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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 18:07

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

 

Tintin et les Picaros

Hergé

Casterman, 1976.

 

Pages de Tintin Et Les Picaros Page 1 Image 0001

 

DOSSIER en ligne et téléchargeable  :

 

Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/0001130870e9829002b1b

 

La création d’un univers

 

 Paru en 1976, Tintin et les Picaros fut le dernier album finalisé entièrement par Hergé et ses proches collaborateurs. La genèse de ce 23ème album fut passablement longue et compliquée par la volonté de l’auteur d’y faire de nombreuses allusions à la situation politique internationale des années 1960. Initialement conçu comme une suite directe des Bijoux de la Castafiore (22ème titre de la série, paru en 1963), le récit débutait par un détournement d’avion avant de retrouver Tintin en Amérique du Sud, dans un contexte révolutionnaire où devait dès lors se poser la question de son engagement, voire de son militantisme. Les grandes lignes de ce premier synopsis ne furent réadaptées par Hergé qu’une décennie plus tard, après la parution intermédiaire de Vol 714 pour Sydney en 1968,  album qui reprit pour sa part l’idée du piratage aérien.

 

Lors de sa parution, Tintin et les Picaros eut un énorme succès commercial, notamment en raison de l’absence prolongée de nouveauté liée au personnage ; on ne manquera cependant pas d’y voir la décomposition progressive de l’univers de Tintin c, après le huis clos des Bijoux de la Castafiore et l’aventure effacée de Vol 714 pour Sydney. Ayant quitté ses éternels pantalons de golf pour un jean marron, le héros affronte une ligne claire démystifiée, où l’aventure ne tente plus personne et où la réalité du monde contemporain devient omniprésente. Bien que fictif, le San Theodoros, théâtre perpétuel des affrontements entre l’armée et les guérilleros révolutionnaires, ressemble comme deux gouttes d’eau à l’un de ces nombreux pays d’Amérique du Sud, tour à tour terre d’accueil pour les anciens dignitaires nazis,  dominion sous influence du blocs de l’Est ou de l’Occident, et également terrain de lutte au profit du pouvoir personnel.  Le coup d’État réussi à la fin de l’album par Alcazar n’est pas sans rappeler celui de la révolution cubaine de Fidel Castro, accomplie en 1959 avec un faible nombre d’hommes (les « Barbudos », les barbus). L’auteur ne fait pas de concession à l’ami de Tintin : Alcazar apparaît illettré, cupide et imbu de lui-même. Il désire en effet rebaptiser la capitale « Alcazaropolis », et personnifie le régime dictatorial tout autant que son prédécesseur et ennemi, le général Tapioca. De fait, il n’en sera qu’un « reflet », annoncé graphiquement par la misère régnant toujours au final d    ans le pays et lors du départ de Tintin.

 

 

L’intrigue en résumé 

 

 

 Lors d’un voyage au San Theodoros, La Castafiore et les Dupondt sont arrêtés arbitrairement par le régime du général Tapioca. Haddock, le professeur Tournesol puis Tintin se rendent successivement sur place pour leur venir en aide. Accueillis mais surveillés par les hommes du dictateur, nos amis tenteront d’échapper à la surveillance et à la vengeance du colonel Sponsz lors de la visite d’une ancienne pyramide aztèque perdue au cœur de la jungle…

 

 

 

tintin

 

 L'ensemble des Aventures de Tintin.

 

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé de l’album :

 

A.   Etude des textes et paratextes

 

1.      Relevez le titre de l’album.

Que nous apprend-il sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.      Trouvez le nom de la série. Pourquoi n’apparait-il plus selon vous sur cette couverture ?

 

3.      Existe-t-il un ou plusieurs rapport(s) entre le titre de l’album et celui de la série ?

La typographie de la série ou du titre nous renseignent-elles sur le genre du récit ?

4.      Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.   Etude des images et dessins

 

5.      Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-         Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-         Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-         Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-         Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-         Couleurs dominantes ?

-         Présence ou non de personnages identifiables ?

-         Lieux, époque et actions ?

 

6.      D’après l’ensemble des éléments dessinés listés, quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

7.      Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

8.      Que suggèrent les couleurs employées ?

 

9.      Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Ayant compris dès 1934 l’intérêt à tirer d’une couverture particulièrement accrocheuse, Hergé s’est par la suite toujours refusé à cet effet de facilité consistant à en faire un quasi-résumé du contenu de l’album. Ce principe traditionnel est à l’œuvre sur les visuels des premières aventures du héros reporter (Tintin au Pays des Soviets (1930), Tintin au Congo (1931) et Tintin en Amérique (1932)) puis se transforme à partir des Cigares du Pharaon au profit de trois nouveaux éléments : une image directe, relativement frappante et mystérieuse ; un titre court, à la fois évocateur et intriguant mais parfois sans véritable lien avec l’image ; la disparition relative du mot « Tintin ».

 

 Le titre Tintin et les Picaros occupe une place importante, inséré dans un cartouche qui le met en valeur, outre sa propre typographie. Inscrit en noir sur fond jaune, il s’en réfère ici essentiellement au genre Aventure, représenté graphiquement par le contexte exotique de la jungle sud-américaine. Plus qu’une simple vignette extraite de l’album - et qui n’y apparait d’ailleurs jamais telle quelle - l’image s’avère porteuse d’un suspense littéralement romanesque, aspect du reste initialement renforcé par la publication feuilletonesque de l’histoire au fil de l’hebdomadaire Journal de Tintin durant l’année 1975. C’est pour de strictes raisons commerciales que les éditions Casterman contraignirent Hergé dès 1968 à reprendre le nom du héros dans le titre, après un nombre conséquent d’albums dépourvus de cette présence homonyme fort logiquement évocatrice.

En toute connaissance de cause, Hergé reprend donc ici un titre faussement simpliste, où un Tintin connu de tous côtoie de bien « étrangers » Picaros : arrondi et biseauté, le lettrage adopté par l’auteur depuis 1934 encre pour sa part l’album dans la continuité de l’œuvre, voire même plus largement de l’univers de la ligne claire, puisque ce véritable standard iconique sera repris tel que aussi bien par Jacobs pour Blake et Mortimer que par des auteurs ultérieurs tels Ted Benoit, Floc’h, Chaland ou Sterne.

 

 On rappellera dans l’évocation sémantique du titre que Tintin et les Picaros ne fut qu’un second choix, adopté après un Tintin et les Bigotudos (« moustachus ») initial. La polysémie du terme « Picaros » y est probablement pour beaucoup : plusieurs réalités s’y croisent, tel un imaginaire latin ou sud-américain renvoyant aussi bien au mot « picaro » (miséreux, voleur, canaille) qu’au genre picaresque, dont on retiendra le profil antihéroïque et la vision sociale relativement pessimiste. L’évocation à mots couverts des partisans castristes permet à l’album de demeurer atemporelle et de profiter d’une liberté d’expression proche de celle exprimée dans le Lotus bleu (1936) ou dans Coke en stock (1958).

 

 Inscrit dans un ovale jaune, le titre ressemble plus que jamais à un phylactère sans appendice dont le format important (1/3 de la couverture) viendra évoquer le rapport à un verbal ou à l’expression silencieuse de l’album. Peut-être moins artificielle qu’à l’accoutumée, l’association du bandeau titre au dessin se fait sur un mode plus strictement bédéiste : devenu le garant à part entière de ses propres aventures, Tintin fait disparaitre in fine le bandeau du surtitre indiquant précisément et jusqu’à ce 23ème album « Les Aventures de Tintin ». Non significatif, selon les propres mots d’Hergé, et par conséquent déchargé de toute intentionnalité de pointer le caractère non aventureux de l’album (en opposition donc avec l’image), ce détail du surtitrage absent ne manquera pas d’interpeller le sémioticien ou le spécialiste de la geste hergéenne. Ce dernier, parfaitement conscient des similitudes entre l’œuvre et la vie intime de son auteur, constaterait ainsi la fin d’un cycle et l’immanence d’un personnage déjà appelé vers une éternité artistique.

 

planche_tintin23_1105970537_f9941

 

1ère planche originelle de l'album, telle que parue après modification de la première case.

 

 

 Inscrite parmi les « classiques » de la série, la couverture cherche à s’en rapprocher avec la figuration des quatre principaux protagonistes, bien connus des lecteurs mais plus acteurs des aventures passées que de cette ultime aventure annoncée. On pourra en outre s’étonner de l’absence du personnage d’Alcazar, protagoniste central de cet épisode et dont le rôle est plus développé que celui de Tournesol. La proche « famille » du héros, mise en vedette, s’apparente à un hommage du dessinateur : ces figures, secondaires au départ (le capitaine Haddock  apparait dans Le Crabe aux pinces d’or en 1940, le professeur Tournesol dans Le Trésor de Rackham le Rouge en 1943), ont toutes acquis leur légitimité et finalement permis à Tintin lui-même « d’exister », tel que le confirmera Hergé en 1979. L’attitude de chaque personnage est légitimée : Haddock et Milou se ressemblent, le scientifique et distrait Tournesol proteste tandis que Tintin ferme la marche et protège ses compagnons dans leur fuite.

 

Pour la première fois saisis dans une scène d’action haletante, les personnages d’Hergé ne touchent plus terre, dans une référence interne à la planche 26 de l’album où les héros, pris sous le feu croisé (du moins le croient-ils…) des partisans de Tapioca et d’Alcazar, tombent en réalité dans un traquenard. Visuellement, l’œil du lecteur suit une diagonale ascendante se dirigeant de l’escalier et de l’arrête de la pyramide vers le bas inférieur droit de la couverture, indiquant ainsi la marche à suivre pour lire les aventures de ces personnages. Cette ligne de fuite qui n’a jamais aussi bien portée son nom s’inspire tout naturellement du système de lecture  occidentale, dans un effet intensifié de célérité. Très proche de la couverture réalisée en 1952 par Hergé pour L’Eruption du Karamako, quatrième volet des aventures de Jo, Zette et Jocko, le dessin créé la complicité avec le lecteur en instaurant un principe d’entraide. Ainsi le lecteur imaginera-t-il les personnages courant vers lui comme s’ils avaient besoin de son aide, dans un contexte à la fois étranger (la jungle équatoriale luxuriante, la pyramide aztèque inspirée du monument maya El Castillo, situé à Chichen Itza au Mexique) et potentiellement hostile.

 

 

9782203311046.jpg

 

Visuel de couverture pour L'Eruption du Karamako (1952).

 

 

Chichen-Itza_El_Castillo.jpg

 

Pyramide de Kukulcan (El Castillo) sur le site archéologique de Chichen Itza (Yucatan, Mexique), datée du XIIème siècle.

 

 

 Extrêmement programmatique et archétypique du récit d’aventure exotique, la couverture offre ici un avant-goût du contenu de l’album sans rien dévoiler de ses principales articulations, et  encore moins du long refus de Tintin d’entrer véritablement dans l’aventure, ce qu’il ne fera qu’au détour de la vingt-et-unième planche… Gage de suspense et suspense elle-même, la couverture de Tintin et les Picaros, qui ne dévoile ni le danger que fuient les personnages ni la nature des « Picaros », multiplie les atouts nécessaires pour intriguer attirer le lecteur, et obéit de fait complètement à la notion de triple attente : désir de percer le secret du titre, désir d’élucider le suspense contenu dans l’illustration, désir de faire le chemin qui va de l’illustration au titre et du titre à l’illustration…

 

 

 

Pistes supplémentaires 

 

-       http://www.tintin.com

Site officiel : résumés des albums, présentations de l’auteur, personnages, dossiers thématiques. Forum ouvert aux fans.

 

-       http://www.bellier.org/tintin%20picaros/vue1.htm

Planches originales parues dans le Journal de Tintin en 1975

 

-       http://www.tintin.free.fr/aventures/voirbd.php?choix=picaros

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tintin_et_les_Picaros

Quelques renseignements autour de l’album.

 

 

 

-   

Monographies existantes :

-         Hergé et les Bigotudos, le roman d’une aventure (P. Goddin, Casterman, 1993 - 287 p.)

 A partir de l'exemple « Tintin et les Picaros », récit dont la gestation a duré près de 15 ans, et pour lequel une impressionnante quantité d'archives a été conservée, l'auteur décrit la genèse d'une histoire, depuis la première intuition de ce qui s'appela longtemps « Tintin et les Bigotudos » jusqu'à l'album terminé. Evoquant de manière vivante et rigoureuse les étapes de l'élaboration, Philippe Goddin révèle des gags méconnus, des séquences inédites, des versions abandonnées. Il nous montre aussi un Hergé en proie au doute, multipliant les hypothèses jusqu'au vertige, comme s'il craignait de laisser échapper l'essentiel

 

 

-         L’ultime album d’Hergé (L. Schuurman, Cheminements, 2001 - 204 p.)

 A travers l'analyse fouillée, argumentée et littéraire des Picaros, l'auteur s'ingénie à mettre en lumière les multiples signes de finitude qui en ponctuent le récit désabusé, ainsi que les règles, les motifs récurrents et les procédés de style qui ont fait le succès de l'écriture hergéenne, pour mieux embrasser, en définitive, l’œuvre toute entière.

 

  Dossier réalisé par Ph. Tomblaine. 2010.

Images toutes ©Hergé - Moulinsart SA.

 

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 10:58

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

Black Face

 

R. Cauvin et W. Lambil

Dupuis, 1983. 

 

 

black face couv 

 
Dossier à télécharger :
 

 

 

 

La création d’un univers, autour des Tuniques Bleues

 

 En reprenant en 1972 le travail graphique de Louis Salverius, Willy Lambil choisit, en accord avec son scénariste, de réduire l’équipe initiale de cinq personnages à seulement deux :

 

« C’est moi qui ai tenu à ce qu’ils ne soient que deux, qu’ils forment un duo à la Laurel et Hardy (Stan Laurel (1890-1965) et Oliver Hardy (1892-1957) ont formé, de 1917 à 1950, le duo comique de cinéma le plus célèbre du 20ème  siècle, en tournant dans plus d’une centaine de films burlesques, muets puis parlant). Je pensais qu’en étant plusieurs, ils perdaient en consistance. […] Deux personnages, c’est un maximum. »

Extrait de l’interview du dessinateur, dans Willy Lambil, Editions Toth, 2003  - p.27

 

 De son côté, Raoul Cauvin précise : « Les éditions Dupuis m’ont demandé de lancer un nouveau western. Comme je ne voulais pas me mesurer à Lucky Luke, et que j’étais incapable de faire ce type de western, j’ai opté pour ce qui était en vogue à l’époque, les films sur les uniformes bleus. Je ne connaissais rien à la Guerre de Sécession, mais j’aimais ces grands spectacles avec des indiens et des soldats de cavalerie. L’aventure a commencé aussi bêtement que cela, par l’influence de tous ces films dont j’étais vraiment fou à l’époque, notamment les grandes productions avec John Wayne. » L’époque était déjà celle du « western spaghetti», mais on peut citer dans la filmographie de John Wayne quelques références majeures : La conquête de l’Ouest (J. Ford et H. Hathaway - 1962), El Dorado (H. Hawks - 1966), et Rio Lobo (H. Hawks - 1970).

 

Détail qui a son importance : dans le premier album de la série (Un chariot dans l’Ouest - 1970), l’histoire est celle d’un western traditionnel, appuyé par toute son imagerie (chariots de pionniers, affrontements entre tribus indiennes et régiment de cavalerie, canyon et mesa), ce qu’illustre d’ailleurs parfaitement l’image d’archive choisie en page de titre.

 

Le titre de la série, « Les Tuniques Bleues », fait référence aux uniformes de l’armée américaine les plus connus, ceux portés entre 1872 et 1900 par les régiments d’infanterie et de cavalerie dispersés en garnison dans différents forts le long de la frontier, et directement chargé de la protection des convois de pionniers contre les Indiens.

 

 

 

L’intrigue en résumé 

 

 

 Black Face, un noir enrôlé dans l'armée nordiste comme fossoyeur, est envoyé en mission dans le Sud afin d'inciter les esclaves de sa couleur à se révolter contre les Confédérés. Persuadé à juste titre que la vie dans le Nord n'est pas meilleure que celle dans le Sud, il accepte la mission, mais en profite pour inciter à la révolte contre tous les Blancs.

 Echappant au contrôle du Caporal Blutch et du Sergent Chesterfield, Black Face et ses hommes s’attaquent aux femmes et aux enfants Sudistes, puis décident de s’attaquer au camp Nordiste.

 Devenus hors-la-loi, ils contraignent le général Alexander à leur opposer le brutal et raciste Lieutenant Ripley…

 

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé de l’album :

 

A.   Etude des textes et paratextes

 

1.      Relevez le titre de la série et celui de l’album.

Que nous apprennent-ils sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.      Trouvez le nom de la série.

 

3.      Existe-t-il un ou plusieurs rapport(s) entre le titre de l’album et celui de la série ?

La typographie de la série ou du titre nous renseignent-elles sur le genre du récit ?

 

4.      Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.   Etude des images et dessins

 

5.      Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-         Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-         Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-         Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-         Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-         Couleurs dominantes ?

-         Présence ou non de personnages identifiables ?

-         Lieux, époque et actions ?

 

6.      D’après l’ensemble des éléments dessinés listés, quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

7.      Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

8.      Que suggèrent les couleurs employées ?

 

9.      Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 L’album Black Face est le vingtième de la série Les Tuniques Bleues, et fut réalisé par Raoul Cauvin et Willy Lambil pour les Editions Dupuis en 1982. Contenant les deux ingrédients principaux de la saga (l’humour et la valeur dramatique du contexte belliqueux), le récit se rapproche néanmoins d’une tonalité plus sombre et nuancée, profondément historique, en traitant pour la première fois frontalement les questions de l’esclavage et de la situation des Noirs dans la Guerre de Sécession.

 

 

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Visuel de l'édition originale (1983)

 

 

 

Eléments de réponse :

 

A.       La 1ère de couverture présente généralement les héros dans une scène particulièrement accrocheuse et ayant une valeur synthétique du contenu de l’album. Les noms et rôles de Lambil et Cauvin y sont signalés, ainsi que le nom de l’éditeur (Dupuis) et le numéro de l’album dans la série (n°20, Les Tuniques Bleues). Le titre occupe une place importante, inséré dans un cartouche qui le met en valeur, outre sa propre typographie. Inscrit en noir sur fond jaune à l’origine, lors de la première version de la couverture parue dans une édition brochée en 1983, le titre s’en référait aux genres Aventure, Western et Policier.

 

 Pour la réédition parue en 1984 (couverture cartonnée), le titrage s’harmonise en devenant plus sobre, bien que plus « sanglant » : en effet, si la couleur rouge fait à la fois ressortir la violence contenue du dessin et le numéro de l’album, elle n’a plus la même connotation qu’auparavant. L’association des couleurs entre le titre Black Face, le  mot « noir » et le personnage à l’avant-plan disparait, bien que le lecteur fasse mentalement sans soucis le lien entre ces divers éléments.

 

B.        La situation présentée ici est un instant-clé des plus inquiétants : on devinera dans ce plan moyen la situation initiale (des héros dans le camp ennemi) et un élément perturbateur (un Noir armé, portant lui-même les couleurs nordistes). Les élèves pourront deviner un genre, le Western, et un contexte (les Etats-Unis, voire la Guerre de Sécession) par le biais de plusieurs éléments additionnés : un titre en langue anglaise, la présence d’un soldat Noir, des tombes portant elles-mêmes des épitaphes et noms anglo-saxons, un revolver Colt et son étui,  chevaux et chapeaux de style Stetson, tenues militaires (tuniques) bleues et grises.

  La construction de l’image permet d’affirmer plusieurs points : si les idées de danger et de mort sont omniprésentes (cimetière, menace de l’arme, « black », noir ou rouge du titre, surprise des personnages, cheval à terre en limite de hors-champ), c’est bien l’idée d’opposition et de confrontation qui est ici mise en scène. On observera ainsi sur cette couverture deux Blancs désarmés (de taille réduite, renvoyés dans l’arrière plan) contre un seul noir menaçant (vue de dos et en contreplongée),  des Sudistes contre un Nordiste,  des couleurs chaudes contre des couleurs froides,  des pierres tombales et  des herbes sèches (1er plan) opposés au ciel bleu et à la végétation verdoyante (2nd plan). La Mort (symbolisé par le mot black) fait véritablement face aux héros : la tonalité dramatique de l’Histoire se heurte au style semi-réaliste et humoristique du graphisme digne de l’Ecole de Marcinelle de Lambil. Cette commune de la ville belge de Charleroi a donné son nom au Journal de Spirou, fondé en ces lieux par Jean Dupuis en 1938. Les dessinateurs de l'École de Marcinelle (Jijé (qui en fut l’initiateur), Franquin, Morris, Will, Tillieux, Roba, Jidéhem, Gos) sont adeptes de la bulle arrondie, où fusent des dialogues simples, joyeux et spontanés. On leur oppose leurs concurrents bruxellois du Journal de Tintin (Hergé, Edgar P. Jacobs, J. Martin) qui détaillent des textes plus longs, très documentés et plutôt académiques, dans des phylactères de forme rectangulaire.

 

 

 Si cet album n’est pas le premier étudié, on s’interrogera naturellement sur cette situation énigmatique qui met finalement nos héros dans des uniformes et à la place de l’ennemi sudiste traditionnel : pris entre deux feux, sinon entre deux camps ou deux postures morales et politiques à tenir, Blutch et Chesterfield permettent d’affiner la réflexion raciale, cœur de cet album : le « visage noir » doit-il être défendu ou doit-on lui donner les moyens de se défendre par lui-même, en lui donnant non des armes mais des droits ?

 

 

Notes :

Ce dossier étant exceptionnellement long, retrouvez en l'ntégralité avec la

 version au format  PDF téléchargeable

sur le lien donné en haut de l'article.

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 18:26

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

JERONIMUS

Ch. Dabitch et J.-D. Pendanx

Futuropolis, 2008 - 2010.

 

 

  Tome 1 couv

 

  DOSSIER en ligne et téléchargeable  :

 

 

 

Les auteurs : Christophe Dabitch & Jean-Denis Pendanx

 

 

 Né en 1968 à Bordeaux, Christophe Dabitch passe une maîtrise de lettres à la Sorbonne puis une maitrise de sciences politiques à Paris.  Ayant fait l'IUT de journalisme à Bordeaux, il devient journaliste indépendant en presse écrite et audiovisuelle (Sud Ouest, La Nouvelle République, France 3, le Monde diplomatique, Passages, La Lunette, etc.). Egalement critique littéraire, il anime aussi des rencontres littéraires et réalise des documentaires et des magazines pour la télévision (notamment Dabic et Dabitch, un cousin serbe pour ARTE).

Christophe Dabitch est l'auteur de trois livres historiques (Le Tramway de Bordeaux, une histoire ; Le Marché des Capucins ; Les Cinquante Otages, un assassinat politique, éditions Sud-Ouest et éditions Le Cycliste). Il écrit des scénarios de bande dessinée, notamment Abdallahi et Jéronimus avec Jean-Denis Pendanx, et La Ligne de fuite et Mauvais garçons avec Benjamin Flao, tous publiés par les éditions Futuropolis de 2006 à 2010.

 

Né à Dax en 1966, Jean-Denis Pendanx passera par l'école Estienne à Paris, puis obtient un BTS en arts appliqués à Toulouse avant de suivre les cours de l'école des arts décoratifs de Paris. Il vit à Bordeaux où il se consacre à la bande dessinée, aux illustrations de livres pour la jeunesse, aux illustrations pour des magazines, ainsi qu'à des expositions et animations autour du métier de dessinateur de BD. En 1991 il publie avec Doug Headline son premier album : Diavolo le solennel (éditions Glénat). En 1993 paraît le premier volume de Labyrinthes, avec Dieter et Serge Le Tendre (5 albums chez Glénat) ; et il travaille en parallèle sur le dessin animé Corto Maltese. En 2002, il adapte les Corruptibles avec son auteur, Alain Brezault. En 2006 et 2008, il signe successivement Abdallahi puis Jeronimus avec Christophe Dabitch pour le compte de Futuropolis.

 

 

  Replica_of_the_Batavia_4.jpg

  Réplique du navire Le Batavia, réalisée entre 1985 et 1995.

 

L’intrigue en résumé 

 

 Octobre 1628, Amsterdam. Jéronimus Cornelisz est apothicaire, et adeptes des cercles de réflexion les plus hérétiques de la ville. Venant de perdre son jeune enfant, et sous le menace des révélations d'un membre du cercle, torturé, il décide de quitter la Hollande, et de s'engager dans la puissante Compagnie hollandaise des Indes orientales. Il embarque sur un navire fraichement construit, le Batavia, à destination du comptoir du même nom. Mais ce bateau n'y arrivera jamais : voici l'histoire de ses passagers…

 

  • Première partie : Un homme neuf (avril 2008).
  • Deuxième partie : Naufrage (avril 2009).
  • Troisième partie : L’Ile (août 2010).

 

  pendanx 1024

 

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-      Quel est le titre de chacun des albums ? Quel est le nom des auteurs ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? A quoi voit-on qu’il s’agit d’un récit composé de plusieurs albums ?

 

-      Quel est le nom de l’éditeur ?

 

-      Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

-      Que représente l’illustration sur chacune des couvertures ? Décrire en cherchant les points communs ou les différences.

-      Quelles sont les couleurs dominantes de chaque illustration ?

 

Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit l’image ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans la B.D.

 

-    Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

NIVEAU 3

 

-    Essayer de décrire l’atmosphère de chacune des ces couvertures. Quels sont les éléments potentiellement révélateurs du destin tragique des personnages ou du navire Le Batavia ?

 

-    Recherchez des exemples de peintures flamandes ayant pu influencer visuellement le dessinateur. Effectuer une comparaison avec les couvertures des récits écrits de l’épopée du Batavia.

 

-    A quel(s) genre(s) littéraire(s) ou cinématographique(s) se rattache(nt) selon vous ces couvertures ? Expliciter vos choix.

 

 

Ongeluckige voyagie vant schip Batavia (Plate 3)

 

 Gravure illustrant le récit  Ongeluckige voyagie, van't schip Batavia ("Le voyage infortuné du navire Le Batavia"), écrit par Francisco Pelsaert (1647). 

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Outre une accroche situant le contexte général (la Hollande et le commerce maritime au XVIIème siècle), le lecteur remarquera dès la couverture du premier tome (intitulé Un homme neuf) que la trilogie, fort justement nommée Jeronimus, semble se focaliser sur ou autour d’un nom : protagoniste central et élément annonciateur du drame à venir (« En octobre 1628, [il] n'avait plus rien à perdre.»), l’apothicaire Jeronimus Cornelisz est d’ores est déjà assimilé à ce trouble océan dont la menace insaisissable pèse graphiquement sur le navire Le Batavia. Ce dernier étant condamné à s’éloigner vers des horizons incertains, il disparait au second plan dans le brouillard, alors que l’imminence de la tempête et la présence immédiate des flots tumultueux amènent à penser à sa fin et donc à son probable naufrage.

 Un nom, mais nul visage ni aucune silhouette humaine… A se demander si les acteurs de cette aventure au-delà des mers ne sont pas réduits à l’état de fantômes ou de marionnettes avant l’heure fatidique, tous livrés au bon vouloir du Destin. Les auteurs mettent de fait l’accent sur l’importance cruciale de la présence/absence des faits,  gestes ou silences exprimés par les différents personnages. Ces derniers n’apparaitront que peu sur les trois visuels proposés, alors que l’ensemble des couvertures dévoile l’ascension et la noirceur meurtrière de Jéronimus. En couverture du tome 2, le visuel nous fait côtoyer toute la violence et la détresse de Cornelisz, partagé entre rêve de refaire sa vie dans un ailleurs idéalisé (le paradis du bout du monde, tel que vient le souligner l’accroche « Après tout, une île, c'est l'une des images du Paradis. Une clôture parfaite. ») et sombres pulsions (voir son visage entre ombres et lumières). Il se livrera de fait avec un petit groupe de partisans à des exactions de plus en plus ouvertement meurtrières sur ses compagnons de voyage. Le mot Naufrage, stipulé en page de titre pour ce deuxième album, parachève la double vision d’un homme et d’un navire entrainés par le même système inhumain (l’essor du capitalisme et de la finance à outrance) dans un océan d’infortune. A l’opposé de la couverture du tome 1, le visuel du tome 2 est constitué de couleurs plus chaudes, laissant une large part au noir (mort, crime et désespoir) et au brun/rouge (homme, passions, sang et violences de tous ordres). Nous retrouverons ces teintes froides et chaudes en couverture du dernier volet (L’Ile), où le personnage de Jéronimus, symboliquement vêtu de pourpre, est très directement associé à la mer de sang abandonnée dans le sillage de son embarcation de fortune.

 

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 Recherches en noir et blanc pour le visuel de couverture du tome 2.

 

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J.-D. Pendanx : " Trois recherches de couverture pour le tome 2, dont une qui est la combinaison (informatique) de deux images. Elle ne sera pas retenue, mais le portrait de Jéronimus restera comme l'image la plus simple et la plus forte..."

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 Projet initial de couverture pour le tome 2 et visuel final (ci-dessous).

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 Le titre Jeronimus dévoile aussi l’importance du traitement biographique dans un scénario développé sur un ton strictement historicisant, où la présence et les explications du narrateur omniscient permettent de comprendre les tenants et aboutissants des actes du personnage central. C’est que, contrairement au contenu de leurs œuvres précédentes - Abdallahi et La ligne de fuite -, où le lecteur pouvait rencontrer tel ou tel personnage fictif au détour d’une histoire parfaitement documentée, tous les protagonistes de Jéronimus ont réellement existé. On rappellera en effet que l’ensemble des faits tragiques retranscrits au fil des trois albums (incarcération de Torrentius, coup de tabac, escale, incident provoqué par Arien Jacobsz sur un des navires de l’escorte, rôle de Jeronimus ou massacre des familles…) se sont déroulés tels que contés. La seule liberté que semble s’être octroyée Christophe Dabitch concerne les hypothèses émises sur la façon dont se sont tissés les liens, construites les circonstances et élaborées les manigances qui conduiront à la future tragédie. Sans oublier, bien sûr, la teneur des conversations et des pensées intimes.

 On peut à vrai dire comprendre dès cet ensemble de couvertures, et grâce aux accroches, les conditions de vie à bord, la nature des relations entre les responsables, l’équipage et les passagers, le portrait psychologique des différents acteurs ou encore l’enchainement des évènements...

 

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 Essais couleurs pour le visuel du tome 3 ; l'image originale (au centre, avec un ciel bleu) a été retouchée pour donner une atmosphère plus pesante.

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Visuel final pour la 1ère de couverture du tome 3.

 

Entre voix off, dialogues et planches muettes, Jean-Denis Pendanx dresse quant à lui dans chaque case autant de tableaux à contempler, évidemment inspirés des marines et des techniques en clair obscur des peintres flamands et hollandais des XVème et XVIIème siècles. « Restant fidèle aux méthodes traditionnelles pour l’exécution de chacune de ses planches, l’auteur réalise d’abord un premier crayonné soigné qui lui permet de mettre en place les bases de son découpage. Ensuite, il réalise un dessin au feutre, puis, par un jeu de calque, il le transpose sur des feuilles à dessin classiques, avant de passer à la mise en couleurs avec de la peinture acrylique » (informations : Gilles Ratier et BD Zoom).  Intérieurs tour à tour sombres et lumineux, paysages et vues maritimes, expressions des visages ou extériorisation des sentiments, chaque détail est traité par couches supplémentaires de gouache et grâce à de petits coups de pinceaux facilement repérables dans les parties mouchetées. Parmi les peintres hollandais ayant pu avoir une influence notable sur les gammes chromatiques et les ambiances développées par J.-D. Pendanx, citons ici les incontournables Rembrandt (1606 - 1669) et Johannes Vermeer (1632 - 1675), mais aussi Johannes Torrentius (1589 - 1644), Frans Hals (vers 1580 - 1666), Jan Steen (1625 - 1679)  Jan De Bray (1627 - 1697), Adrian van Diest (1655 - 1704) et Pieter de Hooch (1629 - vers 1685).

Dans Jeronimus, l’invitation au voyage apparait sous des jours dramatiques et des atours psychologiquement dérangeant ; elle n’en demeure pas moins fascinante de par ses répercussions religieuses, humaines et philosophiques entre Arts et Lettres de l’époque Moderne.

 

 

 

 

Pour compléter cette analyse, le dessinateur Jean-Denis Pendanx a bien voulu répondre

à l’entretien exclusif suivant :

 

 

 1. Comment vous est venue l’idée de ce projet ?

 

 Jean-Denis Pendanx : Le projet « Jéronimus » est parti du cadeau du roman de Simon Leys [NDA : Les Naufragés du Batavia, suivi de Prosper (éditions Arléa (2003) et Points-Seuil (2005))] que m'a fait Christophe Dabitch pour mon anniversaire. Leys renvoyait à un autre livre, L'archipel des hérétiques [roman de Mike Dash publiée en 2005 par les éditions Jean-Claude Lattès], que je me suis empressé d'acheter... Un vieux rêve de dessiner une histoire forte et vraie au 17ème siècle prenait forme, et nous nous sommes lancés dans cette aventure dans la foulée d'Abdallahi (saga en 2 tomes décrivant le parcours africain de René Caillié et publiée par Futuropolis en 2006). Le hasard fait donc parfois bien les choses...

 

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 2. Quelle(s) volonté(s) artistiques ou éthiques, autour de la conception de ces couvertures ? A quelle étape de votre travail concevez-vous ces 1ères de couverture ?

 

  J.-D. Pendanx : Les projets de couvertures sont souvent un problème pour les dessinateurs, car, en effet il faut  faire l'illustration au milieu de la réalisation de l'album, et on n'a pas toujours une vision d'ensemble du livre... Aussi, l'éditeur a un droit de regard sur l'image de la couverture et parfois des idées bien arrêtées de ce qui doit être ou ne pas être, par exemple : mettre les héros au premier plan, etc...

 Dans le cas de Futuropolis, le graphiste, Didier Gonord, est plus un partenaire dans l'élaboration de la couverture, il peut intervenir sur notre dessin, le recadrer, changer les couleurs pour rester en cohérence avec la ligne graphique et l'identité des éditions Futuropolis. Parfois, il fait plus œuvre de création, par exemple l'image du tome 1 m’a été livrée avant que je ne dessine une esquisse de projet...  Didier a combiné 2 images des pages déjà scannées et a créé une image originale du bateau dans la tempête, le tour était joué et j'ai été emballé par sa proposition !

 

 

 3. Comment se détache-t-on des albums - voire des affiches de films - déjà parus sur le sujet (aventure maritime au sens marge pour le 1er album, puis "thriller" historique pour les suivantes...) ?

 

 Pour le tome 2 de Jéronimus ou l'on voit le visage de Cornelisz, il y a eu des recherches du style bateau pendant le naufrage, panique à bord, bref, une image spectaculaire ; mais ça ne collait pas avec le récit et elle donnait plutôt le mal de mer...  J'ai d'abord pensé faire le visage de Jéronimus  comme un sur imprimé sur une scène de naufrage... Mais à l'arrivée, elle faisait trop image d'affiche de cinéma (ancienne), on a vite écarté cette idée et on s'est accordés avec Christophe, Didier et Sébastien Gnaedig [directeur de collection] pour laisser le visage en gros plan qui se suffisait à lui-même et on restait cohérents avec le premier album.

 

 Pour le tome 3, on s'est efforcé de rester dans cette cohérence : une image simple et évocatrice d'un drame en plan lointain, cette fois.

 

 Par contre, les trois plats de 4ème de couverture (voir ci-dessous) sont pensés dès le début. On voulait raconter (ou plutôt évoquer une petite histoire) : d’abord un zoom arrière sur un tableau inspiré des peintres flamands (contemporains de Jéronimus), puis le tableau  dans le tableau (mise en abyme), pour finir dans le tome 3 avec des ombres portées, comme des fantômes ou des visiteurs de musée, renforçant l'idée du drame de cette série.

  

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 Plats de 4ème de couverture pour les tomes 1 à 3.

 

 

 4.  Y'a-t-il des détails ou des scènes que vous ne vouliez pas montrer ?


 En général, je préfère une scène épurée, qui peut questionner le lecteur et forcément représentative de l'album. J'évite, comme dans les pages de Jéronimus, de montrer une scène  violente ; l'évocation par le texte reste la plus forte. La charte graphique et les visuels des pages de garde peuvent être proposées ou discutés mais dans notre cas, nous faisons confiance au talent de Didier Gonord et il a carte blanche.

 

   

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Visuel réalisé pour le coffret de l'intégrale.

 

 

 

Pistes supplémentaires 

 

 

-       http://www.futuropolis.fr/fiche_titre.php?id_article=717159 : page consacrée à la saga sur le site officiel de l’éditeur.

 

-       http://www.bdgest.com/news-292-BD-jeronimus-une-experimentation-humaine-.html : interview des auteurs réalisée en 2008 par le site BDGest.

 

-       http://www.wideo.fr/video/iLyROoaf8_l7.html : interview vidéo de Ch. Dabitch pour l’émission Carré VIP à l’occasion de la parution du 3ème tome. Durée : 13 min.

 

-       http://www.mandragore2.net/dico/lexique2/lexique2.php?page=voyage-batavia : descriptif du voyage et du naufrage du Batavia. Détail de la liste des mutins et bibliographier complémentaire.

 

-       http://robinsons.over-blog.com/article-31640326.html : récit et analyse des étapes de l'itinérance de Jéronimus.

 

-       http://www.cosmovisions.com/peinturePaysBasChrono.htm : une histoire de la peinture hollandaise.

 

 

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  Visuel réalisé pour l'étui de l'intégrale par J.-D. Pendanx.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Futuropolis.

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 08:55

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

La Marque jaune

E.-P. Jacobs

Le Lombard, 1956.

 

  Couverture marque jaune

 

 DOSSIER  en ligne et téléchargeable  :

 

 

L’album

 

 

 Publié à l’origine en planches hebdomadaires dans le magazine Tintin entre le 06 Août 1953 et le 10 Novembre 1954, la Marque jaune est la troisième aventure de Blake et Mortimer, héros créés par le Belge Edgar Pierre Jacobs (1904-1987) dès 1950. Un album de 66 pages sera ensuite publié aux Editions du Lombard en Février 1956. 

 

 

La Marque jaune est considérée comme l'album le plus emblématique de la série. Ainsi d'après Claude le Gallo, auteur du Monde d’Edgar P. Jacobs, c’est le cœur de l'œuvre jacobsienne, le « carrefour de son monde".

 

 

  L’intrigue en résumé 

 

 

  Depuis quelques temps, un malfaiteur impudent sévit dans Londres, surnommé la Marque jaune en raison de sa sinistre et mystérieuse signature. Son dernier coup d’éclat, le vol de la couronne impériale, met toute l’Angleterre en émois. Les services secrets et Scotland Yard sont sur les dents, craignant que ce ne soit que le début d’actes encore plus graves. Blake et Mortimer sont appelés à participer à l’enquête…

 

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-      Quel est le titre de cet album ? Quel est le nom de son auteur ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-      Quel est le nom de l’éditeur ?

 

-      Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

-      Que représente l’illustration ? (la décrire)

 

-      Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ?

 

-      Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit l’image ?

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans la B.D.

 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

NIVEAU 3

 

-    Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. Identifiez le lieu de l’action principale. En comparant cette couverture aux précédents travaux de recherches de Jacobs (premiers projets de couvertures), dites en quoi elle est semblable ou différente.

 

-    Que signifie selon vous le « M », élément visuel central de cet album ?

 

-    A quel genre littéraire ou cinématographique se rattache selon vous cette couverture ? Expliciter vos choix.

 

-     Tenter de comprendre en quoi cette couverture a durablement influencé la Bande Dessinée franco-belge ; trouver des exemples d’hommages ou de parodies récents.

 

 

1

 

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3

 

 

4

 

Evolution des différents projets de couverture par Edgar P. Jacobs. 

 

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Couverture mythique de bande dessinée franco-belge d’après guerre, et sans doute du 9ème Art tout court, l’illustration réalisée par Jacobs pour la troisième aventure de ses personnages n’aura pourtant pas était une sinécure. La première idée de l’auteur est de rendre un hommage flamboyant au jeu théâtralisé d’ombre et de lumière du cinéma expressionniste allemand (Jacobs étant également passionné d’opéra depuis sa découverte de Faust à Bruxelles en 1917). L’intégralité de l’album baigne dans une atmosphère policière et fantastique oscillant entre le film noir et le roman à énigme anglo-saxon.

  Autour de ces idées, Jacobs réalisera différents projets de couvertures mettant en scène une cité londonienne doublement menacée par un climat orageux et une gigantesque marque planant telle une Epée de Damoclès au dessus de la tête des héros. Un « M » (Maléfique, Mort, Malheur, Malédiction et… Marque) du Mal contre le Bien. On notera également les idées d’opposition entre ciel et terre, bâtiment/monument et humain, couleurs froides et chaudes, lignes courbes et droites : tout concourt à ce que le visuel renvoie inconsciemment - et en particulier au jeune lecteur - les notions de déséquilibre, de folie destructrice et malfaisante. La civilisation et l’état, symbolisés par les monuments officiels (Tour de Londres, Parlement et Big Ben) sont menacés, soit un sentiment de peur généralisée, encore renforcé par l’instabilité du ciel.

 

  Jacobs était un spécialiste des titres intrigants, aux fortes connotations fantastico-policières : citons ici « l’affaire », « le piège », « le secret », « l’énigme » et donc « la marque ». La Marque Jaune est un titre inspiré de la signature du personnage clé du film M le Maudit (Fritz Lang - 1931), signe fatidique représentant la lettre grecque Mu. L’influence du film Métropolis (Fritz Lang - 1927) peut aussi être signalée.

 

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 Affiche allemande de M le Maudit par F. Lang (1931).

 

 

 

  S’étant heurté à la censure et au contrôle des publications pour la jeunesse, qui jugeait ses histoires par trop effrayantes et morbides, Jacobs se vit en outre refuser par Hergé en 1953 un projet de couverture pour le magazine Tintin annonçant la parution prochaine de la Marque jaune : la silhouette vampirique digne de Nosferatu (F.W. Nurnau - 1922) et le pistolet tenu par Blake n’étaient décemment pas montrables ! Jacobs réalisera donc une quatrième version de la couverture, qui sera beaucoup plus sobre et énigmatique, mais n’oubliera pas cette affaire, comme le démontre le 26 Septembre 1953, à l’occasion des sept ans du journal Tintin, le dessin sensiblement référentiel destiné à Raymond Leblanc, fondateur du journal.

 

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L'ombre de Nosferatu, entre projet censuré (deuxième image ci-dessus), projet publié (troisième image) et desin référentiel...

 

 

 

  Couverture policière, la Marque jaune l’est avant tout par son atmosphère de polar : la ville et ses bas-quartiers (Limehouse Dock est une zone d’entrepôts et de docks le long de la Tamise), la nuit, l’éclairage public, la chaussée humide et son duo d’enquêteurs confronté à une menace située hors-champ. Jacobs travaille son dessin en parallèle d’une documentation impressionnante (il se rendra sur place à l’époque pour photographier et repérer les lieux de déplacements de ces personnages) et en particulier des gravures de Gustave Doré montrant la City à l’époque Victorienne. Sherlock Holmes et Jack l’Eventreur hantent encore les lieux et comment, d’ailleurs, ne pas retrouver sur cette couverture dans le duo Blake/Mortimer cet autre couple littéraire mondialement célèbre formé de Holmes et Watson… L’un complémentaire de l’autre, et une main secourable sur l’épaule, comme signe éternel d’amitié.

 

 Couverture affiliée aux genres fantastique et science-fiction, ensuite, car, dans cette menace surnaturelle qui vient pétrifier des personnages déjà plongés au cœur du mystère (la fameuse marque étant à la fois sur eux, derrière eux, devant eux et pourtant invisible à nos yeux de lecteur), seul le futur dénouement apportera un élément de résolution. Là est tout le charme et l’enjeu dramatique de cette couverture : tout y est en suspens et en suspense (Que se passe t’il ? Que signifie cette marque sur le mur ? Que voient les personnages ?) et tout se laisse deviner (Que tient Mortimer dans sa poche ?). Etranges ombres portées, inquiétante scène où l’obstacle surgit du mauvais côté (de la gauche) et stoppe la progression naturelle de la lecture comme de l’avancée de l’enquête (vers la droite, donc). Héros isolés et pourtant jetés dans la lumière, Blake et Mortimer semblent poser dans un décor théâtralisé Hitchcockien, engageant un savant jeu de regards avec le lecteur/spectateur : c’est « fenêtre sur rue » et « psychose du cliffhanger », à suivre en tournant la page (lire http://fr.wikipedia.org/wiki/Cliffhanger_(fin_ouverte)). Un ancrage aussi terrifiant qu’il demeure sans voix, contrastant avec les fameux longs récitatifs jacobsiens…

 

 Album phare de l’œuvre de Jacobs, la Marque jaune est d’abord un chef d’œuvre artistique et visuel : rarement une couverture de bande dessinée, telle une affiche de cinéma, aura aussi durablement influencée les créations postérieures. Tant et si bien que nombre d’auteurs contemporains en livreront des hommages, des parodies ou des citations plus ou moins directs. Pour prendre des exemples relativement récents, on citera ici les premières de couvertures de Baker Street t.1 : Sherlock Holmes n’a peur de rien (P. Veys et N. Barral - Delcourt - 1998) et de Le Chat t.14 : la Marque du Chat (Ph. Geluck - Casterman - 2007), qui sont deux variations humoristiques de l’œuvre originelle. Autre exemple de la notoriété « iconique » de cette couverture : en 2007, le journal Le Monde n’hésite pas à détourner son propre logo, ceci à l’occasion de la republication de l’album, lors du vingtième anniversaire de la disparition d’Edgar P. Jacobs. Les repreneurs graphiques postérieurs de la série, Ted benoit et André Juillard, livreront également divers ex-libris et illustrations hommages à Jacobs, rejoignant ainsi les très nombreux clins d’œil faits à cet univers mythique au sein de plusieurs albums et séries de bandes dessinées influencés par le style ligne claire.

 

 

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La Marque, une image "franco-belge" entre hommage et parodie.

 

 

 

Pistes supplémentaires 

 

 

-       http://www.blakeetmortimer.com/spip.php?article24 : page consacrée à l’album sur le site officiel de Blake et Mortimer.

 

-       http://www.marquejaune.com/index.php?option=com_content&task=view&id=43&Itemid=64 : Sur les traces de la Marque… : cases et photos issues de la propre documentation de Jacobs, enfin mises en parallèle.

 

 

 

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-       http://www.page2007.com/news/videoroll/blake-et-mortimer-la-marque-jaune : site permettant d’écouter l’album dans une version sonorisée.

 

-       http://blake-et-mortimer.over-blog.fr/0-categorie-10194931.html : croquis et esquisses d’André Juillard.

 

-       http://blake-jacobs-et-mortimer.over-blog.com : tout sur l’univers de l’auteur.

 

-       http://www.blakeetmortimer.com/spip.php?article47 : interview sur le thème « Science-fiction et insolite », tirée des correspondances entre Claude Le Gallo et Edgar P. Jacobs (fin septembre 1970), citée dans l’ouvrage Le monde d’Edgar P. Jacobs (Edition du Lombard, 2004).

 

-       http://emmanuelmailly.free.fr/essaiparent1.htm : exemples de visuels en hommage à la Marque jaune.

 

 

 

 

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Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Blake & Mortimer et Editions Dargaud.

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 18:22

 Mister Hyde contre Frankenstein est le deuxième volume apparaissant chronologiquement dans la récente collection 1800, imaginée par le scénariste et dessinateur Jean-Luc Istin pour les Editions Soleil, et dont le concept consiste à revisiter les oeuvres littéraires fondatrices du XIXème siècle. Dans les lignes conjuguées de Mary Shelley (1797 - 1851) et de Robert Louis Stevenson (1850 -1894), le scénariste Dobbs et le dessinateur Antonio Marinetti imaginent ici une relecture originale de deux mythes au croisement des genres Fantastique et Science-fiction : Frankenstein ou Le Prométhée moderne, roman gothique écrit en 1818 et Le Cas étrange du docteur jekyll et de Mister Hyde, nouvelle publiée en janvier 1886. Les deux oeuvres, effectuant une introspection de la société victorienne, ouvrent à de profondes réflexions éthiques et philosophiques sur des questions telles le pouvoir des sciences, le progrés effectué par les civilisations ou la psychanalyse de l'inconscient humain.

 En Europe,  à différentes époques, deux savants irresponsables défient dangereusement les lois divines. Victor Frankenstein a donné vie à un être artificiel surhumain et conscient, mystériseusement disparue, tandis que le docteur Jekyll a éloboré une drogue lui permettant de dissocier le bien et le mal en chaque individu. Que se passerait-il si Jekyll se retrouvait en possession des recherches de Frankenstein ?

 Vous découvrez ici la genèse de la couverture du tome 1, La Dernière nuit de Dieu, paru en mars 2010 (le volume cloturant ce dyptique est attendu en août prochain). Signalons que le visuel de couverture a été réalisé par l'illustrateur Gérald Parel, et que le scénariste Dobbs nous explique ici, à travers l'évocation des thémes pricncipaux, les différentes étapes de réalisation.

 Question projets de couverture écartés, nous avions tous deux émis l’hypothèse de la présence de fioles, mais ces dernières, bien qu’intéressantes, nous ont paru vite inutiles car imposant une distance. De plus Jekyll demeure un savant dans l’inconscient collectif, donc il y aurait eu une redondance. Dans des versions antérieures, il y avait aussi une trop grosse présence de Jekyll et du monstre…

 


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 L’importance du personnage de Jekyll est primordiale car cela permet de créer une interaction avec le lecteur : un regard caméra en quelque sorte qui implique et interroge, forcément
. Cependant, le visage de Jekyll est lui-même « séparé », car ses deux yeux ne sont pas éclairés de la même manière. L’œil situé dans la face éclairée est lui-même dans l’ombre (une marque du paradoxe, de la duplicité).

 

 Le personnage féminin (Faustine) tourne le dos au docteur et absorbe/se fond en lui : c’est d’ailleurs suffisamment décalé pour ne pas reprendre un visuel du type "affiche de Pretty Woman ", mais cela fonctionne  de la même manière puisque deux opposés s’allient. Elle se fond dans la masse noire car elle n’est dupe de rien et demeure une sorte de personnage de l’ombre.  Sa féminité permet aussi d’illuminer (lumière dramatique en contre-plongée) l’obscurité.

 

Tout fonctionne donc par jeu de regard implicite et explicite : le lecteur est forcé à une certaine complicité alors que le personnage féminin (Faustine) semble, quant à lui, avoir du mal à soutenir tout regard (Jekyll et le lecteur).

 
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 L’autre point de focalisation, c’est le monstre de Frankenstein. Plus particulièrement lui et la lumière lunaire qui l’accompagne (c’est un équilibre d’image qui s’oppose à la lumière artificielle et sale de la ville). Le monstre demeure mystérieux, il n’est qu’une forme dans les ténèbres et contribue à la dynamique de la diagonale de force de l’image

 


 La clef de l’équilibre de l’image
, c’est finalement la position de Faustine entre les deux « monstres »  (elle partage tout de même son dos avec celui de son maitre). Il y a donc aussi deux parties féminines dans l’image qui lancent sur des pistes différentes : Faustine est insérée dans la partie principale de l’image, tandis que la prostituée (visible dans la ruelle) n’est que "décor" dans une dimension urbaine sale et jaunie...

 

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Couverture finale et réalisation des étapes "pas à pas " :





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Poster américain de 1880.


 L'oeuvre de Stevenson, tout comme celle de Mary Shelley, fut portée plusieurs fois au cinéma : en 1931, Docteur Jekyll et Mr. Hyde (R. Mamoulian) fixe pour longtemps les codes et connotations sensuelles du mythe au sein des représentations hollywooodiennes, tandis que Victor Fleming en livre en 1941 une version plus classique. Relevons les parodiques Dr. Jekyll and Mister Mouse (production animées des studios Hanna-Barbera en 1947, mettant en scène Tom et Jerry) et Docteur Jerry et Mister Love, réalisé et interprété par l'inénarrable Jerry Lewis en 1963. Cas à part, Mary Reilly (Stephen Frears, 1996) nous fait revisiter l'histoire par le biais de la jeune domestique de la maisonnée. En 2005, le film canadien Jekyll + Hyde suivait quant à lui les douteuse recherches de deux étudiants en médecine ayant composé une drogue dérivée de l'ecstasy, susceptible de modifier leur personnalité...


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Affiche de 1931 pour le film de de R. Mamoulian




Liens annexes :

http://www.soleilprod.com/interviews%7C26%7C1800_la_nouvelle_collection_de_SOLEIL : présentation de la collection 1800 sur le site des Editions Soleil.

http://www.soleilprod.com/previews/mister%20hyde/pageflip_8.html : preview du tome 1.

http://dobbs.over-blog.com/ : blog du scénariste.

http://fr.wikisource.org/wiki/L%27%C3%89trange_Cas_du_docteur_Jekyll_et_de_M._Hyde et http://www.diogene.ch/IMG/pdf/shelley_frankenstein.pdf : oeuvres intégrales en ligne.



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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 18:24

 Dans les pas du mythique Rahan, Emmanuel Roudier a su réinvestir avec brio le champ de la bande dessinée "préhistorique"  :  né en 1971, passionné d’archéologie, l'auteur se fera remarquer avec Le Cycle de Vo’hounâ pour lequel il reçoit en 2003 le prix BoDoï - Leclerc « Décoincer la bulle » lors du Festival d'Angoulême. Le travail d’Emmanuel Roudier (planches de bandes dessinées ou illustrations originales) fera par la suite l’objet de plusieurs expositions, notamment au Musée d’Archéologie Nationale de Saint- Germain-en-Laye en 2005, au Neanderthal Museum en Allemagne et au Musée de l’Homme en 2006 ainsi qu’au Musée National de Préhistoire des Eyzies en 2007. 
 Depuis 2007, E. Roudier a développé une nouvelle série, Néandertal, où l'on suit la quête d’un homme rejeté par son clan en raison de son handicap...

 Vous découvrez ici la genèse de la couverture du tome 2, Le Breuvage de vie, paru en septembre 2009.




 Voici un petite visite guidée pas à pas de la réalisation de la couverture de l'album. J'espère que ce topo vous permettra de comprendre et d'apprécier la manière dont je m'y suis pris pour peindre cette illustration, à l'ancienne ou "en traditionnel" comme on dit maintenant quand on ne peint pas sur photoshop ! J'espère surtout, si vous aimez dessiner et peindre, que ce "pas à pas" vous donnera envie vous aussi de vous essayer à la création de ce genre d'image. (si c'est le cas, n'hésitez pas à m'envoyer les résultats !)


Etape01


 Etape 1


 Il s'agit du tracé au crayon de l'image. Ce tracé est effectué d'après un croquis de mise en place (je vous l'épargne, ça n'apporterait pas grand chose ici), agrandi "aux carreaux" pour conserver au plus juste les bonnes proportions. Le croquis de départ est réalisé sur un papier A4, et l'illustration finale sur un lavis Vinci format "raisin" (50x65 cm, moins les marges).




Etape02


 Etape 2


 Je commence par ébaucher l'arrière plan, ici le ciel et l'horizon crépusculaire, ce qui va donner le ton, c'est à dire la note dominante colorée de l'image.


 

Etape03
 
 Etape 3


 Dans la foulée, je rectifie les teintes du ciel et esquisse une ébauche du volume des nuages. Une fois ceci fait, je place avec un pinceau assez large les grandes masses colorées sur les personnages et le reste du décor. J'essaie de faire en sorte que les personnages soient liés au décor par la couleur et graphiquement, tout en m'assurant qu'ils s'en détachent convenablement par le contour de leur silhouette, leur contraste propre et/ou leur teinte (comme l'homme en ocre rouge).

 


Etape04

 Etape 4


 J'effectue la mise en place des couleurs du personnage principal, en m'assurant là encore qu'il entre dans un groupe cohérent avec les autres personnages, et qu'il s'en détache bien pour venir au premier plan.

 


Etape05

 Etape 5


 Une fois que je suis à peu près satisfait de l'ensemble du groupe, je commence à modeler les personnages du second plan en venant placer les ombres et les teintes sombres de leur anatomie et de leurs vêtements.

 



Etape06

 Etape 6


 Je fais de même avec le personnage en premier plan. Notez que pour le moment je ne me soucie toujours pas du décor et de l'arrière plan.

 

Etape07

 
 Etape 7

 Je poursuis le modelé des personnages en venant poser des lumières sur leurs corps, leurs vêtements et leurs armes, et en ajustant leur contraste propre et le contraste général du groupe.

 

Etape08

 Etape 8


 Je finalise quasiment le modelé des personnages et il est alors temps de passer au décor. C'est le moment de venir peindre l'herbe et les buissons de l'avant plan avec des gestes libres et souples qui vont donner de la vie, de l'énergie, et éviter un effet "gazon". Quelques retouches seront nécessaires et il faut surtout savoir ne pas trop détailler au risque de voir la zone se figer, s'alourdir et devenir trop présente en regard de sa place dans la composition. Au besoin, une petite série de glacis vont venir corriger la teinte globale de l'avant plan et l'assombrir juste ce qu'il faut.



Etape09

 Etape 9


 Je m'attaque au décor du second plan, herbe, buissons et arbre mort. Le choix de la couleur violette pour rehausser s'impose pour contraster avec le vert sombre du fond et évoquer des buissons de bruyère, par exemple. Je commence également à définir le contour de l'arbre mort et son contraste, ce qui m'amène à éclaircir la couleur du ciel.

 

 



Etape10

 
 Etape 10

 Du coup, l'ébauche des nuées ne me plait plus et, tout en renforçant le contraste global de l'image en assombrissant la silhouette de l'arbre et en éclaircissant toujours le ciel, je tente une nouvelle approche des nuages, non plus comme un "toit" orageux, mais comme un horizon de cumulonimbus.

 

 

Etape11
 
 Etape 11


 Finalement ça ne me plait pas non plus. Le bleu du ciel vient trop contredire l'aspect crépusculaire du paysage. L'aspect des nuages, trop gras, risque de plomber la composition et de se raidir si je veux vraiment en détailler le volume et la lumière. Je reprends donc presque tout le ciel en recouvrant l'ancien avec un certain nombre de glacis, jusqu'à trouver la bonne teinte. J'opte pour un vert plus jaune qu'au début, (plus proche de mon esquisse colorée) et qui tranchera mieux visuellement par rapport à la couleur du ciel de la couverture du tome 1.

 

 

 

Etape12
 
 Etape 12


 Je décide au bout du compte de ne pas trop exagérer sur la dramatisation et calmer le ciel avec des cirrus, cirrostratus et cirrocumulus. Je finalise l'arrière plan du paysage avec la rivière marécageuse et m'assure que le tout donne bien une ambiance crépusculaire. Une fois que je suis certain que mon ciel ne bougera plus, il est temps de finaliser les contrastes et les contours, en commençant par l'arbre dont je reprends pas mal le dessin des branches et en finissant avec les personnages, que je retouche infimement ici et là (une petite accroche lumineuse sur l'angle du bloc d'oxyde de manganèse, par exemple).

 

 

 Une fois que le résultat est jugé satisfaisant, c'est le moment tant attendu de retirer les scotchs de protection, histoire de pouvoir présenter un original propre et net !

 

 

 


finale
 
 Etape 13


 Ceci étant, avant de déclarer "c'est fini", il convient de laisser passer au moins trois ou quatre jours, juste pour pouvoir poser sur l'illustration un regard reposé, à même de relever des faiblesses ou des oublis par-ci par-là que la fatigue aurait laissé filtrer. Quand, avec un peu de recul, on se dit qu'il ne faut surtout plus y toucher, c'est que le moment est venu de signer l'image et de ranger les pinceaux.





Liens annexes :

http://roudier-neandertal.blogspot.com/ : site de l'auteur.

http://roudier-neandertal.blogspot.com/2007/11/making-of-de-la-couv.html : making-of de la couverture du tome 1 de la série Néandertal.

http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/neandertal_1_le_cristal_de_chasse : page dédiée à la série sur le site des Editions Delcourt.


 Le dossier a été établi avec l'aimable autorisation de l'auteur : toutes les images lui appartiennent de droits et ne sauraient être reproduites sans son autorisation.
 

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 10:19

 Ce nouveau dossier autour de l'élaboration d'une couverture laissera amplement la parole à Hervé Duphot, auteur notamment de l'adaptation du fameux roman fantastique d'Henry James, Le Tour d'écrou (1898), publié dans la collection Ex-libris chez Delcourt en 2009. L'auteur revient ici sur la genèse de ce projet et explique sa propre conception du premier plat de son ouvrage...


 Comment a débuté ce projet ?

Après quelques essais personnels d'adaptation et des mises en ligne de certaines de mes planches de bd sur le forum Café Salé, j'ai été contacté par Jean-David Morvan qui me demandait si j'étais intéressé par une adaptation littéraire et si j'avais un livre à lui proposer. 

 J'ai réfléchi plusieurs mois et je me suis souvenu d'un livre dont notre prof d'anglais au collège nous avait lu des extraits.
J'en avais gardé une impression assez forte,  de plus je voulais travailler sur un livre traversé par un univers fantastique. L'adaptation littéraire n'était intéressante pour moi qu'à cette condition. Mais hélas, les livres libres de droits issus  de la littérature fantastique sont assez peu nombreux ou ont été beaucoup adapté (comme Edgar Allan Poe). La littérature fantastique n'a commencé à se développer réellement qu'au 19ème siècle...

 J'ai relu le livre et le texte n'était vraiment pas facile d'accès et j'ai donc fait des essais pour moi sur une ou deux pages. Ça ne m'a pas semblé impossible alors j'ai poursuivi.

 J'ai ensuite commencé les premières pages que j'ai soumis à J.-D. Morvan et Delcourt qui ont aimé. J'ai été un peu maladroit dans la mesure ou le début de l'histoire ne reflète pas tout à fait la suite et mon style évolue un peu après les premières pages d'ailleurs. (Mais c'est mon premier album !).


  Pourquoi ce livre en particulier ?

- Pour l'ambiance ;
- Pour la façon dont est traité le fantastique (on n'est jamais sûr de rien, rien n'est montré) ;
- Pour jouer sur l'ambivalence des points de vue et l'atmosphère de folie (qui a raison dans l'histoire ? Les fantômes existent-ils où sont ils dans l'esprit de la gouvernante ?) ;
- Pour les enfants diaboliques (assez peu traités en bd finalement) ;
- Pour l'époque victorienne et le graphisme que je pouvais développer ;
- Pour le lieu unique qu'est le château ;
- Parce que cette histoire évoque de nombreux univers picturaux pour moi (Whistler, Turner, Sargent, les Nabis, même les impressionnistes), qu'il m'interessait de rendre en bd ;
- Pour l'aspect intimiste, la folie et le peu d'action (diffcile à rendre intéressant en bd mais un vrai enjeu).


Entre fidélité à l'oeuvre et adaptation plus ou moins littérale, quels ont été vos propres choix et comment ont-ils été "jugés" par la critique ?

 J'ai essayé d'être le plus fidèle possible au livre (peut-être trop mais c'est aussi la collection Ex-libris qui veut ça). J'ai adopté un style sobre et sans effet inutile pour bien resituer ça dans un univers "tout-à-fait normal", en faire le moins possible (pas de château type Dracula, pas d'apparitions fantômatiques exagérées…). Au contraire, il me semblait que la normalité apportait à l'histoire.

 Certains critiques l'ont bien compris, d'autres me l'ont reproché.

 On  m'a reproché aussi une certaine platitude qui est toutefois très forte dans le récit initial. Il y a énormément de redondance, tant dans l'action que dans les texte d'ailleurs. Il  se passe assez peu de choses en fait.

La difficulté est que le livre laisse une impression forte tout en étant assez lourd (à mon goût). Pourtant les gens semblent l'oublier. Le livre rappelle le film Les Autres (A. Amenabar, 2001),  qu'il a semble-t-il inspiré mais en beaucoup moins "moderne". Il existe également un film visiblement très bien, The Innocents (J. Clayton, 1961), ainsi qu'un opéra, que je n'ai pas vus.

De même, la fin du livre est assez décevante et nous l'avons pensée (avec l'éditeur) un peu plus ouverte (tout en étant fidèle).
 J'ai également beaucoup travaillé avec la couleur et le traitement au pinceau pour ajouter à cette ambiance à la fois intimiste et très "normale" aussi.


Venons-en à la couverture à proprement parler : quelles images aviez-vous en tête lors de sa conception et quelles furent les différentes étapes de son élaboration ?

 
Je pense que parfois on y réfléchit à la fin (comme c'est le cas sur l'album sur lequel je bosse actuellement) mais parfois des idées viennent en route et là c'est le cas.

Deux solutions : s
oit on prend une image forte de l'album, soit une image qui retranscrit l'ambiance. J'ai hésité longtemps entre les deux tout en sachant que la seule image vraiment forte c'est l'apparition derrière la vitre, et encore elle n'est forte qu'à l'intérieur du récit, sinon…


1

Ça, c'est une image que j'ai dessiné au début tout en sachant que ça ne ferait pas la couv' car le garçon n'y est pas. Et puis là, c'est la femme qui protège l'enfant et ce n'est pas vraiment ça dans l'histoire !


 2

3

 Une autre image d'ambiance mais pas assez choc pour une couv'. Elle m'était inspirée d'une peinture (Les Enfants Pailleron, 1881) de John Singer Sargent qui, d'ailleurs, a servi de couv' à certaines éditions du Tour d'écrou (j'ai découvert dans mes recherches que Sargent et Whistler se connaissaient !). C'est un viseul où rien ne se passe et où, pourtant, l'ambiance est très pesante. Mais ce qui marche en peinture ne fonctionne pas forcément en bd. Mais déjà la fenêtre est présente...


 Ensuite c'est autour de la fenêtre que vont s'orienter mes recherches. J'hésitais à mettre le ou les "méchants fantômes" dans la mesure où on ne sait pas durant le récit s'ils existent ou non. Les représenter en couv' aurait fait perdre de l'intérêt à l'histoire il me semble. Lorsqu'ils apparaissent dans l'album, on ne sait jamais si c'est la gouvernante qui affabule ou pas...


4
 
Un rough où les persos sont acculés contre la fenêtre. Le temps gris amène l'ambiance, mais au final c'est du dehors que vient le mal dans l'histoire, donc ça ne fonctionne pas trop.


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Une image qui n'est pas destinée à une couv', plus une recherche d'ambiance. Mais je ne pense pas que ce soit assez effrayant !


 7

Une variante des précédentes. Cette fois, le mal est dehors. Mais je ne me sentais pas de travailler de cette façon très picturale, proche de Sargent. Et je n'était pas convaincu non plus...

 8

 Une autre variante. Mais au final les fantômes menaçants ne se résument qu'à des personnages qui regardent par la fenêtre.


9 

A la même époque sort ce film (J.A. Bayona, 2007) et je me dis qu'on va m'accuser de plagiat ;-) L'ambiance est vraiment très proche. Pourtant dans ce film, la fenêtre ne joue pas un rôle majeur, contrairement au Tour d'écrou.


10

Cette fois je crobarde un rough sur un carnet que je mets en couleurs rapidement. Je tente une lumière qui créerait une ombre portée menaçante mais ça s'avère vite assez difficile à réaliser. L'image suivante le montre bien. Ça fait un visuel trop complexe ou bien ça m'oblige à jouer avec des effets de "transparence Photoshop", ce que je n'ai fait à aucun moment dans l'album : j'aime quand une couverture est traitée comme les dessins à l'intérieur.


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Malgré tout je ne me souviens plus, mais j'ai dû la proposer à l'éditeur avec deux autres pistes. Mais un peu trop grand-guignolesque à son goût...


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 Un autre axe, plus graphique, un mix de personnages. C'est une idée esquissée rapidement qui aurait joué sur les regards et le côté trouble de chacun des personnages. Une ambiance très Cluedo au final ;-)


La même en couleurs. L'ambiance y est je trouve. Mais je ne crois pas l'avoir proposée !

14

 
Je propose finalement trois couvertures à l'éditeur :

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 Je ne sais plus vers lequel des visuels se porte mon choix.
 Sur le site Café Salé, je demande l'avis des internautes. Tout le monde préfère celui au crayon. Je ne sais plus quoi penser.


L'éditeur préfère celui avec la femme qui marche vers le château avec les enfants.


J'ai fait plusieurs recherches de couleurs :

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Cette image ne se situe pas dans l'histoire finalement, mais elle évoque bien cette ambiance menaçante.
Sont-ce les enfants qui sont maléfiques ou cette femme qu'on ne voit pas et qui les entraine vers ce château ?
J'essaie des couleurs diurnes, plus proches du récit. mais l'ambiance nocturne est plus forte. Je tente aussi une ambiance plus "aube", comme pour évoquer la fin ou le début de quelque chose, comme si elle ramenait à la maison, au petit matin, ces enfants qui ont fait des bêtises.

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 Je fais un essai avec des encres et de l'aquarelle. Au final j'aime cette teinte verdâtre qui n'existe pas vraiment dans la réalité et qui du coup apporte un plus au visuel.

 Au passage, sur tous ces essais, j'ai proposé un style de titre mais qui n'a pas retenu l'attention de l'éditeur. Peut-être ont-ils eu raison de partir sur un titre plus sobre, plus littérature classique. Je n'ai pas d'avis alors je les laisse faire.


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Je passe au crayonné.

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C'est la seule page où je me suis trompé dans le format. J'ai dû rajouter de la matière à la palette graphique (voir le haut des arbres et les côtés).

47565060

Au final je suis assez fier de cette couverture. Pour moi c'est très important et je trouve que la plupart du temps elles sont assez quelconques, mais là il me  semble avoir pondu un bon visuel ;-) Peut-être me trompe-je ?


Je trouve qu'un dos ça parle énormément. J'avais été marqué par ces peintures de Vilhelm Hammershoi, un peintre des pays nordiques qui peint ses personnages de dos. (Intérieur, 1899).

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James Abbott McNeil Whistler pour le personnage féminin :

24

Les films Damien : la malédiction (R. Donner, 1976) et Le Village des damnés (W. Rilla, 1960) pour les enfants.

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Merci à vous !



Liens annexes :

http://www.editions-delcourt.fr/actualites/news/bande_annonce_le_tour_d_ecrou : page dédiée sur le site des Editions Delcourt.

http://herveduphot.free.fr/ et http://bradasse.canalblog.com/ : site et blog de l'auteur.
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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 18:44

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -
Sir Arthur Benton

 

1er cycle

 

Tarek et Stéphane Perger

Emmanuel Proust Editions, 2005 - 2006.


 

  SirArthurBenton01 CoverP1

wannsee couv

Benton0001

DOSSIER  en ligne et téléchargeable  :

Lecture en plein écran :
http://fr.calameo.com/read/000113087cdbd40b864b2


 

L’intrigue en résumé 

 

 Tome1 : De nationalité anglaise, le redoutable agent d’espionnage Sir Arthur Benton a pourtant choisi de soutenir les nazis. Arrêté par les Alliés en 1945, il n'accepte de fournir des informations qu'à celui qui le pourchasse depuis 1929, le colonel de la Taille, agent du 2ème bureau français. Cette année-là, qui marque le début de la crise économique, au cours d'une opération secrète se déroulant à Istanbul, plaque tournante des espions de l'époque, Benton aide les nazis à acquérir des armes et de l'argent afin de faciliter leur arrivée au pouvoir en Allemagne au moment des élections de 1930. A chaque interception, la Taille échoue pour briser son action ou pour le neutraliser.

 

 Tome 2 : En janvier 1942, Benton assiste sans y être convié à la conférence de Wannsee, décision majeure de l'Allemagne nazie qui organise la  « solution finale ». Farouchement anticommuniste, Benton s’oppose de plus en plus aux décisions politiques du Reich, que l'attentat raté contre Hitler en juillet 1944 fait définitivement sombrer dans la folie.

 

Tome 3 : Après la conférence de Yalta, en février 1945, Staline prépare déjà l’après-guerre : les Soviétiques capturent les savants, nazis ou pas, dans les pays qu’ils libèrent. Pour combattre les communistes après la guerre, Benton s’organise pour expatrier lui aussi certains Allemands. Afin d’éviter que les meilleurs éléments se retrouvent chez les Soviétiques ou chez les Américains, le colonel de la Taille reçoit l’ordre de De Gaulle d’exfiltrer d’éminents scientifiques et ingénieurs en France. L’affrontement des services d’espionnage entre les Alliés contre le nazisme a déjà commencé. Contraint d’abandonner la poursuite de Benton, de la Taille accomplit cette tâche pendant la bataille de Berlin, jusqu’au moment où il tombe nez à nez sur lui…



COV01 COV02 COV03

COV04 COV05 COV06

 Recherches pour le visuel du tome 1 par S. Perger.

 



 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-       Quels sont les titres de la série et de chacun des albums ? Que dévoilent-elles de l’intrigue ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de ces albums ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-       Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de chacune des trois couvertures ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le(s) titre(s) et le(s) visuel(s), imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cette saga.

 

-       Trouvez dans chaque cas le rapport entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : nazisme, svastika, étoile de David, solution finale, faucille et marteau

 

-       Ces couvertures vous donnent-elles envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-       Essayez de décrire l’atmosphère de ces couvertures. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-       Tentez de trouver des œuvres (romans, bandes dessinées, films) se déroulant dans un contexte d’espionnage lié au second conflit mondial.

 


couv1 

Finalisation du visuel du tome 1.

 

 

Les auteurs de Sir Arthur Benton

 

 

 Scénariste vivant à Rennes (Ille et Vilaine), Tarek a d’abord mené des études d’histoire de l’art et d’histoire médiévale à la Sorbonne. Chez Emmanuel Proust éditions, il imagine en 2005 avec le dessinateur Stéphane Perger la trilogie Sir Arthur Benton, série d'espionnage pendant la Seconde Guerre mondiale qui a immédiatement connu un très bon accueil public et critique : prix du meilleur premier album de Moulins, prix du meilleur scénario de Decines et prix du meilleur scénario de Marly en 2005, prix du festival de Rouans en 2006. Il scénarise également chez le même éditeur deux trilogies ayant pour toile de fond la Russie : Raspoutine (avec Vincent Pompetti, en 2003) et Le Tsar Fou (avec Lionel Chuin, depuis 2005).  

 

Le dessinateur et coloriste Stéphane Perger vit à Strasbourg. Diplômé des Arts Décoratifs, il commence le métier avec l’adaptation en bande dessinée d’un volume de la série policière Le Poulpe, Pour Cigogne le glas (Editions 6 Pieds Sous Terre, 2001). Remarqué pour son style réaliste tourmenté aux influences picturales et cinématographiques, il réalise en couleur directe la série Séquana (scénario de Léo Henry, dès 2008) et la trilogie Sir Arthur Benton.

 

  La saga Sir Arthur Benton est désormais riche de cinq titres, parcourant l’histoire tragique du XXème  siècle, de la crise de 1929 jusqu’à la Guerre Froide. Le projet est né chez Tarek d’une volonté ancienne d’écrire sur la Seconde guerre mondiale, liée à une rencontre avec des survivants des camps. Cette alchimie de la fiction et du didactique donnera lieu au récit dessiné en couleur directe par Stéphane Perger pour le premier cycle. Le second trilogie, dessinée par Vincent Pompetti, commence au lendemain de la prise de Berlin par les Alliés en 1945 et se terminera avec la mort de Staline en mars 1954. On notera que chacun des ouvrages est accompagné d’un dossier complémentaire fournissant d’amples renseignements sur le contexte, les personnages et le cadre de l’espionnage. Stéphane Perger s’impliquera dans le devenir de la série en dessinant les affiches de l’exposition qui lui a été consacrée au Mémorial de Caen en 2008.


 

5 titres sont parus depuis 2005 :

 

-    Tome 1 : Opération Marmara (2005) ;

-    Tome 2 : Wannsee, 1942 (2005) ;

-    Tome 3 : L’Assaut final (2006) ;

-    Tome 4 : L’Organisation (2008) ;

-    Tome 5 : Le Coup de Prague (2009)

 

 affiche mémorial Caen

 Affiche de l'exposition du Mémorial de Caen (2008).

 


 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 

L’alliance du titre et du visuel de premier album fait immédiatement plonger le lecteur dans le récit d’espionnage au sein d’une période cruciale de l’histoire contemporaine. On devinera le croisement d’intérêt entre des nations alors opposées : l’Angleterre (Sir Arthur), la Turquie, la Russie (Marmara) et l’Allemagne hitlérienne (croix gammée). L’emblème nazi étant du reste devenu un effet visuel récurrent, symptomatique des  nombreuses et récentes productions évoquant le conflit mondial (voir les couvertures de Il était une fois en France t.2 (Glénat, 2008), Malgré nous (Quadrants, 2009) ou Spirou, Le Groom vert-de-gris (Dupuis, 2009)), Tarek exprima son point de vue sur le sujet :

 

« Je pense que la banalisation de la svastika est dangereuse car des esprits faibles ou ignorants pourraient penser que ce sigle est anodin et n’évoque rien de bien grave. Certaines couvertures sont même indécentes ! J’ai lu la plupart des BD en question et je pense que Il était une fois en France et Malgré nous utilisent avec intelligence ce sigle car les histoires sont sérieuses et donnent à réfléchir : ce n’est pas un acte commercial totalement gratuit, il y a un propos derrière. Les autres albums sont, selon moi, victimes d’un phénomène de mode qui les dépasse, rien de plus… Dommage. »

 

 

couvroughs cov1 cov2
cov3 covok


Roughs pour les tomes 2 et 3 (en haut à gauche) et recherches conceptuelles pour la couverture du tome 2.



Interrogé sur la conception des couvertures, le scénariste répond :

 

« C’est un choix d’auteur et j’ajouterai même que, Stéphane [Perger] et moi, nous avons assumé la responsabilité des couvertures. Nous avions envie de marquer les esprits en utilisant les mêmes procédés qu’à cette époque : les sigles politiques étaient partout visibles dans les rues et ils représentaient des idéologies bien marquées et antagoniques. Le tome 1 représente les bourreaux (la svastika est l’emblème du NSDAP), le tome 2 les victimes (l’étoile jaune identifiait les juifs dans les pays occupés) et le tome 3 les libérateurs (la faucille et le marteau sont les emblèmes du communisme et de l’URSS, le pays qui a payé un lourd tribut dans cette guerre). Enfin, le noir, le jaune et  le rouge sont les couleurs du drapeau de la nouvelle Allemagne démocratique. Bref, la trilogie n’a pas des couvertures pour « faire beau » mais pour bien annoncer le contenue des histoires et faire passer un message fort : la propagande utilise toujours des symboles simples mais efficaces car étudiés pour toucher le plus grand nombre de personnes. J’ai écrit une préface dans le premier tome pour expliquer ma démarche et je pense que celle-ci était nécessaire. »

 

Double extrait d’une interview réalisée par M. F. Picaud en Octobre 2009 (Site Auracan.com).

 

 

 Outre la symbolique évidente des emblèmes ou représentations de chaque camp, on devinera sur chacun des visuels de couvertures un « jeu » iconographique et syntaxique permettant  la variation sur le même thème : la série est toujours identifiée du nom de Sir Arthur Benton mais le personnage illustré est à chaque fois différent. Idéologie, point de vue et méthode varieront d’un album à l’autre, faisant prendre conscience de l’impossible neutralité des divers agents impliqués dans une lutte sans merci et aux enjeux humanistes et politiques cruciaux.

 

 Où est le Bien ? Qui personnifie le Mal ? Si la lecture du tome 1 déjoue considérablement les attentes traditionnelles  du lecteur sur l’incarnation type du héros (annoncé à priori par le titre de la saga), le tome 2 enfonce le clou en ouvrant au débat : la défense légitime de la judéité en 1942 justifie-t-elle que le personnage montré en couverture (Armand de La Taille) puisse lui-même commettre le crime annoncé par sa démarche et son arme ? Pour le tome 3, la féminité devient la nouvelle stratégie fatale (la faucille) contre la vanité des hommes de pouvoir (le marteau). Les attributs du prolétariat ouvrier et du monde paysan, adoptés sur le drapeau soviétique en 1923, indiquent également l’avènement d’une ère ouverte aux changements mais voyant s’affronter deux conceptions antagonistes du monde, tandis que les paroles du refrain issues du chant révolutionnaire de L’Internationale (« C’est la lutte finale … ») sont connotées par le titre L’assaut final.

 


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BENTONINT14 BENTONINT15

COUVintegrBENTON

Recherches et projet final pour la couverture de l'intégrale de Sir Arthur Benton.



 Cette stylisation géopolitique sur indique  une vision romanesque et cinématographique : c’est notamment l’ambiance du thriller d’espionnage, quelque part entre le film noir hollywoodien (Le Troisième homme, C. Reed, 1949) et le suspense hitchcockien (Les 39 marches, 1935 ; Une femme disparait, 1938 ; L’Homme qui en savait trop, 1956)). Très récemment, cette mêle stylisation se retrouvera graphiquement mise en scène par l’affiche du film Valkyrie (B. Singer, 2008) : chaque branche de la croix gammée « invite » à suivre un parcours de mort et de sang, isolant tragiquement les protagonistes (partisans ou opposants du régime) dans leurs idéologies extrémistes (voir ainsi la couverture du coffret de la trilogie dessinée par S. Perger).

 Dans le cas de Sir Arthur Benton , cette conceptualisation est idéale puisqu’elle permet d’appréhender un monde occidental construit  depuis la fin de la Première Guerre mondiale à partir de symboles complexes et peu manichéens, comme l’affirme Tarek lui-même :

« La guerre par définition est complexe et les enjeux sont multiples car chaque camp a des visées propres. Les Alliés ont un ennemi commun et pourtant ils se détestent. Les forces de l’axe agissent séparément, les nazis mènent une guerre raciste, les pays conquis résistent plus ou moins… Bref, la complexité doit se retrouver au final dans le récit. Le récit d’espionnage qui compose la narration principale est par conséquent plus « gris », les événements ne sont pas présentés d’une manière manichéenne. »

 

Extrait d’une interview réalisée 2009 pour l’Union des Etudiants Juifs de France.

 

 
couverture-coffret

Dessin de couverture du coffret du premier cycle.



 

Pistes supplémentaires 

 

 

 

-       http://www.epeditions.fr/livre/Sir%20Arthur%20Benton/9782848101699 : page consacrée à l’intégrale sur le site des Editions Emmanuel Proust.

 

-      http://www.youtube.com/watch?v=NOP_xZSuFdo
http://www.youtube.com/watch?v=iRwWh8PLjHQ&feature=related : double interview vidéo du scénariste, parue à l’occasion de l’exposition hommage du Mémorial de Caen en 2007.

 

-       http://www.uejf.org/uejf_detail.php?id_art=961&id_type=1&sid=%24sid  : interview du scénariste  parue à l’occasion de la publication du tome 3 de la série en 2006.

 

-       http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?item=232 : interview du scénariste  parue à l’occasion de la publication du tome 5 de la série en 2009.

 

-       http://www.tarek-bd.fr/ : le site officiel de Tarek.

 

-       http://www.auracan.com/Indiscretions/indis.php?actu=240 : article du site Auracan : « Trop de croix gammées en couvertures de bandes dessinées ? » (mai 2009).

 

-       http://secondeguerre.net/hisetpo/gu/hp_espionnage.html : l’espionnage pendant la Deuxième Guerre Mondiale.
 

-       http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/article-23285372.html : analyse de l’affiche du film Valkyrie.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Emmanuel Proust, Tarek et S. Perger, 2005 à 2009.

 
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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 14:00

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

Le Marquis d’Anaon t.1 :

L’Ile de Brac

 

Fabien Vehlmann, Mathieu Bonhomme et Delf

Ed. Dargaud, 2002.


 

  Marquis-T01---Page---01.jpg


Accès image en très grande taille :
http://a7.idata.over-blog.com/2/40/05/64/Marquis-d-anaon/Marquis-T01---Page---01.jpg

Dossier en ligne et téléchargeable :


Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/000113087e1b31c84691d



 
L’intrigue en résumé 

 

 Au XVIIIème siècle,  sur une île au large de la Bretagne. Jean-Baptiste Poulain débarque sur ce coin de terre perdu en pleine mer en tant que précepteur de Nolwen, le fils du Baron de Brac. Ce dernier a si mauvaise réputation que tous les insulaires le surnomment "l'Ogre".

 Mais que se passe-t-il réellement sur cette île où les enfants disparaissent avant d'être retrouvés assassinés, les uns après les autres ? Une malédiction ? Un tueur fou ?

 Cerné par l'océan, traqué par le mal qui rôde, invisible, terrifiant, Jean-Baptiste deviendra celui qui découvrira la vérité : celui que les habitants de l'île nommeront le « Marquis d’Anaon »…

 

 


 

 Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-       Quels sont les titres de la série et de l‘album ? Que dévoile ce dernier sur l’intrigue ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de cet album ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-       Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-       Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : marquis, baron, superstition, légende, ogre.

 

-       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-       Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-       Tentez de trouver des œuvres (romans, bandes dessinées, films) se déroulant sur une ile isolée ou « coupée du monde », en proie à des événements étranges ou inquiétants.

 

 

couverture-2.jpg

Visuel de couverture de la première réédition (novembre 2004).

 



 

Les auteurs du Marquis d’Anaon

  
 Né en 1972 à Mont-de-Marsan (Landes), Fabien Vehlmann débute comme scénariste en participant à un concours organisé par le Journal de Spirou. Depuis 2000, il a su imposer de multiples séries chez plusieurs éditeurs (Green Manor avec D. Bodart en 2001 (Dupuis), Le Marquis d’Anaon en 2002 avec M. Bonhomme (Dargaud), Ian avec R. Meyer en 2003 (Dargaud), Seuls avec B. Gazzotti en 2006 (Dupuis)), n’hésitant pas à travailler dans différents genres tels la comédie, l’anticipation le fantastique. Il inaugure avec Yoann la série Une Aventure de Spirou et Fantasio par… en 2006 avec Les Géants pétrifiés, puis reprend officiellement dès janvier 2009, aux cotés du même dessinateur, les rênes de la série Spirou dont le 51ème album paraitra en 2010.

 
  Matthieu Bonhomme est né à Paris en juin 1973. Il se lancera très vite dans un enseignement artistique dont la finalité sera un BTS d'arts appliqués, obtenu en 1992. Plusieurs rencontres décisives (avec Christian Rossi, Serge Le Tendre, et Jean-Claude Mézières) lui permettent de recevoir de précieux conseils concernant le métier d’auteur sous toutes ses formes. Après divers travaux de presse (BD et illustrations) dans de nombreux magazines tels que Le Journal de Spirou, Je Bouquine ou D-Lire, il réalise ensuite un récit de 46 pages publié dans Okapi en 2000 (Victor et Anaïs, sur un scénario de Jean-Michel Darlot). Une nouvelle rencontre décisive sera celle à l'atelier de la place des Vosges avec Fabien Vehlmann, qui lui écrit Le Marquis d'Anaon, série plus que prometteuse éditée chez Dargaud depuis 2002.
 Matthieu Bonhomme rencontre également le succès avec deux autres séries aux ambiances historiques affirmées : l’épopée maritime du début du XXème  siècle dans Le Voyage d’Estéban (3 albums publiés chez Milan depuis 2005), et la rencontre du Moyen Age et du récit Merveilleux dans Messire Guillaume (3 albums aux Editions Dupuis à partir de 2006 ; scénario de Gwen de Bonneval).

 

 
 La saga du Marquis d’Anaon débute dans les années 1720 : dans chacun des albums, Jean-Baptiste Poulain, fils de marchand et ancien étudiant en médecine, se rend dans les contrées où des phénomènes mystérieux ont été observés ou dans lesquelles des crimes inexplicables ont été commis, tant pour enrichir ses connaissances scientifiques que pour venir en aide aux victimes d'événements qui semblent surnaturels. Esprit cartésien et rationnel, il doit faire face aux habitants de régions reculées dans lesquelles règne l'obscurantisme, et où les situations de crise se traduisent souvent par la persécution des groupes vivant en marge de la collectivité. Les relations avec les aristocrates ne sont pas plus simples qu'avec les gens du peuple, chacune des parties du corps social obéissant à ses propres préjugés.

 À l'instar des Passagers du vent, la série du Marquis d'Anaon recrée le passé sans en trahir la complexité, en présentant au lecteur les aventures d'un personnage légèrement en avance sur les mentalités de son époque. À l'issue de sa première aventure, les paysans de l'île de Brac donnèrent au héros le surnom allégorique de « marquis d'Anaon », autrement dit « le seigneur des âmes en peine ». Le dessin très élégant de Matthieu Bonhomme, son sens aiguisé de la composition des images et des planches, est en parfaite harmonie avec les histoires originales qu'invente pour lui Fabien Vehlmann. Les deux auteurs en profitent, au fil des épisodes, pour revisiter les grands thèmes classiques du surnaturel (sorcellerie, bête du Gévaudan, Hollandais Volant et malédiction des pharaons).

 

 

5 titres sont parus depuis 2002 :

 

-    Tome 1 : L'Ile de Brac (2002) ;

-    Tome 2 : La Vierge noire (2003) ;

-    Tome 3 : La Providence (2004) ;

-    Tome 4 : La Bête (2006) ;

-    Tome 5 : La Chambre de Kheops (2008)

 



couverture-3.jpg

Viseul de couverture de la deuxième réédition (juin 2008).


 

 

Lecture et analyse de la couverture 

  
 La couverture étudiée ici est celle de la première édition de L’Ile de Brac, datant de 2002. Deux versions postérieures illustreront les rééditions successives effectuées en 2004 et 2008. Le nom de la série, assez opaque au premier abord, a cependant le double mérite d’ancrer une conceptualisation historique et littéraire : le seul mot (et titre…) de marquis évoquera l’époque Moderne ou le Siècle des Lumières (XVIIIème siècle), dont on devinera l’importance thématique à la vision du dessin de couverture, où le héros apparait justement entre ombres et lumières. Dans ce « siècle éclairé » (expression datée de 1671) la lumière métaphorique des connaissances - et non l’illumination divine, émanation de l’absolu -  est acquise par l’expérience et l’enseignement du passé. Elle suggère aussi, une vision manichéenne du monde, où l’« homme éclairé » s’oppose à la masse de ceux restés dans les ténèbres. Si la formule a donc bien tant une dimension sociale qu’une dimension spatiale, c’est sous la plume des philosophes que les Lumières vont désigner, par métonymie, les élites européennes ouvertes aux nouveautés : une « République des Lettres » éclairée, fidèle à l’esprit da la Renaissance.

 
 Au sein de cet album, il y a crime, mais nous n’assisterons pas, à proprement parler, à une enquête policière. Celle-ci est pourtant affirmée par les codes couleurs déployés sur le premier plat : le noir, le rouge, le violet et le jaune/vert y désignent à la fois l’univers du Roman Policier celui du Fantastique. Entre revenants et ogre, l’histoire à priori « fantastique » sera habilement détournée par Fabien Velhmann, venu déjouer habilement tous les clichés. Un œil habile distinguera, dans cet éclairage volontairement  expressionniste et dramatique, une mise en scène destinée à perdre littéralement le lecteur : l’ombre portée sur les rochers symbolise à vrai dire ici  la mise en œuvre du célèbre Mythe de la caverne de Platon.  Les postulats sont simples en apparence : le Fantastique - et l’horreur qui l’accompagne - est dans l’ambiguïté de nos perceptions (superstitions ou croyances) qui construisent un semblant de réalité, alors, qu’à l’inverse, l’enquête est une quête dans la triple recherche de la vérité, de la lumière et de l’analyse de soi. Jean-Baptiste Poulain, détenteur de la lumière (porteur de la lampe tempête) est  une action humaine en marche (voir le symbolisme de la couleur révolutionnaire rouge de son vêtement), cherchant la vérité dans l’isolement forcé de l’ile.

 
 On constatera encore, dès le titre, que l’album s’inscrit dans le vaste domaine des aventures littéraires ou cinématographiques qualifiées de robinsonnades, telles Robinson Crusoé (D. Defoe, 1719), L’Ile Mystérieuse (J. Verne, 1874), L’Ile du Docteur Moreau (H.G. Wells, 1894), King Kong (film de M.C. Cooper et E.B. Schoedsack, 1933), ou la série TV Lost (créée en 2004 sur la chaine ABC par J.J. Abrams, D. Lindelof et J. Lieber) : l’aventure est dans l’apprivoisement d’un monde effrayant ou l’isolement est démultiplié (géographique, météorologique, social et moral) et où le danger se glisse entre  ignorance sauvage et savoir scientifique. De ce point de vue, une référence comme l'album d'Hergé L'Ile noire (1938) permet un jeu induit entre réalité ("je" ou "il" ) et néant (le noir, le vide). Ce glissement de sens (perception/intuition/déduction) induit également un va-et-vient spatial et sémantique, dans l’espace déterminé par l’homophonie du mot « île » avec le pronom personnel masculin « il ». L’ile deviendra de fait dans l’album le lieu du déterminisme du personnage central, qui recevra à l’issue de sa quête la reconnaissance nominale de son cheminement personnel : il sera désormais le héraut des « âmes en peine ».

 

 
 Dans cette couverture, in fine, on trouvera l’idée générale d’affrontement entre les éléments : l’Homme seul face au monde environnant, la lumière contre les ténèbres, le minéral opposé au végétal, la réalité et son mystère (brouillard, ombre). L’absence de certains indices (la mer, invisible) ou de certaines explications (la blessure à la tête du héros et son allure débraillée) ouvrent au mystère et à l’indicible. On devinera que le feu, seule source de lumière et seule arme éventuelle dans cette île où règne l’ignorance nocturne, est quant à lui un outil de rédemption, sinon d’éducation. L’ile de Brac, domaine du non-sens et du hasard (de bric et  de broc ?), va se transmuer en une scénographie nouvelle : le comédien entre en scène, soumis à son propre trac et à une traque éternelle de la lecture publique de la vérité, offerte par les textes et leurs savoirs.



 

  couv-integrale.jpg

 

Visuel de couverture de l'intégrale du Marquis d'Anaon (tomes 1 à 3) publiée par Dargaud en 2005.




 

Pistes supplémentaires 

 

 

-       http://www.dargaud.com/front/albums/series/couvertures.aspx?id=231 :  page consacrée à la série sur le site des Editions Dargaud.

 

-       http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=133  : interview des auteurs parue en septembre 2006 (publication du tome 4).

 

-       http://www.planetebd.com/BD/interview-100.html et http://www.fnaclive.com/videos/48736 : interviews des auteurs parue à l’occasion de la publication du tome 5 en 2008.

 

-       http://www.enezsun.com/Legendes/legendes.htm : quelques légendes de l’Ile de Sein…

 

-       http://www.broceliande-pays.com/?Le-repas-des-Anaons : le conte du Repas des Anaons.

 

-       http://www.mairymillustrations.fr/bre4.html : fantôme et anaon.

 

-       http://www.bedetheque.com/serie-16509-BD-Legende-de-la-mort.html : page consacrée à la série La Légende de la mort, publiée chez Soleil depuis 2007. Cette série explore l’œuvre d’Anatole Le Braz, écrivain breton ayant recueilli de nombreux récits au sujet de l’Ankou, personnification de la mort et figure emblématique du pays.

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Dargaud, F.Vehlmann et M. Bonhomme, 2002.



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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 11:35

 

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Amours fragiles t.1 :

Le dernier printemps

 

Jean-Michel Beuriot, Denis Bodart et Philippe Richelle

Ed. Casterman, 2001.

 

   


Dossier en ligne et téléchargeable :
 



Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/00011308785a33297e04f


  • L’intrigue en résumé :

 

 1942 : Martin Mahner est un officier de l’armée nazie posté dans le Sud de la France. Il est l’amant d’une “Française”, Catherine, venue s’installer en ex-zone libre avec son mari Xavier Gance, quelques années auparavant. Notre héros narre son histoire…

 1932 à Berlin, dans le décor sinistre de l’Allemagne de la crise et de la montée du nazisme. Mahner est un lycéen brillant, féru de littérature et plutôt timide avec les filles. Son père est sympathisant des SS, quelques uns de ses camarades de classe aussi. Romantique et solitaire, Martin s’inscrit en faux contre les dérives politiques malsaines auxquelles s’abandonne son entourage. Jusqu’au jour où le docteur Braun et sa famille, dont la belle Katarina, viennent s’installer dans la maison d’en face…

 

 

·         Questionnaire pour les élèves :

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-       Quel est le titre de cet album ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?

 

-       Quel semble être le sujet principal de cet album ?

 

-       Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-       Que représente l’illustration principale ? Décrire notamment les personnages, l’époque, l’ambiance générale.

 

-       Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-       Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de l’album ?

 

 

NIVEAU 2

 

-       Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après le titre et le visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-       Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. 

 

-       Cherchez la définition des termes suivants : fascisme, nazisme et Parti nazi, S.S. et S.A., République de Weimar, Reichstag et IIIème Reich.

 

-       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-       Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-       Tentez de trouver des œuvres (romans, bandes dessinées, films) se déroulant en Allemagne dans les dernières années de la république de Weimar ou aux débuts du IIIème Reich.

 

 

 

 

 

·         Les auteurs des Amours fragiles :

 

 Avec ces Amours fragiles, Philippe Richelle prouve qu’il est un scénariste avec lequel il faudra dorénavant compter. Né en 1964 à Liège, il a débuté comme dessinateur au sein du Journal de Tintin. Il entre comme auteur chez Casterman en 1995 aux cotés de J.M. Beuriot avec l’album Belle comme la mort. Pour le même éditeur, il publiera notamment ensuite les séries Saga anglaise (de 1998 à 1999, avec Eric Gorski) et Les Coulisses du pouvoir (de 1999 à 2008, avec Jean-yyes Delitte). En 2008 et 2009, il raconte la rafle du Vélodrome d’Hiver (survenue en juillet 1942) dans le diptyque Opération Vent printanier, sur un dessin de Pierre Wachs.


 Né en 1961, Jean-Michel Beuriot découvre les Arts Plastiques puis travaille comme graphiste dans l'édition  en illustrant affiches et couvertures de livres. Il fait ses premiers pas dans la bande dessinée en illustrant des récits complets aux Editions du Lombard. Publié dans (A Suivre), magazine édité par Casterman de 1978 à 1997, il conquiert peu à peu une réputation qui le mène à un premier album chez Glénat en 1992, Rebelle : le bruit des bottes. En collaboration avec Philippe Richelle, il dessine Belle comme la mort (Casterman, 1995), puis la série Amours fragiles.

 

La série des Amours fragiles, débutée en 1997 dans le magazine (A suivre) et prévue sur 8 tomes, évoque la montée du nazisme en Allemagne puis l’entrée dans la Deuxième Guerre mondiale. A travers une histoire d’amour complexe et ambiguë, chaque album se déroule donc dans un contexte historique précis. Chacun permet aussi un double questionnement politique et philosophique sur la nature humaine, aux travers de différents thèmes :

 

Tome 1 : Le dernier printemps (2001) : de 1932 à 1934, la montée du fascisme.

Tome 2 : Un été à Paris (2006) : de 1938 à 1939, l’ambiance culturelle en France.

Tome 3 : Maria (2007) : 1943, l’éveil de l’esprit résistant.

Tome 4 : Katarina (2009) : 1940, le racisme antisémite.

 

 Le premier album, qui fut longtemps imaginé par ses auteurs comme un one-shot, raconte la prise de conscience par l’Allemagne de l’arrivée au pouvoir des Nazis, l’incendie du Reichstag (27-28 février 1933) et les premiers mouvements de foule contre les juifs allemands. Dans cette confrontation du quotidien avec le drame historique, la douce narration graphique contraste avec le surgissement des scènes de violence. Offertes comme autant de tranches de vie, les pages des Amours fragiles voient irrémédiablement se transformer les êtres : les enfants y deviennent des adultes responsables, un peuple se mue en un pays totalitaire. En quelques instants, en quelques souffrances, en quelques crimes et en quelques oublis des valeurs essentielles de l’humanité…

 




Ex- libris offert en accompagnant du tome 1.

 


·         L’Allemagne en crise (1931- 1932) :

 

 L’Allemagne subit de plein fouet dès 1930 les retombées de la crise économique américaine de 1929. Par ailleurs, les clauses du Traité de Versailles (28 juin 1919)  la contraignent à payer de fortes sommes aux pays vainqueurs de la Première Guerre mondiale. Les conséquences sur l’économie sont considérables : la jeune République allemande de Weimar est fortement déstabilisée. Dans le même temps, elle doit faire face à ses dettes, à une inflation galopante et à l’impact de la crise économique mondiale.


 
En janvier 1932, 6 millions  de personnes sont confrontées au chômage et à la pauvreté (les allocations chômage n’existent pas). De nombreux Allemands, se sentant humiliés par le Traité de Versailles (le diktat : la « chose dictée »), nourrissent un fort ressentiment contre la jeune république : la démocratie est en crise.

C‘est dans ce contexte de crise économique, sociale et politique, que le Parti National Socialiste des Travailleurs Allemands (NSDAP ou Parti Nazi), dirigé par Adolf Hitler, remporte les élections en juillet 1932. Avec 37% des voix, le NSDAP est le parti le plus représenté au Parlement.


 
Hitler en profite pour stigmatiser les ennemis de l’extérieur (les Alliés, dont la France et les USA) et ceux de l’intérieur (les sympathisants communistes et les Juifs), qu’il accuse d’être responsables de la défaite et de la crise. Grâce à l’appui des grands patrons de l’industrie allemande, l’influence d’Hitler augmente considérablement. En 1932, il est au deuxième tour des élections présidentielles. Le 30 janvier 1933, il est nommé Chancelier du Reich…

 







Illustrations préparatoires (encre de chine sur papier, par J. M. Beuriot).


 

·         Lecture et analyse de la couverture :

 

L’atmosphère des Amours fragiles est éminemment littéraire : le lecteur percevra dès le titre et le sous-titre de l’œuvre (Le dernier printemps) qu’une période s’achève. Au risque d’un contresens chronologique, on s’avancera à dire que c’est l’épilogue de la Belle Epoque, celles des années d’insouciance ou des temps adolescents. Le personnage, justement cadré en plan rapproché et qui vient occuper tout le centre de la composition, semble venir justifier cette première hypothèse : son regard troublé - voire inquiet - semble chercher une présence rassurante. Le héros (Martin Mahner) semble fuir la menace la plus significative de l’image, à savoir les deux membres de la police ferroviaire (Bahnschutzpolizei) arpentant le quai de gare. La présence des chemises brunes est par ailleurs révélatrice d’un contexte : la couleur des uniformes, arborée dès 1925 par les hommes de la  Sturmabteilung (ou SA, pour Section d'assaut) indique la force d’une organisation paramilitaire omniprésente. Le parti nazi (symbolisé dans le brassard noir et rouge à croix gammée) va bientôt contrôler les allées et venues de tout un chacun, ce que connote le choix de la scène : la gare, lieu de passage par excellence, va devenir une arme totalitaire. Le héros pressent-il déjà que vont succéder aux sourires et adieux  des voyageurs les dramatiques « trains de la mort », ceux de la déportation des opposants politiques et des Juifs,  à destination des camps de concentration et d’extermination ?

 

 Dans le visuel de couverture (dessiné par Denis Bodart), tout de fait apparaitra comme instable, fragile, en bascule, chaque élément étant placé en diagonale ou sur une ligne de fuite : des hommes et des femmes se quittent, mais se retrouveront-ils ? Martin Mahner lui-même, personnage présenté comme aryen puisque blond aux yeux bleus, est au bord de l’indécision : doit-il partir ou revenir, adopter le chemin (politique et culturel) de la Gauche ou de la Droite (son attitude centrale étant la garantie de sa propre neutralité), s’échapper ou se laisser rattraper par une Histoire inéluctable qui l’impliquera au-delà du champ de la raison ?

 

 Le Dernier printemps en bout de quais, c’est la métaphore de la vie qui file, entre étapes et terminus ; une existence ou une conscience qui déraille aussi, notamment lorsque personne n’a prêté attention au mot pourtant soufflé par les lieux : « Gare… » à vous, car le Destin vous entraine déjà !

 

 

·         Pistes supplémentaires :

 

-       http://bd.casterman.com/catalogues_list.cfm?CategID=1602&OwnerID=1525 :  page consacrée à la série Amours fragiles sur le site des Editions Casterman.

 

-       http://amoursfragiles.blogspot.com/2009/05/ebauches-de-la-couverture-du-t4.html 

http://amoursfragiles.blogspot.com/2009/05/conception-de-la-couverture-du-t4.html

http://amoursfragiles.blogspot.com/2009/05/projet-qui-se-materialise.html

Recherches et visuels de couverture pour Amours fragiles t.4 : Katarina (2009).

 

-       http://amoursfragiles.blogspot.com/  : le site officiel des auteurs.

-       http://www.actuabd.com/Amours-fragiles-saga-des-temps-obscurs-du-nazisme : interview des auteurs parue à l’occasion de la publication du tome 4 en septembre 2009.

 

-       http://resistanceallemande.online.fr/montee.htm : chronologie de la montée au pouvoir du nazisme.

 

-       http://icp.ge.ch/po/cliotexte/annees-20-30-crises-totalitarisme/nazisme.hitler.1933.html : corpus de textes évoquant l’arrivée au pouvoir du parti nazi et son idéologie.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Editions Casterman, D. Bodart, Ph. Richelle et J M. Beuriot, 2001.

 

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