Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 18:24

 Dans les pas du mythique Rahan, Emmanuel Roudier a su réinvestir avec brio le champ de la bande dessinée "préhistorique"  :  né en 1971, passionné d’archéologie, l'auteur se fera remarquer avec Le Cycle de Vo’hounâ pour lequel il reçoit en 2003 le prix BoDoï - Leclerc « Décoincer la bulle » lors du Festival d'Angoulême. Le travail d’Emmanuel Roudier (planches de bandes dessinées ou illustrations originales) fera par la suite l’objet de plusieurs expositions, notamment au Musée d’Archéologie Nationale de Saint- Germain-en-Laye en 2005, au Neanderthal Museum en Allemagne et au Musée de l’Homme en 2006 ainsi qu’au Musée National de Préhistoire des Eyzies en 2007. 
 Depuis 2007, E. Roudier a développé une nouvelle série, Néandertal, où l'on suit la quête d’un homme rejeté par son clan en raison de son handicap...

 Vous découvrez ici la genèse de la couverture du tome 2, Le Breuvage de vie, paru en septembre 2009.




 Voici un petite visite guidée pas à pas de la réalisation de la couverture de l'album. J'espère que ce topo vous permettra de comprendre et d'apprécier la manière dont je m'y suis pris pour peindre cette illustration, à l'ancienne ou "en traditionnel" comme on dit maintenant quand on ne peint pas sur photoshop ! J'espère surtout, si vous aimez dessiner et peindre, que ce "pas à pas" vous donnera envie vous aussi de vous essayer à la création de ce genre d'image. (si c'est le cas, n'hésitez pas à m'envoyer les résultats !)


Etape01


 Etape 1


 Il s'agit du tracé au crayon de l'image. Ce tracé est effectué d'après un croquis de mise en place (je vous l'épargne, ça n'apporterait pas grand chose ici), agrandi "aux carreaux" pour conserver au plus juste les bonnes proportions. Le croquis de départ est réalisé sur un papier A4, et l'illustration finale sur un lavis Vinci format "raisin" (50x65 cm, moins les marges).




Etape02


 Etape 2


 Je commence par ébaucher l'arrière plan, ici le ciel et l'horizon crépusculaire, ce qui va donner le ton, c'est à dire la note dominante colorée de l'image.


 

Etape03
 
 Etape 3


 Dans la foulée, je rectifie les teintes du ciel et esquisse une ébauche du volume des nuages. Une fois ceci fait, je place avec un pinceau assez large les grandes masses colorées sur les personnages et le reste du décor. J'essaie de faire en sorte que les personnages soient liés au décor par la couleur et graphiquement, tout en m'assurant qu'ils s'en détachent convenablement par le contour de leur silhouette, leur contraste propre et/ou leur teinte (comme l'homme en ocre rouge).

 


Etape04

 Etape 4


 J'effectue la mise en place des couleurs du personnage principal, en m'assurant là encore qu'il entre dans un groupe cohérent avec les autres personnages, et qu'il s'en détache bien pour venir au premier plan.

 


Etape05

 Etape 5


 Une fois que je suis à peu près satisfait de l'ensemble du groupe, je commence à modeler les personnages du second plan en venant placer les ombres et les teintes sombres de leur anatomie et de leurs vêtements.

 



Etape06

 Etape 6


 Je fais de même avec le personnage en premier plan. Notez que pour le moment je ne me soucie toujours pas du décor et de l'arrière plan.

 

Etape07

 
 Etape 7

 Je poursuis le modelé des personnages en venant poser des lumières sur leurs corps, leurs vêtements et leurs armes, et en ajustant leur contraste propre et le contraste général du groupe.

 

Etape08

 Etape 8


 Je finalise quasiment le modelé des personnages et il est alors temps de passer au décor. C'est le moment de venir peindre l'herbe et les buissons de l'avant plan avec des gestes libres et souples qui vont donner de la vie, de l'énergie, et éviter un effet "gazon". Quelques retouches seront nécessaires et il faut surtout savoir ne pas trop détailler au risque de voir la zone se figer, s'alourdir et devenir trop présente en regard de sa place dans la composition. Au besoin, une petite série de glacis vont venir corriger la teinte globale de l'avant plan et l'assombrir juste ce qu'il faut.



Etape09

 Etape 9


 Je m'attaque au décor du second plan, herbe, buissons et arbre mort. Le choix de la couleur violette pour rehausser s'impose pour contraster avec le vert sombre du fond et évoquer des buissons de bruyère, par exemple. Je commence également à définir le contour de l'arbre mort et son contraste, ce qui m'amène à éclaircir la couleur du ciel.

 

 



Etape10

 
 Etape 10

 Du coup, l'ébauche des nuées ne me plait plus et, tout en renforçant le contraste global de l'image en assombrissant la silhouette de l'arbre et en éclaircissant toujours le ciel, je tente une nouvelle approche des nuages, non plus comme un "toit" orageux, mais comme un horizon de cumulonimbus.

 

 

Etape11
 
 Etape 11


 Finalement ça ne me plait pas non plus. Le bleu du ciel vient trop contredire l'aspect crépusculaire du paysage. L'aspect des nuages, trop gras, risque de plomber la composition et de se raidir si je veux vraiment en détailler le volume et la lumière. Je reprends donc presque tout le ciel en recouvrant l'ancien avec un certain nombre de glacis, jusqu'à trouver la bonne teinte. J'opte pour un vert plus jaune qu'au début, (plus proche de mon esquisse colorée) et qui tranchera mieux visuellement par rapport à la couleur du ciel de la couverture du tome 1.

 

 

 

Etape12
 
 Etape 12


 Je décide au bout du compte de ne pas trop exagérer sur la dramatisation et calmer le ciel avec des cirrus, cirrostratus et cirrocumulus. Je finalise l'arrière plan du paysage avec la rivière marécageuse et m'assure que le tout donne bien une ambiance crépusculaire. Une fois que je suis certain que mon ciel ne bougera plus, il est temps de finaliser les contrastes et les contours, en commençant par l'arbre dont je reprends pas mal le dessin des branches et en finissant avec les personnages, que je retouche infimement ici et là (une petite accroche lumineuse sur l'angle du bloc d'oxyde de manganèse, par exemple).

 

 

 Une fois que le résultat est jugé satisfaisant, c'est le moment tant attendu de retirer les scotchs de protection, histoire de pouvoir présenter un original propre et net !

 

 

 


finale
 
 Etape 13


 Ceci étant, avant de déclarer "c'est fini", il convient de laisser passer au moins trois ou quatre jours, juste pour pouvoir poser sur l'illustration un regard reposé, à même de relever des faiblesses ou des oublis par-ci par-là que la fatigue aurait laissé filtrer. Quand, avec un peu de recul, on se dit qu'il ne faut surtout plus y toucher, c'est que le moment est venu de signer l'image et de ranger les pinceaux.





Liens annexes :

http://roudier-neandertal.blogspot.com/ : site de l'auteur.

http://roudier-neandertal.blogspot.com/2007/11/making-of-de-la-couv.html : making-of de la couverture du tome 1 de la série Néandertal.

http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/neandertal_1_le_cristal_de_chasse : page dédiée à la série sur le site des Editions Delcourt.


 Le dossier a été établi avec l'aimable autorisation de l'auteur : toutes les images lui appartiennent de droits et ne sauraient être reproduites sans son autorisation.
 

Repost 0
14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 10:19

 Ce nouveau dossier autour de l'élaboration d'une couverture laissera amplement la parole à Hervé Duphot, auteur notamment de l'adaptation du fameux roman fantastique d'Henry James, Le Tour d'écrou (1898), publié dans la collection Ex-libris chez Delcourt en 2009. L'auteur revient ici sur la genèse de ce projet et explique sa propre conception du premier plat de son ouvrage...


 Comment a débuté ce projet ?

Après quelques essais personnels d'adaptation et des mises en ligne de certaines de mes planches de bd sur le forum Café Salé, j'ai été contacté par Jean-David Morvan qui me demandait si j'étais intéressé par une adaptation littéraire et si j'avais un livre à lui proposer. 

 J'ai réfléchi plusieurs mois et je me suis souvenu d'un livre dont notre prof d'anglais au collège nous avait lu des extraits.
J'en avais gardé une impression assez forte,  de plus je voulais travailler sur un livre traversé par un univers fantastique. L'adaptation littéraire n'était intéressante pour moi qu'à cette condition. Mais hélas, les livres libres de droits issus  de la littérature fantastique sont assez peu nombreux ou ont été beaucoup adapté (comme Edgar Allan Poe). La littérature fantastique n'a commencé à se développer réellement qu'au 19ème siècle...

 J'ai relu le livre et le texte n'était vraiment pas facile d'accès et j'ai donc fait des essais pour moi sur une ou deux pages. Ça ne m'a pas semblé impossible alors j'ai poursuivi.

 J'ai ensuite commencé les premières pages que j'ai soumis à J.-D. Morvan et Delcourt qui ont aimé. J'ai été un peu maladroit dans la mesure ou le début de l'histoire ne reflète pas tout à fait la suite et mon style évolue un peu après les premières pages d'ailleurs. (Mais c'est mon premier album !).


  Pourquoi ce livre en particulier ?

- Pour l'ambiance ;
- Pour la façon dont est traité le fantastique (on n'est jamais sûr de rien, rien n'est montré) ;
- Pour jouer sur l'ambivalence des points de vue et l'atmosphère de folie (qui a raison dans l'histoire ? Les fantômes existent-ils où sont ils dans l'esprit de la gouvernante ?) ;
- Pour les enfants diaboliques (assez peu traités en bd finalement) ;
- Pour l'époque victorienne et le graphisme que je pouvais développer ;
- Pour le lieu unique qu'est le château ;
- Parce que cette histoire évoque de nombreux univers picturaux pour moi (Whistler, Turner, Sargent, les Nabis, même les impressionnistes), qu'il m'interessait de rendre en bd ;
- Pour l'aspect intimiste, la folie et le peu d'action (diffcile à rendre intéressant en bd mais un vrai enjeu).


Entre fidélité à l'oeuvre et adaptation plus ou moins littérale, quels ont été vos propres choix et comment ont-ils été "jugés" par la critique ?

 J'ai essayé d'être le plus fidèle possible au livre (peut-être trop mais c'est aussi la collection Ex-libris qui veut ça). J'ai adopté un style sobre et sans effet inutile pour bien resituer ça dans un univers "tout-à-fait normal", en faire le moins possible (pas de château type Dracula, pas d'apparitions fantômatiques exagérées…). Au contraire, il me semblait que la normalité apportait à l'histoire.

 Certains critiques l'ont bien compris, d'autres me l'ont reproché.

 On  m'a reproché aussi une certaine platitude qui est toutefois très forte dans le récit initial. Il y a énormément de redondance, tant dans l'action que dans les texte d'ailleurs. Il  se passe assez peu de choses en fait.

La difficulté est que le livre laisse une impression forte tout en étant assez lourd (à mon goût). Pourtant les gens semblent l'oublier. Le livre rappelle le film Les Autres (A. Amenabar, 2001),  qu'il a semble-t-il inspiré mais en beaucoup moins "moderne". Il existe également un film visiblement très bien, The Innocents (J. Clayton, 1961), ainsi qu'un opéra, que je n'ai pas vus.

De même, la fin du livre est assez décevante et nous l'avons pensée (avec l'éditeur) un peu plus ouverte (tout en étant fidèle).
 J'ai également beaucoup travaillé avec la couleur et le traitement au pinceau pour ajouter à cette ambiance à la fois intimiste et très "normale" aussi.


Venons-en à la couverture à proprement parler : quelles images aviez-vous en tête lors de sa conception et quelles furent les différentes étapes de son élaboration ?

 
Je pense que parfois on y réfléchit à la fin (comme c'est le cas sur l'album sur lequel je bosse actuellement) mais parfois des idées viennent en route et là c'est le cas.

Deux solutions : s
oit on prend une image forte de l'album, soit une image qui retranscrit l'ambiance. J'ai hésité longtemps entre les deux tout en sachant que la seule image vraiment forte c'est l'apparition derrière la vitre, et encore elle n'est forte qu'à l'intérieur du récit, sinon…


1

Ça, c'est une image que j'ai dessiné au début tout en sachant que ça ne ferait pas la couv' car le garçon n'y est pas. Et puis là, c'est la femme qui protège l'enfant et ce n'est pas vraiment ça dans l'histoire !


 2

3

 Une autre image d'ambiance mais pas assez choc pour une couv'. Elle m'était inspirée d'une peinture (Les Enfants Pailleron, 1881) de John Singer Sargent qui, d'ailleurs, a servi de couv' à certaines éditions du Tour d'écrou (j'ai découvert dans mes recherches que Sargent et Whistler se connaissaient !). C'est un viseul où rien ne se passe et où, pourtant, l'ambiance est très pesante. Mais ce qui marche en peinture ne fonctionne pas forcément en bd. Mais déjà la fenêtre est présente...


 Ensuite c'est autour de la fenêtre que vont s'orienter mes recherches. J'hésitais à mettre le ou les "méchants fantômes" dans la mesure où on ne sait pas durant le récit s'ils existent ou non. Les représenter en couv' aurait fait perdre de l'intérêt à l'histoire il me semble. Lorsqu'ils apparaissent dans l'album, on ne sait jamais si c'est la gouvernante qui affabule ou pas...


4
 
Un rough où les persos sont acculés contre la fenêtre. Le temps gris amène l'ambiance, mais au final c'est du dehors que vient le mal dans l'histoire, donc ça ne fonctionne pas trop.


 6

Une image qui n'est pas destinée à une couv', plus une recherche d'ambiance. Mais je ne pense pas que ce soit assez effrayant !


 7

Une variante des précédentes. Cette fois, le mal est dehors. Mais je ne me sentais pas de travailler de cette façon très picturale, proche de Sargent. Et je n'était pas convaincu non plus...

 8

 Une autre variante. Mais au final les fantômes menaçants ne se résument qu'à des personnages qui regardent par la fenêtre.


9 

A la même époque sort ce film (J.A. Bayona, 2007) et je me dis qu'on va m'accuser de plagiat ;-) L'ambiance est vraiment très proche. Pourtant dans ce film, la fenêtre ne joue pas un rôle majeur, contrairement au Tour d'écrou.


10

Cette fois je crobarde un rough sur un carnet que je mets en couleurs rapidement. Je tente une lumière qui créerait une ombre portée menaçante mais ça s'avère vite assez difficile à réaliser. L'image suivante le montre bien. Ça fait un visuel trop complexe ou bien ça m'oblige à jouer avec des effets de "transparence Photoshop", ce que je n'ai fait à aucun moment dans l'album : j'aime quand une couverture est traitée comme les dessins à l'intérieur.


11

12
 
Malgré tout je ne me souviens plus, mais j'ai dû la proposer à l'éditeur avec deux autres pistes. Mais un peu trop grand-guignolesque à son goût...


13

 Un autre axe, plus graphique, un mix de personnages. C'est une idée esquissée rapidement qui aurait joué sur les regards et le côté trouble de chacun des personnages. Une ambiance très Cluedo au final ;-)


La même en couleurs. L'ambiance y est je trouve. Mais je ne crois pas l'avoir proposée !

14

 
Je propose finalement trois couvertures à l'éditeur :

15

16

17

 Je ne sais plus vers lequel des visuels se porte mon choix.
 Sur le site Café Salé, je demande l'avis des internautes. Tout le monde préfère celui au crayon. Je ne sais plus quoi penser.


L'éditeur préfère celui avec la femme qui marche vers le château avec les enfants.


J'ai fait plusieurs recherches de couleurs :

18

Cette image ne se situe pas dans l'histoire finalement, mais elle évoque bien cette ambiance menaçante.
Sont-ce les enfants qui sont maléfiques ou cette femme qu'on ne voit pas et qui les entraine vers ce château ?
J'essaie des couleurs diurnes, plus proches du récit. mais l'ambiance nocturne est plus forte. Je tente aussi une ambiance plus "aube", comme pour évoquer la fin ou le début de quelque chose, comme si elle ramenait à la maison, au petit matin, ces enfants qui ont fait des bêtises.

19

20

 Je fais un essai avec des encres et de l'aquarelle. Au final j'aime cette teinte verdâtre qui n'existe pas vraiment dans la réalité et qui du coup apporte un plus au visuel.

 Au passage, sur tous ces essais, j'ai proposé un style de titre mais qui n'a pas retenu l'attention de l'éditeur. Peut-être ont-ils eu raison de partir sur un titre plus sobre, plus littérature classique. Je n'ai pas d'avis alors je les laisse faire.


 21


Je passe au crayonné.

22


C'est la seule page où je me suis trompé dans le format. J'ai dû rajouter de la matière à la palette graphique (voir le haut des arbres et les côtés).

47565060

Au final je suis assez fier de cette couverture. Pour moi c'est très important et je trouve que la plupart du temps elles sont assez quelconques, mais là il me  semble avoir pondu un bon visuel ;-) Peut-être me trompe-je ?


Je trouve qu'un dos ça parle énormément. J'avais été marqué par ces peintures de Vilhelm Hammershoi, un peintre des pays nordiques qui peint ses personnages de dos. (Intérieur, 1899).

23

James Abbott McNeil Whistler pour le personnage féminin :

24

Les films Damien : la malédiction (R. Donner, 1976) et Le Village des damnés (W. Rilla, 1960) pour les enfants.

25

26


Merci à vous !



Liens annexes :

http://www.editions-delcourt.fr/actualites/news/bande_annonce_le_tour_d_ecrou : page dédiée sur le site des Editions Delcourt.

http://herveduphot.free.fr/ et http://bradasse.canalblog.com/ : site et blog de l'auteur.
Repost 0
20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 18:44

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -
Sir Arthur Benton

 

1er cycle

 

Tarek et Stéphane Perger

Emmanuel Proust Editions, 2005 - 2006.


 

  SirArthurBenton01 CoverP1

wannsee couv

Benton0001

DOSSIER  en ligne et téléchargeable  :

Lecture en plein écran :
http://fr.calameo.com/read/000113087cdbd40b864b2


 

L’intrigue en résumé 

 

 Tome1 : De nationalité anglaise, le redoutable agent d’espionnage Sir Arthur Benton a pourtant choisi de soutenir les nazis. Arrêté par les Alliés en 1945, il n'accepte de fournir des informations qu'à celui qui le pourchasse depuis 1929, le colonel de la Taille, agent du 2ème bureau français. Cette année-là, qui marque le début de la crise économique, au cours d'une opération secrète se déroulant à Istanbul, plaque tournante des espions de l'époque, Benton aide les nazis à acquérir des armes et de l'argent afin de faciliter leur arrivée au pouvoir en Allemagne au moment des élections de 1930. A chaque interception, la Taille échoue pour briser son action ou pour le neutraliser.

 

 Tome 2 : En janvier 1942, Benton assiste sans y être convié à la conférence de Wannsee, décision majeure de l'Allemagne nazie qui organise la  « solution finale ». Farouchement anticommuniste, Benton s’oppose de plus en plus aux décisions politiques du Reich, que l'attentat raté contre Hitler en juillet 1944 fait définitivement sombrer dans la folie.

 

Tome 3 : Après la conférence de Yalta, en février 1945, Staline prépare déjà l’après-guerre : les Soviétiques capturent les savants, nazis ou pas, dans les pays qu’ils libèrent. Pour combattre les communistes après la guerre, Benton s’organise pour expatrier lui aussi certains Allemands. Afin d’éviter que les meilleurs éléments se retrouvent chez les Soviétiques ou chez les Américains, le colonel de la Taille reçoit l’ordre de De Gaulle d’exfiltrer d’éminents scientifiques et ingénieurs en France. L’affrontement des services d’espionnage entre les Alliés contre le nazisme a déjà commencé. Contraint d’abandonner la poursuite de Benton, de la Taille accomplit cette tâche pendant la bataille de Berlin, jusqu’au moment où il tombe nez à nez sur lui…



COV01 COV02 COV03

COV04 COV05 COV06

 Recherches pour le visuel du tome 1 par S. Perger.

 



 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-       Quels sont les titres de la série et de chacun des albums ? Que dévoilent-elles de l’intrigue ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de ces albums ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-       Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de chacune des trois couvertures ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le(s) titre(s) et le(s) visuel(s), imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cette saga.

 

-       Trouvez dans chaque cas le rapport entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : nazisme, svastika, étoile de David, solution finale, faucille et marteau

 

-       Ces couvertures vous donnent-elles envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-       Essayez de décrire l’atmosphère de ces couvertures. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-       Tentez de trouver des œuvres (romans, bandes dessinées, films) se déroulant dans un contexte d’espionnage lié au second conflit mondial.

 


couv1 

Finalisation du visuel du tome 1.

 

 

Les auteurs de Sir Arthur Benton

 

 

 Scénariste vivant à Rennes (Ille et Vilaine), Tarek a d’abord mené des études d’histoire de l’art et d’histoire médiévale à la Sorbonne. Chez Emmanuel Proust éditions, il imagine en 2005 avec le dessinateur Stéphane Perger la trilogie Sir Arthur Benton, série d'espionnage pendant la Seconde Guerre mondiale qui a immédiatement connu un très bon accueil public et critique : prix du meilleur premier album de Moulins, prix du meilleur scénario de Decines et prix du meilleur scénario de Marly en 2005, prix du festival de Rouans en 2006. Il scénarise également chez le même éditeur deux trilogies ayant pour toile de fond la Russie : Raspoutine (avec Vincent Pompetti, en 2003) et Le Tsar Fou (avec Lionel Chuin, depuis 2005).  

 

Le dessinateur et coloriste Stéphane Perger vit à Strasbourg. Diplômé des Arts Décoratifs, il commence le métier avec l’adaptation en bande dessinée d’un volume de la série policière Le Poulpe, Pour Cigogne le glas (Editions 6 Pieds Sous Terre, 2001). Remarqué pour son style réaliste tourmenté aux influences picturales et cinématographiques, il réalise en couleur directe la série Séquana (scénario de Léo Henry, dès 2008) et la trilogie Sir Arthur Benton.

 

  La saga Sir Arthur Benton est désormais riche de cinq titres, parcourant l’histoire tragique du XXème  siècle, de la crise de 1929 jusqu’à la Guerre Froide. Le projet est né chez Tarek d’une volonté ancienne d’écrire sur la Seconde guerre mondiale, liée à une rencontre avec des survivants des camps. Cette alchimie de la fiction et du didactique donnera lieu au récit dessiné en couleur directe par Stéphane Perger pour le premier cycle. Le second trilogie, dessinée par Vincent Pompetti, commence au lendemain de la prise de Berlin par les Alliés en 1945 et se terminera avec la mort de Staline en mars 1954. On notera que chacun des ouvrages est accompagné d’un dossier complémentaire fournissant d’amples renseignements sur le contexte, les personnages et le cadre de l’espionnage. Stéphane Perger s’impliquera dans le devenir de la série en dessinant les affiches de l’exposition qui lui a été consacrée au Mémorial de Caen en 2008.


 

5 titres sont parus depuis 2005 :

 

-    Tome 1 : Opération Marmara (2005) ;

-    Tome 2 : Wannsee, 1942 (2005) ;

-    Tome 3 : L’Assaut final (2006) ;

-    Tome 4 : L’Organisation (2008) ;

-    Tome 5 : Le Coup de Prague (2009)

 

 affiche mémorial Caen

 Affiche de l'exposition du Mémorial de Caen (2008).

 


 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 

L’alliance du titre et du visuel de premier album fait immédiatement plonger le lecteur dans le récit d’espionnage au sein d’une période cruciale de l’histoire contemporaine. On devinera le croisement d’intérêt entre des nations alors opposées : l’Angleterre (Sir Arthur), la Turquie, la Russie (Marmara) et l’Allemagne hitlérienne (croix gammée). L’emblème nazi étant du reste devenu un effet visuel récurrent, symptomatique des  nombreuses et récentes productions évoquant le conflit mondial (voir les couvertures de Il était une fois en France t.2 (Glénat, 2008), Malgré nous (Quadrants, 2009) ou Spirou, Le Groom vert-de-gris (Dupuis, 2009)), Tarek exprima son point de vue sur le sujet :

 

« Je pense que la banalisation de la svastika est dangereuse car des esprits faibles ou ignorants pourraient penser que ce sigle est anodin et n’évoque rien de bien grave. Certaines couvertures sont même indécentes ! J’ai lu la plupart des BD en question et je pense que Il était une fois en France et Malgré nous utilisent avec intelligence ce sigle car les histoires sont sérieuses et donnent à réfléchir : ce n’est pas un acte commercial totalement gratuit, il y a un propos derrière. Les autres albums sont, selon moi, victimes d’un phénomène de mode qui les dépasse, rien de plus… Dommage. »

 

 

couvroughs cov1 cov2
cov3 covok


Roughs pour les tomes 2 et 3 (en haut à gauche) et recherches conceptuelles pour la couverture du tome 2.



Interrogé sur la conception des couvertures, le scénariste répond :

 

« C’est un choix d’auteur et j’ajouterai même que, Stéphane [Perger] et moi, nous avons assumé la responsabilité des couvertures. Nous avions envie de marquer les esprits en utilisant les mêmes procédés qu’à cette époque : les sigles politiques étaient partout visibles dans les rues et ils représentaient des idéologies bien marquées et antagoniques. Le tome 1 représente les bourreaux (la svastika est l’emblème du NSDAP), le tome 2 les victimes (l’étoile jaune identifiait les juifs dans les pays occupés) et le tome 3 les libérateurs (la faucille et le marteau sont les emblèmes du communisme et de l’URSS, le pays qui a payé un lourd tribut dans cette guerre). Enfin, le noir, le jaune et  le rouge sont les couleurs du drapeau de la nouvelle Allemagne démocratique. Bref, la trilogie n’a pas des couvertures pour « faire beau » mais pour bien annoncer le contenue des histoires et faire passer un message fort : la propagande utilise toujours des symboles simples mais efficaces car étudiés pour toucher le plus grand nombre de personnes. J’ai écrit une préface dans le premier tome pour expliquer ma démarche et je pense que celle-ci était nécessaire. »

 

Double extrait d’une interview réalisée par M. F. Picaud en Octobre 2009 (Site Auracan.com).

 

 

 Outre la symbolique évidente des emblèmes ou représentations de chaque camp, on devinera sur chacun des visuels de couvertures un « jeu » iconographique et syntaxique permettant  la variation sur le même thème : la série est toujours identifiée du nom de Sir Arthur Benton mais le personnage illustré est à chaque fois différent. Idéologie, point de vue et méthode varieront d’un album à l’autre, faisant prendre conscience de l’impossible neutralité des divers agents impliqués dans une lutte sans merci et aux enjeux humanistes et politiques cruciaux.

 

 Où est le Bien ? Qui personnifie le Mal ? Si la lecture du tome 1 déjoue considérablement les attentes traditionnelles  du lecteur sur l’incarnation type du héros (annoncé à priori par le titre de la saga), le tome 2 enfonce le clou en ouvrant au débat : la défense légitime de la judéité en 1942 justifie-t-elle que le personnage montré en couverture (Armand de La Taille) puisse lui-même commettre le crime annoncé par sa démarche et son arme ? Pour le tome 3, la féminité devient la nouvelle stratégie fatale (la faucille) contre la vanité des hommes de pouvoir (le marteau). Les attributs du prolétariat ouvrier et du monde paysan, adoptés sur le drapeau soviétique en 1923, indiquent également l’avènement d’une ère ouverte aux changements mais voyant s’affronter deux conceptions antagonistes du monde, tandis que les paroles du refrain issues du chant révolutionnaire de L’Internationale (« C’est la lutte finale … ») sont connotées par le titre L’assaut final.

 


BENTONINT02 BENTONINT04 BENTONINT06b BENTONINT12 

BENTONINT14 BENTONINT15

COUVintegrBENTON

Recherches et projet final pour la couverture de l'intégrale de Sir Arthur Benton.



 Cette stylisation géopolitique sur indique  une vision romanesque et cinématographique : c’est notamment l’ambiance du thriller d’espionnage, quelque part entre le film noir hollywoodien (Le Troisième homme, C. Reed, 1949) et le suspense hitchcockien (Les 39 marches, 1935 ; Une femme disparait, 1938 ; L’Homme qui en savait trop, 1956)). Très récemment, cette mêle stylisation se retrouvera graphiquement mise en scène par l’affiche du film Valkyrie (B. Singer, 2008) : chaque branche de la croix gammée « invite » à suivre un parcours de mort et de sang, isolant tragiquement les protagonistes (partisans ou opposants du régime) dans leurs idéologies extrémistes (voir ainsi la couverture du coffret de la trilogie dessinée par S. Perger).

 Dans le cas de Sir Arthur Benton , cette conceptualisation est idéale puisqu’elle permet d’appréhender un monde occidental construit  depuis la fin de la Première Guerre mondiale à partir de symboles complexes et peu manichéens, comme l’affirme Tarek lui-même :

« La guerre par définition est complexe et les enjeux sont multiples car chaque camp a des visées propres. Les Alliés ont un ennemi commun et pourtant ils se détestent. Les forces de l’axe agissent séparément, les nazis mènent une guerre raciste, les pays conquis résistent plus ou moins… Bref, la complexité doit se retrouver au final dans le récit. Le récit d’espionnage qui compose la narration principale est par conséquent plus « gris », les événements ne sont pas présentés d’une manière manichéenne. »

 

Extrait d’une interview réalisée 2009 pour l’Union des Etudiants Juifs de France.

 

 
couverture-coffret

Dessin de couverture du coffret du premier cycle.



 

Pistes supplémentaires 

 

 

 

-       http://www.epeditions.fr/livre/Sir%20Arthur%20Benton/9782848101699 : page consacrée à l’intégrale sur le site des Editions Emmanuel Proust.

 

-      http://www.youtube.com/watch?v=NOP_xZSuFdo
http://www.youtube.com/watch?v=iRwWh8PLjHQ&feature=related : double interview vidéo du scénariste, parue à l’occasion de l’exposition hommage du Mémorial de Caen en 2007.

 

-       http://www.uejf.org/uejf_detail.php?id_art=961&id_type=1&sid=%24sid  : interview du scénariste  parue à l’occasion de la publication du tome 3 de la série en 2006.

 

-       http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?item=232 : interview du scénariste  parue à l’occasion de la publication du tome 5 de la série en 2009.

 

-       http://www.tarek-bd.fr/ : le site officiel de Tarek.

 

-       http://www.auracan.com/Indiscretions/indis.php?actu=240 : article du site Auracan : « Trop de croix gammées en couvertures de bandes dessinées ? » (mai 2009).

 

-       http://secondeguerre.net/hisetpo/gu/hp_espionnage.html : l’espionnage pendant la Deuxième Guerre Mondiale.
 

-       http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/article-23285372.html : analyse de l’affiche du film Valkyrie.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Emmanuel Proust, Tarek et S. Perger, 2005 à 2009.

 
Repost 0
Published by philtomb - dans Déc'ouverte
commenter cet article
6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 14:00

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

Le Marquis d’Anaon t.1 :

L’Ile de Brac

 

Fabien Vehlmann, Mathieu Bonhomme et Delf

Ed. Dargaud, 2002.


 

  Marquis-T01---Page---01.jpg


Accès image en très grande taille :
http://a7.idata.over-blog.com/2/40/05/64/Marquis-d-anaon/Marquis-T01---Page---01.jpg

Dossier en ligne et téléchargeable :


Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/000113087e1b31c84691d



 
L’intrigue en résumé 

 

 Au XVIIIème siècle,  sur une île au large de la Bretagne. Jean-Baptiste Poulain débarque sur ce coin de terre perdu en pleine mer en tant que précepteur de Nolwen, le fils du Baron de Brac. Ce dernier a si mauvaise réputation que tous les insulaires le surnomment "l'Ogre".

 Mais que se passe-t-il réellement sur cette île où les enfants disparaissent avant d'être retrouvés assassinés, les uns après les autres ? Une malédiction ? Un tueur fou ?

 Cerné par l'océan, traqué par le mal qui rôde, invisible, terrifiant, Jean-Baptiste deviendra celui qui découvrira la vérité : celui que les habitants de l'île nommeront le « Marquis d’Anaon »…

 

 


 

 Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-       Quels sont les titres de la série et de l‘album ? Que dévoile ce dernier sur l’intrigue ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de cet album ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-       Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-       Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : marquis, baron, superstition, légende, ogre.

 

-       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-       Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-       Tentez de trouver des œuvres (romans, bandes dessinées, films) se déroulant sur une ile isolée ou « coupée du monde », en proie à des événements étranges ou inquiétants.

 

 

couverture-2.jpg

Visuel de couverture de la première réédition (novembre 2004).

 



 

Les auteurs du Marquis d’Anaon

  
 Né en 1972 à Mont-de-Marsan (Landes), Fabien Vehlmann débute comme scénariste en participant à un concours organisé par le Journal de Spirou. Depuis 2000, il a su imposer de multiples séries chez plusieurs éditeurs (Green Manor avec D. Bodart en 2001 (Dupuis), Le Marquis d’Anaon en 2002 avec M. Bonhomme (Dargaud), Ian avec R. Meyer en 2003 (Dargaud), Seuls avec B. Gazzotti en 2006 (Dupuis)), n’hésitant pas à travailler dans différents genres tels la comédie, l’anticipation le fantastique. Il inaugure avec Yoann la série Une Aventure de Spirou et Fantasio par… en 2006 avec Les Géants pétrifiés, puis reprend officiellement dès janvier 2009, aux cotés du même dessinateur, les rênes de la série Spirou dont le 51ème album paraitra en 2010.

 
  Matthieu Bonhomme est né à Paris en juin 1973. Il se lancera très vite dans un enseignement artistique dont la finalité sera un BTS d'arts appliqués, obtenu en 1992. Plusieurs rencontres décisives (avec Christian Rossi, Serge Le Tendre, et Jean-Claude Mézières) lui permettent de recevoir de précieux conseils concernant le métier d’auteur sous toutes ses formes. Après divers travaux de presse (BD et illustrations) dans de nombreux magazines tels que Le Journal de Spirou, Je Bouquine ou D-Lire, il réalise ensuite un récit de 46 pages publié dans Okapi en 2000 (Victor et Anaïs, sur un scénario de Jean-Michel Darlot). Une nouvelle rencontre décisive sera celle à l'atelier de la place des Vosges avec Fabien Vehlmann, qui lui écrit Le Marquis d'Anaon, série plus que prometteuse éditée chez Dargaud depuis 2002.
 Matthieu Bonhomme rencontre également le succès avec deux autres séries aux ambiances historiques affirmées : l’épopée maritime du début du XXème  siècle dans Le Voyage d’Estéban (3 albums publiés chez Milan depuis 2005), et la rencontre du Moyen Age et du récit Merveilleux dans Messire Guillaume (3 albums aux Editions Dupuis à partir de 2006 ; scénario de Gwen de Bonneval).

 

 
 La saga du Marquis d’Anaon débute dans les années 1720 : dans chacun des albums, Jean-Baptiste Poulain, fils de marchand et ancien étudiant en médecine, se rend dans les contrées où des phénomènes mystérieux ont été observés ou dans lesquelles des crimes inexplicables ont été commis, tant pour enrichir ses connaissances scientifiques que pour venir en aide aux victimes d'événements qui semblent surnaturels. Esprit cartésien et rationnel, il doit faire face aux habitants de régions reculées dans lesquelles règne l'obscurantisme, et où les situations de crise se traduisent souvent par la persécution des groupes vivant en marge de la collectivité. Les relations avec les aristocrates ne sont pas plus simples qu'avec les gens du peuple, chacune des parties du corps social obéissant à ses propres préjugés.

 À l'instar des Passagers du vent, la série du Marquis d'Anaon recrée le passé sans en trahir la complexité, en présentant au lecteur les aventures d'un personnage légèrement en avance sur les mentalités de son époque. À l'issue de sa première aventure, les paysans de l'île de Brac donnèrent au héros le surnom allégorique de « marquis d'Anaon », autrement dit « le seigneur des âmes en peine ». Le dessin très élégant de Matthieu Bonhomme, son sens aiguisé de la composition des images et des planches, est en parfaite harmonie avec les histoires originales qu'invente pour lui Fabien Vehlmann. Les deux auteurs en profitent, au fil des épisodes, pour revisiter les grands thèmes classiques du surnaturel (sorcellerie, bête du Gévaudan, Hollandais Volant et malédiction des pharaons).

 

 

5 titres sont parus depuis 2002 :

 

-    Tome 1 : L'Ile de Brac (2002) ;

-    Tome 2 : La Vierge noire (2003) ;

-    Tome 3 : La Providence (2004) ;

-    Tome 4 : La Bête (2006) ;

-    Tome 5 : La Chambre de Kheops (2008)

 



couverture-3.jpg

Viseul de couverture de la deuxième réédition (juin 2008).


 

 

Lecture et analyse de la couverture 

  
 La couverture étudiée ici est celle de la première édition de L’Ile de Brac, datant de 2002. Deux versions postérieures illustreront les rééditions successives effectuées en 2004 et 2008. Le nom de la série, assez opaque au premier abord, a cependant le double mérite d’ancrer une conceptualisation historique et littéraire : le seul mot (et titre…) de marquis évoquera l’époque Moderne ou le Siècle des Lumières (XVIIIème siècle), dont on devinera l’importance thématique à la vision du dessin de couverture, où le héros apparait justement entre ombres et lumières. Dans ce « siècle éclairé » (expression datée de 1671) la lumière métaphorique des connaissances - et non l’illumination divine, émanation de l’absolu -  est acquise par l’expérience et l’enseignement du passé. Elle suggère aussi, une vision manichéenne du monde, où l’« homme éclairé » s’oppose à la masse de ceux restés dans les ténèbres. Si la formule a donc bien tant une dimension sociale qu’une dimension spatiale, c’est sous la plume des philosophes que les Lumières vont désigner, par métonymie, les élites européennes ouvertes aux nouveautés : une « République des Lettres » éclairée, fidèle à l’esprit da la Renaissance.

 
 Au sein de cet album, il y a crime, mais nous n’assisterons pas, à proprement parler, à une enquête policière. Celle-ci est pourtant affirmée par les codes couleurs déployés sur le premier plat : le noir, le rouge, le violet et le jaune/vert y désignent à la fois l’univers du Roman Policier celui du Fantastique. Entre revenants et ogre, l’histoire à priori « fantastique » sera habilement détournée par Fabien Velhmann, venu déjouer habilement tous les clichés. Un œil habile distinguera, dans cet éclairage volontairement  expressionniste et dramatique, une mise en scène destinée à perdre littéralement le lecteur : l’ombre portée sur les rochers symbolise à vrai dire ici  la mise en œuvre du célèbre Mythe de la caverne de Platon.  Les postulats sont simples en apparence : le Fantastique - et l’horreur qui l’accompagne - est dans l’ambiguïté de nos perceptions (superstitions ou croyances) qui construisent un semblant de réalité, alors, qu’à l’inverse, l’enquête est une quête dans la triple recherche de la vérité, de la lumière et de l’analyse de soi. Jean-Baptiste Poulain, détenteur de la lumière (porteur de la lampe tempête) est  une action humaine en marche (voir le symbolisme de la couleur révolutionnaire rouge de son vêtement), cherchant la vérité dans l’isolement forcé de l’ile.

 
 On constatera encore, dès le titre, que l’album s’inscrit dans le vaste domaine des aventures littéraires ou cinématographiques qualifiées de robinsonnades, telles Robinson Crusoé (D. Defoe, 1719), L’Ile Mystérieuse (J. Verne, 1874), L’Ile du Docteur Moreau (H.G. Wells, 1894), King Kong (film de M.C. Cooper et E.B. Schoedsack, 1933), ou la série TV Lost (créée en 2004 sur la chaine ABC par J.J. Abrams, D. Lindelof et J. Lieber) : l’aventure est dans l’apprivoisement d’un monde effrayant ou l’isolement est démultiplié (géographique, météorologique, social et moral) et où le danger se glisse entre  ignorance sauvage et savoir scientifique. De ce point de vue, une référence comme l'album d'Hergé L'Ile noire (1938) permet un jeu induit entre réalité ("je" ou "il" ) et néant (le noir, le vide). Ce glissement de sens (perception/intuition/déduction) induit également un va-et-vient spatial et sémantique, dans l’espace déterminé par l’homophonie du mot « île » avec le pronom personnel masculin « il ». L’ile deviendra de fait dans l’album le lieu du déterminisme du personnage central, qui recevra à l’issue de sa quête la reconnaissance nominale de son cheminement personnel : il sera désormais le héraut des « âmes en peine ».

 

 
 Dans cette couverture, in fine, on trouvera l’idée générale d’affrontement entre les éléments : l’Homme seul face au monde environnant, la lumière contre les ténèbres, le minéral opposé au végétal, la réalité et son mystère (brouillard, ombre). L’absence de certains indices (la mer, invisible) ou de certaines explications (la blessure à la tête du héros et son allure débraillée) ouvrent au mystère et à l’indicible. On devinera que le feu, seule source de lumière et seule arme éventuelle dans cette île où règne l’ignorance nocturne, est quant à lui un outil de rédemption, sinon d’éducation. L’ile de Brac, domaine du non-sens et du hasard (de bric et  de broc ?), va se transmuer en une scénographie nouvelle : le comédien entre en scène, soumis à son propre trac et à une traque éternelle de la lecture publique de la vérité, offerte par les textes et leurs savoirs.



 

  couv-integrale.jpg

 

Visuel de couverture de l'intégrale du Marquis d'Anaon (tomes 1 à 3) publiée par Dargaud en 2005.




 

Pistes supplémentaires 

 

 

-       http://www.dargaud.com/front/albums/series/couvertures.aspx?id=231 :  page consacrée à la série sur le site des Editions Dargaud.

 

-       http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=133  : interview des auteurs parue en septembre 2006 (publication du tome 4).

 

-       http://www.planetebd.com/BD/interview-100.html et http://www.fnaclive.com/videos/48736 : interviews des auteurs parue à l’occasion de la publication du tome 5 en 2008.

 

-       http://www.enezsun.com/Legendes/legendes.htm : quelques légendes de l’Ile de Sein…

 

-       http://www.broceliande-pays.com/?Le-repas-des-Anaons : le conte du Repas des Anaons.

 

-       http://www.mairymillustrations.fr/bre4.html : fantôme et anaon.

 

-       http://www.bedetheque.com/serie-16509-BD-Legende-de-la-mort.html : page consacrée à la série La Légende de la mort, publiée chez Soleil depuis 2007. Cette série explore l’œuvre d’Anatole Le Braz, écrivain breton ayant recueilli de nombreux récits au sujet de l’Ankou, personnification de la mort et figure emblématique du pays.

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Dargaud, F.Vehlmann et M. Bonhomme, 2002.



Repost 0
Published by philtomb - dans Déc'ouverte
commenter cet article
22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 11:35

 

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Amours fragiles t.1 :

Le dernier printemps

 

Jean-Michel Beuriot, Denis Bodart et Philippe Richelle

Ed. Casterman, 2001.

 

   


Dossier en ligne et téléchargeable :
 



Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/00011308785a33297e04f


  • L’intrigue en résumé :

 

 1942 : Martin Mahner est un officier de l’armée nazie posté dans le Sud de la France. Il est l’amant d’une “Française”, Catherine, venue s’installer en ex-zone libre avec son mari Xavier Gance, quelques années auparavant. Notre héros narre son histoire…

 1932 à Berlin, dans le décor sinistre de l’Allemagne de la crise et de la montée du nazisme. Mahner est un lycéen brillant, féru de littérature et plutôt timide avec les filles. Son père est sympathisant des SS, quelques uns de ses camarades de classe aussi. Romantique et solitaire, Martin s’inscrit en faux contre les dérives politiques malsaines auxquelles s’abandonne son entourage. Jusqu’au jour où le docteur Braun et sa famille, dont la belle Katarina, viennent s’installer dans la maison d’en face…

 

 

·         Questionnaire pour les élèves :

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-       Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de cet album ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-       Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-       Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : fascisme, nazisme et Parti nazi, S.S. et S.A., République de Weimar, Reichstag et IIIème Reich.

 

-       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-       Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-       Tentez de trouver des œuvres (romans, bandes dessinées, films) se déroulant en Allemagne dans les dernières années de la république de Weimar ou aux débuts du IIIème Reich.

 

 

 

 

 

·         Les auteurs des Amours fragiles :

 

 Avec ces Amours fragiles, Philippe Richelle prouve qu’il est un scénariste avec lequel il faudra dorénavant compter. Né en 1964 à Liège, il a débuté comme dessinateur au sein du Journal de Tintin. Il entre comme auteur chez Casterman en 1995 aux cotés de J.M. Beuriot avec l’album Belle comme la mort. Pour le même éditeur, il publiera notamment ensuite les séries Saga anglaise (de 1998 à 1999, avec Eric Gorski) et Les Coulisses du pouvoir (de 1999 à 2008, avec Jean-yyes Delitte). En 2008 et 2009, il raconte la rafle du Vélodrome d’Hiver (survenue en juillet 1942) dans le diptyque Opération Vent printanier, sur un dessin de Pierre Wachs.


 Né en 1961, Jean-Michel Beuriot découvre les Arts Plastiques puis travaille comme graphiste dans l'édition  en illustrant affiches et couvertures de livres. Il fait ses premiers pas dans la bande dessinée en illustrant des récits complets aux Editions du Lombard. Publié dans (A Suivre), magazine édité par Casterman de 1978 à 1997, il conquiert peu à peu une réputation qui le mène à un premier album chez Glénat en 1992, Rebelle : le bruit des bottes. En collaboration avec Philippe Richelle, il dessine Belle comme la mort (Casterman, 1995), puis la série Amours fragiles.

 

La série des Amours fragiles, débutée en 1997 dans le magazine (A suivre) et prévue sur 8 tomes, évoque la montée du nazisme en Allemagne puis l’entrée dans la Deuxième Guerre mondiale. A travers une histoire d’amour complexe et ambiguë, chaque album se déroule donc dans un contexte historique précis. Chacun permet aussi un double questionnement politique et philosophique sur la nature humaine, aux travers de différents thèmes :

 

Tome 1 : Le dernier printemps (2001) : de 1932 à 1934, la montée du fascisme.

Tome 2 : Un été à Paris (2006) : de 1938 à 1939, l’ambiance culturelle en France.

Tome 3 : Maria (2007) : 1943, l’éveil de l’esprit résistant.

Tome 4 : Katarina (2009) : 1940, le racisme antisémite.

 

 Le premier album, qui fut longtemps imaginé par ses auteurs comme un one-shot, raconte la prise de conscience par l’Allemagne de l’arrivée au pouvoir des Nazis, l’incendie du Reichstag (27-28 février 1933) et les premiers mouvements de foule contre les juifs allemands. Dans cette confrontation du quotidien avec le drame historique, la douce narration graphique contraste avec le surgissement des scènes de violence. Offertes comme autant de tranches de vie, les pages des Amours fragiles voient irrémédiablement se transformer les êtres : les enfants y deviennent des adultes responsables, un peuple se mue en un pays totalitaire. En quelques instants, en quelques souffrances, en quelques crimes et en quelques oublis des valeurs essentielles de l’humanité…

 




Ex- libris offert en accompagnant du tome 1.

 


·         L’Allemagne en crise (1931- 1932) :

 

 L’Allemagne subit de plein fouet dès 1930 les retombées de la crise économique américaine de 1929. Par ailleurs, les clauses du Traité de Versailles (28 juin 1919)  la contraignent à payer de fortes sommes aux pays vainqueurs de la Première Guerre mondiale. Les conséquences sur l’économie sont considérables : la jeune République allemande de Weimar est fortement déstabilisée. Dans le même temps, elle doit faire face à ses dettes, à une inflation galopante et à l’impact de la crise économique mondiale.


 
En janvier 1932, 6 millions  de personnes sont confrontées au chômage et à la pauvreté (les allocations chômage n’existent pas). De nombreux Allemands, se sentant humiliés par le Traité de Versailles (le diktat : la « chose dictée »), nourrissent un fort ressentiment contre la jeune république : la démocratie est en crise.

C‘est dans ce contexte de crise économique, sociale et politique, que le Parti National Socialiste des Travailleurs Allemands (NSDAP ou Parti Nazi), dirigé par Adolf Hitler, remporte les élections en juillet 1932. Avec 37% des voix, le NSDAP est le parti le plus représenté au Parlement.


 
Hitler en profite pour stigmatiser les ennemis de l’extérieur (les Alliés, dont la France et les USA) et ceux de l’intérieur (les sympathisants communistes et les Juifs), qu’il accuse d’être responsables de la défaite et de la crise. Grâce à l’appui des grands patrons de l’industrie allemande, l’influence d’Hitler augmente considérablement. En 1932, il est au deuxième tour des élections présidentielles. Le 30 janvier 1933, il est nommé Chancelier du Reich…

 







Illustrations préparatoires (encre de chine sur papier, par J. M. Beuriot).


 

·         Lecture et analyse de la couverture :

 

L’atmosphère des Amours fragiles est éminemment littéraire : le lecteur percevra dès le titre et le sous-titre de l’œuvre (Le dernier printemps) qu’une période s’achève. Au risque d’un contresens chronologique, on s’avancera à dire que c’est l’épilogue de la Belle Epoque, celles des années d’insouciance ou des temps adolescents. Le personnage, justement cadré en plan rapproché et qui vient occuper tout le centre de la composition, semble venir justifier cette première hypothèse : son regard troublé - voire inquiet - semble chercher une présence rassurante. Le héros (Martin Mahner) semble fuir la menace la plus significative de l’image, à savoir les deux membres de la police ferroviaire (Bahnschutzpolizei) arpentant le quai de gare. La présence des chemises brunes est par ailleurs révélatrice d’un contexte : la couleur des uniformes, arborée dès 1925 par les hommes de la  Sturmabteilung (ou SA, pour Section d'assaut) indique la force d’une organisation paramilitaire omniprésente. Le parti nazi (symbolisé dans le brassard noir et rouge à croix gammée) va bientôt contrôler les allées et venues de tout un chacun, ce que connote le choix de la scène : la gare, lieu de passage par excellence, va devenir une arme totalitaire. Le héros pressent-il déjà que vont succéder aux sourires et adieux  des voyageurs les dramatiques « trains de la mort », ceux de la déportation des opposants politiques et des Juifs,  à destination des camps de concentration et d’extermination ?

 

 Dans le visuel de couverture (dessiné par Denis Bodart), tout de fait apparaitra comme instable, fragile, en bascule, chaque élément étant placé en diagonale ou sur une ligne de fuite : des hommes et des femmes se quittent, mais se retrouveront-ils ? Martin Mahner lui-même, personnage présenté comme aryen puisque blond aux yeux bleus, est au bord de l’indécision : doit-il partir ou revenir, adopter le chemin (politique et culturel) de la Gauche ou de la Droite (son attitude centrale étant la garantie de sa propre neutralité), s’échapper ou se laisser rattraper par une Histoire inéluctable qui l’impliquera au-delà du champ de la raison ?

 

 Le Dernier printemps en bout de quais, c’est la métaphore de la vie qui file, entre étapes et terminus ; une existence ou une conscience qui déraille aussi, notamment lorsque personne n’a prêté attention au mot pourtant soufflé par les lieux : « Gare… » à vous, car le Destin vous entraine déjà !

 

 

·         Pistes supplémentaires :

 

-       http://bd.casterman.com/catalogues_list.cfm?CategID=1602&OwnerID=1525 :  page consacrée à la série Amours fragiles sur le site des Editions Casterman.

 

-       http://amoursfragiles.blogspot.com/2009/05/ebauches-de-la-couverture-du-t4.html 

http://amoursfragiles.blogspot.com/2009/05/conception-de-la-couverture-du-t4.html

http://amoursfragiles.blogspot.com/2009/05/projet-qui-se-materialise.html

Recherches et visuels de couverture pour Amours fragiles t.4 : Katarina (2009).

 

-       http://amoursfragiles.blogspot.com/  : le site officiel des auteurs.

-       http://www.actuabd.com/Amours-fragiles-saga-des-temps-obscurs-du-nazisme : interview des auteurs parue à l’occasion de la publication du tome 4 en septembre 2009.

 

-       http://resistanceallemande.online.fr/montee.htm : chronologie de la montée au pouvoir du nazisme.

 

-       http://icp.ge.ch/po/cliotexte/annees-20-30-crises-totalitarisme/nazisme.hitler.1933.html : corpus de textes évoquant l’arrivée au pouvoir du parti nazi et son idéologie.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Casterman, D. Bodart, Ph. Richelle et J M. Beuriot, 2001.

 

Repost 0
Published by philtomb - dans Déc'ouverte
commenter cet article
15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 10:23

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Tramp t.9 :

Le Trésor du Tonkin

 

Jean-Charles Kraehn et Patrick Jusseaume,

Ed. Dargaud, 2009.

 

couv-def.jpg

 Dossier en ligne et téléchargeable :

 
Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/000113087c9b295ce526e


·         L’intrigue en résumé :

 

 Cochinchine, années 1950. Après avoir retrouvé la tombe de son père, le capitaine de marine Yann Calec découvre que celui-ci à décidément laissé derrière lui un passé agité. Militaire aventurier plutôt en marge des autorités, il a été impliqué dans une sombre histoire d’or détourné. Calec, déterminé à éclaircir l’affaire, découvre alors l’ancienne maitresse (une congaï) de son père… ainsi que son demi-frère ! Mais le trésor attise bien des convoitises,  en particulier celle des Durand, deux frères de la Sûreté militaire, authentiques « ripoux » prêts à tout pour le retrouver….

 

 

·         Questionnaire pour les élèves :

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-       Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de cet album ? Que suggère l’accroche de la série, située en bas de la couverture ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-       Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-       Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : Indochine et Guerre d’Indochine, Tonkin, Viêt Minh, concubine, caoutchouc et latex.

 

-       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-       Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-       Tentez de trouver des œuvres (romans, bandes dessinées, films) se déroulant en Indochine ou pendant la Guerre indochinoise. Retracez également en quelques lignes la biographie de Marguerite Duras en évoquant son enfance coloniale.

 

 

 

·         Les auteurs de Tramp :

 

 Patrick Jusseaume, né en octobre 1951 à Abidjan (Côte-d’Ivoire) et diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Rouen, s’oriente tout d’abord vers l’Éducation nationale où il enseigne le dessin pendant plusieurs années. Il effectue ses véritables débuts en 1985, dans les pages du magazine Vécu édité par Glénat. Alors que le dessinateur-scénariste breton Jean-Charles Kraehn (Bout d'homme (Glénat) et Le Ruistre (Glénat) ; auteur de Gil St André (Glénat) et de Myrkos (Dargaud)) lui propose de reprendre le dessin de la série médiévale Les Aigles Décapitées (initialement créée avec Patrice Pellerin chez Glénat), Patrick Jusseaume opte ppur unchoix plus personnel : Kraehn lui écrit ainsi le premier tome d'un nouveau polar maritime…

 

 C’est en 1991 que débute la saga maritime Tramp. Réclamant une importante documentation, le premier album (intitulé Le Piège) ne paraîtra que deux ans plus tard. En 2001, après avoir dessiné les quatre tomes du premier cycle de Tramp, Patrick Jusseaume entame La Route de Pointe-Noire, premier volet d’un diptyque « africain » qui sera suivi par La Piste de Kibangou. En 2003, le dessinateur part au Vietnam avec J.C. Kraehn et le scénariste Serge Le Tendre en vue de dessiner Mission Vietnam, un carnet de voyage réalisé pour une association humanitaire et publié par Glénat. En 2005, avec Escale dans le passé, Patrick Jusseaume se lance dans le dessin du troisième cycle des aventures maritimes et exotiques de Yann Calec. Ce cycle « asiatique » s’achève en 2009 avec Le Trésor du Tonkin.

 

 

planche-5-mise-couleurs.jpg

Encrage et couleurs de la planche 5 du tome 9 par P. Jusseaume (Dargaud, 2009).

 

·         L’Indochine française et la guerre :

 

 Le Tonkin désigne la partie la plus septentrionale du Viêt Nam, aux frontières de la Chine (au nord), du Laos (à l’ouest) et du Golfe du Tonkin (à l’est). Depuis sa victoire décisive sur la Chine en 1885, la France contrôle un vaste territoire rassemblant l’Annam (centre du Viêt Nam), le Tonkin (ayant pour « capitale » la ville d’Hanoï), la Cochinchine (delta du fleuve Mékong, au sud du pays), le Laos et le Cambodge : cet ensemble est nommé Indochine française. La population coloniale française n’y dépassera guère les 34 000 individus, pour plus de 18 millions d’habitants dans les années 1950. Les richesses et minerais exploitables (zinc, charbon, étain) y sont multiples : impôts et taxes diverses enrichissent directement l’administration de la métropole, qui contrôle également les monopoles du sel, de l’alcool de riz et de l’opium. La production du caoutchouc (plantation et culture de l’hévea) est favorisée par l’essor de la production automobile européenne : les exportations de caoutchouc représenteront en 1940 le quart des exportations de la péninsule. Par la suite, le recours aux produits régénérés ou synthétiques, puis la guerre, entraveront cette industrie.

 

 De 1941 à 1945, la France de Vichy collabore un temps avec l’occupant japonais en Indochine : en mars 1945, toutefois, le Japon attaquera par surprise les bases françaises. Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Chine et Angleterre se partagent les anciennes possessions françaises. En 1946, sous l’impulsion du général De Gaulle, la France restaure son autorité : le Laos et le Cambodge parviennent à faire reconnaître leur souveraineté en douceur. Il n'en va pas de même au Viêt Nam, enjeu stratégique et économique d'une tout autre importance où le Viêt Minh et d'autres groupes indépendantistes cherchent par ailleurs à établir leur autorité sur le pays.

 

 Le Viêt Minh (Ligue pour l’indépendance du Viêt Nam) est une organisation politique et paramilitaire vietnamienne créée en 1941 par le Parti Communiste indochinois : ce mouvement est dirigé conjointement par Hô Chi Minh (chef politique) et le général Võ Nguyên Giáp. Il reçoit aussi un soutien moral considérable des mouvements communistes et anticolonialistes du monde entier, y compris de France, où le Parti communiste français (plus de 20% de l'électorat à l'époque) fait campagne contre la « sale guerre ». Les actes de guérilla effectués par les combattants, favorisés par les reliefs montagneux et la forêt tropicale, sapent le moral des troupes françaises qui se dispersent dans la traque d’un ennemi insaisissable, très bien renseigné par les populations locales. De 1946 à 1954, les troupes françaises, de fait, échoueront à protéger - outre leurs propres bases - à la fois les axes de communication, les installations économiques (notamment les plantations d’hévéas) et la population des campagnes.

 

 En mai 1954, c’est au nord du pays que se jouent les dernières heures de l’Indochine française. Le 20 novembre 1953, les parachutistes français s’emparent de la base de  Diên Biên Phu (défendue par un faible contingent Viêt Minh) afin de l’utiliser comme point de fixation en vue d’une bataille rangée conte l’ennemi. Mais le Viet Minh déjoue la surveillance aérienne française en faisant passer hommes et matériels par des pistes invisibles sous les arbres, sur des véhicules bricolés avec des carcasses de vélos. Le creusement d'abris souterrains lui permet d'échapper aux bombardements aériens. Les premières vagues d'assaut (50 000 hommes du général Nguyen Vo Giap contre 11 000 soldats français) mettent l'ensemble du camp à la portée de la puissante artillerie (d'origine chinoise) amenée à pied d'œuvre par le Viet Minh. La piste d'atterrissage devenue inutilisable, la garnison française n'est plus ravitaillée que par des parachutages dramatiquement insuffisants. Le 7 mai 1954, après deux mois de résistance acharnée, la base de Diên Biên Phu tombe…

 

Le Président du conseil, Pierre Mendès France, entérine le retrait français en signant finalement les Accords de Genève le 21 juillet 1954. Le Viêt Nam est scindé en deux parties à partir du 17e parallèle : au nord, la République démocratique du Viêt Nam (communiste) et au sud un Viêt Nam pro-occidental. Par la suite, l’indépendance du Viêt Nam (divisé en deux parties), du Laos et du Cambodge sera reconnue. Le pays se réunifiera en 1976 en une République socialiste du Viêt Nam, ayant Hanoï pour capitale.

 

 

couve-01.jpg
couve-02.jpg

Dessins de recherche conceptuelle pour la couverture du tome 9.


 

·         Lecture et analyse de la couverture :

 

Couramment utilisé, l’anglicisme tramp désigne à la fois un vagabond et un navire chargé d’effectuer du transport maritime à la demande, en dehors de toute affectation à une ligne régulière. En choisissant de baptiser leur série (et non leur héros…) de ce sobriquet, Jean-Charles Kraehn et Patrick Jusseaume ont signifié à mots couverts aux lecteurs férus de termes marins un embarquement vers l’Aventure de type « serial ». Si Tramp est un « thriller maritime », c’est aussi, de par son ancrage dans les années 1950 et l’histoire coloniale d’après-guerre, une piste vers la découverte de situations archétypales : sur fond de troubles politiques et de trafics en tous genres, marines marchandes et militaires tentent de se frayer des débouchés dans tous les milieux.



Escale-dans-le-pass-.jpg

 

 En découvrant la couverture de Le Trésor du Tonkin, les habitués de la série trouveront une filiation certaine avec le visuel de l’opus n° 7 de la série : Escale dans le passé, déjà, montrait le capitaine Calec assis sur une caisse d’explosifs et tenant une photographie à la main, tandis qu’une jonque indochinoise surgissait dans un ciel rougeoyant. Parti enquêté doublement sur les traces du fils (signalé disparu) d’un proche voisin et sur celles de son père à Saïgon, Calec réveille et dérange les fantômes de son propre passé. Dans Le Trésor du Tonkin, le danger semble plus présent, mais Calec sans doute moins seul ; son appui nonchalant sur la caisse d’explosifs semble en effet traduire une certaine maitrise des événements, au-delà de la situation insurrectionnelle du pays.  La lettre et la photographie agissent comme une double indication cognitive : elles nous signalent que le héros a réuni plusieurs preuves et indices en rapport avec les identités recherchées. Elles connotent un lien préservé entre passé et présent : Calec, parti à la recherche du passé, traverse l’histoire au présent. Entre écrit et image, la Bande Dessinée selon Kraehn et Jusseaume illustre un itinéraire littéraire qui est fondamentalement le sien… sinon le leur ! 

 L’autre élément essentiel de ce cycle asiatique, c’est en effet la présence fantomatique du père. Comme si la réalité rejoignait la fiction, Jean-Charles Kraehn avoue : « Georges Kraehn, mon père, a fait l’Indochine à l’époque où il s’était engagé dans la Légion étrangère. Sans doute par désœuvrement. Il avait besoin de s’engager, besoin d’action, d’aventure, loin de chez lui. Il ne m’a pas tout raconté. Mais un jour il m’a confié : « J’ai vu des horreurs et j’ai vécu des horreurs. ». Il m’a également dit : « Au bout de quelques mois, tu ne te bats plus pour le drapeau, tu te bats pour les copains ! ».

 De leur reportage en commun au Vietnam en 2002, Patrick Jusseaume précisera : « Nous sommes restés trois semaines seulement. Mais cela a suffi. Nous nous sommes promenés à Hanoï la nuit... Comment oublier cette moiteur ? Cette palette d’ocres, et puis le vert des rizières... C’est ça le Vietnam ! » .

(Extraits d’une interview pour Le Figaro, par O. Delcroix, novembre 2007)




crayonn--et-encrage.jpg

couve_net03-couleur.jpg

Crayonné et illustration finale pour le visuel de couverture :

(Clic ici pour une visualisation en grande taille :
 http://a21.idata.over-blog.com/2/40/05/64/Tramp/couve_net03-couleur.jpg )

 P. Jusseaume :  "il y a deux recherches, mais trop anecdotiques à mon goût (cf. visuels plus haut). En fait j'essayais plutôt une ambiance. Ce qui m'apparaît intéressant au final, c'est de retrouver les éléments de la couverture du 1er album de ce cycle. Calec a tout en main, plus une lettre qui est censée donner le pourquoi de tout ça. La jungle donne une indication quant au décor principal du dénouement. Le vieux Citroën apporte par sa silhouette une époque ...  Calec est dans un premier temps assis sur des explosifs, puis accoudé à ces mêmes caisses. Ce qui, disons-le, n'est pas très confortable comme position. Mais exprime peut-être mieux les dangers de cette situation peu commune ?
 Le choix du titre : "il est court et résume  l'aventure et le lieu, Tonkin est un joli mot évoquant le voyage dépaysant vers l'Asie des anciennes colonies."



La piste du trésor du Tonkin contenue dans le titre est une surreprésentation de l’univers aventureux de la série : outre la chasse au trésor et les multiples questions afférentes (ce butin, quel est-il ? Existe-t-il ? Par qui est-il convoité ?), le lecteur s’interrogera sur sa connaissance des lieux et du contexte (pourquoi Calec, dont les habits en coton symbolisent le colon blanc français, est-il protégé par des combattants locaux, dont une femme ?). La présence d’une jungle luxuriante et humide, le camion Citroën (U23) et la caisse d’explosif renvoient au Salaire de la peur, roman de Georges Arnaud porté au cinéma par Henri-Georges Clouzot en 1953. Si le marin Calec semble bien éloigné de son élément naturel, on pourra constater que l’humidité signifiée par une frondaison verdoyante aux tonalités de jade (symbole du pouvoir absolu impérial selon la symbolique  orientale) suggère que le héros agit encore une fois dans un univers relativement maitrisé. La lecture graphique littérale, de gauche à droite, indiquera la progression scénaristique : Calec quitte une situation explosive (partie gauche) pour affronter son destin (« guetté » en hors champ), dans une situation suspensive où tout peut néanmoins arrivé… Le héros, visiblement flegmatique, a acquis un don nouveau : la patience de la sagesse orientale. Le Trésor du Tonkin peut attendre, le temps sans doute, de se remémorer quelques paroles aigres-douces de La Petite Tonkinoise chantonnée par Joséphine Baker dès 1930…




·         Pistes supplémentaires :

 

 

-      http://www.dargaud.com/front/albums/series/couvertures.aspx?id=205  http://www.dargaud.com/front/albums/album.aspx?id=3936 :

pages consacrées à la série Tramp et à l’album n°9 sur le site des Editions Dargaud.

 

-        http://www.jusseaume.fr/ : le site officiel de P. Jusseaume (nombreux dossiers et documents).

 

-       http://boutique.momiefolie.com/tramp_t09__p29336.html : interview vidéo de P. Jusseaume.

 

-       http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=177 : interview de Kraehn et Jusseaume sur la réalisation de Tramp.

 

-       http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19540721 : dossiers et photos sur la Guerre d’Indochine.

 

-       http://www.atlas-historique.net/1945-1989/cartes/IndochineGuerre.html : cartes de la Guerre d’Indochine.

 

-       http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Petite_Tonkinoise : paroles de la chanson.

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions DARGAUD, J.C Kraehn et P. Jusseaume, 2009.

Repost 0
Published by philtomb - dans Déc'ouverte
commenter cet article
27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 08:58

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Il y a

un   SORCIER

à Champignac

 

Franquin et Henri Gillain,

Ed. Dupuis, 1951.

 

 

 


 
Afficher image en très grande taille :
http://a7.idata.over-blog.com/2/40/05/64/Il-y-a-un-sorcier---Champignac/01.jpg

 

Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/v6T439hE5



 L’intrigue en résumé :

 

Spirou et Fantasio prennent la décision d’aller camper près du village de Champignac-en-Cambrousse. Dès leur arrivée, ils sont confrontés à des évènements étranges et inquiétants : les animaux se métamorphosent, le lait devient soudainement imbuvable et un vagabond est bientôt accusé de sorcellerie par les habitants de la commune et son maire. A proximité, nos héros rencontrent un châtelain original : le comte de Champignac, qui mène au cœur de son domaine des expériences scientifiques extraordinaires…

 

 


 Questionnaire pour les élèves :


La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 


NIVEAU 1

 

-  Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-   Quel semble être le sujet principal de cet album ? Que suggère l’accroche de la série, située en bas de la couverture ?

 

-   Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-   Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-  Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-  Cherchez la définition des termes suivants : cambrousse, sorcier, alchimiste, bohémien, tsigane.

 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-  Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-  Tentez de trouver des œuvres (romans, films, etc.) mettant en opposition le Savoir et l’Ignorance, la Culture et la Nature.

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 
Le personnage de Spirou fut imaginé par Robert Velter (dit Rob-Vel) pour le lancement d’un nouveau périodique jeunesse, imaginé dès 1937 et lancé le 21 avril 1938 : le Journal de Spirou. Le héros (dont le nom wallon signifie écureuil ou enfant espiègle) vivra alternativement ses premières aventures, durant des années de guerre mouvementées, sous la plume de plusieurs auteurs, dont le dessinateur Joseph Gillain (dit Jijé) en 1940 et 1943, puis André Franquin dès 1946. Ce dernier, prenant en charge officiellement la série à partir de 1947, révolutionnera le graphisme et l’univers de ces personnages devenus emblématiques du style rond, humoristique et dynamique de l’Ecole de Marcinelle (réunion d’auteurs publiés par les Editions Dupuis, comme Roba, Peyo, Morris et Will).

 


 
Il y a un sorcier à Champignac constitue la première grande aventure de Spirou et Fantasio, et l’accroche visible en couverture se charge de mentionner ce fait nouveau, sans négliger une part de suspense, sinon de mystère. La typographie choisie pour ce bandeau oblique en noir et blanc résonne comme celle d’une affiche de film noir, genre alors extrêmement populaire dans les années 1950 (cf. des films comme Le Troisième homme (C. Reed - 1950) et Quand la ville dort (J. Huston - 1950)). Le mystère constitue de fait l’architecture thématique et graphique mise en place par le jeune auteur qu’est alors Franquin, ce dernier n’hésitant pas à faire appel à des scénaristes plus confirmés, quitte à retravailler ensuite l’histoire à sa guise.

 Le scénario de l’album est ici écrit par un certain Jean Darc (en réalité Henri Gillain, instituteur et frère du dessinateur Jijé) qui s’inspirera de son village natal situé au Luxembourg pour imaginer son Champignac, tandis que Franquin prendra comme modèle le château de Skeuvre à Natoye (province de Namur, en Belgique) pour dessiner le manoir du comte.

 



Le chateau de Skeuvre, inspirateur de celui du comte de Champignac
©Jean-Pol Grandmont


 
Ce qui frappe immédiatement le lecteur à la lecture du titre et de l’illustration, c’est le croisement des genres littéraires que supposent à la fois une phrase sonnant comme un constat ou un coup de tonnerre stupéfait (Il y a…) et le surgissement d’une interrogation dubitative : finalement, y a-t-il oui ou non présence d’un sorcier dans cette commune rurale (la cambrousse, figure « ironique » de la campagne) paisible et isolée ? Le point d’interrogation sous-jacent est présent mais ne figure pas dans le titre, alors qu’il vient désigner les héros comme principaux acteurs « théâtraux » d’une intrigue où tout le monde peut être le coupable idéal. Rappelons que dans ce lieu clos (Champignac), à l’atmosphère déjà digne des œuvres d’Agatha Christie ou d’Alfred Hitchcock, les lecteurs du Journal de Spirou voient apparaitre une galerie de personnages totalement inconnus mais répondant aux archétypes en vigueur : le romanichel à l’aspect fielleux, le savant âgé et dédaigneux et le notable à la présence juridique ou politique discutable, perpétuellement en retard sur les évènements.

 


Spirou et Fantasio (accompagnés de l’écureuil Spip) occupant de manière inquiète le centre de la composition, on ne manquera pas de diviser la couverture en deux zones distinctes : l’instinct et la mobilité pour la partie gauche (la fougue du héros, le tsigane et sa roulotte, l’arbre comme témoin de la Nature), la sédentarité et la réflexion pour la partie droite (Fantasio est journaliste ; le savant et le maire ; le château et le domaine). Des éléments perturbateurs ou des effets miroirs vont et viennent entre ces deux hémisphères : l’arbre et la végétation du parc, la roulotte et le château, le « sorcier » supposé (le romanichel) et son « œuvre » (un cochon victime d’une mutation), ainsi que l’arrière plan jaunâtre (signe d’un climat orageux ou de la présence silencieuse d’un gaz) trouvent d’étranges échos. Ces différents éléments, emblématiques du Fantastique, de la Science-fiction et du Policier, seront repris par d’autres auteurs, comme en témoigne la couverture de l’album La Marque jaune, réalisée par E.P. Jacobs en 1956.
 

 


 
Témoins discrets du récit policier de type whodunit, les indices balisent la couverture : le titre suggère la piste erronée puisque, outre la mention et la présence du paranormal, on s’en référera à la subtile alchimie entre le visible et l’invisible ici mis en scène. Est donc invisible le village de Champignac, qui semble se réduire à son maire interloqué et aux toits d’un château digne de Dracula ou d’un quelconque antre du Mal (présence de corbeaux ou de chauve-souris ?). Est à l’inverse visible la cause la plus directe des perturbations surnaturelles, puisque les étranges couleurs du cochon se retrouvent sur quelques-uns des nombreux champignons situés aux pieds des héros. La seule sorcellerie « champignacienne » réside en une consistance et un savant dosage interne : Champignac, c’est la marque (sinon la résultante chimique) du champignon, et seul un mycologue confirmé a pu en tirer ses propres expérimentations, ceci à l’abri des regards extérieurs. Le comte, habillé d’une blouse de laboratoire, est donc bien le seul coupable logique, d’autant plus qu’il tient à la main ses bésicles : il détient le moyen de voir, et donc de connaitre la vérité.  Il est, dans la troublante instantanéité figée du visuel de couverture,  le seul à disposer du Savoir.

 


 
La couverture dit tout des clés de l’expression de son auteur : soit encore, comme la série Spirou et Fantasio le montrera par la suite à de multiples reprises, une belle prise de position humaniste et pacifique de Franquin. C’est en effet, dans une ère où l’Europe et le monde, à peine surgis de la guerre et de la peur de la destruction atomique, ont replongé dans la paranoïa de la Guerre Froide, un signal fort adressé aux lecteurs de tous âges contre l’ignorance et les progrès dévoyés de la Science.

 


 

 


 
La couverture originelle, réalisée par Franquin lors de la 1ère édition (1951), fut entièrement redessinée en 1971 (4ème édition : voir couverture proposée pour ce dossier) : l'album s'inscrit dorénavant comme 2ème titre officiel de la série, et chaque personnage ou détail est sensiblement différent, à l'instar du point d'interrogation au trait épaissi et à la couleur retouchée.

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

 

-       http://www.dupuis.com/catalogue/FR/s/124/spirou_et_fantasio.html : page consacrée à la série Spirou et Fantasio sur le site des Editions Dupuis.

 

-       http://www.franquin.com/spirou_fantasio/index_spirou.php : le site officiel de Franquin (nombreux dossiers et documents).

 

-       http://www.spirou.com/spirou/albums/02/index.htm : site officiel de la série et présentation de l’album Il y a un sorcier à Champignac.

 

-       http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_compl%C3%A8te_des_histoires_de_Spirou_et_Fantasio : chronologie complète des différentes Aventures de Spirou et Fantasio.

 

-       http://www.roue-libre.be/article.php3?id_article=73 : du Château de Skeuvre à celui de Champignac, en quelques cases  et photos.

 

-       http://pagesperso-orange.fr/tout.spirou/ : pour tout savoir de l’histoire, des auteurs, séries et rubriques du  Journal de Spirou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.


Images toutes ©Editions Dupuis et Franquin, 1951.

Repost 0
Published by philtomb - dans Couverture Mythique
commenter cet article
17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 09:31

 Rendre compte du travail des auteurs n'est jamais une chose aisée : l'écriture préparatoire et les diverses étapes de travail effectuées en amont de la réalisation graphique de l'album sont souvent ignorées du grand public ...

  Lors de l'ouverture de ce blog, l'élaboration du 1er dossier (consacré au tome 1 de la série Jason Brice) fut rendue possible grâce à la participation amicale du scénariste Alcante et du dessinateur Milan Jovanovic. Aujourd"hui, et par un juste retour des choses, nous levons un voile sur la création du tome 2 de la série (Ce qui est caché), dont la sortie est prévue pour le 30 octobre 2009.





Extrait de Jason Brice t.2 (2009).



 Alcante répond ici à quelques questions concernant sa conception du travail scénaristique :


 
Commençons par le début : quelle est l'origine de Jason Brice ? D'où provient son nom ? Les éléments descriptifs du personnage sortent-ils de ton imagination ou d'une personne croisée dans la rue, un ami ?

 D'où sort Jason Brice ? Son nom sort de mon imagination, je voulais quelque chose qui sonne bien. J'aime bien "Jason" car ça a un petit côté mythologique. "Brice" vient de "Brice Canyon" (un bien bel endroit). Evidemment il fallait aussi une consonnance british. Pour le physique, on s'est inspiré de l'acteur Daniel Craig. Quand j'ai commencé la série, j'ai écrit une biographie de 4 pages sur Jason, en tenant compte des évenements réels qui se sont déroulés durant sa vie (par exemple la Première Guerre mondiale, le conflit anglo-irlandais, ... ). Je voulais que son passé soit cohérent avec ce qu'on voit de Jason dans l'histoire, comme par exemple le fait qu'il ne parle pas beaucoup.

 Quand je présente l'histoire à un dessinateur, outre mes indications qui figurent dans le scénario, je lui indique où il peut trouver des éléments qui pouront le cas échéant l'inspirer (sites internets, livres, films, ...). Parfois je lui donne carrément une photo bien spécifique (par exemple pour la voiture de Jason, ou même son revolver).



 L'une des tes sources d'inspiration avérée est le film Angel Heart (Alan Parker, 1987). Dans ce dernier, Harry Angel enquête sur lui-même et sur sa propre disparition. Est-ce mélange de Fantastique et de Policier qui constitue le coeur de tes références ?

  Angel Heart est en fait une référence parmi d'autres. Je citerai aussi le manga Monster, la série télé Lost et le jeu de rôles L'Appel de Cthulhu. Je n'ai évidemment pas fait de copier-coller direct de ces univers, sinon ça n'a pas vraiment d'intérêt. Par rapport à Angel Heart, je voulais aussi reprendre l'aspect "plongée progressive en enfer", et avoir un fantastique quasi inexistant au départ, puis de plus en plus présent...



 Dans ton scénario, écris-tu l'intégralité des éléments que tu veux voir apparaître sur chaque planche (type de bâtiments,  éléments du mobilier,  vêtements, ... ) ou laisses-tu Milan Jovanovic improviser ?


 En fait, je suis relativement succint dans mes descriptions (quoique...) : je décris en quelques lignes ce qu'il faut voir dans la case ; si un élément du décor joue un rôle important, je vais bien sûr demander explicitement au dessinateur de le dessiner, mais sinon je peux simplement indiquer quelque chose du style "cette scène se passe dans un bar enfumé, le soir" et Milan fait le reste. Mais, en règle générale, j'envoie aussi beaucoup de documentation au dessinateur, car moi même j'ai du en chercher pour écrire mon scénario.




A titre d'exemple, pour la case ci-dessus avec le phare (qui est extraite... du tome 3 en préparation !), voici la description qui figure dans mon scénario :

=======================
4°) Grande case. Vue d’ensemble sur un phare situé en mer (et non sur la côte).  Nous sommes en fin de journée, mais le soleil ne s’est pas encore couché – il commence juste à faire un peu sombre. La mer est plutôt agitée sans qu’on puisse cependant parler de tempête. Quelques grosses vagues s’éclatent sur la base du phare. Un petit bateau y a accosté. Deux marins sont en train de l’arrimer solidement. Un troisième homme en costume passe sur le phare, où il est accueilli par le Gardien du phare, en uniforme noir.
Légende : Un quart de siècle plus tôt, en 1895, au large des côtes anglaises.
Gardien : Alors comme ça, c’est vous l’inspecteur !?
Inspecteur : Oui, bonsoir.
====================

et en plus de ça, j'avais mis en note de bas de page :
========================
Je suggère le phare « Needles Lighthouse » mais d’autres peuvent tout aussi bien convenir. Tu peux en trouver facilement sur Internet, notamment sur
http://www.trinityhouse.co.uk/interacti ... index.html

- Choisis celui qui te plaît le plus ! Seule indication à respecter : ce phare ne doit être accessible qu’en bateau. Autres phares intéressants : Wolf Rock, Bishop Rock, Smalls Lighthouse, Bell Rock, Skerries Lighthouse…
======================

Partant de là, Milan a fait un "mix" entre le phare Needles et un autre figurant sur le site que je lui ai mentionné...



 Internet aide aujourd"hui à trouver plus rapidement un lieu, une information. Mais la trame de l'histoire est influencée certainement par des lectures ou un environnement. Peux-tu en parler ?


En fait, Milan et moi sommes tous les deux des acharnés de la documentation.

Dans le dossier de présentation envoyé chez Dupuis et à Milan par la suite, j'avais notamment indiqué ceci :

1°) Les films suivants se déroulent (au moins en partie) à Londres dans les années 1920 ou dans une époque relativement proche.

- The Lodger (Les Cheveux  d'or) d’Alfred Hitchcock (filmé en 1926) ;
- Finding Neverland (Marc Forster, 2004)  qui se passe en 1904 ;
- Fairy Tale (Ch. Sturridge, 1997) : un film sur l’affaire des fées photographiées à Cottingley en 1917 ;
- Chambre avec vue (James Ivory, 1986) ;
- Nombreux films ou téléfilms tirés de l’œuvre d’Agatha Christie ;
- The Wings of the Dove (Ian Softley, 1997)
- Titanic (James Cameron, 1997) qui se passe en 1912 ;
- Howards End (James Ivory, 1992)

2°) Internet

-
http://www.fashion-era.com/1920s_life_b ... e_wars.htm : ce site donne une bonne vue d’ensemble sur la vie sociale en Grande Bretagne entre les deux guerres, et contient de nombreuses photos de mode féminine de l’époque.

-
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_Londres

- http://www.museumoflondon.org.uk/ : (section « sales / picture library ») ce site contient une galerie de photos dont 162 se rapportent à la période 1910-1930

-
http://www.markreubengallery.com/london.html : quelques photos des années 1920 et 30.

-
http://www.archive.org/details/SeeingLo1920  : il y a moyen de télécharger un film datant de 1920 avec diverses vues de Londres.

J'ai aussi acheté le livre "London Yesterday" (
http://www.amazon.com/London-Yesterday- ... 3927258687) qui contient de nombreuses photos d'époque, que j'ai entièrement photocopiées et envoyées à Milan...





En ce qui concerne par exemple la première page du tome 1, comment as-tu décris cette rue de Londres ? Et ce salon ?

Pour la première planche du T1, même principe que ci-dessus... En voici le découpage :

Case 1. Grande case. Vue d’ensemble sur une rue typique du Londres de 1920, à la tombée de la nuit. Quelques personnes se hâtent de rentrer chez elles – 2 hommes en costume noir et pantalon rayés, avec des chapeaux feutres ; et quelques ouvriers en tenue plus simples avec une casquette. On voit également une voiture d’époque, et un gardien de nuit qui allume une lampe à gaz. Il y a une légère bruine. A l’arrière-plan, quelques immeubles d’habitation donnent sur une petite rue perpendiculaire. Une lumière rougeoyante se dégage d’une fenêtre aux rideaux fermés, à l’étage d’un de ces immeubles. Une voix sort de là.

Voix : A travers les portails invisibles qui nous séparent…
Par le pouvoir surgissant des mots que je prononce…


Case 2. L’intérieur de la pièce. Il fait sombre, le seul éclairage provenant de deux grandes bougies posées sur une cheminée. Quatre personnes sont assises autour d’une table ronde :
- une vieille dame d’environ septante ans (AGATHA), habillée d’un chemisier blanc ;
- trois hommes âgés entre 30 et 40 ans :
o un personnage habillé tout en noir (le MÉDIUM), au look quelque peu détonnant (grosse chaîne en or, bagues,…).
o Son ACOLYTE, plus jeune, l’air quelque peu efféminé, en chemise blanche.
o JASON BRICE, notre héros, en costume gris.
Un plateau ouija est posé sur la table, entre eux. Divers objets plutôt angoissants sont éparpillés dans la pièce: un renard empaillé qui a les babines retroussées, comme s’il grognait, des statues de divinités hindoues / indonésiennes (notamment une de Garuda), une grande icône orthodoxe, une boule en cristal, un bocal en verre contenant un serpent dans du formol, un grand crucifix…

Médium 1: …Mr Walden, nous vous invoquons…

Médium 2: Si vous nous entendez, veuillez vous manifester, je vous prie….


Case 3. Agatha, la petite vieille, inquiète, tremblante, elle serre contre elle une photo de son mari (dans un cadre). Jason Brice est assis à côté d’elle, il lui tient doucement la main.

Médium : Votre épouse et votre neveu sont ici…

Acolyte : Je…Je sens…


Case 4. A l’avant-plan, les flammes des bougies deviennent soudain énormes (FFFFRRRR), projetant des ombres inquiétantes sur les murs. Les quatre personnes se retournent vers les flammes ! (Les flammes reprendront leur taille normale quelques cases plus loin)
Acolyte : …sa… présence !!!

Agatha : AaaaHH !





Ci-dessous : recherches de couvertures et maquette finale.

















Image en grand format : http://accel21.mettre-put-idata.over-blog.com/2/40/05/64/Jason-Brice-2/couv_j10.jpg



Un mot de conclusion, en rapport avec la réalisation de cette deuxième couverture ?


Oui, la couverture est belle hein !? Et très détaillée, comme de coutume avec Milan !

 Pour le titre, on a beaucoup hésité en fait. Le titre original était Le pacte des démons, puis on a eu une autre idée : Ce qui est caché. Jusqu'au dernier moment j'ai hésité, je penchais même plutôt pour Le pacte des démons mais Milan et l'éditeur préféraient le deuxième titre et je me suis rendu à leur avis.
 Vous me direz quel titre serait le meilleur une fois que vous aurez lu l'album...




Toutes les images sont ©Editions Dupuis, Alcante et Jovanovic - 2009.

Repost 0
21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 13:00

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

Carnets    d’Orient

t.10 : Terre fatale

 

Jacques Ferrandez,

Ed. Casterman, 2009.

 

 


 
Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/bhsaa756I


·     L’intrigue en résumé :

 

 1960. Resté à Alger, Octave doit retrouver Samia, qui a disparu. Le colonel Lebreton lui confie une mission délicate : permettre aux dirigeants algériens prêts à négocier de mener des discussions au plus haut niveau. L’officier lui révèle aussi que Samia s’est réfugiée au Djebel Amour, où elle s’est mise sous la protection de sa grand-mère. Elle attend un enfant…


C’est ainsi qu’Octave retrouve celle qu’il aime, et qu’il la convainc de rejoindre Paris, enceinte de leur enfant. Quant à lui, il parvient à convoyer certains chefs rebelles jusqu’à l’Élysée, où ils seront reçus directement par de Gaulle dans le plus grand secret. Mais ces pourparlers de la dernière chance échouent. En Algérie, les extrémistes de tous bords rassemblent leurs forces. Manifestations et contre-manifestations se multiplient et se radicalisent, préparant la voie de l’inéluctable indépendance, mais aussi du cortège de violences et de massacres qui vont l’accompagner.

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :


La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 


NIVEAU 1

 

-       Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de cet album ? Que suggère le titre de la série ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-        Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 


NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-       Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : FLN et ALN, GPRA, OAS, Pieds-Noirs, Harkis, Putsh des généraux, Autodétermination, Accords d’Evian. Retracez une rapide chronologie des événements survenus en Algérie pendant l’année 1962. Tentez également de resituez la carrière du général De Gaulle, de 1940 à 1962.

 

-       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-        Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-        Tentez de trouver des œuvres (romans, films, etc.) où l’intrigue est associée à la Guerre d’Algérie: décrivez en les thématiques récurrentes (exemples : conquêtes et défaites françaises, amours impossibles, guerre civile, intolérances et tortures, reconnaissance de l’identité algérienne, périple des Harkis, émigration et immigration, etc.).

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

L’Histoire des 10 albums composant la fresque des Carnets d’Orient est aussi celle de son créateur, jacques Ferrandez. Né à Alger en 1955, ce dernier quitte l’Algérie un an plus tard : il ne connaitra donc pas directement le départ traumatisant des Français en 1962, après l’Indépendance. C’est en 1987 que débute pour l’auteur le décryptage historique de son pays natal, avec le premier volume des Carnets. D’abord prévue en cinq volumes autour de la période coloniale (1836 - 1954), cette fresque réaliste aux couleurs lumineuses s’est prolongée, à partir de 2002, d’un second cycle occupant la période contemporaine (1954 - 1962). L’auteur y aborde frontalement le contexte d’une véritable guerre fantôme, qui n’ose dire son nom, et se frotte aux tensions grandissantes entre Pieds-Noirs et Algériens.

 

 Dans le dixième et dernier tome de sa saga, Terre fatale, sur laquelle planent les ombres mêlées de Delacroix et Camus, Ferrandez décrit minutieusement les événements historiques de l’année 1962, tout en continuant de d’illustrer les amours contrariées de ses héros de fiction : Samia, jeune algéroise militante du F.L.N. (Front de Libération Nationale) et Octave, militaire éclairé, un temps putschiste…

 

 La couverture du 10ème et dernier volet de la saga marque tout d’abord le lecteur par son titre : cette « Terre fatale », mise en rapport avec l’illustration, suppose l’incompréhension, la haine et le racisme, les violences, la guerre et la mort. L’intitulé de la série, Carnets d’Orient, pourra dérouter de jeunes lecteurs pour lesquels l’expression de l’Orient désigne avant tout un ensemble s’étalant d’Istanbul aux confins de l’Asie, dans une « opposition » géographique à leur propre occidentalisme. On ne manquera donc pas d’évoquer avec eux tout à la fois les fortes connotations du mot (voyage, aventure et exotisme), la diversité des cultures (entre pays des Proche-Orient, Moyen-Orient et Extrême-Orient) et bien sur la vogue de l’Orientalisme (entre peintures, récits et … carnets de voyages) développée au 19ème siècle, notamment lors de la conquête de l’Afrique du Nord (Maghreb) de 1830 à 1912.

 

Ces Carnets permettent en outre de mettre en avant la notion de témoignages, sur et autour d’événements relativement récents : entre un recul peu évident pour les acteurs du drame et la réflexion obligatoire sur l’Histoire, l’aspect émotif et sensible de la bande dessinée selon Ferrandez permet, sur un chemin sinueux entre fiction et réel, de retracer une itinérance vraisemblable. On devinera, en voyant les personnages représentés en couverture, quelques archétypes de la saga familiale romanesque : la beauté des héros, alliée à leurs différences (un blanc militaire, bien qu’habillé ici en « journaliste baroudeur », une civile algéroise) est mise en exergue littéralement au « pied du mur », obstacle lui-même très suggestif. Le mur se dresse en effet entre Passé (l’œil ne distingue rien sur la partie gauche du visuel, et à priori derrière le mur) et Présent (les violences et la marche en avant du mouvement indépendantiste), tandis qu’Octave et Samia sont physiquement situés face à leurs propres camps idéologiques : l’Algérie Française prônée par l’OAS (Organisation Armée Secrète : le sigle apparait pour la première fois sur les murs d’Alger le 16 Mars 1961, accompagné du slogan « L’Algérie est française et le restera ») s’y heurte à Vive le FLN (Front de Libération Nationale, créé en Novembre 1954 et qui mènera le combat jusqu’en Mars 1962, autour du slogan « La Révolution Algérienne, un peuple au combat contre la barbarie colonialiste »).

 

 L’ambiance de ce visuel est évidemment tournée vers l’illustration des forces en présence, mais aucune violence physique n’est montrée : la foule hostile (cris, gestes et drapeau identitaire algérien), les flammes des probables barricades ou voitures incendiées, l’épaisse fumée noire s’élevant jusqu’au titre (contraste des couleurs noir et rouge) et les graffitis sur les murs et le véhicule désignent la situation insurrectionnelle. Les couleurs pastels, ocres, sables et terres, référence du courant pictural orientalise, disparaissent dans une atmosphère plombée de guerre civile et urbaine, où les politiques se retranchent derrière les murs de leurs cités respectives (Alger et Paris). Voici donc l’illustration littérale d’une terre plongée dans le drame des soubresauts de l’Histoire : fatale plus que fataliste, elle est l’ultime chapitre de la colonisation française.

 

 Une page supplémentaire des Carnets peut être tournée…  

   

 

    

·     Pistes supplémentaires :

 

 

-    http://bd.casterman.com/catalogues_list.cfm?CategID=1603&OwnerID=1514 : page consacrée à la série Carnets d’Orient sur le site des Editions Casterman.

 

-    http://bd.casterman.com/docs/Albums/4468/CARNET%20D'ORIENT.pdf : dossier pédagogique consacré aux premiers volumes de la série.

 

-    http://kd2a.france2.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=5088 : interview vidéo de l’auteur réalisée en 2009 par le site KD2A, offrant un panorama de l’ensemble de la série. Voir également l’extrait de l’album proposé :

http://kd2a.france2.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-dossiers&id_article=771

 

-    http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?item=223 : interview réalisée en Mai 2009 par le site Auracan.

 

-    http://guerredalgerie.free.fr/ : dossier sur la Guerre d’Algérie constitué par des élèves de 1ère (T.P.E.)

 

-   http://www.aidh.org/faits_documents/algerie/express2.html : chronologie de la Guerre d’Algérie, sur le site du périodique L’Express.  Voir aussi la chronologie accessible sur le site de l’encyclopédie MSN Encarta : http://fr.encarta.msn.com/media_102662720_741534031_-1_1/guerre_d%E2%80%99alg%C3%A9rie_chronologie.html .

 

-    http://www.zerodeconduite.net/lennemiintime/dossier_pedagogique.htm : site et dossier pédagogique réalisés pour la sortie du film L’ennemi intime (Florent-Emilio Siri, 2007).

 Voir également, sur un thème proche, le site et le dossier constitués pour le film Indigènes (Rachid Bouchareb, 2006) : http://www.zerodeconduite.net/compteur/clic.php?url=http://www.agence-cinema-education.fr/indigenes-dossierpeda.pdf

 

 

  
 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Casterman et J. Ferrandez, 2009.

Repost 0
Published by philtomb - dans Déc'ouverte
commenter cet article
17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 21:04

 Je m'étonne, aux vues du nombre de visiteurs comptabilisés, que mes "écrits" (bien que publiés sous le cachet du "pédagogique", il n'émanent d'aucune haute instance ! ) ne suscitent pas plus le débat, le questionnement, voire la controverse.

Aucun commentaire, pas de contre-expertise, nulle suggestion : quid de votre avis sur ces dossiers et sur le site tout entier ? Nombre d'images et de paroles laissées par les auteurs sont INEDITES et devraient pourtant attirer vos remarques...

Alors, n'hésitez pas : dans la mesure du possible et du temps qui est le mien, j'essaierai de vous répondre, de corriger mes éventuelles erreurs et surtout, pour rejoindre l'initiative originelle de ce site, de faire acte pédagogique en affinant le dossier mis en ligne (jusque là GRATUITEMENT) à la portée de tous.


Si des enseignants ou des formateurs ont par ailleurs expérimenté ces analyses en classes ou face à des groupes, qu'ils nous rapportent également leurs propres ressentis.


Enfin, si VOUS avez envie de voir analyser certains titres, certains thèmes et certaines couvertures, glissez en la suggestion...


 Au plaisir de vous lire et de vous entendre.


Très amicalement


Philippe Tomblaine

Repost 0
Published by philtomb - dans News !
commenter cet article

Présentation

  • : C'est en couverture !
  • C'est en couverture !
  • : Analyse et décryptage de couvertures d'albums de BD (par Philippe Tomblaine)
  • Contact

Mes ouvrages !

Retrouvez mes différents ouvrages déjà publiés avec le lien suivant :

 

logo-amazon1.jpg

 

    

    

  

  

      

 

  

    

 

 

Recherche

Nombre de Découvreurs