Sud, bayou. Retracez une rapide chronologie des Etats-Unis dans les années 1920-1930.

 

-        Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-        Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-        Tentez de trouver les principales œuvres associées au contexte de la Grande Dépression (romans, films, etc.) : décrivez en les thématiques récurrentes (exemples : misère sociale et ouvrière, conditions des enfants, ségrégation, errance et voyage, jazz et Prohibition).

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 A lire l’intrigue d’O’Boys t.01 : le Sang du Mississippi, on aura tôt fait d’évoquer une foule de références : c’est d’abord, et dès le magnifique visuel de couverture, un road-movie initiatique librement inspiré du célèbre roman Les aventures d’Huckleberry Finn de Mark Twain. Publié pour la première fois en 1884, l’œuvre est considérée comme l’un des premiers grands romans américains : il s’agit d’un récit à la première personne où Huckleberry « Huck » Finn, le meilleur ami de Tom Sawyer (autre héros de Mark Twain, et titre du roman paru en 1876) nous raconte à sa manière ses rocambolesques aventures. La naïveté du caractère principal est mise en opposition avec le contexte fortement ségrégationniste d’un Vieux Sud pratiquant encore l’esclavage, et qui, à la parution du roman, se remettait difficilement de la défaite de la Guerre de Sécession (1861 - 1865).

 

Couverture originelle poru le roman de Mark Twain, 1884.

 
Le voyage entrepris par Huck et son ami Jim, un esclave en fuite, sur le Mississippi à bord d'un radeau de fortune est probablement une des plus fortes allégories de la liberté par la fuite de toute la littérature américaine. Il n’est donc guère étonnant que cette forte imagerie (imaginée en 1884 par le jeune illustrateur New-Yorkais Edward W. Kemble, en 174 dessins) soit devenue l’emblème iconographique de nombre de couvertures et d’affiches des diverses adaptations du récit de Twain : citons ici notamment les affiches des films Les aventuriers du fleuve (Michael Curtiz, 1960) et Les Aventures de Huckleberry Finn (Stephen Sommers, 1993), très proches du visuel final de l’album O’Boys. Le fleuve, l’amitié entre deux personnages pourtant séparés par leurs âges et leurs couleurs de peau, l’errance et le soleil couchant sont des détails qui participent d’emblée à une atmosphère romanesque poussée, où les ambiances chaudes et crépusculaires du Vieux Sud auront toutes leurs places, entre bayous et plantations (voir l’esthétique du roman et du film « fleuve » Autant en emporte le vent en 1939).

 

Affiche du film Les aventuriers du fleuve (Michael Curtiz, 1960).

Affiche du film  Les Aventures de Huckleberry Finn (Stephen Sommers, 1993).



 
Autres thèmes d’importance, tous croisés : la ségrégation raciale, l’errance de la misère et les traditions noires. On n’oubliera pas, en lisant cet album que le contexte originel de Mark Twain est ici transposé dans l’Amérique des années 1930, ce qui permet tout à la fois de cerner le contexte économique de la Grande Dépression (suite à la crise du « Jeudi Noir » du 24 Octobre 1929), de renforcer l’influence culturelle du Jazz et du Blues (joués entre juke-joints, cabarets et saloons)), et de jouer sur la sinistre menace latente des exactions du Ku Klux Klan (organisation suprématiste blanche protestante fondé le 24 Octobre 1865).

 

 Il y a ici dans le dessin de couverture une singularité  lexicale et musicale particulière, renforcée par la prononciation argotique ou vernaculaire du titre principal (pouvant renvoyer également au film des frères Coen, O’Brother, paru en 2000) Le titre, O’Boys, comme l’explique Steve Cuzor, est en effet particulièrement connoté :

 

L’origine du titre O’Boys, vient de l’expression « Oh boys, let’s go ! » qui est une des explications (car il y en a une autre) du mot Hobo. Les vagabonds du rail l’employaient au moment de prendre d’assaut les trains de marchandises. On est dans une période où cette Amérique absurde obligeait ses chômeurs à payer pour chercher du boulot qui n’existait pas. En réponse, les Hobos lui ont montré leur façon de « faire le trimard », de « brûler le dur » au grand dam des compagnies ferroviaires, qui ont fini par leur déclarer la guerre. Les courses-poursuites avec les gardes-frein se terminaient régulièrement sous les roues d’un wagon. Mais rien à faire, pour Huck et Charley, de toute façon, la vie était devant eux… Les embrouilles aussi !

 

Extrait de l’interview des auteurs disponible sur le site des Editions Dargaud.

 

  La couverture d’O’Boys met l’accent sur l’amitié dans l’errance entre les deux personnages, dont la vie dérive le long du fleuve, dans l’espoir de meilleurs hospices, quelque part vers l’Ouest : après 1929, et une fois réduits au chômage ou expatriés de terres rendues infertiles par de terribles tempêtes de poussière (Dust Bowl),  nombreux seront effectivement ceux à être tentés de faire voyage vers la Californie. On estime à 3 millions ces migrants originaires principalement de l’Oklahoma et de l’Arkansas, et dont John Steinbeck retraça le destin dans son poignant roman Les Raisins de la colère, publié en 1939 et qui obtint le Prix Pulitzer l’année suivante.

 



Ci-dessus et en dessous : projets de couvertures par Steve Cuzor.








 
La tragédie contextuelle est ici rendue inhérente au road-movie : c’est d’abord la présence du sang (voir les projets de couvertures), semblant à la fois suivre et guider les personnages, et transformé en les eaux bouillonnantes ou faussement endormies du fleuve assoupi sur les rythmes blues… C’est ensuite ce radeau-maison, vie détruite et emportée par une Nature omniprésente, tandis que les traces de la civilisation finissent d’être englouties : plus de nourriture ni de métier (boite de conserves industrielles), plus d’effets personnels (armoire en bois) et plus de réel moyen de transport (pneu de voiture). Laisser à eux-mêmes, les personnages subissent une nouvelle Odyssée sans Début ni Fin. C’est la Rivière sans retour ou l’un des cinq fleuves des enfers (on choisira ici l’Achéron pour l’affliction et le Léthé pour l’oubli), en un rouge ouvertement mélancolique et symbolique de l’épopée révolue du Western (voir la case finale des Lucky Luke : I’m a poor Lonesome…).

 Seule différente notable et d’importance : les personnages en sont pas seuls mais unis, permettant un basculement salvateur des valeurs.

 

 

Ex-libris.
 


Pistes supplémentaires :

 

 

-      http://www.dargaud.com/front/albums/album.aspx?id=4109 et http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2742 : page consacrée à l’album et interview des deux auteurs sur le site des Editions Dargaud.

 

-     http://kd2a.france2.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=3997 : interview vidéo de Philippe Thirault sur le site KD2A

 

-      http://philippethirault.free.fr/index.htm : le site de Philippe Thirault.

Nombreux visuels (dont la couverture…) et extraits commentés du tome 2 (parution prévue en Septembre 2009) sur la page : http://philippethirault.free.fr/library/oboys/2.htm.

 

-     http://etext.lib.virginia.edu/railton/ : site (en Anglais) consacré à Mark Twain.

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Aventures_de_Huckleberry_Finn : lien Wikipédia consacré au roman Les Aventures de Huckleberry Finn.

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Hobo : article consacré aux travailleurs itinérants (hoboes) sur l’encyclopédie Wikipédia.

 

 

 

   

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Dargaud, Philippe Thirault et Steve Cuzor, 2009.

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 16:55

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Quand souffle le vent

 

Laurent Galandon & Cyril Bonin

 

Ed. Dargaud, 2009.

 

 

  Couverture-finale.jpg

 
Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/vyptAb19K

·    
L’intrigue en résumé :

 

 Le Nord de la France au début du XXème siècle. La révolte est latente chez les « gueules noires » : craignant pour leur sécurité, les mineurs refusent de redescendre au puits. Lorsqu’une caravane tzigane fait halte près de leur village, les rancœurs s’accumulent : l’exploitant menace de les embaucher à la place des mineurs récalcitrants, tandis que le jeune Antoine croise le regard envoutant de la mystérieuse Kheshalya. Leur amour et leur liberté dérangent, alors que ressurgissent les ombres fantastiques du Passé, entre vérité et mensonge.

 

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

 La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-      Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-     Quel semble être le sujet principal de cet album ?

 

-      Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-      Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale. A quel genre littéraire associez-vous cette couverture ?

 

-      Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-      Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album?

 

NIVEAU 2

 

-     Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-      Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

 

-      Cherchez la définition des termes suivants : tsigane/rom/gitan, bohémien, gueule(s) noire(s), puits et galerie de mine, grisou. Retracez une rapide chronologie de l’exploitation minière en France.

 

-      Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-    Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-    Tentez de trouver les principales œuvres associées à l’univers minier (romans, films, etc.) : décrivez en les thématiques récurrentes (exemples : lutte des classes, révolte ouvrière et syndicalisme, misère, conditions des enfants, etc.).

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 L’évocation de l’univers minier en littérature revient la plupart du temps à se situer en parallèle de l’incontournable classique d’Emile Zola : Germinal, roman paru à l’origine dans le magazine Gil Blas à partir de Novembre 1884. L’album Quand souffle le vent conditionne le lecteur à cette référence : c’est bien du vent de la révolte sociale et humaine dont il s‘agit, à l’aube d’une ère nouvelle (le XXème siècle) qui sera aussi celle des grandes destructions (les deux guerres mondiales).

 La Révolution annoncée dans ce « printemps » de germination résonne faussement dès le titre à la fois comme un long orage asséchant les cultures, et graphiquement comme un automne/hiver menaçant : le brouillard environnant vient noyer, tels des fantômes, un arbre dépouillé de ces feuilles et un puits de mine semblant abandonné. Le vent, encore, est présent au premier plan de cette couverture tout d’abord dans une herbe verte, dont la symbolique suppose autant la régénération de Mère Nature que l’idée de Mort, de putréfaction et de maladie.

 

 Cette ambivalence se retrouve dans la principale silhouette féminine, jeune femme fragile à la robe emmenée par le souffle du vent : la fière liberté de la gitane (Kheshalya) amène comme un espoir de justice et d’espérance, mais oppose fondamentalement deux conditions. C’est L’Homme (absent) et la Femme, l’Intérieur (de la Terre) et l’Extérieur, le Voyage et la Sédentarité ; c’est également, et de manière encore obscure, deux forces opposées : la nature sauvage (l’arbre séculaire, le vent) et la nature contrainte (la terre exploitée, le bois transformé en planches et étais). La force de l’Histoire repose à vrai dire sur cette opposition entre Passé et Présent : l’arbre et le bois contiennent la Vérité, mais le bois « vital » tend à manquer (l’étai est négligé dans la mine), menaçant donc la vie des mineurs…

 

Le vent, c’est enfin la réaffirmation de la nécessité de ce souffle vital : une nature souveraine et renaissante, la travail issu des mains des mineurs, l’Homme et la génération future portée en son sein par la Femme. Ce surgissement est annoncé en filigrane par les obliques et les verticales du dessin de couverture, conjointement à l’idée de l‘emprise de la féminité sur la rudesse masculine inhérente au pays minier. La mine (et l’industrie), la nature, la gitane : trois forces en présence venues pour faire avancer la roue de l’Histoire…

 

Revenant sur la genèse de l’album et de cette couverture, Cyril Bonin explique :

 

De manière générale, je considère qu’une couverture ne doit pas être narrative. Il ne s’agit pas de résumer l’histoire ou d’en illustrer un épisode car cela aboutit souvent à une image chargée et compliquée. Ce qui me semble essentiel, c’est l’impact visuel d’une couverture, qui doit néanmoins être cohérente avec son contenu. Ici, au départ, Laurent Galandon (scénariste), Christel Hoolans (éditrice) et moi-même avons défini une ligne directrice. Nous voulions quelque chose de sobre, qui puisse évoquer une œuvre littéraire, et qui capte l’œil. Ce qui était important du point de vue du contenu, c’était de montrer l’opposition des deux univers en présence dans l’histoire : celui des mineurs et celui des tsiganes. Par ailleurs, notre album, qui devait s’appeler « Tsigane » à l’origine, fut rebaptisé « Kheshalya ». En effet, le personnage de Kheshalya est la clé qui relie les deux univers, le passé et le présent… C’est donc sur cette base que j’ai entrepris mes recherches.

  Concernant la couverture définitive de "Quand souffle le vent" : pour ce qui est de l'attitude de Kheshalya, la jeune femme fait dos au vent et se protège en retenant son châle autour d'elle afin de montrer sa fragilité et d'évoquer sa lutte contre l'hostilité de l'environnement et la rudesse des évènements. Néanmoins, elle est présentée dans une légère contre plongée (vue de dessous) afin de la magnifier et de montrer sa fierté que vient encore souligner son regard. Une attitude toute en nuances… 

 

Cyril Bonin commente ici pour nous ses travaux de recherches de couvertures :

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Couv-01 : Kheshalya en très gros plan. Les gros plans ont l’intérêt de capter l’attention du lecteur. Rien n’attire d’avantage le regard qu’un autre regard. Ici, je joue le jeu du gros plan tout en laissant à Kheshalya une part de mystère. Elle est dans la roulotte et regarde vers l’extérieur vers quelque chose qu’on ne voit pas.



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Couv-02 : même principe de gros plan, mais inscrit dans un cartouche qui sépare des éléments graphiques représentant les deux univers (mineurs-puits /tsiganes-cimetière et arbre).
 

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Couv 3 : Vue en pied sur Kheshalya mais elle garde son mystère puisqu’elle nous tourne le dos. Une manière d’inviter le lecteur à ouvrir l’album pour en savoir plus. Ici encore, elle sert de séparation aux deux univers représentés de part et d’autre de l’image.



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Couv-04 : Une autre proposition, histoire d’élargir le champ des possibilités. Ici, c’est une pure proposition graphique avec une Kheshalya alanguie, au trait, en NB, et qui sert presque de motif décoratif à la typo du titre.



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Couv-05 : Une proposition de couverture beaucoup plus littérale, plus prosaïque. Khesalya posant devant sa roulotte… Pas de concept, mais parfois une jolie image peut suffire.




Cette fois encore, nous avons changé de titre. « Kheshalya » étant un peu trop compliqué à mémoriser et à orthographier, cela risquait de nuire à l’album. Après plusieurs semaines de brainstorming à trois, Laurent eut l’idée de « Quand souffle le vent… ». Ce titre présente l’avantage d’être générique. Il ne privilégie pas un aspect de l’histoire plus que l’autre. Et puis c’est une approche symbolique : Le vent évoque le voyage des tsigane, mais également les événements qui se précipitent et risquent de tout emporter.



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Couv-06 : Je repris donc mes recherches à partir de cette nouvelle base. L’image devant évoquer le vent contenu dans le titre, je me contentais, dans un premier temps, de faire voler la robe de Kheshalya.



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Couv-07 : Je décide d’illustrer l’idée que le vent ne fait pas que soulever les jupes, il emporte les personnages et précipite les évènements. Du coup, des vignettes s’envolent.



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Couv-08 : retour à l’idée de départ : Kheshalya est le personnage central qui sépare et relie les deux univers. (l’arbre-nature-tsiganes/puits-mineurs) A cela, vient s’ajouter le vent.

 


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Couv-09 et 10 :
Agrandissement de l’image précédente. Cela permet d’obtenir un gros plan sur notre héroïne afin d’accrocher le regard des lecteurs. Par ailleurs, avec l’agrandissement, le trait grossi est du plus bel effet graphique. Mais ici, on perd pratiquement l’impression de vent et les deux univers disparaissent.



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Couv-11 :
Retour à la couv 08, mais cette fois finalisée. L’arbre et le puits sont fondus dans le brouillard pour ne pas trop attirer l’attention et être comme des éléments graphiques presque décoratifs. L’arbre entoure Khesalya et forme avec elle et le puits,  une ligne diagonale qui descend, qui donne une impression négative inconsciente, comme une pente fatale.

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Couv-12 : Une couverture ne serait rien sans son titre. Le choix de la typo ne se fit pas sans mal. Je vous épargne les multiples recherches (que je n’ai plus, de toute façon). Nous avons opté pour celle-ci, qui a été créée pour l’occasion, à la main, par le graphiste Philippe Ravon. Elle n’est pas sans rappeler certaines affiches de films des années 50, ce qui donne un côté rétro à l’ensemble. Elle est oblique et cette dynamique évoque le vent. Le côté manuscrit est cohérent avec cette histoire d’hommes qui travaillent de leurs mains.





 Une interview complémentaire de Laurent Galandon :

 

 

 Dans Quand souffle le vent, deux univers (marqués par le voyage et la sédentarité) se croisent : ce "vent" annoncé, est-ce leur révolte commune (qui résonne presque comme une Envolée sauvage...) face à la bourgeoisie en place ?

 

 L’idée est intéressante ! Cependant nous ne l’avions pas vu ainsi au départ. D’autant qu’il n’y a pas de révolte chez « nos » tsiganes mais plutôt de la résignation face à l’ostracisme dont ils sont victimes, dans notre histoire, et hélas, encore aujourd’hui. Le vent fait ici référence, d’une part, aux gens du voyage, « les fils du vent » et, d’autre part, au climat venteux et pluvieux de la région où se déroule notre récit. Enfin, il renvoie également au grisou (gaz, qui mélangé avec l’air, explose au contact d’une flamme), qui, outre sa réalité dans la mine, est une métaphore de la tempête (tempête des émotions plus que climatique au demeurant). Autant d’éléments transversaux à « Quand souffle vent ».  

 

 

 Le titre a été modifié et n'a plus rien à voir : pourquoi ce changement ?

 

Le titre original était simplement « Tsiganes ». Une intéressante bande dessinée, signée Kkrist Mirror (sur la déportation des Tsiganes pendant la seconde Guerre Mondiale) est sortie quelques mois auparavant avec ce titre. Finalement, c’était plutôt une bonne chose : pour notre histoire « Tsiganes » était probablement un titre un peu réducteur. Avec Cyril et Christel (directrice éditoriale/Dargaud) nous en avons alors cherché un nouveau et nous sommes arrêtés sur « Kheshalya ». Mais il s’est avéré que ce titre était difficile à mémoriser, à orthographier et à prononcer. Et, comme pour le titre original, il ne faisait référence qu’à un seul des deux univers. Aussi, avons-nous repris nos « brainstorming » (par mails) pour arriver à « Quand souffle le vent » qui, pour les raisons évoquées dans la réponse précédente, nous semble pertinent : il renvoie autant aux Tsiganes qu’aux mineurs… Et il « sonne » bien, non ?

 

 La couverture : comment avez-vous procédé pour arriver à une vision commune de cet album ?

 

Le titre, j’entends ici le(s) mot(s) qui le compose(nt), sont abordés par Cyril comme un élément graphique à part entière de la couverture. D’où des recherches très variées liées à son changement. Les premières recherches ont commencé alors que nous pensions appeler notre album Kheshalya. Il s’agissait également d’y faire apparaître les deux univers forts de l’histoire, les Tsiganes et les Mineurs. Kheshalya, la jeune gitane est un personnage important sur laquelle repose une part importante de l’intrigue. Aussi s’est-elle naturellement imposée. Elle est présente sur toutes les recherches. La dimension « gens du voyage » était donc là. Pour compléter mon explication, je dois rappeler ici que l’histoire était avant tout pour moi celle des Tsiganes, même si la présence des mineurs est évidemment forte. La tour d’un puits – référence archétypale du monde de la mine -  permettait donc d’y faire référence tout en laissant la « priorité » aux « fils du vent ». C’est donc par étapes, alimentées d’échanges tripartites, que nous sommes arrivés à la version définitive. Elle répond parfaitement à nos intentions.

 

 

 Le Fantastique et l'Histoire: deux genres souvent présents dans vos scénarii ; d'où vient cette double fascination ?

 

  Rien de systématique néanmoins et pas de fascination. Pour ces deux histoires, j’ai en effet glissé des composantes qui oscillent entre le fantastique et l’onirique. Mes deux prochains livres « l’Enfant Maudit » et « Tahya El-Djazaïr » n’en présenteront pas. Le « Fantastique » m’intéresse s’il sert le récit et qu’il participe de l’intrigue. Par contre, je m’appuie en effet souvent l’Histoire. Ce sont souvent des moments, des événements ou des « anecdotes » méconnues qui vont être le déclencheur d’une idée nouvelle qui pourra (ou non) devenir un scénario. Et je prends énormément de plaisir à me plonger alors dans les recherches de documentation.

Cependant « Quand souffle le vent » reste mon histoire la plus romanesque, sans référence historique datée.

 

 Un livre, un film, une BD : outre Germinal, y a-t'il des parallèles ou des références incontournables à "avoir" selon vous, en rapport avec cet album ?

 

 Il doit y en avoir de nombreuses ! Pour ma part, je fais volontiers référence aux films d’Emir Kusturica et de Tony Gatliff qui - s’ils ne se déroulent aucunement à l’époque ou dans l’univers de Quand souffle le vent  - sont riches d’ambiances et d’atmosphères atemporelles.

 

 

 Sans dévoiler la fin, vous rompez avec la tradition éternelle du Happy End : pour un one-shot, un choix facile pour un scénariste... ou un éditeur ?

 

 Je ne pose pas la question de l’éditeur lorsque j’écris : je lui soumets une histoire terminée. Pour le scénariste, il en est un peu autrement. Quand on passe plusieurs semaines à l’élaboration d’une histoire, on s’attache aux personnages (aux « bons » comme aux « mauvais » d’ailleurs). Alors, les faire souffrir ou disparaître est parfois douloureux. A la rédaction d’une telle situation, si je n’éprouve pas d’émotion, c’est qu’elle n’est pas réussie. Cet échec peut-être du à la mise en scène de la séquence ou alors parce que la dite séquence n’a pas une place cohérente dans l’ensemble de la narration. Alors, il faut reprendre…

 

 

Pistes supplémentaires :

 

 

-      http://www.dargaud.fr/front/albums/album.aspx?id=4209 et http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2885 : page consacrée à l’album et interview des deux auteurs sur le site des Editions Dargaud.

 

-      http://cyrilbonin.blogspot.com/ : le blog de Cyril Bonin.

 

-      http://www.gfweb.org/fog/Parutions/QSLV/QSLV.htm : partie consacrée à l’album Quand souffle le vent, sur le site de Cyril Bonin.

 

-      http://workinprogresslg.blogspot.com/ : le blog de Laurent Galandon.

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Germinal_(roman) : le roman Germinal, d’Emile Zola.

 

-      http://www.geopedia.fr/mines-techniques.htm : l’univers de la mine et des mineurs. Voir aussi le site suivant : http://pagesperso-orange.fr/mineralogica/la_mine_et_les_mineurs.htm (la mine et les mineurs à travers la carte postale ancienne).

 

-      http://fr.wikipedia.org/wiki/Roms, http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/tsiganes.htm et http://www.a-part-entiere.org/ : à la découverte de la culture rom et tsigane.

 



  Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Dargaud, Laurent Galandon et Cyril Bonin, 2009.

L’interview et les commentaires des auteurs sont ici reproduits avec leur aimable autorisation.

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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 13:31

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Saint-Germain t.01 :

Le Comte des Lumières

 

Thierry Gloris & Jean-François Bergeron

 

Ed. Glénat, 2009.

  
 

  saint-germain-1.jpg


Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/pJVQqneG5
 

·     L’intrigue en résumé :

 

(Résumé éditeur) : Alchimie, aventure et marivaudage sur les traces du plus anticonformiste des nobles du 18ème siècle !

 

 Le babillard. Surnom argotique de la pie. Surnom également d’un monte-en-l’air spécialisé dans le vol de brillantes pierres précieuses. Derrière le masque duquel se cache un certain Maximilien de Saint-Germain, noble jouisseur et imprévisible bretteur, dont les vols ne servent qu’à servir un étrange projet aux relents de science et d’alchimie orchestré par le mystérieux Monsieur Goupil.


 Mandé en personne par le roi Louis XV, qui ignore tout de ses activités de voleur mais rien de ses talents d’alchimiste, Saint- Germain va être appelé au chevet du Maréchal de Saxe, victime d’un empoisonnement dont les royaux médecins ne parviennent pas à trouver l’antidote. Le salaire de Saint-Germain pour son travail ? Le Régent, plus gros diamant du trésor royal. Voilà qui devrait plaire à Monsieur Goupil... Mais Saint-Germain ne se doute pour l’heure pas qu’il fait son entrée dans une étrange partie d’échec politique, où tous les coups sont permis...

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-        Quel est le titre de cette série ? S’agit-il d’un personnage que vous connaissez ?

 

-        Quel semble être le sujet principal de cet album ? Que vous évoque le titre de l’album sur le contexte historique ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-        Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale. A quel genre littéraire associez-vous cette couverture ?

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de la série ?



NIVEAU 2

 

-        Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-        Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit romanesque du genre «Aventure» ou «de cape et d’épée» (chercher au besoin la signification de ces termes) ?

 

-        Recherchez une courte biographie du Comte de Saint Germain. Quel rôle et quelle influence a-t-il pu avoir selon vous sur ses contemporains ?

 

-        Cherchez la définition des termes suivants : le Siècle des Lumières, bretteur, alchimiste, Saxe,  diamant  Le Régent. Retracez une rapide chronologie du règne de Louis XV.

 

-        Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-        Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-        Faites des recherches sur le thème des romans et films de cape et d’épée ; tentez de trouver les différents types de personnages associés à cet univers, en décrivant l’évolution du genre à travers les médias (roman, bande dessinée, film, séries TV, jeux vidéo, etc.)

 

-      Comparez cette couverture avec des gravures originales représentant le Comte de Saint Germain, ainsi qu’avec les diverses couvertures de livres et affiches de films inspirées par les aventures du Baron de Münchhausen.  En vous aidant de l’affiche du film Fantômas, à l’ombre de la guillotine (Louis Feuillade, 1913), définissez la part d’ombre et de lumière du héros ainsi mis en scène.

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 Le Comte de Saint-Germain, protagoniste mis en lumière par cet album, est l’une des plus grandes énigmes de l’Histoire de France. Aventurier, polyglotte, féru de chimie et d’alchimie, espion et grand voyageur, Saint-Germain serait né probablement dans l’Est de l’Europe entre 1700 et 1710. Ses origines inconnues ont ouvert aux suppositions les plus folles : nombreux seront ainsi ceux qui verront en lui le descendant caché d’un monarque européen, expliquant par là même son étrange intimité avec le Roi Louis XV. Ce dernier fut tout simplement probablement séduit par le charisme et les mystères du personnage, qui, lors de son arrivée à Paris en 1758, après 12 ans de disparition (peut être aurait-il alors voyagé jusqu’en Orient), demande la mise à disposition d’une maison royale  en échange de « la plus riche et plus rare découverte qu’on ait faite »…


En lui accordant cette demande et en l’installant au Château de Chambord, Louis XV place Saint-Germain au centre des attentions et des  jalousies : d’où viennent ses richesses ? D’où lui viennent ses étonnantes facultés (il parle couramment 11 langues dont le Grec, le Sanscrit et l’Arabe ; c’est un virtuose du clavecin et du violon ; il peint et écrit) ? Est-il réellement immortel, comme le laisse supposer sa grande connaissance des périodes lointaines et les personnalités (dont le compositeur Rameau) affirmant l’avoir croisé 50 ans auparavant, déjà adulte ?


Tombé en disgrâce, accusé d’espionnage et poursuivi, Saint-Germain se réfugie en Prusse et meurt le 27 Février 1784, dans le Schleswig,  à l’âge (non avéré…) de 93 ans. On affirme que ce n’est pas lui qu’on a enterré et la Légende s’empare dès lors du personnage.

 


Voici les différentes étapes de recherches concernant la couverture du tome 1 de Saint-Germain et une courte description de chacune d'elle par le dessinateur Jean-François Bergeron :

 

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Croquis v.1 :
Le trio, Goupil-Joseph-Saint Germain. Dans l'idée, ces trois personnages représentent le cœur de l'équipe derrière Saint-Germain. Mais il manquait un élément de mystère dans la mise en scène.

 

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Croquis v.2 :
Le babillard perché à la manière d'un Batman d'un autre siècle. En le gardant en silhouette, nous avions une image intrigante mais qui manquait de "punch" dans sa composition.
 

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Croquis v.3 : Le trio, Goupil-Joseph-Saint Germain une fois de plus en portrait de famille. Nous l'avons gardé comme image en 4e de couverture au final. Encore une fois, il manquait l'élément narratif accrocheur.

 

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Croquis v.4 : 
Les Céruléens. Cet autre "portrait de famille" à aussi été mis de côté car ces personnages n'ont pas (encore) un rôle prédominant dans la grande histoire de Saint-Germain. Il était donc prématuré de les introduire ici.

 

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Croquis v.5 :
Le babillard en action. Quoique très dynamique et propice à la belle image vertigineuse, elle n'était pas assez riche dans son discourt narratif. Aucune histoire ne s'en dégageait autre que "l'action". Par contre le rôle de page titre à l'album lui allait comme un gant. 

 

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Croquis v.6 : 
Premier jet de l'idée qui sera retenu pour la couverture finale. Nous avions ici tous les éléments du puzzle: le personnage principal, du mystère et un sentiment d'amusement pour bien signifier que Saint-Germain doit être pris avec un grain de sel. 

 

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Croquis v.7 : 
Recomposition de l'ombre/fumée du babillard et de Notre-Dame en arrière plan. Suite à cette version, nous avons convenu qu'un petit effet dramatique devrait contrebalancer le côté sympathique de Saint-Germain.

 

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Croquis v.8 :
La composition pratiquement finale avec l'ombre plus menaçante au dessus de notre héros. De plus, la forme en "c" du babillard permettait à l'œil du lecteur de revenir sur Saint-Germain.

 

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Croquis v.9 :
Composition définitive avec une maquette temporaire superposée dans la portion supérieure de l'image pour mieux balancer l'ensemble.

 

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Couverture couleur :
L'illustration définitive sans maquette. Voir ici en grande taille :

http://accel21.mettre-put-idata.over-blog.com/2/40/05/64/Saint-Germain/StG1_Couv_200_couleur.jpg



 

 

La couverture du tome 01 de Saint-Germain installe de prime abord un contexte (le Paris du Siècle des Lumières), un genre littéraire (le roman Historique, centrée ici autour de Notre-Dame de Paris) et bien sur un héros (le nom de Saint-Germain lui-même se confondant avec le toponyme parisien) ; en y regardant de plus près, la scène paraitra étrange et les repères faussés : le Comte des Lumières nous apparait sous un ciel nocturne, tirant sa révérence de manière ironique, juché sur une cheminée tel un curieux oiseau de nuit. Ce même animal, se distingue en une fantastique apparition dans le panache de fumée venant masquer l’objet sélénite.


 Ce n’est donc plus un genre littéraire mais trois (l’Aventure, l’Historique et le Fantastique) qui se conjuguent ici sous les apparences feutrés d’un quatrième, le Policier : ce dernier est perceptible par les couleurs dominantes (noir et blanc, rouge, jaune et bleu) autant que par l’ambiance (la ville et la nuit) ou l’objet du crime (un double scintillement évoquant les richesses et les pierres précieuses : rappelons que la pie/babillard est une « voleuse » avérée, comme en témoigne l’intrigue des Bijoux de la Castafiore (Hergé, 1963)).


 Si l’Aventure historique, soulignée par la typographie du nom de la série (calligraphie à la plume) renvoie directement au champ du roman de cape et d’épée (arme attendue ici et à laquelle la canne-fourreau se substitue habilement), la dominante Fantastique est préservée par le biais de la conjonction de trois éléments symboliques : la cathédrale (symbole de la Religion), la fumée-oiseau (symbole de l’Alchimie) et la Lune (symbole également alchimique mais aussi révélateur des recherches  scientifiques et astronomiques de l’époque).

 

La position de Saint-Germain, mystérieux héros ou super-héros agissant sur les toits de Paris, invoque un large panorama de l’imaginaire visuel plus contemporain : on nommera ici Arsène Lupin (Maurice Leblanc, 1906) et Fantômas (Pierre Souvestre et Marcel Allain, 1911), dont l’affiche de la première adaptation filmique réalisée en 1913 par Louis Feuillade reprend le célèbre visuel dessiné par Gino Starace. A l’instar de Fantômas, Saint-Germain, contrôlant un territoire hors de portée pour la Police (la liberté des toits plus que les rues étroites), adresse un signe complice au lecteur-spectateur de ses sombres agissements : rien ne peut arrêter l’Aventurier jouant aussi bien sur sa ruse et son pouvoir de séduction que ses talents de monte-en-l’air. Le Bien et le Mal s’y déroulent sur un fil entre le jour et la nuit, le caché et le dévoilé.


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Affiche de Fantômas par Louis Feuillade (1913) Illustration de Gino Starace.
 

Le visuel de Saint-Germain, le Comte des Lumières est une mise en perspective des valeurs inhérentes du récit : sans voir lu plus avant l’album, le lecteur aura bien des difficultés à cerner ce personnage à la fois fantasque, iconoclaste et révérencieux ; situé en dehors d’un espace-temps et affranchi des règles les plus évidentes (St-Germain étant physiquement entre ciel et terre, entre représentation divine, religieuse  et royale), le personnage est, comme la Lune, autant dans l’ombre que dans la lumière.

 

 

Revenant sur la genèse  de ses couvertures, Jean- François Bergeron répond aux questions suivantes :

 

 1. Le XVIIIème siècle est celui des "Lumières" mais aussi des mystérieux et intrigants personnages : Casanova, Cagliostro, Le Chevalier d'Eon et donc St Germain... Pourquoi ce dernier plus qu'un autre et où l'avez-vous rencontré ?

 L’inspiration d’origine vient du Baron de Münchhausen que j’avais découvert illustré par Gustave Doré puis peu de temps après adapté en film par Terry Gilliam (1989). Le mélange de genres extravagant et le côté fantasque du personnage m’avait plutôt séduit à l’époque. Et au même moment, je suis tombé par pur hasard au tournant d’une page d’encyclopédie sur le Comte de Saint-Germain et me suis alors dis que je tenais mon Münchhausen français… J’ai gardé l’envie de dessiner une histoire avec ce personnage plus grand que nature pendant très longtemps jusqu’au jour ou je l’ai proposé à Thierry qui l’a pris à bras le corps pour en faire le héros que l’on présente dans notre série.

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Le motif de la Lune dans Le Baron de Müncchausen - Gravure d'Honoré Daumier (1862).

  2. Le justicier "masqué", les toits de Paris, la lune : 3 motifs qui surgissent en couverture et désignent 3 genres (l'Aventure, l'Historique et le Fantastique) : un choix réfléchi en ce sens "polysémique" ?

 Tout à fait ! C’est la couverture d’un premier tome d’une nouvelle série, il était important de mettre en place ces trois concepts tout en faisant planer au détour une odeur de mystère… C’est aussi une introduction de notre personnage, de là sa révérence au lecteur. Dans le contexte d’une très grande abondance de titres qui sortent à chaque année il faut jouer les coudes serrés et ne rien laisser au hasard dans une couverture.

 

 3. Le motif de la Lune est souvent un appel au merveilleux, à l'imaginaire (cf. les affiches des films E.T., l'Ours ou du 1er Harry Potter) : la votre est plus sombre, et la maquette générale peut même faire penser à la célèbre affiche de Fantômas (http://socio13.files.wordpress.com/2008/11/i-36056fantomas-posters.jpg). Un côté plus sombre revendiqué par votre "super-héros" ?

 Oui, le fond de l’image est sombre, à la limite monochrome, mais le personnage reste quand même coloré et souriant dans notre couverture, un peu insouciant de l’ombre menaçante qui plane au dessus de son épaule. C’est vraiment caractéristique de son attitude tout au long de l’album. Sans être un individu torturé, le côté sombre de Saint-Germain est très certainement sous-entendu mais n’est pas encore dévoilé dans le récit.

  Le parallèle avec l’affiche de Fantômas est sans doute pertinente quoique graphiquement totalement due au hasard puisque de ma culture nord-américaine je n’ai qu’une très vague idée de ce personnage et de son univers…  Mais dans l’esprit je pense bien que le côté « gentleman-cambrioleur » rejoint un aspect de Saint-Germain.    

 

  4. De nombreux éléments sont savamment cachés derrière ce dessin de couverture : les Céruléens, bien sur, mais aussi le rôle théâtral de la Cour (St Germain faisant un geste de révérence), le Religion, l'alchimie et les sciences, la guerre et la mort (fumée noire et pie/corbeau). Le contenu des albums suivants ?

  C’est vrai qu’il y a une bonne dose de symbolisme appliquée en couche sur notre illustration. Certains de ces éléments secondaires sont venus intuitivement en la dessinant. Pour la suite, nous jonglerons encore avec les mêmes ingrédients tout en travaillant sur cet équilibre entre originalité et récit classique. Pour Thierry, c’est un véritable numéro d’acrobatie scénaristique.   

 

 5. Quel "dosage" vous est-il laissé dans le choix final de la couverture entre le scénariste, le maquettiste éventuel et l'éditeur : qui décide de quoi ? A quel moment dans l'avancée d'un album réfléchissez-vous par ailleurs au dessin de couverture ?

  Généralement, à mi-parcours de l’album, nous devons présenter un concept de couverture à l’éditeur. Dans notre cas, j’ai réalisé plusieurs esquisses, et une fois entendu sur la bonne version, Thierry et moi l’avons présenté aux Editions Glénat qui l’ont approuvé sans modification majeure. Je me suis occupé de la signature graphique de la série tout en sachant qu’un maquettiste réaliserait la composition finale. Nous avons bien entendu un droit de regard sur le résultat.

 

 6. Et pour le tome 2, déjà des idées en tête ?

  Plus que des idées, le tome 2 est déjà dessiné jusqu’à la moitié. On ne fera pas attendre les lecteurs trop longtemps pour la conclusion de ce diptyque et la suite de la série…

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-     http://www.glenatbd.com/bd/saint-germain-tome-1-9782723462631.htm : pages consacrées à la  série sur le site des Editions Glénat. A noter, le superbe mini-site également réalisé par l’éditeur :

http://saintgermain.glenatbd.com/.

 

-     http://chrysopee.net/index.php?rub=0&art=Affiche_Article&ID=1107 et http://chrysopee.net/index.php?rub=0&art=Affiche_Article&ID=1106 : double entretien avec les auteurs, portant notamment sur la conception graphique de Saint-Germain. On trouvera des visuels du tome 02 en avant-première en illustration des propos de J.F. Bergeron.

 

-     http://culturebox.france3.fr/all/5233/Extrait:%22Les-petits-univers%22-de-Thierry-Gloris,-sc%E9nariste-de-BD/#/all/5233/Extrait:"Les-petits-univers"-de-Thierry-Gloris,-scénariste-de-BD/ : interview vidéo du scénariste Thierry Gloris.

 

-     http://anicet.lecorre.free.fr/nasca/stgermain.htm : site personnel sur « L’énigmatique Comte de Saint-Germain ».

 

-     http://pagesperso-orange.fr/fantomasfr/index.htm : site dédié à l’univers de Fantômas.

 

-     http://www.arsene-lupin.com/monde/monde.php : site dédié au monde d’Arsène Lupin.

 

-     http://www.mad-movies.com/fiche.php?id=277 : fiche analytique du film Le Baron de Münchhausen (Terry Gillliam, 1989).

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Glénat, Thierry Gloris et Jean-François Bergeron, 2009.

L’interview et les commentaires de Jean-François Bergeron sont ici reproduits avec son aimable autorisation.

 

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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 09:35

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Le Tour du monde

en 80 jours

 

Loïc Dauvillier et Aude Soleilhac

 

Ed. Delcourt, 2008 et 2009. 

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 Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/tCW6lfqGZ



L’intrigue en résumé :

 

Volume 01 (Février 2008) : En 1872, à la suite d’un article affirmant qu’il est possible de faire le tour du monde en 80 jours, Phileas Fogg parie avec ses amis londoniens du Reform Club qu’il parviendra à effectuer cette performance. Le soir même, il se lance sur les routes en compagnie de son nouveau domestique, Passepartout. Mais le périple sera semé d’embûches, à commencer par un mandat d’arrestation lancé par l’agent Fix. Gageons que ce dernier ne parviendra pas à stopper cette formidable course contre la montre ...


Volume 02 (Février 2009) : Pour Fogg, tous les moyens sont bons afin de remporter son pari. À peine le train stoppé qu'il loue un éléphant pour poursuivre sa route vers Calcutta. Aucun retard ne dérange le programme du gentleman qui n'est pas sans avoir prévu l'éventualité de certains obstacles. Pourtant, la rencontre d'une certaine Mrs Aouda laisse entrevoir que le flegmatique Fogg n'est pas infaillible...



Questionnaire pour les élèves :


La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-        Quel est le titre de cette série et celui-ci vous évoque-t-il un roman connu ? Quel est le sujet principal du roman de Jules Verne ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-       Les noms de l’éditeur et de la collection apparaissent-ils ?

 

-        Que représente dans chaque cas l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale. A quel genre littéraire associez-vous ces couvertures ?

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de ces couvertures ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de la série?

 

 

NIVEAU 2

 

-        Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces titres et ces visuels, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums.

 

-        Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «Aventure» ou « récit de voyage» (chercher au besoin la signification de ces termes)?

 

-        Recherchez une courte biographie de Jules Verne. Quels sont ces romans les plus connus ? En quoi influence-t-il des générations d’auteurs et de récits ?

 

-        Cherchez la définition des termes Epoque victorienne et majordome/domestique

 

-        Ces couvertures vous donnent-elles envie de lire dans chaque cas la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-       Essayez de décrire l’atmosphère de ces couvertures. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-       Faites des recherches sur le thème des Voyages Extraordinaires ; tentez de trouver ou de dessiner une carte du périple de Phileas Fogg, en décrivant les différents moyens de transports utilisés.

 

-      Comparez ces couvertures avec les illustrations originales contenues dans le roman, ainsi qu’avec les diverses couvertures de livres et affiches de films inspirées par Le Tour du monde en 80 jours.

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 Ecrit en 1872, paru en roman-feuilleton la même année dans le journal Le temps, puis édité au format livre en 1873 chez le célèbre éditeur Hetzel, Le Tour du monde en 80 jours demeure encore  à ce jour le roman le plus célèbre de Jules Verne (1828 - 1905). Il fera l’objet d’une adaptation théâtrale dès sa parution, puis sera repris au XXème siècle, notamment par le 7ème Art.

  

 Le lecteur d’alors comme celui d’aujourd’hui ne se contentera pas de voir dans le pari de Phileas Fogg la simple volonté de voir triompher l’avènement du modernisme, en une révolution des transports justement rendue possible par la Révolution Industrielle ou le percement du Canal de Suez (1869). Le récit vernien constate cette modernité mais subjugue la réflexion par le biais d’une lutte permanente des valeurs : le temps, c’est de l’argent, mais ce matérialisme n’interdit ni l’honneur, ni le flegme britannique ni le respect des peuples rencontrés et pays traversés. Récit à fort valeur initiatique, ce périple circumterrestre s’appuie sur le conditionnement de l’Homme à l’Histoire et à la Géographie, au Temps et à l’Espace qui sont les siens.


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Frontispice de l'édition originelle de 1873 (Gravure par De Neuville et Benett).
 



 La couverture du tome 01 du Tour du monde en 80 jours rompt avec l’imagerie traditionnellement liée aux Voyages Extraordinaires : point ici, comme sur le frontispice de l’édition de 1873, de héros contemplant un lointain paysage, d’animal étranger, de mappemonde ou de moyens de transports, points d’ancres, de boussoles ou de compas… Ces détails aventureux et exotiques, introduits auprès du texte originel par les gravures d’Alphonse de Neuville et Léon Benett, disparaissent au profit de la vision d’une rue passablement encombrée. La vue rectiligne et en légère plongée amène l’œil du lecteur au titre situé dans la partie inférieure du visuel, et contenant la référence au célèbre romancier. Le mot « monde » connotera ici sans difficulté autant la foule compacte que son exotisme, aidé en ce dernier sens par des couleurs brunes et terreuses associées au genre Aventure. L’œil du lecteur sera en outre attiré à la fois par une perspective s’ouvrant, en haut de page, sur un espace plus lumineux (en plein soleil), et en bas de page, sur la typographie blanche du titre.

 

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Travail de recherche, encrage et mise en couleurs pour le visuel du tome 1.



Dans cette rue arabo-égyptienne proche ou moyen-orientale (voir en haut de couverture les éléments architecturaux musulmans que sont le bulbe d’un minaret et la porte sculptée (iwan ou arc outrepassé)) , passante et commerçante (que les élèves devraient avoir du mal à identifier au premier abord comme arabe, égyptienne, voire indienne…), et dont on distingue les étals protégés du soleil par des tentures, le lecteur identifie enfin trois personnages européens : Phileas Fogg regardant sa montre de gousset, Passepartout tenant un sac et jetant un œil inquiet derrière son épaule, ainsi qu’un dernier homme semblant épier les deux premiers. C’est effectivement le cas puisqu’il s’agit de l’agent Fix, qui les suspecte d’un vol commis à Londres…

 

A un espace inattendu et inconnu, et faisant donc foncièrement obstacle aux héros, le dessin de couverture avance les deux chemins de résolution que sont le temps (la montre) et l’argent (contenu dans le sac de voyage). L’un et l’autre devront triompher de tout, pour une aventure qui reste à échelle humaine, les héros devant principalement faire acte de la marche du monde et aller de l’avant…

 

On approchera enfin ce premier visuel de la Peinture orientaliste (18ème et 19ème siècles), qui décline une vision occidentale d’un orient archétypal (architecture arabe, rue pittoresque, scène de chasse, harem, désert et oasis) puis, au 20ème siècle, un aspect plus ethnographique. Comparer ainsi ce visuel avec cette aquarelle de Louis Amable Crapelet (1822-1867), datée de 1858 et représentant la mosquée de Mounayed Sultan et une rue animée du Caire.

 

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Rue du Caire (aquarelle de Louis Amable Crapelet - 1858).



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 La couverture du tome 02 change la donne en insistant sur l’omniprésence du danger et du mystère : Phileas Fogg a disparu de la scène tandis que Passepartout veille sur une femme (princesse) d’origine indienne. Un élément qui introduit du même coup une atmosphère féminine (l’Aventure et la découverte, la jungle, l’Inde, l’Asie et la Terre) et la potentialité d’une dramaturgie romantique. Si la vue est cette fois-ci frontale, on surprendra une nouvelle fois le regard inquisiteur de Passepartout, adressé cette fois-ci autant à une menace hors champ qu’au lecteur supposé omniscient (le lecteur sachant que les personnages sont « suivis » et suspectés). Ce geste dérobé, dédoublement de celui visible sur la couverture du premier album jette le doute sur le personnage : que sait-on au juste de lui ? Qui est le voleur de Londres ? Où est l’agent Fix ?

 

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Gravure contenue dans l'édition originelle de 1873 (De Neuville et Benett).


 La luxuriance de la jungle isole les personnages mais évoque l’étouffement de la foule, sur le premier visuel : perdus au bout du monde dans un milieu qui n’est pas le leur, nos « aventuriers » se transforment en « explorateurs » et en « inventeurs » découvreurs. A leurs côtés dans ce Tour, les lecteurs en perçoivent les errances mais aussi les changements radicaux : le héros doit vaincre l’impérieuse nécessité de s’acclimater, de s’adapter et de franchir des paliers initiatiques … Passepartout, domestique et suiveur sur le premier visuel, est ici mis en avant dans un principe fondamental : ayant franchi un cap, il est désormais le chevalier servant au secours de la princesse en péril.

 

A propos de la genèse de ces couvertures, Loïc Dauvillier explique : 

 

 Concevoir une couverture est une étape difficile dans la réalisation d’un album. Les auteurs désirent une couverture artistiquement efficace, l’éditeur veut une couverture commercialement efficace.

La couverture est la vitrine du livre. Elle pourra attirer le regard et l’attention du potentiel client comme elle arrivera à le repousser. La réalisation d’une couverture ressemble à un exercice d’équilibre. Les auteurs et l’éditeur doivent pouvoir se retrouver dans la version finale.

 

Pour un scénariste, la position est encore plus délicate. Il ne réalise pas physiquement la couverture. Il peut proposer mais bon… voilà !

 

La couverture du tome 2 a nécessité  deux versions avant de tomber sur la bonne. Au départ, je n’étais pas enchanté par cette troisième proposition et puis, une fois le livre en mains, j’ai béni Guy Delcourt de nous avoir poussé à retravailler la couverture. Je l’aime bien cette couverture. De moi-même, je n’aurai pas été dans cette direction. Il a fallu un regard extérieur pour en arriver là…

 

 

 

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  Recherches de couvertures pour le visuel du tome 2. Le choix des auteurs s'était d'abord porté sur une thématique proche des gravures originelles (le "sauvetage" de Mrs.Aouda à la pagode de Pillaji) ; le dernier visuel a donné lieu à un ex-libris pour le Festival d'Amiens.



·     Pistes supplémentaires :

 

-      http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/le_tour_du_monde_en_80_jours_de_jules_verne_1 : pages consacrées à la  série sur le site des Editions Delcourt.

 

-      http://www.loicdauvillier.com et http://loicdauvillier.over-blog.com/ : site et blog de Loïc Dauvillier.

 

-      http://audesoleilhac.blogspot.com/ : blog d’Aude Soleilhac.

-      http://www.bdencre.com/index.php?2007/11/29/847-rencontre-avec-aude-soleilhac-dessinatrice-du-tour-du-monde-en-80-jours : interview d’Aude Soleilhac.

 

-      http://fr.wikipedia.org/wiki/Phileas_Fogg : article de l’encyclopédie Wikipédia consacré au sujet.

 

-      http://www.ebooksgratuits.com/ebooks.php?auteur=Verne_Jules : roman en version Ebook disponible en plusieurs formats. On contemplera sur la page suivante toutes les illustrations originelles : http://jv.gilead.org.il/rpaul/Le%20tour%20du%20monde%20en%2080%20jours/.

 

-      http://pagesperso-orange.fr/jules-verne/jules_verne.htm : analyse du roman par Lionel Dupuy (2001).

 

-      http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/expositions/jules_verne/ : exposition et site interactif réalisés par la Cité des Sciences.

 

-      http://jv.gilead.org.il/ : large portail consacré à l’œuvre de Jules Verne.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.


Images toutes ©
Guy Delcourt Productions, Loïc Dauvillier et Aude Soleilhac, 2008 - 2009.

 

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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 16:52

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Le Décalogue   & Le légataire

 

Frank Giroud, Joseph Béhé et Camille Meyer

 

 

Auteurs associés :

 

G. De Vita, J.F. Charles, M. Faure, Franz, P. Gillon,

 A. Mounier, B. Rocco, L. Rollin, TBC

et Luc Révillon

 

 

Ed. Glénat, 2001- 2003 et 2006/2009

 

 

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  Dossier téléchargeable (format PDF) :  http://dl.free.fr/pXL9ypbAq

·    

L’intrigue en résumé :

 

 Le Décalogue : Voici l’histoire d’un livre envoutant et étrange appelé Nahik… S’il semble attirer le mauvais sort pour celui qui le détient, l’ouvrage est néanmoins extrêmement précieux : il décrit en effet l'existence d'un nouveau Décalogue religieux, peut-être dicté par le prophète Mahomet lui-même, et qui remettrait en cause les fondements mêmes de l'Islam, notamment dans les interprétations les plus violentes du Coran. Ouvrage de paix et de tolérance, mais aussi de bien des dangers si le Monde en apprenait l’existence.

 Bien des mystères demeurent : qui est ce mystérieux "Alan D." dont le nom figure sur Nahik ? Ce Décalogue est-il authentique ? Et qui est ce Fernand Desnouettes dont les aquarelles reproduisent si précisément une mystérieuse omoplate de chameau sur lequel est gravé le Décalogue ? 10 tomes à travers les siècles, remontant vers le passé, partent à la recherche de l'origine de Nahik

 

 Le Légataire : Merwan Khadder (héros du tome 2 du Décalogue) est un jeune extrémiste musulman, troublé dans ses penchants par la découverte de Nahik et des révélations de son possesseur, un homme de culture prénommé Halid Raza, objet d’une Fatwa. Traqué à la fois par les intégristes et les forces de police, il part à Glasgow retrouver Simon Broemecke (héros du tome 1 du Décalogue) dont le roman à succès La dernière Sourate, au grand étonnement de Merwan, est la traduction quasi-littérale de Nahik.

 Apprenant le suicide de l'écrivain, Merwann, qui tente en parallèle de décrypter les mémoires d’Halid Raza, doit faire face au tueur inquiétant de la Clyde ainsi qu’aux islamistes : il est arraché à ses poursuivants par des agents du Vatican, la papauté étant désireuse de lui faire jouer un rôle qu’il ignore…

 


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·    
Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-         Quels sont les titres du tome I et du tome VIII du Décalogue ? Parlent-ils du même objet ?

Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-         Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-         Pour l’ensemble de la saga du Décalogue, que représente dans chaque cas l’illustration principale ? (tenter d’associer les objets représentés à une époque)

 

-         Quelles sont les couleurs dominantes de ces couvertures ?

 

-         Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de la série?

 

NIVEAU 2

 

-         Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces titres et ces visuels, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums.

 

-         Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «historique» ou « thriller ésotérique» (chercher au besoin la signification de ces termes)?

 

-         Cherchez la définition des termes Décalogue Légataire, Coran, Sourate, Mahomet, fondamentalisme et extrémisme religieux.

 

-         Ces couvertures vous donnent-elles envie de lire dans chaque cas la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-            Essayez de décrire l’atmosphère de ces couvertures. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-           Faites des recherches sur le thème du thriller religieux, archéologique ou ésotérique.

 

-          Comparez ces couvertures avec celles de la saga du Triangle Secret : quelles sont les analogies ou les différences ? Mettez également en parallèle les couvertures et/ou affiches de films réalisées à partir des romans suivants : Da Vinci Code, La Règle des Quatre, Le Dernier Templier, Le Message de Nostradamus, L’Evangile selon Satan, …

 

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·    

Lecture et analyse de la couverture :

 

 La saga du Décalogue fut une opération ambitieuse entreprise au début des années 2000 par le scénariste Frank Giroud et son complice Joseph Béhé. Lancée en Janvier 2001 chez Glénat, la série se devait bien en effet de trouver rapidement son public pour arriver au terme des 10 ouvrages prédits dès le titre. Il est à noter que l’extraordinaire succès du Décalogue (plus d’un million d’exemplaires vendus en 2004), mis en parallèle de celui du Triangle Secret (autre grande saga ésotérique en sept volumes imaginée par Didier Convard et Denis Falque pour Glénat dès Avril 2000) n’était en rien dû à une veine amenée seulement en Mars 2003 avec l’impact du best-seller mondial Da Vinci Code de l’écrivain américain Dan Brown (adapté au cinéma en 2006 par Ron Howard).

Mis en scène de manière concomitante par dix dessinateurs, afin de permettre la parution rapide de l’intégralité des albums (qui paraitront de Janvier 2001 à Février 2003), le Décalogue est un écheveau complexe, offrant plusieurs pistes de lectures. Dans une interview effectuée par le magazine Bodoï en Novembre 2000, le dessinateur Joseph Béhé, « metteur en scène » du premier chapitre de la saga, expliquait ainsi :

 

 « Tout a commencé [en 1999] lors de la célébration des 30 ans des éditions Glénat, à Grenoble. J’ai eu le grand plaisir de rencontrer Frank Giroud […]. Il m’annonça qu’il venait d’écrire une série comme on en a jamais lu. Le Décalogue raconte en dix albums l’histoire d’un livre mystérieux, Nahik, dont la source remonte à la mort de Mahomet. Le tome 1 se passe de nos jours, le deuxième en 1995, le troisième en 1965. On remonte ainsi le temps jusqu’au dixième et dernier, se déroulant en 632.  Chaque épisode est rythmé par un des dix commandements d’un Décalogue réaménagé pour la circonstance par Frank Giroud.

Le défi est de permettre trois niveaux de lecture. Les dix tomes sont des histoires complètes qui se suffisent à elles-mêmes. Ensuite, on pourra lire les albums dans leur ordre de parution, en remontant le temps et l’histoire jusqu’à l’origine de Nahik. Et finalement, on pourra les lire en commençant par le dixième, en suivant l’ordre chronologique. A chaque lecture correspondra une émotion, une compréhension différente de l’ensemble ! »

 

Extrait de l’interview de Joseph Béhé, dans Bodoï n° 35, p.26 - Novembre 2000.

 

Les différents visuels de la saga du Décalogue désamorcent le « simple » propos ésotérique, l’ensemble de la série n’abordant d’ailleurs directement la question religieuse que dans trois des dix albums proposés (vol. II, IV et X). On peut y observer de manière générale un espace de représentation digne d’une nature morte, conférant un aspect pictural à l’ensemble. On sait par ailleurs l’importance dans ce récit des aquarelles contenues dans le précieux Livre, œuvre d’un peintre orientalisant dénommé Fernand Desnouettes. On s’attardera à repérer entre ces objets inanimés et les titres des ouvrages, les  indices d’une présence humaine en souffrance, en fonction des différentes époques traversées : à chaque couverture son drame, pourrait-on dire,  à la vue de la sinistre main gantée (du tueur psychopathe…), de lunettes brisées, d’une arme, du sang, d’un encrier renversé, d’une photo d’enfant déchirée ou tout simplement d’un crâne humain. On remarquera également l’importance de l’écrit (lettre, livre, coupure de journaux et … omoplate gravée), du fait religieux, toutes croyances mêlées (ange et croix chrétienne, icône byzantine, versets arabes) et bien sur de l’Histoire (buste égyptien, chapeau haut de forme, sabre de cavalerie). Ces trois éléments sont reliés par le titre de la série et le numéro de l’album, inscrits en trois typographies distinctes : les styles arabisant, judéo-chrétien et romain (pour les chiffres) s’y enlacent sur un fond brun uni, évocateur cette fois-ci d’un récit tourné l’Aventure et l’Archéologie historiques.

Le lecteur est fortement impliqué dans un visuel s’offrant comme mystérieux : la cadre subjectif le positionne en tant qu’acteur principal d’un récit qu’il ne peut maitriser ; dès le tome 1, il « est » la main gantée d’un tueur incontrôlable, puis, au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue, et en tant que complice de plus en plus omniscient d’une intrigue pluri-séculaire, il en devient le témoin privilégié mais tout aussi désarmé. Le lecteur a les  yeux ouverts sur le drame immédiat de l’Histoire : le sang est encore frais, l’encre renversée n’est pas sèche, la bougie devant l’icône vandalisée ne s’est pas encore consumée…

 

 En confiant l'adaptation de son scénario à des dessinateurs différents, Giroud a pu donner une tonalité unique à chacun des albums, ce qui n'est pas sans dérouter certains lecteurs : les tomes ne s'enchaînent pas de façon toujours évidente, et le lecteur est en permanence amené à construire lui-même certaines transitions. En Novembre 2003 a donc été réalisé un onzième tome, écrit par Luc Révillon (avec la collaboration de Frank Giroud et de cinq auteurs ayant œuvré sur la série) qui met en scène toutes les transitions manquantes : Le XIème Commandement. La couverture de cet ouvrage, conçue dans la lignée des précédentes, en est une mise en abyme : une main vieillie à l’extrême y pianote sur un clavier d’ordinateur portable, entre mystère contemporain (les codes requis à l’écran) et révélations du Passé (la photo d’un temple égyptien en ruine).


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  Le Légataire est l’une des deux séries dérivées du Décalogue, avec Les Fleury-Nadal (3albums parus depuis 2006 chez Glénat, dessinées par Lucien Rollin et Daniel Hulet). Cette nouvelle saga, prévue en cinq tomes, se distingue du Décalogue par deux points : un questionnement religieux plus marqué et l'abandon de la formule multi-dessinateurs. L'ensemble est confié au duo Joseph Béhé – Camille Meyer de manière à rendre la série plus homogène, chaque personnage étant ainsi représenté par le même auteur, toutes époques confondues.

 

 Comme le précise l’une des critiques de la série sur le site BDGest’ :

 

 « Le propos de cette nouvelle aventure, centrée sur le personnage de Merwan Khadder, n'est pas à proprement parler la religion musulmane mais bien sa pratique et l'application concrète de ses dogmes dans le monde moderne. Entre le respect à la lettre du texte coranique et une plus libre interprétation, chacun cherche sa propre voie, son juste milieu qui soit en phase avec sa conception de la société et du rapport entre les hommes. Le scénario ne s'apparente ainsi pas à une condamnation aveugle de l'extrémisme mais tente au contraire de comprendre les motivations de chaque intervenant, loin de tout manichéisme. Par les différentes tentatives, au cours des siècles, de répandre une bonne nouvelle qui serait loin de faire l'unanimité dans les cercles partisans, l'auteur insiste également sur un certain immobilisme dans lequel s'empêtre l'Histoire humaine : les sociétés se succèdent, tout comme les dirigeants, mais les mentalités peinent à suivre le chemin de l'évolution. D'où une éternelle remise à plus tard de la grande révélation. »

 

Extrait de la critique de D. Wesel

(Disponible sur http://www.bdgest.com/chronique-2905-BD-Decalogue-(Le)---Le-legataire-Le-labyrinthe-de-Thot.html).



  Pour chacun des ouvrages parus, le propre site du dessinateur est riche en roughs et recherches visuelles variées. Nous ferons donc largement référence ici à ce travail réalisé conjointement par Joseph Béhé, Camille Meyer et Gilles Scheid : si la couverture du tome 1 du Légataire (Janvier 2006) est un renvoi direct à celle du premier volume du Décalogue, l’un constituant la suite directe de l’autre, les visuels suivants innovant en rompant triplement avec les dix couvertures initiales. Sur la maquette adoptée, le bleu remplace le brun comme couleur de fond, les acteurs humains y ont une présence plus importante tandis que les titres figurent dans la partie basse.


 

On regardera ainsi ces travaux, largement illustrés et commentés, sur les différents liens suivants :

 

-         la couverture du Légataire, tome 2 (Janvier 2007) :

 

http://www.josephbehe.net/josephblog/index.php/2006/09/04/34-couverture-du-legataire-tome-ii

 
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-         Explication de l’ensemble des phases de recherches pour le Légataire, tome 3 (Avril 2008) :

 

http://josephbehe.net/josephblog/index.php/2007/09/10/55-maquette-de-couverture-pour-le-legataire-t3

http://josephbehe.net/josephblog/index.php/2007/10/31/59-maquette-de-couv-pour-le-legataire-t3-suite

http://josephbehe.net/josephblog/index.php/2007/11/09/60-crayonne-de-couverture-pour-le-legataire-t3

http://josephbehe.net/josephblog/index.php/2008/03/06/64-couverture-legataire-t3-glenat


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scann02.jpg

 

-         conception des visuels pour le Légataire, tome 4 (Mars 2009) :

 

http://www.josephbehe.net/josephblog/index.php/2008/09/12/73-couverture-legataire-t4-glenat

 

http://www.josephbehe.net/josephblog/index.php/2008/11/13/75-couv-du-legataire-t4-le-rendu-final

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  La conception des différentes couvertures du Légataire nous permet de comprendre la lente maturation de ces visuels, mise en correspondance avec un scénario qui louvoie entre mensonge et réalité du monde religieux. Sur chacune des couvertures, le Croyant semble détenir sa propre Vérité, tenue cachée ou volontairement obscure et éloignée d’un monde de non-initiés. Le Légataire, c’est celui qui hérite ou qui est désigné par voie testamentaire pour recevoir un bien : tout Homme étant naturellement le dépositaire des générations qui l’ont précédé, à charge pour lui et à son tour de transmettre, de diffuser et d’apprendre, au-delà des soubresauts ou des crises de l’Histoire. A chacun, dans le cadre qui est le sien, de s’y révéler : or, dans chacune des ces couvertures, une ombre regarde le lecteur, qui est de fait dans la lumière…

 

Celle apportée par le Livre.

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-     http://www.glenatbd.com/recherche/?q=Le+D%C3%A9calogue+ et http://www.glenatbd.com/recherche/?q=Le+L%C3%A9gataire+ : pages consacrées aux deux séries sur le site des Editions Glénat.

 

-      http://www.josephbehe.net : site officiel de Joseph Béhé.

 

-     http://kd2a.france2.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=1148 : interview vidéo de Joseph Béhé.

 

-     http://www.bdparadisio.com/intervw/decalogue/decalaut.htm et http://www.glenatbd.com/actu/les-auteurs/interview-de-franck-giroud.htm : interviews du scénariste Frank Giroud réalisée en 2001 et 2008. Voir également sur le site Auracan :

www.auracan.com/Interviews/Giroud/Giroud1.html

 

 


Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©F. Giroud, J. Béhé, C. Meyer et auteurs associés. Editions Glénat, 2001 - 2009.

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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 16:15

                DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Le Complexe du Chimpanzé t.01 :

Paradoxe

 

Richard Marazano et Jean Michel Ponzio

 

Ed. Dargaud, 2007.

 

 

 
Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/pRAhkfjqO


·     L’intrigue en résumé :

 

 Une capsule spatiale tombe dans l'océan Indien à proximité d'un bâtiment de l'US Navy. Repêchée et ouverte, elle se révèle habitée par deux hommes qui prétendent être Neil Armstrong et Buzz Aldrin, les deux célèbres astronautes appartenant à la mission Apollo XI ayant marché sur la Lune le 21 juillet 1969. Le problème ? Nous sommes en 2035, et les deux astronautes en question sont revenus sur terre où ils sont morts depuis longtemps.   

 

 Hélène Freeman devait être la première femme à poser le pied sur la planète Mars... Elle doit à présent choisir entre l'amour de sa fille et ses rêves de toujours, et se lancer dans un voyage dont elle ignore si elle en reviendra jamais...

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-  Quel est le titre de cet album ?

Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-  Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-  Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-  Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

Repérez le nom de la collection : quelles indications nous donnent cette appellation sur le genre du récit ?

 

NIVEAU 2

 

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

- Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «Science Fiction» ?

 

-  Cherchez la définition des termes Nasa, Apollo XI et une courte évocation de l’alunissage du 21 Juillet 1969.

 

- Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

- Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

- Faites des recherches sur le thème littéraire du voyage dans l’espace.

 

-  Comparez cette couverture avec les affiches des films  Rencontre du 3ème type (Steven Spielberg - 1978), E.T. l’extra-terrestre (Steven Spielberg - 1982), Apollo XIII (Ron Howard - 1995) et Wall-E (Andrew Stanton - 2008) : expliquez en les points de convergence et les thématiques affiliées

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

Levant la tête vers un ciel nocturne étoilé, une jeune fille pleure sur sa propre solitude, tandis qu’une navette spatiale américaine décolle dans un maelström de flammes et de fumées… Si le lecteur, à la vue de cette couverture, aura tôt fait d’en déduire intuitivement un récit de type aventure et/ou science fiction, il n’obtiendra aucune réponse à nombre de ses questions : que signifie le titre ? Qui est cette jeune silhouette féminine ? Pourquoi pleure-t-elle ? Quel genre de rapport entretient-elle avec la navette ?

 



 Le terme Science Fiction apparait dès 1851, mais ne s’impose en Amérique du Nord que pendant les années 1930, via des périodiques peu couteux et très populaires (les pulps magazines) qui diffusent nombre de récits et de bandes dessinées « d’anticipation ». Le mot français (science-fiction, avec un tiret), communément abrégé par les lettres S.F. dès les années 1970, décrit un genre littéraire mettant en avant des découvertures scientifiques inexistantes ou futuristes, autant que la découverte de mondes et d’espèces inconnues. Cette expérience spéculative prend sa source dans quelques grands romans de la fin du XIXème siècle : les Voyages Extraordinaires de Jules Verne (dont De la Terre à la Lune et Autour de la Lune, parus en 1865 et 1870), La Machine à explorer le temps (1895) et La Guerre des Mondes (1898) d’H.G. Wells, sans oublier divers précurseurs tels L’Histoire Véritable (Luecien de Samostate), Utopia (Thomas More - 1516), Histoire Comique des Etats et Empires de la Lune (Cyrano de Bergerac - 1650), Micromégas (Voltaire - 1752) et le Frankenstein de Mary Shelley (1818), souvent considéré comme le premier roman contemporain de science-fiction.

 



 La couverture évoque directement une thématique récurrente du récit de science-fiction : l’aventure humaine est sans fin, et l’avenir de l’humanité est dans l’espace, hors d’une Terre devenue trop réduite pour accueillir l’œkoumène. Cette filiation « scientifique » est affirmée par la présence d’un singe (chimpanzé) situé à mi-chemin entre le sol (humain) et l’espace (extra-terrestre par définition), ainsi que par une lecture verticale du dessin mis en scène. La navette quitte la planète bleue, dans un Big-Bang d’où émergent les rêves étoilés d’une fillette/adolescente/femme (toutes les lectures sont ouvertes au possible), tiraillée entre sa volonté de demeurer (son être) et celle de devenir (son âme). Partir ou rester, pouvoir et vouloir, être rationnel et imaginaire artistique se confondent…

Considérons encore que ce corps dédoublé (au-delà du titre affirmant une nature animale) précise un autre thème science fictionnel : celui de l’affrontement entre homme/femme et machine/robot. Si le récit présente ici une héroïne démunie et désarmée (à l’inverse par exemple du rôle joué par Sigourney Weaver dans la saga Alien), c’est parce que plus qu’un homme, elle nous fait pénétrer dans un espace sacré (voir les bras en croix et le regard levé vers le ciel…) et ésotérique où les quatre éléments (eau, feu, terre et air) s’additionnent à un cinquième (l’éther ou le Cosmos).


 


 Le « complexe du chimpanzé » désigne la capacité de l’animal de laboratoire à ressentir le fait qu’il est le sujet d’une expérience qu’il ne maitrise pas : hors, l’Humanité maitrise-t-elle ses énergies, sa propre reproduction, son avenir et la préservation de l’espace terrestre ?

 La construction de la couverture renvoie aux affiches de films emblématiques : 2001, l’odyssée de l’espace (S. Kubrick - 1968), Rencontre du 3ème type (Steven Spielberg - 1978), E.T. l’extra-terrestre (Steven Spielberg - 1982), Apollo XIII (Ron Howard - 1995) et Wall-E (Andrew Stanton - 2008). Le motif du ciel bleu étoilé comme appel à l’imaginaire et au plaisir procuré par le récit à grand spectacle (l’Entertainment à l’américaine) est notamment révélateur de ce regard cinématographique des auteurs, autant que de la transposition de valeurs universelles ou nationales : les couleurs bleu, blanc et rouge…  du drapeau américain, sont contenues dans les lettres USA visibles à l’arrière de la navette spatiale.

 



 Si le mot « paradoxe », enfin, qui donne son titre à l’album, est aussi un terme classique du récit de type S.F. (thème du voyage dans le temps), rien ne l’évoque directement sur cette couverture à l’exception du hors champ : si la navette décolle, on ne sait pour où ; si la jeune fille pleure, on ne sait pourquoi (bien qu’on puisse facilement en déduire un lien d’affection pour l’un des astronautes) ; si elle semble se protéger ou prier, on ne sait pourquoi. Le ciel est perceptible est donné comme but et futur, mais point de présent ni de passé, sol et Terre n’étant pas visibles, noyés dans la fumée et les gaz. Le paradoxe est là : un récit d’aventure sans bases ni attaches, sans menaces perceptibles ni héros immédiatement reconnaissable. La quête identitaire est bien posée, par conséquent, comme l’un des propos réels de l’album.

 

Que s’est-il passé au juste le 21 Juillet 1969 ?

Une Histoire fortuite, réelle ou imaginaire ?

 

Serait-on dans une Fiction sans le Savoir ?

 

 

Recherche de couverture par J.M. Ponzio. 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-  http://www.dargaud.com/front/albums/series/serie.aspx?id=5209 : page consacrée à la série sur le site des Editions Dargaud.

 

-  http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2206 : interview du scénariste Richard Marazano, en relation avec ce premier album.

 

-   http://www.allsf.net/ : tout sur la science-fiction (histoire, auteurs, adaptations diverses, etc.).

 

-   http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A8mes_de_la_science-fiction et http://fr.wikipedia.org/wiki/Genres_de_science-fiction : les thèmes et les genres principaux de la science-fiction.



Illustration pour un ex-libris (visible en grande taille : http://accel21.mettre-put-idata.over-blog.com/2/40/05/64/complexe-du-chimpanz-/Ex_libris_Complexe_T1.jpg ).



Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Ponzio et Marazano et Editions Dargaud. 2007.

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 18:00

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

De Cape et de Crocs t.01 :

le secret du Janissaire

 

Alain Ayroles et Jean Luc Masbou

 

Ed. Delcourt, 1999.

 

 

 

Dossier téléchargeable : http://dl.free.fr/fFlgG4Kx0
 

 

·     L’intrigue en résumé :


 
Au XVIIe siècle à Venise, Don Lope de Villalobos Y Sangrin, un loup espagnol téméraire et impulsif, et Armand Raynal de Maupertuis, renard français poète et enclin à la boisson, vont se lancer dans une aventure épique en quête du fabuleux trésor des Iles Tangerines. Durant leur périple, ils rencontreront leurs compagnons d'aventure dont Eusèbe (un lapin naïf mais rusé), Raïs Kader (un corsaire Turc bourru), Doña Hermine (éternelle amoureuse de Don Lope), et Bombastus (savant Allemand aussi cultivé qu'agaçant). Une aventure et une fable digne de la Commedia dell’arte…


 

·     Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-    Quel est le titre de cet album ?
Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-    Le nom de l’éditeur apparait-il ? Quel est le titre de la collection et que suggère-t-il ?

 

-    Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ?
Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

Repérez le nom de la collection : quelles indications nous donnent cette appellation sur le genre du récit ?

 

NIVEAU 2

 

-    Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-     Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «Aventure» ou « de cape et d’épée » ?

 

-     Cherchez la définition des termes janissaire, bretteur et commedia dell’arte.

 

-     Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-     Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-    Faites des recherches sur le thème du roman ou du récit feuilletonnesque dit de cape et d’épée.

 

-    Tentez de trouver des renseignements et/ou des œuvres (romans, pièces de théâtre, bandes dessinées, films, etc.) en rapport avec l’arrière-plan historique de cet album : Venise et l’Europe au XVIIIe siècle.

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 L’univers culturel artistique et littéraire extrêmement référencé de la saga De Cape et de Crocs (8 albums de 1999 à 2007) se devine dès cette première couverture. Outre un titre à la fois directement évocateur - et cependant déjà parodique - de la comédie de cape et d’épée, on devine tout à la fois Molière et Shakespeare, Le Roman de Renart et les Fables de la Fontaine, le roman picaresque, les Trois Mousquetaires et Cyrano de Bergerac


 

Le genre cape et d’épée est issu de la comedia de capa y espada hispanisante, soit une sorte de drame domestique rempli d’imbroglios et féconds en événements tragiques. Par la suite, on désigna ainsi des pièces à effets violents, à incidents tumultueux et où de grands coups d’épée tranchaient les situations et l’on appliqua le même nom aux romans d’aventures mettant en œuvre des procédés analogues. Son nom générique est dû à Ponson du Terrail (1829 - 1871 ; auteur de Rocambole) mais aussi au roman d’Amédée Achard, la Cape et l’épée, en 1875.


 De Cape et de Croc
s’apparente au roman historique, dans un récit situé pour l’essentiel entre le XVe et le  XVIIIe siècle, et qui privilégie les péripéties, les rebondissements et le suspense, accordant une place importante aux duels et à l’escrime.


 

La Fable et le récit animalier sont suggérés par le jeu de mots « de crocs », ainsi que par le nom et l’allure des principaux protagonistes (on devine les oreilles derrière la cape et le chapeau feutre à plumeau digne d’un mousquetaire du roi). Le titre de la collection (Terres de Légendes) renforce l’aspect onirique et merveilleux de la Cité des Doges, décor institué du second plan, entre canaux tortueux, Basilique Saint-Marc et palais intriguant, croissant de lune mystérieux et mer offerte aux désirs annoncés de voyages. Le titre de l’album, enfin, précise l’attrait de l’aventure (l’archétype scénaristique du secret), mêlé à une  relation compliquée avec l’Orient (le janissaire étant un redoutable soldat turcoman).


 

La couverture attire en dévoilant « tout et rien » : la globalité d’une sphère romanesque et  l’absence de nombreux renseignements (qui sont ces héros masqués ? Que font-ils dans cette Venise nocturne ? Qui est le fameux Janissaire du titre et quel est au juste son secret ?). Le lecteur est donc condamné à naviguer à vue d’œil ou à la boussole entre l’eau et le ciel, pour une destination d’autant plus inconnue que les cartes lui sont imprécises et indéchiffrables, et la mer remplie de sombres dangers (dragon).


Caravelle ou galère, l’embarcation vaut comme signifiant des futures étapes de nos personnages, pris dans une toile d’araignée de péripéties où la Lune semble, si l’on s’en fie à la carte représentée en arrière-plan, comme ultime échappatoire.

 


 Ne négligeons pas, pour finir, l’impact des couleurs (réalisées de manière directe sur les planches pour l’ensemble de la série) : la Lune et un ciel étoilé et bleuté comme motif de l’appel à l’imaginaire (voir les affiches des films : L’Ours (J.J. Annaud), E.T. (Steven Spielberg) ou Harry Potter à l’Ecole des Sorciers (C. Columbus)), le vert (symbole de la Nature, du Destin et du hasard) et le rouge (le sang et les passions), qui connotent la psychologie affirmée des personnages autant que leur volonté d’agir, entre coups du sort et soubresauts de l’histoire.

 

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-       http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/de_cape_et_de_crocs_1_le_secret_du_janissaire : page consacrée à la série sur le site des Editions Delcourt.

 

-       http://decape.free.fr/ : site très complet, consacré à l’ensemble de la série (personnages, références, dessins, auteurs, etc.)

 

-      http://nerial.free.fr/artelio/artelio/souche_121.html : interview avec le scénariste, Alain Ayroles, en 2005, concernant la genèse de la série.

 

-      http://www.bulledair.com/index.php?rubrique=interview&interview=itw_masbou : interview de Jean-Luc Masbou, réalisée en 2004.

 

-      http://www.scifi-universe.com/fiche_actu.asp?id=4588 : interview vidéo des auteurs (2006), sur le site Scifi-universe.

 

-      http://fr.wikipedia.org/wiki/Film_de_cape_et_d'%C3%A9p%C3%A9e : le film de cape et d’épée.

 

-      http://paularbear.free.fr/commedia-dell-arte/index.html : le site sur la commedia dell’arte.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Ayroles et Masbou et Productions Guy Delcourt. 1999.

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 11:36

 

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Un monde si tranquille t.01 :

la gloire d’Albert

 

Etienne Davodeau

Ed. Delcourt, 1999.

 

 

 

Dossier téléchargeable : http://dl.free.fr/jUUqRAI7S

 



 L’intrigue en résumé :

 

(Résumé éditeur)

 

 Albert est un brave type.

 

 Mais quand la radio annonce la mort de Philippot sur la route (le fameux cocktail alcool, fatigue et vitesse), il pète un peu les plombs. Il faut dire que Philippot n'était pas n'importe qui. Il avait fondé le parti "Traditions et Convictions" avec son ami de toujours, Bertrand Delorme, qui dirige le célèbre spectacle son et lumière "Nos valeurs, notre terroir". Ces deux-là avaient le vent en poupe.

 

  Leur spectacle fêtait ce soir-là son millionième spectateur et les élections législatives toutes proches se présentaient bien : le siège de député semblait à la portée de Delorme. La mort de Philippot est un sale coup.

 Mais ce n'est pas un accident. Albert le sait. Albert était là. Deux sales petits gauchistes ont tendu un piège à son chef bien-aimé. Albert est un brave type. Mais il est décidé : le temps est venu de mettre en pratique les belles théories de Philippot sur l'autodéfense.

 

Albert va agir. Ça faisait des années que sa vieille carabine de chasse ne servait plus…

 

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

 La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-  Quel est le titre de cet album ?

Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-  Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ?

 Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

  Repérez le nom de la collection : quelles indications nous donnent cette appellation sur le

genre du récit ?

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en

quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-   Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent

indiquer un récit du genre «policier» ?

 

-   Cherchez la définition des termes polar, extrême-droite, gauchisme et autodéfense.

 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

 En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-   Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait

elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-   Faites des recherches sur le thème de la montée des extrêmes, en France ou dans le

monde.

 

-  Tentez de trouver des œuvres (romans, pièces de théâtre, bandes dessinées, films, etc.) en

rapport avec l’arrière-plan sociopolitique de cet album.

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 Comme toujours avec Etienne Davodeau, l’histoire narrée, offerte comme un miroir fragile, touchant et mélancolique de notre société, est à la fois simple et complexe. Le personnage central, antihéros malmené et balloté par les événements, est l’archétype du militant traditionnaliste, aveuglé par son modèle néo-fasciste et inconscient des visées politiques personnelles menées dans un monde qui le dépasse socialement et intellectuellement. Un univers sans concession, entre survie et égocentrisme, soit le microcosme humain… observé sous le microscope de la satire sociale.

 

La Gloire d’Albert et Anticyclone sont les deux premiers polars d’une trilogie (intitulé Un monde si tranquille) qui s’achève en 2002 avec la publication de Ceux qui t’aiment, chronique sarcastique sur les rapports entre supporters et footballeurs milliardaires.

 

La couverture de l’album délivre ce même ensemble de simplicité apparente et de thématiques plus complexes. Comme l’explique Etienne Davodeau, les différentes recherches graphiques menées pour exprimer cette dualité illustrent une synthèse permanente : celle de l’ombre et de la lumière, de l’avant scène et des coulisses, de l’obscur et de la gloire éphémère.

 

« C’est un album avec une dimension parodique tout d’abord, à savoir que l’histoire se déroule dans un cadre qui est celui d’un son et lumière, en milieu rural, fait par un homme politique qui rencontre un succès inespéré, national, voire international : ça, c’est la dimension parodique. Et puis, l’autre aspect de cette dimension parodique, c’est l’envie d’un type assez obscur, un sans grade de passer à la lumière, de faire un truc notable, et d’être un héros, d’avoir quelques jours de gloire, d’où le titre, la Gloire d’Albert... et ceci au prix d’errements qu’il va amèrement regretter.


Donc, c’est une sorte de polar (en tout cas celui-là, je l’ai vraiment écrit comme un polar !) simplement, la définition de polar est sujette à caution et à débat... Pour ma part je m’en tiens plutôt à celle qu’a défini un de mes auteurs de chevets, à savoir Jean-Patrick Manchette, qui est à mon sens un des meilleurs auteurs de polar français (enfin, qui était puisqu’il est mort !), qui est un roman de critique sociale... Pour moi le polar est d’abord un roman de critique sociale, c’est un peu l’idée qui a généré ce bouquin... mais c’est avant  tout dans mon esprit une parodie ! »


(Extrait de l’interview de L. Renet et Fr. Grégoire ; cf. liens proposés).

 

Roughs et recherches pour le visuel de couverture :






























 
Le lecteur déduira notamment du titre de la collection (Sang Froid) l’idée de récit policier, sinon de polar : les couleurs (noir, blanc et bleu) et l’arme du personnage devraient également aider à cette interprétation. Mis en lumière, dévoilé et aveuglé par une lumière blafarde, Albert, qui est dessiné avec tous les stéréotypes du Beauf croqué par Cabu  (soit la caricature ironique du
Français braillard, brave type au racisme ordinaire et bardé de convictions), est aussi inexistant que le décor qu’il remplace de fait. Il est sur scène mais c’est un acteur interchangeable, glissé de lui-même dans le costume du chasseur auto satisfait de ses actes « assassins ». On pourra déduire de la présence des projecteurs une surmédiatisation du phénomène, et donc de l’extrémisme politique : durant tout l’album, les références directes au Front National, à Jean-Marie Le Pen, au spectacle son et lumière du Puy du Fou (Vendée) et à Philippe de Villiers seront très nettes, l’auteur lui-même les revendiquant largement, sans sombrer pour autant dans l’attaque politique directe puisque les militants d’extrême gauche sont également parodiés et ridiculisés.

 



  Entre sympathie et répulsion, compréhension et rejet, ombre et  lumière, le personnage d’Albert introduit dès la couverture deux idées essentielles et sous-jacente du jeu politique : celle de la défense du territoire nationale (doctrine que la lecture de l’album fera circuler entre les notions de patriotisme, nationalisme et chauvinisme) et celle de la justice par l’autodéfense (affiliée cette fois ci aux tonalités racistes, réactionnaires et fascistes prônées par certaines milices ou organisations). Ces deux idées engagent une double évocation du pouvoir et de la justice, notions clés du territoire républicain et souverain : si Albert s’autoproclame comme autojusticiable, doit-on en déduire qu’il le fait à sa seule gloire, ou qu’il suit au contraire la volonté d’une entité supérieure ? Dans les deux cas, on supposera le dépassement du cadre légal et social, permettant en cela les actes les plus cruels au nom d’un fondamentaliste dogmatique, qu’il soit personnel, religieux ou politique.

 

  
  Albert est sur scène, mais aussi mis en scène, dans une mécanique insidieuse qui impulse les notions d’ascension et de chute, pour les deux revers d’une médaille aux accents emprunts de corruption, de compromissions, de lâchetés, sinon de crimes. Est-il finalement logique que le chasseur soit dans la lumière « pure » (voir le premier titre voulu par l’auteur pour son œuvre) alors qu’il est supposé attendre sa proie dans l’ombre ? Certainement pas : en pleine gloire, mais comment et pourquoi ? Voilà une dénonciation subtile de la politique du chiffre et du résultat, au mépris des actes et des idées…

 

 

 

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-      http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/un_monde_si_tranquille_1_la_gloire_d_albert : page consacrée à l’album sur le site des Editions Delcourt.

 

-     http://www.etiennedavodeau.com : site personnel de l’auteur.

 

-     http://www.bruitdebulles.com/spip.php?article109&artsuite=0 : interview de l’auteur (2005) sur le site Bruitdebulles.

 

-    http://houbahop.chez-alice.fr/interviews/Davodeau1/liendav1.html : Interview réalisée par Laurent Renet et Frédéric Grégoire, dans le cadre de l'émission Culture Bulles du 12 octobre 1999 pour la sortie de l'album La Gloire d’Albert.

 

-     http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=1003 : interview vidéo de l’auteur sur le site France 5 BD.

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Beauf : article consacré par l’encyclopédie Wikipédia au stéréotype du « beauf »

 

 

 

 

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Étienne Davodeau et Guy Delcourt Productions.
La Gloire d'Albert -
 1999.


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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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