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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 10:40

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Prométhée t.01 :

Atlantis

 


Christophe Bec

 

Ed. Soleil, 2008

 

 


 (Première partie de cette analyse :

http://couverturedebd.over-blog.com/article-25504874.html )

 

 

·  

Revenant sur la genèse graphique de la couverture (cf. le dossier et l’interview déjà disponibles sur ce blog : http://couverturedebd.over-blog.com/article-25061420.html), Christophe Bec explique :

 


 
En se basant sur la couverture, le lecteur potentiel ne peut que deviner un ensemble d'éléments reliés au genre "catastrophe" (temps compté, humanité condamnée par les dieux, ville et buildings en ruine à la manière du "11 Septembre") : le sous-titre l'engage cependant sur le terrain des grandes énigmes (l'Atlantide), voir du paranormal. Un choix voulu ?



  Le titre de ce tome 1 "Atlantis" vient avant tout de la navette du même nom. Ensuite, l'histoire de Prométhée semble liée à la mythologie grecque et Platon notamment a écrit des textes sur cette cité. Y'a t-il un lien réel ? Je ne peux bien évidemment rien révéler sur la chose à ce stade. Ensuite il est juste d'y voir un lien avec les "films catastrophes", j’ai en effet un peu monté ce tome 1 comme un film de ce genre : une montée en puissance de présages puis d'évènements mineurs qui vont conduire à une catastrophe de plus grande ampleur, et présentation de chacun des personnages sur lesquels on va se concentrer afin de faire vivre l'histoire plus de l'intérieur face aux évènements planétaires. Le micro et la macro en quelques sortes. Déjà, certains lecteurs imaginent que tous les personnages vont être amenés à se croiser... là non plus je ne répondrai pas, même si c'est une forte probabilité. La question est si cela s'avérait juste : dans quelles circonstances ?


 

  Ce Prométhée est en lui-même un mystère : on devine le narrateur omniscient, voir le héros mythologique prêt une seconde fois à secourir les hommes contre le Destin imposé par les "Dieux", mais d'où vient-il au juste, de quel élément graphique (Rubens ?) s'inspire t-il ?

 
  J'ai déjà répondu à cette question (notes : voir lien et dossier proposés plus haut), j'ignore la source exacte, mais le style ne semble pas être du Rubens par contre ! J’ai utilisé ici une œuvre citée sur Internet mais dont je n’ai jamais retrouvé la source exacte…

 

 

  Le rapport au temps de la cité semble destructeur : on songe donc à l'Atlantide, Pompéi, Lisbonne, San Francisco ou New York, ainsi qu'aux Merveilles du Monde détruites et aux civilisations disparues. La couverture cherche-t-elle à engager un rapport à l'Anticipation dans cette voie ?

 
  Bien entendu, mais là encore je ne peux rien révéler sous peine de dévoiler de futurs rebondissements de mon histoire, mais la remarque est tout à fait juste. Il est clair que cette image de ville détruite en couverture et plus qu'un simple présage, peut être la vision d'un futur proche ?

 

 

  Le A de Atlantis (visible aussi dans le o de Prométhée), et une référence claire aux Titans via un Prométhée jouant le rôle d'Atlas (soutien la voute céleste) : doit-on y lire une seconde genèse du monde, un retour aux sources radical pour un redémarrage à zéro (A comme Adam, apprenti, etc.) ?



  C’est effectivement une parfaite analyse des codes cachés dans cette couverture,  mais je ne peux toujours pas en dire beaucoup plus, sinon qu'en effet, il y  aura dans cette série une sorte de jeu de piste, on verra cela assez vite, dès le tome 2. La symbolique est très présente dans ce tome 1 et elle n'est pas là par hasard, c'est tout ce que je peux dire. Mais le code principal, celui qui amènera une grosse partie de la révélation et des explications est bien caché dans ce tome 1, mais subtilement implanté, si bien que ce n'est qu'une fois que l'on aura la réponse que cela paraîtra évident. Réponse donc dans quelques années, et quelques tomes !

 


 

  On pourra voir, dans les projets successifs de couvertures, la volonté de rapprocher cet album d’une « chaine » picturale impressionnante : citons notamment le Prométhée enchainé (Rubens - 1611), le Supplice de Prométhée (G. Assereto, XVIIème siècle), Prométhée enchainé (E. Brunet - 1885) et Prométhée (J. Delville - 1907). On y rajoutera la sculpture de James Pradier (1827) visible au Musée du Louvre.


















 


 

 
  Céramique grec, Théâtre, Sculpture, Peinture, Bande Dessinée, Photographie et Infographie : l’Art selon Christophe Bec invoque, dès  son positionnement en couverture, toute la question de la place de la création artistique face à une actualité et un avenir incertains. Le Beau est-il dans le Destruction et le Refondation, ou l’Art doit-il comme, tout Savoir et toute Technique, s’appuyer sur le Passé pour envisager l’Avenir ? La réponse à cette question est à vrai dire recherchée depuis les origines :

 

 
 Ce monde-ci, le même pour tous les êtres, aucun des dieux ni des hommes ne l'a créé ; mais il a toujours été, et il sera un feu toujours vivant, s'allumant avec mesure et s'éteignant avec mesure.

 


 
Son ignorance, mieux vaut la cacher.


        Héraclite, Fragments n° 30 et n°95.

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-      http://www.soleilprod.com/?page=Catalogue.Serie&id=562 : page consacrée à la série (éditions Soleil).

 

-      http://www.phylactu.fr/tag/promethee/ : planches, dossiers et interview de l’auteur.

 

-      http://www.bdtheque.com/interview-christophe-bec-35.html : interview sur le parcours et  l’œuvre de l’auteur.

 

 

 
Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Christophe Bec / Editions Soleil. 2008.

  
  L’interview de l’auteur et les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Christophe Bec.

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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 18:05

 

 

 

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

La Jeunesse de Blueberry t.01

 

Jean-Michel Charlier et Jean Giraud

 

Ed. Dargaud, 1975

 

 

 

 

Dossier téléchargeable : http://dl.free.fr/rIYh0yocs

 

 

 

·     L’intrigue en résumé :

 

 

 

   Trois histoires composent l’album :

 

- 1861 : début de la Guerre de Sécession. Victime d’un complot, Mike Donovan est accusé d’avoir assassiné le père de sa petite amie Harriet Tucker ; il doit fuir et rejoint les troupes nordistes en tant que clairon,  adoptant au passage le nom Blueberry  (« myrtille »).

-  Hiver 1861 : Blueberry doit faire sauter le fameux pont de Chattanooga (ville de l’état du Tennessee, aux frontières de la Géorgie) qui se trouve sur une voie de ravitaillement sudiste.

- Eté 1862 : Blueberry doit empêcher les Sudistes du Général Lee de s’emparer de  près de 3000 chevaux mustangs, devant ensuite leur permettre d’effectuer un raid décisif sur Washington, capitale nordiste.

 

 

 

·     Blueberry, un dessin de la légende de l’Ouest :

 

 

  En matière d’univers Western, la série Blueberry constitue encore, plus de quarante-cinq ans après sa création, la référence absolue. C'est en 1963 qu'est en effet lancé ce personnage pour le journal Pilote par Charlier (scénario) et Giraud (dessin). Ils campent au départ un solide soldat qui s'affiche physiquement comme le sosie de l’acteur Jean-Paul Belmondo, ressemblance qui s'estompera au fil des épisodes. Blueberry est une forte tête : teigneux, pas toujours respectueux de la rigueur militaire, indiscipliné, il n'hésite pas parfois à déserter pour remplir au mieux ses missions. Le scénario utilise tous les poncifs du Western américain avec tout ce qu'il faut de rebondissements et de personnages pittoresques (Mac Clure, Angel Face, Red Neck, Chihuahua Pearl, etc.), sans compter les Indiens, amplement réhabilités par les auteurs, ce qui constitua aussi à démarquer la série des poncifs du genre.

 

 

  Parallèlement au cycle classique de la saga de Blueberry, Jean Giraud dessine entre 1968 et 1970  la jeunesse du futur lieutenant, dans une période chronologique précise, s’étalant de 1861 à 1867. Cette série, sobrement intitulée La Jeunesse de Blueberry, reprend son cours en 1985, sous le crayon de Colin Wilson, très respectueux du style imposé par Giraud. En 1990, après la mort de Charlier, François Corteggiani reprend le scénario tandis que le graphisme est assuré par  Michel Blanc-Dumont : la  série officielle signée Giraud se poursuit encore actuellement (28ème titre sorti en 2005), tandis que le 17ème titre de la Jeunesse de Blueberry est paru en Novembre 2008.

 

 

 

  Les albums ont successivement été édités par Dargaud (22 titres, l'essentiel du fond) puis par Fleurus/Hachette, Novédi, Dupuis et enfin par Alpen pour "Chihuahua Pearl" et "Marshall Blueberry" (ce dernier titre formant une minisérie de 3 albums, dessinés par William Vance). C'est à nouveau Dargaud pour une large part qui édite les albums (quelques titres chez Dupuis également) et qui a entrepris leur réédition, re-maquettés et agrémentés de nouvelles couleurs.

 

 

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

 

NIVEAU 1

 

-         Quel est le titre de la série ? Le titre de cet album est-il mentionné ?

Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-         Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-         Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-         Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-         Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

 

NIVEAU 2

 

-         Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-         Lister toutes les oppositions visibles sur cette illustration. Quelles conclusions pouvez-vous en tirer ?

 

-         Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

NIVEAU 3

 

-            Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix.

 

-           Que symbolise le dessin de couverture ? Quelle est d’après vous la caractéristique du personnage principal ?

 

-           La guerre, le soldat et l’armée sont-ils valorisés sur cette couverture ?

 

-            Chercher de la documentation sur le contexte de la Guerre de Sécession et la situation des Etats-Unis en 1861.

 

 

   

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 

 

Il faudra avoir lu cette triple  aventure de Blueberry pour confirmer un sentiment inconscient et premier : la scène choisie en couverture ne fait référence à aucune scène précise de cet album, mais bien à l’univers de l’ensemble de la série. Le héros est un combattant parmi d’autres, au sein du conflit le plus meurtrier de l’Histoire Américaine, la Guerre de Sécession (1861-1865).

 

 

 La jeunesse et la fougue du personnage central, identifiable comme le héros, répondent clairement au titre de la série, mais tranchent avec ce que l’on connait par ailleurs du personnage adulte, pour le coup archétypal à l’inverse de l’antihéros.  Blueberry semble néanmoins être ici un meneur d’hommes à valeur exemplaire, voire héroïque au sens premier du terme. Sa jeunesse et son traitement graphique, au 1er plan de cette couverture, sont en opposition avec le second plan (soldats plus âgés et teintes chaudes). L’angle de vue en plongée accentue encore le sentiment d’un champ de bataille tour à tour monstrueux, infernal et dévoreur d’hommes : ceux-ci sont réduits à l’état de débris dénués d’âmes, au même titre que les restes d’objets visibles au sol.

 

 

L’opposition des tons est très visible : teintes chaudes et froides s’opposent et concourent à rendre le spectacle dantesque (le sang, la boue, la haine, des soldats plongés dans la barbarie entre troncs déchiquetés et rochers informes) ; il ya par conséquent négation de toute forme de vision  romantique du conflit, les soldats nordistes n’ayant nul espoir, entrainés malgré eux dans l’Enfer par la fougue désespérée du jeune héros. Celui-ci adopte une position de force relative, en défendant dans tous les cas un étendard malmené et usé par le conflit.

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-     http://www.blueberry-lesite.com/home.htm : site dédié à la série (éditions Dargaud).

 

-     http://www.dargaud.com/front/albums/series/couvertures.aspx?id=1633 : page Dargaud présentant toutes les couvertures de La Jeunesse de Blueberry.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Charlier/Giraud -  Editions Dargaud. 1975.

 

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Published by philtomb - dans Couverture Mythique
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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:40

 

 

Une fois n'est pas coutume, le dossier "Première de couverture" est cette-fois aussi une avant-première, puisque l'album consacré (Prométhée t.01 : Atlantis, édité chez Soleil) ne parait que le

 26 Novembre 2008...

 

Christophe Bec se livre à un jeu de questions-réponses concernant la génèse de ce projet et bien sur de la couverture de ce premier opus encore mystérieux.

 

 

 

 

 

- Histoire, mythe, mythologie : l'histoire de l'album Prométhée semble conjuguer ses trois notions... Histoire, Science-Fiction et... voyage dans le temps ?

 

 

  D'emblée j'écarte une des notions citées : l'Histoire. Même s'il y a une introduction dans ce premier tome à l'époque des conquistadors, ma série est avant tout un récit contemporain, légèrement futuriste même devrais-je dire, puisque les évènements se déroulent en 2019. Ensuite oui, il y a un aspect mythologique lié, comme le titre l'indique, à Prométhée, mais ce ne seront que des saynètes qui viendront par intermittences, disséminées tout au long des albums. Quant au voyage dans le temps, ce n'est pas du tout la question de la série. Alors sans doute pouvons-nous appeler ça de la Science-Fiction, quoique, l'Anticipation serait peut être le terme le plus adapté. Mais finalement, je crois que Prométhée ne s'inscrit pas à proprement parler dans un genre clairement défini, pour moi il est plutôt au carrefour de genres comme le film Catastrophe ou le récit d'Anticipation.

 


- Prométhée : un titre évident ? La métaphore de la connaissance (et du pouvoir de création/destruction donné aux hommes) a dû sérieusement titiller un Ch. Bec démiurge de sa création et de la série, reprenant même le crayon pour cette nouvelle aventure...

 

 

Alors bien-sûr, je ne peux pas déjà dévoiler la raison de ce titre, mais bien-sûr le thème de la série est lié au mythe de Prométhée. J'ai en effet été sensibilisé dès mon plus jeune âge à la mythologie grecque au travers d'un livre de vulgarisation écrit par Michael Gibson intitulé « Les plus belles histoires de la Mythologie » et magnifiquement illustré par Giovanni Caselli, cet ouvrage m'a marqué à jamais, et est clairement devenu le déclencheur de mon envie sur la série Prométhée. Ensuite, si j'ai repris le crayon sur cette série, c'est suite aux ennuis financiers des Humanos (Notes : Les Humanoides associées) et ma décision d'arrêter (momentanément) le dessin, il fallait que je me relance sur un projet ambitieux, ne serait-ce que financièrement. L'histoire de Prométhée me trottait déjà dans la tête depuis un petit moment, je l'avais même « pitchée » à l'époque à mon directeur de collection aux Humanos qui avait été bien accroché par le thème central de cette histoire. Lorsque j'ai signé chez Soleil, je me suis orienté naturellement vers le développement de ce récit. En fait, je me le suis un peu taillé sur mesure, allant ce vers quoi je pense être mes forces.

 


 - Prométhée et l'hybris humaine : un récit mettant en scène la survie de la Terre (écosystème) ou strictement celle de l'Humanité ?

 

 

Celle du l'Humanité, mais une Humanité sans doute condamnée par le traitement qu'elle inflige à sa planète entre autres, et qu'elle s'inflige à elle-même. Mais ce n'est pas un récit écologique comme peut l'être Carthago (avec Eric Henninot, Humanoïdes Associés) par exemple. Le questionnement est tout autre.

 


- La couverture : Prométhée subi déjà la vengeance divine : le temps semble donc compté pour l'Humanité ?

 

 

Oui, en effet, une suite d'évènements planétaires qui se produisent tous les jours à 13 heures 13 semblent peu à peu menacer l'Humanité, ces terribles évènements sont là comme des présages. La question est : qui ou quoi est derrière tout ça ? D'autant plus qu'un de ces évènements n'est finalement pas si destructeur que cela, ce serait même l'inverse...

 

 

 

- Une explication du processus de maturation de cette couverture ?

 

 

 La réalisation d'une couverture est un exercice que j'affectionne tout particulièrement et dans lequel je crois être plutôt à l'aise. Mais ici, je voulais un peu renouveler mes visuels, me remettre en question, tenter autre chose. Le premier changement est que c'est un traitement en couleur directe, une peinture réalisée sur Photoshop contrairement à celles que j'avais réalisé précédemment qui étaient toutes au trait. Au niveau de la composition même, je voulais quelque chose de plus complexe que sur la série Sanctuaire qui fonctionnait sur un même mode assez simpliste : un personnage en petit dans un décor immense et inquiétant. Ici, je voulais que plusieurs messages passent : je voulais montrer une représentation de Prométhée enchaîné, la notion de temps, la notion de l'espace, les mauvaise présages et la menace sur l'Humanité.


 

 

 

 

 

  Pour la représentation de la menace je me suis très vite orienté vers une ville dévastée, même s'il n'y a pas de catastrophe d'une telle ampleur dans le tome 1. Finalement, j'avais là mon augure, le mauvais présage qui plane sur l'Humanité, une possible annonce d'un futur proche, une scène terrible que l'on retrouvera dans les tomes suivants. Pour le bas de l'image je me suis donc largement inspiré de photographies du World Trade Center après le 11 Septembre, cette catastrophe est dans tous les esprits et c'est cette représentation là que j'ai voulu capter (voir photos 1 et 2).

 


 

 

 

 Pour le temps et l'espace, je me suis naturellement orienté vers une horloge astronomique, celle de la ville de Berne (voir photo 3). Un temps, j'ai pensé intégrer le fameux mécanisme d'Anticythère (voir la reconstitution actuelle en photo) dont il est question dans l'album, mais finalement je ne l'ai pas trouvé assez parlant au niveau visuel. Je tiens à préciser quelque chose sur ce mécanisme, même si Prométhée peut être définie comme une série de Science Fiction, je ne me suis pas attaché sur cet objet à une vision scientifique de la chose, mais à une approche plus romanesque, d'autant que les dernières découvertes scientifiques viennent infirmer ce que j'avance dans mon récit, mais peut importe, l'important ici est d'amener du rêve, du possible.

 

 


 

 

 

  Dans l'album, une grosse partie du récit mythologique est réalisée d'après des tableaux de grands Maîtres que j'ai redessinés (exercice difficile mais passionnant). Il en est de même pour la représentation de Prométhée en couverture, réalisée d'après un tableau dont je ne suis par contre pas parvenu à identifier l'auteur. Je laisse les lecteurs éventuellement découvrir de quel tableau il s'agit.


  Après, toute la difficulté était d'intégrer tous ces éléments, de les composer, d'en faire une illustration équilibrée avec de l'impact. Et là, ça n'a pas été une chose aisée.

 


  Mais reprenons les choses dans l'ordre, ce visuel ne s'est pas imposé d'emblée, j'ai tout d'abord réalisé 3 roughs qui n'avaient rien à voir avec le visuel actuel.


  Le premier (rough 1) intégrait Prométhée et l'horloge astronomique uniquement, ce projet manquait d'impact et la notion de menace qui planait sur l'humanité était absente.

 


 

 Le second projet (rough 2) était plus convaincant, plus d'impact, plus inquiétant, mais peut-être trop métaphorique ou philosophique.

 

 


 Le troisième projet (rough3) quant à lui était un beau dessin mais uniquement centré sur Prométhée, donc pas assez de choses dites.

 

 


 

 C'est finalement en m'orientant vers un mixage de toutes les notions que je voulais intégrer dans cette couverture que la lumière est venue.


 On notera deux versions différentes de la couverture (voir comparatif), une version plus neutre des couleurs sur Prométhée et plus bas dans l'image, qui ne le faisait pas assez ressortir et qui déséquilibrait un peu l'image en écrasant trop le bas (voir illustration finale).

 

 

 

 

- Merci pour toutes ces précisions.

 

 

 

 

Phil. Tomblaine

 

 

Interview et visuels reproduits avec l'accord de l'auteur.

 

 

Dossier pédagogique à venir dès la sortie de l'album

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:30

 

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

XIII Mystery t.01

 

Xavier Dorison et Ralph Meyer

 

Ed. Dargaud, 2008

 

 

Couv-finale.jpg

 

 

 

  Dossier téléchargeable :  http://dl.free.fr/qkEV5b2NR

 

 

 

·        L’intrigue en résumé :

 

         Sur le yacht LadyBee, on attend l'arrivée de XIII qui doit récupérer l'argent de son forfait. Mais l'homme qui arrive n'est pas celui attendu. Après avoir éliminé le personnel de bord, le tueur raconte son histoire à Kim Rowland, maintenue prisonnière sur le bateau, et explique comment il est devenu "La Mangouste"...

 

 

 

 

 Van Hamme, l'écriture dans la peau :

 

 

 

   Imaginée par le romancier et scénariste Jean Van Hamme (auteur des séries Thorgal et Largo Winch) et mise en images par William Vance dès 1984, la saga XIII raconte à l'origine l'histoire d'un inconnu retrouvé sur une plage, blessé par balle à la tempe gauche et ayant le chiffre XIII tatoué au-dessus de la clavicule. Il apparaît ensuite que cet homme a totalement perdu la mémoire des événements antérieurs à son réveil. Commence alors pour lui une quête vers la vérité au cours de laquelle il se verra impliqué dans un complot néofasciste, une révolution en Amérique Latine, pourchassé par des tueurs et par la justice... Il sera aux prises avec tous les « démons » de l'Amérique moderne (assassinat présidentiel (le mythe de John F. Kennedy plane sur le début de l'intrigue), Mafia, CIA, NSA, manipulations politiques de groupes industriels, corruption, Ku Klux Klan, racisme, etc.) au long de sa quête vers la mémoire, se développant sur 19 volumes dont un hors-série et un album spécial (le treizième...) auquel ce spin-off reprend justement le titre (The XIII Mystery, l'enquête, Dargaud 1999) et le prétexte narratif (dresser la fiche signalétique et la jeunesse de chaque personnage).

 

 

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 Saga éminemment populaire, XIII tire sa force d'une trame scénaristique reprise au romancier américain Robert Ludlum dans sa trilogie Jason Bourne (La Mémoire dans la peau, La Mort dans la peau et la Vengeance dans la peau (1980, 1987 et 1990) tous récemment adaptés avec brio au cinéma (de 2002 à 2007), tandis que les premiers albums de BD était adaptés pour le petit écran en une minisérie de deux épisodes. Certains reprocheront cet emprunt « voyant » fait par Van Hamme à Ludlum, mais ce serait à l'évidence réduire l'impact psychologique de la saga XIII, premier thriller adulte de la bande dessinée contemporaine, sur des générations de lecteurs, et nier la création graphique par Vance d'une galerie de personnages désormais emblématiques du genre. Si la trilogie de Ludlum se déroule par ailleurs essentiellement dans le contexte politique des années 1980, Van Hamme a réussi à donner à sa série une valeur dépassant le cadre temporel des années 1980-1990, durée pendant laquelle treize ( !) des dix-neuf albums auront été réalisés.

 

 

Image1.jpg

 

 

  DERNIER-ROUND.jpg

 

  Après avoir signifié son intention d'arrêter la série et de donner enfin une identité au héros, et après une double parution événementielle en 2007 (les albums 18 (dessiné par Jean Giraud) et 19 (dessiné par William Vance) étant publié chacun à 500 000 exemplaires), Van Hamme s'est posée la question d'une éventuelle série dérivée (spin-off) : cette dernière devait notamment permettre d'éclaircir les origines, la psychologie et les buts des seconds-rôles de la saga.

 

 

  Van Hamme décide donc dès 2007 de garder un œil sur ses personnages avec fonction de directeur de collection. Il reste ainsi garant de la cohérence du titre quand bien même son mot d'ordre reste « Messieurs, étonnez-moi ! ». La règle de XIII Mystery, simple et ludique - mais pas sans risque - n'est pas sans évoquer l'expérience éditoriale menée par les éditions Dupuis sur le personnage de Spirou : un one shot (album unique) par personnage, des auteurs différents pour chaque titre, à charge pour chacun d'apposer sa patte au mythe. Pour ce premier jet, honneur donc à la Mangouste, personnage clef dont les destinées ont été confiées à un duo de choc, le scénariste Xavier Dorison (Le Troisième Testament, Sanctuaire, WEST, Long John Silver) et le dessinateur Ralph Meyer (Berceuse assassine, IAN). Des retrouvailles avec un « méchant » d'anthologie, présent dès les origines de la série (Le Jour du Soleil Noir, Dargaud, 1984), et qui fut définitivement abattu dans l'album Le jugement, paru en 1997 (Dargaud).

 

 

 

 

·      Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-    Quel est le titre de cet album ?

Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-  Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-  Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en

quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent

indiquer un récit du genre « thriller» ou « policier/espionnage » ?

 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

NIVEAU 3

 

-   Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait

elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix.

   

-   Que connote le titre de l’album, La Mangouste ?

 

-   Chercher de la documentation sur le romancier Robert Ludlum et tentez de vous

interroger sur les valeurs morales des deux personnages récurrents de la saga que sont

XIII/ « Jason Bourne » et la Mangouste.

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

La question immédiatement posée par le visuel de ce premier album XIII Mystery est celle du basculement des repères : le lecteur peut-il et doit-il trouver la même motivation à suivre les péripéties d’un criminel (même fictif) qu’il pouvait en avoir à suivre celle du héros traditionnel ? Des romans ou des films récents (Le Dernier Roi d’Ecosse (Kevin Mac Donald , 2006) sur la folie d’Idi Amin Dada ; La chute (Oliver Hirschbiegel, 2004), sur les derniers jours d’Adolf Hitler ; L’instinct de mort et L’ennemi Public n°1 (J.F. Richet, 2008), consacrés à Jacques Mesrine)  ont déjà tenté d’apporter des éléments de réponse à ce genre de questionnement, permettant le plus souvent de mettre en lumière la complexité de la personne humaine, confrontée aux coups du Destin et aux heurts de l’Histoire, et donc d’éviter tout manichéisme primaire. Placé sur l’axe de la parabole universelle plus que sur l’apologie ou la mise en œuvre d’une légende, de tels récits permettent d’approcher l’humain, ses déviances et ses peurs, pour en expliquer au mieux les terribles mécanismes.

 

Concernant La Mangouste, tueur à gages à l’efficacité redoutable, Xavier Dorison comme Ralph Meyer expliquent qu’il s’agissait fort justement de le replacer dans une perspective historique autant qu’un désir de vengeance « justifiable » a minina (dans l’album, les « contrats » du tueur concernent des criminels, pédophiles, maitres-chanteurs, etc.). Le questionnement philosophique est par ailleurs constant sur un double point : celui d’une société incapable de se faire justice elle-même, autant que sur les dérives de la vendetta personnelle…

 

 

logo.jpg

 

 

Revenant sur la genèse graphique de la couverture, Ralph Meyer explique :

 

  En ce qui concerne la couverture de la Mangouste, nous avons su très vite que le logo de XIII serait repris ainsi que la police de William Vance. Dès lors, nous sommes très vite partis, Xavier Dorison et moi, sur une idée très simple : jouer à fond l'utilisation de ces codes graphiques que Vance avait mis en place lui-même sur la série.

  Je pense notamment à ce vert sombre que l'on retrouve dans bon nombre de ses couvertures telles que Toutes les larmes de l'enfer ou Spads. 

 

larmes.jpg

 

spads.jpg

 

 La difficulté fut de trouver quelque chose de narratif dans une image au cadrage très basique : la Mangouste sur un fond vert.

 

 J'ai fait plein de projet au format timbre poste qui pour certains illustraient l'expression "avoir du sang sur les mains".

 

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 Avec Xavier, nous avons retenu ce point de départ. C'est seulement lors de croquis plus poussés qu'est venue l'idée d'avoir en contre-point du sang, une Mangouste au visage souriant, amical, presque innocent. Dans un premier temps, j'ai eu du mal à trouver le sourire juste. Je restais quand même un peu dans le rictus que l'on connaît de la Mangouste. Mais avec l'aide de Xavier qui en avait une vision très précise, on a finalement trouvé le bon dosage.

 

Je pense que c'est ce contraste qui en fait une couverture qui peut titiller la curiosité…

 

Nous avions donc déjà ce "concept" lorsque nous en avons discuté avec Jean Van hamme et Yves Schlirf (notre éditeur) qui ont accepté notre point de vue et nous ont laissé faire. William Vance était plutôt emballé également par la direction prise.

 

 

 

 

 Ayant eu la tâche difficile de créer « une manière de faire » qui a des chances d’influer sur les futurs visuels des différents albums de XIII Mystery, Dorison et Meyer livrent une couverture forte et effectivement intrigante : le titre de cette nouvelle série insiste sur l’aspect énigmatique tout en  se jouant des connaissances des lecteurs. Ceux-ci, qu’ils connaissent ou pas l’itinérance du personnage-tueur dans la saga originelle, ne manqueront pas de s’interroger sur l’origine du sang maculant la chemise de la Mangouste. Sourire et pose décontracté, arme passée dans la ceinture, ce dernier ne semble pas perturbé par cet état des choses, révélant évidemment le cynisme cruel du personnage : à ceci, le croisement des couleurs froides (vert et bleu) et chaudes (jaune et rouge) donne tout son impact, supplantant ainsi subtilement la simplicité apparente du monde derrière lequel agit le tueur, « habillé » en noir et blanc. Placé en contrepoint et en plan américain, la Mangouste renvoie enfin aux standards du duel cinématographique : si le tueur est dans son rôle d’antagoniste, où est le héros, si ce n’est dans ce jeu de regard amusé échangé comme en reflet avec le lecteur ?

 

Et vous, à la place de ce tueur en devenir, quels choix feriez-vous ?

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

 

-       http://www.treize.com/ : site dédié à la série (éditions Dargaud).

 

 

-      http://www.bdxiii.com/index.html : le site non-officiel de XIII.

 

 

-      Interviews écrites, audio ou vidéo de Van Hamme et Dorison (2007 ou 2008) :

 

http://www.actuabd.com/Xavier-Dorison-1-2-Avec-XIII-on-m-a-confie-un-temple-j-ai-essaye-d-y-ajouter-ma-pierre

 

http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=977

 

 

Programmation des albums  à venir :

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Xavier Dorison -  Raph Meyer/ Editions Dargaud. 2007 et 2008.

 

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Ralph Meyer.

 

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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:27

Suite des inédits de Matthieu Lauffray avec cettes fois-ci la genèse du visuel du tome 02 de Long John Silver...

 

 

Voir le dossier principal ici :

 

 http://couverturedebd.over-blog.com/article-25048992.html

 

et

 

http://couverturedebd.over-blog.com/article-25049229.html

 

 

 

 

  La couverture du 2ème album de Long John Silver m'a posé moins de problèmes que la première…  La série était lancée, le logo était en place et ce deuxième livre était un huis clos maritime.


Il ne m'a pas fallu longtemps pour arrêter cette idée qui n'en étais pas vraiment une : dessiner un bateau. 


  Je ne vais pas me lancer dans l'éternel débat du fond et de la forme, d'abord car il est complexe et ensuite car je n'ai pas de réponses pertinentes.  Je dois tout de même préciser que lorsque j'annonçais mon intention, elle fut prise avec frilosité. La surprise m'en fut grande dans la mesure où j'attendais un argument fort recevable par ailleurs dans le genre de : 

 

« Voila une idée bien bateau ! » 

 


Je m'y préparais donc mais le reproche fut de toute autre nature et bien plus inattendu : 

 

peut-on faire une couverture sans personnages ? 

 

 

 

 Voila un argument que je n'attendais pas. Pas une seconde je n'avais pensé à ce problème auparavant, et voulez vous que je vous dise ? Je suis sur que vous non plus... 

 

 

  Il y a une raison à cela, c'est le genre d'argument que l'on entend chez les professionnels, car à force d'être professionnel on oublie l' « évidence », on raffine, on élabore et bientôt on oublie l'évidence ; un bateau c'est cool et ça a une fichue gueule !  Mais le doute était là...

 


Nous nous sommes donc mis à la recherche d'une seconde idée. 

 

 Je ne vais pas détailler le processus complet, mais voilà ce que cela donna :

 

 

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Peut-être aurait-ce été plus approprié, plus spectaculaire, je serai bien incapable de le dire et vous laisse le soin de le déterminer... En parallèle, je tenais bon sur mon idée première et esquissait quelques roughs

 

  

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 J'aimais l'idée du vent du large, de la simplicité de cette image sans "actions" proprement dite, sans conflits. 

 

 Une image qui dise la beauté d'un navire immense bravant les flots, avançant vers l'inconnu ! 


 Mais voila, je trouvais tout cela bien  mou. J'avais beau saturer, basculer l'horizon, recadrer, rien à faire. Etais-je incapable de résoudre cette image ? Etait-ce une mauvaise idée ? 

 

 


  Ce fut François Lebescond, notre éditeur, qui me mis sur la voie. Un éclair, me dit-il... 

 

Un Eclair ! Mais oui ! C'était évident, un contraste maximum pour un effet silhouette optimum ! Il fallait essayer !


Je me remis au boulot et voila le rough obtenu : 

 

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Cette fois ce fut l'évidence, et il n'y eu plus qu'à finaliser la coquine sans trop perdre l'irremplaçable nervosité d'un dessin gestuel, ouvert, qui laisse ainsi toute sa place ou pouvoir d'expression du dessin. 

 

 

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Fin...

 
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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:26

 Parfois, le dossier pédagogique constitué ne suffit pas à décrire les nombreuses étapes, intellectuelles ou graphiques, ayant mené au choix de la couverture finalisée. La catégorie "Première de Couverture", ici inaugurée, permettra par conséquent de livrer une partie "bonus" ou "making-of" additionnelle au corps du dossier.

 

 

 

 Matthieu Lauffray nous  fait ici la gentillesse de revenir (visuels inédits à l'appui) sur la genèse du visuel du tome 01 de Long John Silver... ; voir le dossier ici :

 

 http://couverturedebd.over-blog.com/article-25048992.html

 

 

 

La création de cette couverture a été une sacrée aventure. Des dizaines de roughs, des changements radicaux de concepts et de partis pris. Beaucoup de temps et d'errances... 

 

 

  Voici quelques images qui retracent la fabuleuse épopée de cette première couverture.

 

 

  Le premier problème a été de trouver une image qui représente bien l'esprit de notre série. Traiter un genre est formidable dans la mesure où l'on travaille sur un terrain balisé, mais il convient de montrer en quoi la traduction que l'on veut en faire est spécifique. Par exemple le genre « pirate » comprend plusieurs courants dont le plus commun de nos jours est le burlesque. En réalité le pirate tragique, romanesque, n'est plus à l'honneur depuis de nombreuses années. Il s'agit du genre tel qu'il a été traité par Stevenson bien sur, mais aussi par ces fameux illustrateurs Américains que sont N.C. Wyeth ou Howard Pyle. Xavier Dorison et moi avions le réel désir de ressusciter ce courant aussi oublié qu'exaltant!    La couverture avait donc pour rôle principal de communiquer clairement une "histoire de pirates", puis plus encore, une "histoire de pirate sérieuse"… puis éventuellement Long John Silver ! 

 

 

 

 Voici les tentatives dans l'ordre : 

 

 

 

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Ces idées sont les premières qui nous sont venues. Extrêmement simple, mais j'avais la volonté de trouver une silhouette mythique, quelque chose qui évoque immédiatement le pirate des légendes. C'est difficile, cela exige un posing (posture) réussi, puissant. Il y a peu d'éléments et il faut donc être précis et efficace, pas de camouflage possible. Soit c'est réussi, soit c'est la catastrophe. Dans ce cas là, nous n'étions pas satisfait… 

 

 

  Nous nous sommes ensuite orienté vers une autre idée. On garde le personnage de Long John mais on le met dans un autre univers, son auberge, son antre! Je voulais que tout se joue dans une posture d'apparente décontraction, en opposition avec un regard à la fois envoûtant et inquiétant.   

 

 

Voici les roughs de ce qui fut envisagé, puis la peinture à l'huile qui fut rendue à Dargaud avec les dernières pages. 

 

 

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 Une peinture à l'huile sur laquelle j'ai passé 3 semaines de douleurs. Au final elle me plaisait bien, à Xavier aussi. Notre éditeur également. Nous avions notre couverture. 

 

 

 Mais pourtant, il y avait quelque chose de non totalement satisfaisant. Puis la promotion du livre a commencé, et plus particulièrement une plaquette créée par une agence spécialisée. Nous avons été conviés pour voir le résultat. Cette séance remit tout à plat, une fois encore. 

 

 Les responsables n'avaient évidemment pas travaillé sur le livre. Comme toute matière, ils avaient l'album. Une BD totalisant environ 430 images, dans laquelle ils devaient trouver en quoi  rendre ce livre percutant et attrayant. 

 

 

 

Parmi les images sélectionnées, ils en retinrent une plus particulièrement. 

 

 

Celle-ci. 

 

 

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 C'est une case de la première scène, et le personnage que l'on voit de dos n'est pas Long John mais Lord Hastings. Peu importe. Nous nous sommes regardés avec Xavier, lui ne sachant pas trop comment me communiquer son impression tant il savait que j'en avais bavé sur la précédente ! Mais c'était fait, évident, cette image, par sa simplicité enfonçait la précédente. Plus forte, plus audacieuse, plus immédiate. Il y avait là tout ce que nous recherchions depuis le début… 

 

 

  La suite ne fut pas simple pour autant. Il fallu prévenir Dargaud en plein processus, annuler la couverture approuvée par tous pour la remplacer par un « sacrilège » interdit en théorie : un personnage de dos. 

 

 On ne tourne pas le dos à son public ! 

 

 

  Nous comprenions l'argument, il avait du sens et pourtant, rien à faire nous étions persuadés comme JAMAIS que ce cadrage simplissime était la couverture parfaite. 

 Il fallu reprendre le travail. Pourquoi ? Et bien parce que même si l'image en l'état aurait pu faire une belle couverture, je voulais tout de même essayer d'en faire une belle illustration, et ce n'est pas forcement la même chose. 

 

 

  Long John dans sa taverne est une image riche, mais il faut prendre le temps. Se concentrer sur le regard, les détails des objets disposés sur la table... Une couverture doit frapper fort et immédiatement. La qualité de la peinture ou du dessin sont réellement optionnelle face à la force de l'image et du concept. 

 

 

 Mais revenons à nos moutons. Qui dit nouvelle couverture dit nouvelle question. Et les errances recommencèrent. Devant la levée de bouclier liée au personnage de dos, nous avons tenté toutes sortes de positions variées : 

 

 

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Jusqu'à finalement aboutir à l'Exe finale, qui fut notre couverture définitive : 

 

 

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Un dernier point pour préciser que dés le début je comptais sur un logo extrêmement "typé" pour signaler le genre que nous traitions. L'image « pirate » devenait presque optionnelle tant le logo parlait haut et fort. 

 

 

 

(A suivre...)

 

 

Illustrations toutes M. Lauffray Copyright.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:25

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

Long John Silver t.01 et t.02 

 

(Xavier Dorison et Matthieu Lauffray)  

Ed. Dargaud, 2007 et 2008. 

 

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Dossier téléchargeable : LongJohnSilver.pdf

 

  

 Les intrigues en résumé :

 

- Tome 1 - Lady Vivian Hastings :

 

 Délaissée par son mari parti découvrir le nouveau monde depuis plusieurs années, Lady Vivian Hastings est restée à Bristol, en Angleterre. Seule ? Pas tout à fait : Vivian, consciente de son charme, ne manque pas de courtisans... Ceux-ci ne connaissent pas sa situation matérielle inquiétante : ruinée bien que toujours propriétaire du domaine et, surtout, enceinte... Tout bascule le jour où Vivian reçoit enfin des nouvelles de son mari, qui lui somme de le rejoindre en Amérique du sud où Lord Hasting aurait découvert le mythique trésor de Guayanacapac ! Acculée, Lady Hastings décide de partir et fait appel, malgré les mises en garde du docteur Livesey, à une bande d'hommes sans foi ni loi dont le chef n'est autre que le redoutable Long John Silver...

 

 

 

  -  Tome 2 - Neptune :

 

 

  Lady Vivian Hastings et Long John Silver ont quitté Bristol afin de traverser l'Atlantique : destination la mythique cité de Guyanacapac... C'est ici, en Amazonie, que Lord Hastings aurait découvert l'or caché de la cité. Mais entre la belle Vivian et le redoutable pirate, les tensions sont fortes, malgré le pacte qui les unit...

 

    

 

  Livres aux Trésors :

 

 

  Roman parmi les plus connus au monde, L'Ile au trésor fut écrit à l'origine par Robert Louis Stevenson d'Octobre 1881 à Janvier 1882, sous forme d'épisodes à destination de la presse. Largement modifié, le récit devient finalement un livre en 1883. Très lucide théoricien du récit et de sa propre pratique, Stevenson exploite tous les ressorts du récit : il procède à la multiplication des narrateurs et des points de vue en insérant dans son récit mémoires ou lettres de personnages, ce qui a pour effet de donner des versions différentes de la même histoire et de laisser ouverte l'appréciation des personnages et des événements comme la signification même du récit. On se souviendra ainsi de la fin « ouverte » de l'Ile au trésor, où le mythique Long John Silver est laissé libre, ayant réussi à fuir : « De Silver, nous n'avons plus jamais entendu parler... ».

 

  Le Cinéma s'empare assez tôt de l'imagerie populaire et romantique du pirate, permettant ainsi des variantes aux serials traditionnels d'Aventure ou de Cape et d'épée (parmi les classiques : L'aigle des mers - Fr. Lloyd, 1924 ; Capitaine Blood - M. Curtiz, 1935 ; Le Corsaire Rouge - R. Siodmak, 1952) L'œuvre de Stevenson est ainsi adaptée dès 1934 dans un remarquable film homonyme réalisé par Victor Fleming, puis en 1952 dans une version produite par les Studios Disney (réalisation de B. Haskin).

 

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Couverture d'une réédition du Livre des Pirates d'Howard Pyle, publié pour la première fois en 1903.

Ci-dessous ; trois illustrations emblématiques de la vision romantique et sauvage du pirate selon Pyle

 

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"Pirates se battant pour un trésor" (1903)

 

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The true Captain Kidd (1902)

 

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Captain Keitt (1907)

 

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Marooned (1909)

(Notes : Le mot "maron" dérive ici du verbe "maronner" (attendre) et désigne l'abandon volontaire d'un marin par son équipage. A distinguer du mot "marronage", qui décrit à l'origine la fuite d'un esclave).

  

 

 

 

 

  Divers illustrateurs et écrivains vont tenter par la suite de donner leurs propres versions de l'itinérance des personnages : citons ici, tout d'abord, les travaux d'illustrations pionniers de l'américain Howard Pyle (1853-1911), qui composa probablement l'archétype visuel du futur pirate hollywoodien (homme cruel à la jambe de bois, ayant perdu un œil, portant un perroquet sur l' épaule et se référant au Jolly Roger, le pavillon noir) au sein de son ouvrage paru en 1903 (Howard Pyle's Book of Pirates). Le plus célèbre élève de Pyle, Newell Convers Wyeth (1882-1945), donna des illustrations d'une qualité jugée exceptionnelle au roman de Stevenson en 1911 : de fait, nul mieux que lui ne sut rendre le souffle épique et le gout du vent marin qui parcourait chaque ligne du récit initial, traversé par l'inquiétante présence de Silver. En 1995, l'écrivain suédois Björn Larson livre une première séquelle de l'Ile au trésor : dans son Long John Silver (publié chez Grasset) Stevenson prend lui-même la plume pour retracer la vie exacte du sinistre personnage décrit par le jeune Jim Hawkins dans le roman initial. L'occasion de se faire entrecroiser le mythe, la fiction et le réel, puisque Silver va croiser le Capitaine Flint, Daniel Defoë (auteur de Robinson Crusoë en 1719 et bien sur tous les personnages de l'Ile au trésor.

 

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Version de L'ile au trésor illustrée par N.C. Wyeth (1911) et exemples d'illustations (ci-dessous)

 

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Billy Bones (1911)

 

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L'otage (1911)

 

 

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  Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

- Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

- Le nom de l'éditeur apparait-il ?

 

- Que représente l'illustration de chacun des albums ? (la décrire)

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ?

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ?  Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ?

 

 

  NIVEAU 2

 

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums.

 

- Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l'illustration. Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «aventure historique»? Cherchez la définition et la signification de «pirate», «corsaire» et « jolly roger».

 

- Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

 NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère chaque couverture. «L'ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère? Expliciter vos choix.

 

- Trouvez en quoi l'un des titres est une référence au roman L'ile au trésor de R.L. Stevenson. Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, le descriptif de la vie de Long John Silver.  En quoi le titre de la série « Long John Silver» peut-il être compris tour à tour comme récit autobiographique, univers de  fiction ou roman historique ?  

 

- Que connote le titre du second album, Neptune ?

 

- Chercher de la documentation sur le monde des pirates et les romans maritimes: retracez la vie de ces personnages, leurs activités et tentez de vous interroger sur leurs valeurs morales.

 

  

 

 Lecture et analyse de la couverture :

 

 

  Dans l'esprit du scénariste Xavier Dorison et du dessinateur Matthieu Lauffray, Long John Silver ne constitue pas une simple « suite » au roman de Stevenson, mais plutôt un hommage appuyé au récit maritime de piraterie tout entier, ainsi qu'à l'imaginaire forgée durant les lectures de l'enfance. Pour les deux hommes, par ailleurs férus de cinéma (Dorison a scénarisé en 2006 le film Les Brigades du Tigre, de Jérôme Cornuau ; Lauffray a notamment effectué des recherches de décors et costumes pour Le Pacte des Loups (C. Gans, 2001) et 10 000 (R. Emmerich, 2008), la série graphique impulsée constitue une exploration de territoires vierges, aux limites des intérêts et de la psychologie de chacun des caractères.

 

  Selon Matthieu Lauffray : "Voila précisément  ce qui nous motive pour cette histoire de pirates, le sentiment d'évidence qui tourne autour de ce genre, puis le constat que style que nous cherchons n'existe pas encore sinon dans nos imaginations. Pour résumer, je dirai que nos pirates seront en grande partie l'opposé de "Pirates des Caraïbes" ou du "Corsaire Rouge". Il ne s'agira pas non plus d'une reconstitution historique véridique. L'idée est de mettre en scène un récit brut, fantasmatique, épique, qui mette en scène le fantasme du pirate, à la manière d'un Howard Pyle par exemple. Le vent du large et les mythiques zone encore blanche de la carte...".

 

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Recherches graphiques et étapes de l'élaboration de la couverture du tome 1 par M. Lauffray (1er dessin, encrage et mise en couleur directe).

 

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  Après un long travail de réécriture et des recherches documentaires poussées, le choix du visuel principal de la couverture ne fut pas un exercice aisé : afin de ne pas décevoir les lecteurs, Dorison et Lauffray optent tout d'abord pour une approche conventionnelle, par le biais d'un dessin sombre et flamboyant mettant en scène le fameux pirate, attablé à l'intérieur d'une taverne fumante devant une carte (au trésor...) et quelques doublons. Ce dessin se retrouvera finalement en fin d'album (puis en couverture du tirage de tête), car, pour mieux rompre avec la dimension iconique du pirate, les auteurs adoptent une posture strictement inverse : un visuel énigmatique et un personnage anonyme perçu de dos, dans un extérieur de prime abord incertain et sous une pluie battante... Couverture immédiatement frappante de par son immense pouvoir d'évocation : si le tricorne et le manteau long renvoient immédiatement les lecteurs de tous âges au XVIIIème siècle, beaucoup remarqueront malgré tout une relation plus ou moins forte entre le titre/sous-titre et le personnage. Homme ou femme, héros ou adversaire, quel est-il ? Plus encore, c'est un renforcement signifiant du récit placé sur un mode crépusculaire qui est ici mis à l'honneur : face à une Nature implacable et hostile - ici et par définition, doublement, la Mer et la forêt équatoriale -, sous une pluie qui renvoie elle-même au codes du genre Noir et du thriller, et face à de blancs oiseaux symboles de liberté et d'inaccessibilité, le monde passéiste et finissant du « pirate » semble littéralement en perdition. L'espace semble déjà avoir avalé son embarcation (visible en bas à gauche), noyée dans le brouillard humide d'un monde aux trésors et à l'avenir incertains.

 

 

 

  Cette couverture semble avoir été (inconsciemment du moins) inspirée par des affiches de films récents, eux-mêmes offerts sur le mode de l'aventure finissante, où des héros fatigués déposent les armes en tentant de dépasser in fine leur propre archétype : voir ainsi le visuel créé par Bill Gold pour Impitoyable (Cl. Eastwood, 1992) ou celui conçu par les Studios The Ant Farm pour Le Nouveau Monde (T. Malick, 2005). Cette conception s'oppose à l'approche classique dernièrement proposée par David Chauvel et Fred Simon sur leur adaptation de l'Ile au trésor (Editions Delcourt, collection Ex-Libris, 2007 et 2008), appuyée sur les illustrations de H. Pyle et N.C. Wyeth.

 

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 Pour le second album de Long John Silver, et dès le visuel, Dorison et Lauffray réinvestissent à proprement parler le monde « mythologique » de la piraterie : au milieu des éléments déchainés, un navire malmené portant le nom du Dieu romain des mers et océans, semblant de fait naviguer à vue à la seule lumière d'une lampe tempête portée par une femme... Soit la triple mise en évidence de la tragédie annoncée, en ce que l'orage, la course folle du navire et de ceux qu'il transporte (dont le malheur personnifié, selon les traditions, par la présence d'une femme à bord) ne peuvent aboutir qu'à un naufrage littéral des corps et des âmes. Selon Matthieu Lauffray : « Un navire est un lieu clos, perdu au cœur d'un grand nulle part. En effet en dépit des apparences, les grands espaces qu'il traverse ne sont qu'illusions inaccessibles. Un récit de navigation est un huis clos en plein air, un univers carcéral sous des airs de plaisance. En réalité, il n'y a ni alternatives, ni échappatoires aux enjeux qui le hantent. Or les circonstances qui ont suscité ce voyage comportent, en elles-mêmes, le nécessaire à une bonne explosion... ».

 

 

 

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   Le choix du logo-titre Long John Silver, calqué sur un pavillon noir semi-fictif puisque forgé en partie par les films hollywoodiens, résumé parfaitement la série, inhérente aux défauts et qualités intrinsèque d'un « héros à l'image faussée » (le pirate) :

 

 

  Xavier Dorison : « À mon sens, la plus grande qualité d'un pirate est d'être un rêveur. Il ne suit pas les voies toutes tracées, il se construit son propre monde et ses propres codes. En cela, il est un champion de la liberté.

 

  Et son plus grand défaut.... Est d'être un rêveur. On ne peut nier indéfiniment la réalité sans en payer les conséquences. De plus, celui qui rêve est, par définition, « ailleurs », loin de réalité. Or, cette vie réelle (pour ne pas dire, la société) est le seul endroit où l'on construit. Silver peut prendre le contrôle de tous les navires, il ne les bâtira jamais. Son exil de la société le condamne à être pillard, jamais architecte ou bâtisseur. »

 

  Matthieu Lauffray : « Un pirate est incapable de se soumettre à un autre système de valeur que celui qu'il a choisi. Il choisit son navire, il choisit sa mission et il nomme son capitaine. Mais là ne s'arrête pas son goût inné du caprice! Il est également indépendant et favorise toujours la joie de l'instant aux rêves des bâtisseurs. Ce choix de vie comporte une réponse possible dans un monde ouvert et distendu qui autorise le joyeux bazar, si violent soit-il ! Puis le temps est venu où notre petit monde n'a plus pu contenir trop de mouvements désordonnés. Le clou qui dépasse, on l'écrase comme disent nos amis chinois. Au final c'est à se demander si ce n'est pas plus une affaire de problèmes de stockage plus que d'idéologie...

 

  Long John me passionne car il a conscience de tout cela, contrairement à la plupart de ses semblables. Il voit la beauté de ce combat perdu d'avance. Cela en fait un jouisseur conscient de la tragédie de son idéal. Il aime l'individu. Il respecte cette lady Hastings car il voit en elle le courage de s'élever, de sortir de sa case. Il se voit en elle bien des années auparavant. Tout comme il aurait voulu léguer ses valeurs au jeune Hawkins puis au jeune Jack O'Kief. Il aimerait que tout cela demeure. Il a peur du vide, peur de la mort, il pleure ce monde qui massacre aveuglement la personnalité au profit du système. »

 

 

 

 

Mythe et fiction, imaginaire et réalité apparaissent comme chevillés au récit de pirate : le logo titre Long John Silver donne toutefois à cet univers baroque et épique finissant toute sa nostalgie mortifère : le nom de l'individu (John) est dévoré par l'image obsédante de la Mort, tandis que ne s'impriment que la légende, liée soit au surnom (Long) soit à l'hypothétique trésor (Silver) enterré dans l'inaccessible cimetière marin du genre. Car, et à l'égal de la fin ouverte de L'ile au trésor, on comprendra que la mer est sans routes et sans explications.

 

 Advienne que pourra !

  

 

 

 Pistes supplémentaires :

 

 

 La série est prévue en 4 tomes, et sera suivie d'une préquelle décrivant les origines de Long John Silver.

 

1. Lady Vivian Hastings (2007)

2. Neptune (2008)

3. Le Labyrinthe d'Emeraude (à paraître)

4. Guyanacapac (à paraître)

 

 

 

- http://www.dargaud.com/longjohnsilver : site dédié des éditions Dargaud.

 

 

- Interviews écrites, audio ou vidéo des auteurs, parues pour la sortie des tomes 1 et 2 :

  http://www.universbd.com/spip.php?article5360 

 

  http://www.expressbd.com/crbst_314.html 

 

  http://www.sceneario.com/sceneario_interview_XDORI.html 

 

 

   http://www.sceneario.com/sceneario_interview_LAUFF.html 

 

   http://www.france5.fr/bd/index.php?id_document=2012&page=bd-bande-dessinee-videos 

 

  http://www.graphivore.be/Interviews/dorison_lauffray.php 

 

  http://www.graphivore.be/news.php?idnews=1657 

 

  http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2606

 

 

- http://www.lauffray.com/: site officiel de Matthieu Lauffray.

 

- http://www.pirates-corsaires.com/: tout sur le monde des pirates et des corsaires.

 

 

 

 

- http://fr.wikipedia.org/wiki/L'%C3%8Ele_au_tr%C3%A9sor: article de l'encyclopédie Wikipédia consacré au roman l'Ile au trésor.

 

 

 

 

- http://www.kiss.qc.ca/Encyclopirate_WEB/Howard-Pyle/H_Pyle.html, http://giam.typepad.com/100_years_of_illustration/howard_pyle_18531911 et http://www.fontcraft.com/artype/pyle/: biographie et illustrations d'Howard Pyle (sites en Français et Anglais)

 

 

 

- http://en.wikipedia.org/wiki/N._C._Wyeth, 

 

http://www.toughton.com/books/treasure/pictures.htm et http://www.artcyclopedia.com/artists/wyeth_nc.html : biographie et illustrations de Newell Convers Wyeth (sites en Anglais)

  

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

  

Images toutes ©Xavier Dorison - Matthieu Lauffray / Editions Dargaud. 2007 et 2008.

 ©Editions Delcourt (Chauvel et Simon, 2007 et 2008)

 

 

Les visuels sont ici reproduits avec l'aimable autorisation de Matthieu Laufray.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:24

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

 

Il était une fois en France 

t.01 et t.02 

 

 

 

 

(Fabien Nury et Sylvain Vallée) 

 

 

Ed. Glénat, 2007 et 2008 

 

 

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Dossier téléchargeable :  Iletaitunefoisenfrance.pdf

 

 

 

 Les intrigues en résumé : 

 

 

-  Tome 1 - L’Empire de Monsieur Joseph : 

 

  1965 : Clichy - Joseph Joanovici est en train de mourir dans un appartement miteux en compagnie de sa fidèle compagne, Lucie Schmidt, aussi nommée « Lucie-Fer ».  Depuis la rue, un homme surveille leur fenêtre. Il se nomme Legentil, un juge ennemi juré de Joanovici. 

 

   1905 : Kichinev, Bessarabie roumaine... Deux enfants juifs se cachent pour échapper à un de ces massacres qui, sous le tsar Nicolas II, sont monnaie courante contre les Bolcheviks ou les Juifs, entre autres. Le garçon se nomme Joseph, la fille Eva. Ils s’aiment et se marieront des années plus tard. Voici le destin d’un homme, ambigu et charismatique, illettré et ferrailleur, "collabo", résistant, qui a connu la pauvreté et est devenu milliardaire avant de connaître la chute. Un homme qui fut au cœur de l’Histoire du XXème siècle… 

 

 

 

-  Tome 2 - Le vol noir des corbeaux : 

 

 En Juin 1940, à la Rochelle, alors qu'il s'apprête à quitter le sol français avec sa famille et son assistante pour les Etats-Unis, Joseph Joanovici reçoit la visite d'un faussaire qui lui ouvre un horizon plus doré en lui facilitant son introduction auprès des allemands. Pour ce faire, il remonte à Paris avec la ferme intention de faire jouer ses appuis à la Chambres des Députés et récupérer son entreprise de ferraille mise sous séquestre.   La guerre étant consommatrice de métal, les affaires reprennent rapidement en liaison avec l'occupant allemand, mais son ascension rapide et ses combines suscitent des jalousies qui débouchent sur la délation. De fait, Joseph et sa famille étant en danger, seule la collaboration peuvent leur permettre d'échapper au pire, mais à quel prix ? 

  

 

 

 

  L’étrange Monsieur Joseph : 

 

 

 Personnage atypique d’une période troublée de l’Histoire contemporaine, Joseph Joanovici demeure avant tout le reflet d’une époque et d’un contexte sociétal - la France de Vichy - où les choix politiques, idéologiques et comportementaux n’étaient le plus souvent dictés que par une seule règle : survivre. 

 

 

 

 Ferrailleur d’origine juive roumaine, né vers 1905 et arrivé en France en 1925, Joanovici, totalement illettré mais particulièrement observateur, se fait rapidement un nom à Clichy en banlieue parisienne. A partir de 1940, et pendant toute l’Occupation, il fournit tour à tour les Nazis, la Résistance et le renseignement soviétique en métaux, armes et informations diverses, octroyant sa protection personnelle contre le nerf de la guerre. A la Libération, il est plusieurs fois arrêté, interrogé et relâché : s’il écope de cinq ans de prison en 1949, il est libéré dès 1952, mais assigné à résidence à Mende (Lozère). Dès 1957, il tente de relancer ses affaires, mais est contraint par le fisc à quitter le territoire national. Expulsé d’Israël pour avoir collaborer avec l’Allemagne d’Hitler, il meurt ruiné en 1965.  

 

  

 La légende s’empare assez rapidement du personnage : il inspire en effet directement une partie de l’intrigue du film Monsieur Klein de Joseph Losey (1976),  est cité comme protagoniste de l’Affaire de la Rue Lauriston par l’écrivain Patrick Modiano (La Ronde de Nuit - 1969), puis plus directement par Alphonse Boudard qui lui consacre un roman biographique très documenté en 1998 (L’étrange Monsieur Joseph). Il fournit à Jacques Audiard la trame scénaristique de son film, Un héros très discret, en 1996 (idée reprise au roman homonyme de Jean-François Deniau paru en 1989), puis prend les traits de Roger Hanin dans l’adaptation télévisuelle du récit d’A. Doudard effectuée par la réalisatrice Josée Dayan en 2001. 

 

 

 

 

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Joseph Joanovici, photo de la préfecture de Police de Paris, 1ère de couverture du livre d'Alphonse Boudard (Ed. Presse Pocket) et projet d'affiche publicitaire par S. Vallée.

 

      

Questionnaire pour les élèves : 

 

 

  La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

 

 

 NIVEAU 1 

 

 

-  Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

 

 

-   Le nom de l’éditeur apparait-il ? 

 

 

-   Que représente l’illustration de chacun des albums ? (la décrire) 

 

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ? 

 

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ? 

 

 

 

  NIVEAU 2 

 

 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums. 

 

 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « historique» ? Cherchez la définition et la signification de «svastika» et « croix gammée ». 

 

 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

 

 

 

 

NIVEAU 3 

 

 

-   Essayer de décrire l’atmosphère chaque couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

 

 

-   En quoi le titre de la série « Il était une fois en France » peut-il être compris tour à tour comme fiction, récit historique ou chronique documentaire d’une période ?  Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, d’autres exemples de récits, films ou photos décrivant la vie à Paris sous l’Occupation. Trouvez en quoi l’un des titres est une référence au Chant des Partisans (hymne de la Résistance Française). 

 

 

-   Chercher de la documentation sur Joseph Joanovici : retracez la biographie du personnage, ses activités et tentez de vous interroger sur les valeurs morales du personnage. 

 

 

   

 

 Lecture et analyse de la couverture : 

 

   

 Selon les propres mots du scénariste Fabien Nury, la série Il était une fois en France se devait de fonctionner sur un double mode : celui d’un récit de fiction historique, c’est à dire un biopic (condensé de l’américanisme biographic picture) relativement crédible et documenté, et celui  propre à une saga feuilletonesque, mêlés dans un esprit cinématographique. La série, qui sera constituée au final de  six volumes, est dessinée par Sylvain Vallée, lui-même féru des films français mettant en scène la période des années 1920-1950. De ces références communes découlera naturellement le choix du titre de la série : comment ne pas retrouver en effet, dans Il était une fois en France, la citation directe d’univers issus du cinéma de Sergio Leone (Il était une fois en Amérique - 1984) ou de Francis Ford Coppola (Le Parrain et Le Parrain 2 - 1972 et 1974), soit des œuvres mythiques ayant déjà décrit l’ascension et la chute de caïd du Milieu.

 

 

 

  « Il était une fois… », c’est tout autant un renvoi au monde de la narration (conte, fable, récit merveilleux), qu’à l’Histoire et au Passé (voir le nom des séries d’animation ludo-éducative et télévisuelle créées par Albert Barillé dans les années 1970-1990) ; ce choix nominatif est renforcé par la tonalité littéraire de chacun des titres d’albums. On notera notamment un Vol noir des corbeaux très proche du nom déjà donné par Jean-Pierre Gibrat à sa série (Le vol du corbeau, publié chez Dupuis (2002 et 2005) se déroule déjà dans un Paris occupé, en Juin 1944). C’est une référence directe aux premières lignes du fameux Chant des Partisans (« Amis, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? »), ainsi qu’un renvoi au corbeau délateur du célèbre film polémique d’Henri Georges Clouzot (1943).

 

 

 

 

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 Projet de maquette pour la couverture du tome 1 et visuel finalisé.

 

 

 

 

 

Sur le même mode, on admirera le travail de construction graphique des couvertures. Le premier album adopte une « charte » très simple, permettant au titre de prendre toute la démesure de la saga ainsi annoncée. Les deux tiers droits sont plongés dans les ténèbres d’un haut mur derrière lequel se profile une aperçue en plongée d’un personnage songeur et d’une ancienne casse de voiture (on distingue une épave d’une Traction Avant Citroën, emblématique des années 1930-1950, ainsi que divers morceaux de ferrailles). Le personnage anonyme (rapporté au  mystérieux Monsieur Joseph du titre), bien que pouvant être connoté enquêteur, détective privé ou journaliste pour un lecteur lambda, se défini à vrai dire une nouvelle fois sur un mode cinématographique : la vue en plongée, le cigare fumant, le vent dans le manteau et l’auréole lumineuse qui l’environne le situent en effet dans une perspective carriériste fructueuse (c’est l’Empire annoncé…), sans le soustraire ni à la noirceur environnante ni à une Histoire visiblement pesante. La plongée et les couleurs sombres d’une grande partie du visuel s’accordent ici à un titre dont la typographie sera volontairement vieillie et abimée, et viennent refléter la noirceur d’âme du personnage, lui-même miroir de son époque. C’est, enfin, en rapportant cette couverture à une image symbolique du Citizen Kane d’Orson Welles (1941), que l’on trouvera la meilleure définition de Joseph Joanovici : l’ascension, le mythe et le mystère entourant un homme devenu puissant et régnant sans partage, mais dont aucun témoignage, après sa disparition, ne donnera au final une image entièrement véridique.

 

 

 

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Citizen Kane, d'Orson Welles (1941) : l'un des films les plus célèbres du Cinéma.

 

 

 

 

 

 

 Le visuel du second album reprend une photographie d’époque de Roger Schall, assez proche de celle placée en couverture d’A Paris sous la botte nazie, livre de Jean Eparvier publié en Novembre 1944. L’image nous montre une perspective de la Rue de Rivoli, couverte d’étendards nazis à croix gammée, la puissance de l’Occupant étant par ailleurs symbolisée dans l’uniforme du sergent des Waffen SS en train de surveiller la rue… Cette même vue est à comparer avec le travail très critiqué du photographe André Zucca, seul autorisé par la propagande nazie en 1941 à illustrer le journal Signal de photos en couleurs de la capitale (la Rue de Rivoli apparaitra ainsi déserte, tandis que Paris sera nonchalant, hors du temps et paraissant tout à fait s’accommoder de la présence des troupes allemandes… ).

 

 

  Le dessinateur choisi toutefois d’adapter cette image, à la fois en allongeant la perspective, en renforçant le contraste des couleurs, en replaçant le fameux « mur noir » déjà présent sur le premier visuel (des traces ensanglantées sont discrètement placées à l’avant-plan) et en intensifiant la marque visuelle des drapeaux flottant au vent (la croix gammée changera également de sens pour paraitre plus dynamique et menaçante, tout en venant simplifier la première lecture).

 

 

 

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Deux photos d'époque (couverture du livre Paris sous la botte nazie (1944) et vue de la Rue de Rivoli par André Zucca (1941) ; projets successifs pour la couverture du tome 2.

 

 

 

 La vue de face « coince » le lecteur dans une image et une Histoire immédiate : l’Occupant est partout, et l’unique solution de repli est la discrétion (le soldat allemand ne nous voit pas) ou la voie de l’ombre, de l’autre côté du mur-frontière. Le principal protagoniste de la série est lui-même invisible : point de héros, mais une focalisation justifiée sur la période, où « survivre » est devenu l’unique règle à  observer. Comme l’explique du reste Sylvain Vallée : « la thématique du tome 2 rejoint celle de Monsieur Klein. Le personnage face à la mécanique punitive nazie. Là, il va tenter de trouver les moyens de subsister face à cette mécanique écrasante, la délation, les camps etc. L’album commence en 1940 et Joseph tente de fuir pour rejoindre La Rochelle et s’embarquer pour les États-Unis. La thématique de cet album est vraiment comment Joseph cherche à sauver sa peau… ».

 

 

 

   Œuvre immédiatement frappante puisque inscrite dans la réalité de notre histoire récente, Il était une fois en France dresse un portrait d’une époque en « eaux troubles » d’une puissance peu commune : la légende y rejoint la fiction, tandis que la vérité de l’aspect documentaire donne un alibi de premier ordre au lecteur que la série n’oublie pas de questionner, pareillement à son « héros ». Dans les mêmes conditions, et, dans un camp ou dans un autre, comment aurions-nous agi ?

 

 

 

 

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Projet de couverture et visuel finalisé pour le tirage de tête du tome 1.

 

 

    

 Pistes supplémentaires : 

 

 

-  http://www.glenatbd.com/monsieurjoseph  : site des éditions Glénat dédié à la série. 

 

 

-   http://sylvainvallee.canalblog.com : le blog de Sylvain Vallée, où l’on retrouvera quantité de visuels, de crayonnés de planches et de dessins préparatoires à la série. 

 

 

-  http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?auteur=95 , http://www.expressbd.com/crbst_283.html et http://videos.france5.fr/video/iLyROoafYPFV.html : interviews de Sylvain Vallée et Fabien Nury réalisées lors de la parution du second volume. 

 

 

-   http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Joanovici : biographie de Joseph Joanovici sur l’encyclopédie Wikipédia

 

 

-  http://french-chanson.narod.ru/chant.html : texte écrit et chanté du Chant des Partisans

 

 

-   http://saintsulpice.unblog.fr/2008/05/23/andre-zucca-les-parisiens-sous-loccupation et http://www.rue89.com/oelpv/quand-paris-rend-hommage-a-andre-zucca-photographe-collabo : photographies de Paris pendant l’Occupation et polémiques autour du travail d’André Zucca. 

 

 

  

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

 

Images toutes ©Fabien Nury - Sylvain Vallée / Editions Glénat.

 

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Sylvain Vallée.

 

 

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:22

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

L’ENVOLEE SAUVAGE t.01 et t.02 

    

(Laurent GALANDON et Arno MONIN)   

 

 Ed. Bamboo  - Collection Angle de vue, 2006 et 2007. 

 

 

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Dossier téléchargeable : L'envolée sauvage.pdf

  

  Les intrigues en résumé : 

 

  

  -    Tome 1 : La dame blanche : 1941. Simon habite à la campagne dans une famille qui l’a recueilli. Il est juif et sa présence devient insupportable au maire instituteur pro-allemand. Protégé par le curé du village, Simon est envoyé dans un séminaire dont il s’évade… 

 

 

 -      Tome 2 : Les autours des palombes : Simon, juif réfugié dans une ferme éloignée de la tourmente, est bientôt rattrapé par l'antisémitisme forcené. Il s'enfuit à nouveau et tombe sous la protection de Firmin, un résistant auquel Simon va donner un coup de main. Malheureusement, Simon est pris par la milice et déporté à Auschwitz avec la petite Ada. 

  

  

 

    Questionnaire pour les élèves : 

 

 

 

 La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

 

 

 

  NIVEAU 1 

 

 

-     Quels sont les titres de ces B.D. ? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

 

 

-     Les noms de l’éditeur ou de la collection apparaissent-ils ? 

 

 

-     Que représente l’illustration ? (la décrire) 

 

 

-     Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ? 

 

 

-     Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ? 

 

 

   

 NIVEAU 2 

 

 

-    Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire commune racontée dans ces albums. 

 

-     Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration de chacun de ces albums. Quels détails indiquent le dramatique sujet historique traité au sein de ces albums ? 

 

 

-     Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

 

 

 

 

  NIVEAU 3 

 

 

-      Essayer de décrire l’atmosphère de chacune des couvertures. Identifier notamment avec le visuel du second album, le lieu de l’action principale et l’époque à laquelle se déroule chaque récit. 

 

 

-     « L’ambiance » de ces couvertures vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

 

 

-     Un enfant solitaire, une étoile jaune, un « animal totem » (ou animal symbolique) : avec la documentation dont vous disposez, tentez de trouver des titres d’œuvres où l’on retrouve l’association de ces éléments. 

 

 

      

  Lecture et analyse de la couverture : 

 

   

  Comment parler de la Shoah à un public adolescent contemporain ? Voici la lourde et difficile question à laquelle on voulu répondre le scénariste Laurent Galandon et le dessinateur Arno Monin. Faire acte de mémoire, mais traiter le sujet avec délicatesse, poésie, et garder un espoir lié à l’enfance, sans détourner par ailleurs les horreurs de la réalité historique. On rappellera ici que l’Holocauste fit  plus de cinq millions de victimes. Pour la France, 75 721 Juifs, dont près de 11 000 enfants, seront déportés de 1942 à 1944, principalement vers le camp d’Auschwitz.

 

 

 A l’inverse de bien des œuvres, le double album de l’Envolée sauvage surprend en ce qu’il n’est finalement ni inspiré par un témoignage direct d’un survivant des camps de la mort, ni ancré dès sa couverture dans un patrimoine visuel strictement « historisant ».

 

 

 

 La couverture de l’Envolée sauvage t.1 : la dame blanche est symptomatique de ces choix. C’est d’abord un titre surprenant (le sous-titre n’apparait qu’en page de titre intérieure), intriguant, déroutant… Le jeune lecteur ne devrait pas pour autant en déduire un récit strictement animalier, puisque le personnage central est bien un humain. S’agit-il alors d’une atmosphère fantastique ? Le paysage automnal décharné, les rochers monolithiques, les nuages sombres et le vent violent, les couleurs froides et pluvieuses, et la présence d’un rapace blanc inciteraient à répondre par l’affirmative ; d’autant plus que le sous-titre de ce premier volume, la fameuse Dame blanche, fait s’entrecroiser bien des notions : la référence fantomatique, le surnom de la chouette effraie et l’association entre un héros adolescent et un animal-totem de couleur blanche contribueront sans doute pour nombre de jeunes lecteurs à pré-situer l’œuvre quelque part entre Harry Potter, Tintin et Sans-Famille. Ce qui sera dès lors intéressant pour l’enseignant tiendra en la constitution d’un lien entre les thématiques internes à ces récits et celles inhérentes au cycle de Galandon et Monin : une adolescence orpheline et en souffrance, un décorum ou contexte hostile, une itinérance et un récit d’apprentissage, l’établissement de liens d’amitiés indéfectibles avec l’Autre, compris comme inséparable compagnon de route.

 

  

 

 De cette couverture, encore, et passé le mystère déroutant de la première découverte, on appréciera justement les détails : la typographie manuscrite et torturée du titre, la correspondance entre la déchirure blanche (où viennent s’inscrire le titre et les noms des auteurs) et la chouette, le visage fermé du personnage, qui semble lui-même suivre un chemin incertain (sans passé, puisqu’on n’en distingue pas les origines, cachées derrière la colline, et sans avenir, puisque se perdant entre herbes et rochers de sinistres augures). Au croisement des lignes de force de ce visuel, notre œil sera in fine attiré par la minuscule étoile jaune fixée sur le vêtement, à la place du cœur du personnage. Dévoilement lourd de perspectives et de conséquences, puisque le jeune héros, encore anonyme pour le lecteur, n’en paraitra que plus menacé : isolé, perdu, en proie à l’hostilité des éléments et dont la seule présence est « résumée » autant par une clôture aliénante que par une chouette ayant bien du mal à tenter son « envolée sauvage » (celle-ci perdant visuellement des plumes face à la tempête annoncée).

 

  

 

 Le même schéma s’établit en correspondance, en couverture du second volume l’Autour des palombes. Tout d’abord une modification de la donne dramatique puisque le contexte devient référencé : on reconnaitra en arrière-plan la sinistre entrée du camp d’Auschwitz, lieu de mort et d’enfermement connoté à la fois par la présence de divers éléments hostiles (clôtures et fils de fer barbelés, nuages noirs ou fumées acres, cailloux) et par l’autour des palombes, puissant rapace (ici ramené à l’aigle symbole du pouvoir fasciste) cherchant à s’emparer des faibles proies que semblent constituer les enfants/adolescents. Ceux-ci, à l’inverse de la première couverture, s’affranchissent à la fois d’un contexte pesant, puisque représentés « en marche », en contreplongée, et dans l’état de franchir un seuil important, soit un quadruple enjeu du sort, du hasard, de la liberté et du destin, notions toutes contenues dans la symbolique du vert se déroulant sur leurs pieds. Cette envolée libertaire, riche de tous les espoirs, s’oppose toutefois encore et en partie aux idées d’exclusion (symbolique de l’étoile jaune) et d’entrave (système totalitaire, barbelés, etc.), représentées sur ce visuel dans une itinérance étymologiquement « sinistre » des caractères. « Sinistre », c’est-à-dire, « à gauche »,  « préjudiciable » pour reprendre le sens premier donné par le latin.

 

   

 On déduira enfin de ce même parcours droite-gauche l’idée d’un retour, d’un nouveau regard sur le chemin parcouru, qui donne sans doute aux deux couvertures de l’Envolée sauvage leur portée symbolique la plus universelle : sans passé, le présent n’a pas d’avenir. Là se définissent bien tout le cœur et l’âme du message du devoir de mémoire.

 

 

 

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 L'entrée principale du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau après la Libération, en 1945.

 

 

   

Interview de Laurent Galandon :  

 

  

 Comment vous est venue l'idée de parler de la Shoah ? Une idée entre fiction et réalité, ou inspirée de choses réelles ? 

 

 

 Non, pas de base réelle. Je ne suis pas de confession juive, je n’ai pas connu ou ne connaît pas (ou alors sans le savoir) de personnes directement « touchées » par la Shoah. Par contre, j’ai eu l’occasion de travailler avec des jeunes en grandes difficultés et j’ai été étonné (atterré même peut-être) par leur méconnaissance sur le sujet. Aussi ai-je eu envie de participer, modestement, d’une part à un devoir de mémoire et, d’autre part, à une démarche « pédagogique ». Mais, rien de tout cela n’était conscient à l’écriture de l’histoire. 

 

  

  L'idée du titre s'est-elle imposée immédiatement ? 

 

 

  Assez rapidement en tout cas. C’est « un peu idiot » mais j’ai besoin d’un titre lorsque j’écris une histoire, quitte à le modifier par la suite. Ce titre, « l’envolée sauvage » permet de mettre en évidence plusieurs aspects historiques (le développement de l’antisémitisme ; la violence et l’horreur de la déportation et de l’extermination…) ainsi que des éléments directement liés à l’histoire de notre héros (sa passion et sa relation aux oiseaux). Par ailleurs, le titre porte également d’évidentes métaphores (liberté/emprisonnement…). Enfin, et plus simplement, il « sonne » bien, non ? Un film, très bien, réalisé par Caroll Ballard, porte ce même titre. 

 

   

  Avez-vous effectué beaucoup de recherches graphiques concernant l’élaboration de cette couverture ? 

 

 

La couverture, c’est l’espace de liberté – totale - d’Arno ! Aussi n’avons-nous jamais d’idée arrêtée. Généralement, nous attendons qu’une première grosse partie de l’album soit avancée pour commencer à en parler. Alors nous échangeons, pas tant sur la forme, plus sur l’ambiance et les informations que nous souhaitons y faire passer, les éléments qui nous semblent importants et forts.  Arno proposera alors des premiers roughs, mais finalement ils ne seront pas très éloignés les uns des autres. Lors de cette phase, l’éditeur est très présent. Des échanges « à trois » se mettent en place pour arriver à une mouture définitive. Arno fait preuve d’une grande sensibilité (pendant tout l’album) mais, plus encore à l’égard de la couverture. Aussi sommes-nous arrivés assez vite aux couvertures telles qu’elles sont, les albums sortis. 

 

 

 

  Autre question, avez vous, lors de la parution du tome 2, évoqué l'idée d'une "relation graphique" évidente entre les couvertures des deux albums, outre, sans doute, l'évocation d'une itinérance ? 

 

 

    Oui. La "marque blanche" dans laquelle apparaît le titre. Pas tant pour la "signification" qu'elle pourrait porter mais davantage en terme de "marqueur" graphique.  Dans la première couverture, Simon est seul et statique, à ce stade il subit encore l'Histoire ; dans le tome 2, il est en mouvement et avec Ada, son histoire s'inscrit dans l'Histoire.

 

 

   Des références filmiques ou littéraires ? 

 

  

  Elles sont nombreuses. En matière cinématographique, outre les « grands classiques »,  je citerai La vie est belle dont (en toute modestie), je me sens assez proche. Le personnage de Roberto Benigni arrive à traverser les épreuves grâce à l’humour qu’il déploie pour laisser croire à son fils que leur déportation est un jeu ; Simon affronte des épreuves similaires grâce à son « amour » pour les oiseaux. En matière de livre, évidemment Si j’étais un homme de Primo Levi, mais j’évoquerai aussi volontiers C’est en hiver que jours rallongent  de Joseph Biallot (qui a également connu les camps). 

 

 

   

 Que pensez-vous des adaptations de "Paroles de..." et plus généralement des "mises en images" des témoignages des survivants de cette période ? 

 

 

   A part l’inégalé et l'inégalable chef d’œuvre Maus d’Art Spiegelman, je connais assez peu les adaptations de cette période en BD. Yossel de Joe Kubert est également un bel ouvrage (sur le ghetto de Varsovie) qui tient davantage du carnet de croquis que de la bande dessinée. Donc, si c’est bien fait, je crois que chaque pierre à l’édifice de l’indispensable devoir de mémoire est le bienvenu… Peut être plus encore en ce début de XXIème siècle. 

 

 

 

 

  envolesauvage2crayonn.jpg

 

 

Recherches graphiques pour la couverture du tome 2 (Copyright Arno Monin et Editions Bamboo).

 

 

   

Pistes supplémentaires : 

 

 

 

-    http://www.angle.fr/catalogue/l-envolee-sauvage-tome-1-grand-angle-15.html : site officiel de l’éditeur Bamboo. 

   

 

-     http://www.dailymotion.com/video/x3gjzk_interview-l-galandon-et-a-monin-par  : interview vidéo des auteurs. On y trouvera de nombreux détails sur la naissance de l’œuvre et le concept de « devoir de mémoire ». 

 

 

-     http://workinprogresslg.blogspot.com/ : blog exposant les différents projets de Laurent Galandon. On y retrouvera divers documents et critiques de l'Envolée sauvage (voir à la date du 23 Aout 2007).

 

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Shoah et http://fr.wikipedia.org/wiki/Auschwitz : articles consacrés à la Shoah et au camp d’Auschwitz sur l’encyclopédie Wikipédia

 

   

-     http://www.ushmm.org/wlc/fr/ : encyclopédie multimédia de la Shoah. 

 

 

-     http://www.actuabd.com/article.php3?id_article=2038 : la Shoah en bande dessinée, une bibliographie… 

 

 

-      www.abc-lefrance.com/fiches/VieestbelleBenigni.pdf : dossier ABC Le France consacré au film La vie est belle (R. Benigni - 1998). 

 

 

 

   

 Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

 

Images toutes Galandon/Monin et Ed. Bamboo©.

 

L’interview de Laurent Galandon est reproduite dans ce dossier avec l’aimable autorisation de l’auteur.  

 

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:21

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

BLACKSAD t.01 : 

 

Quelque part entre les ombres 

 

 

 

(J. Diaz Canales et J. Guarnido) 

 

 

 Ed. Dargaud, 2000. 

 

 

 

 blacksad01.jpg

 

  Dossier téléchargeable : Blacksad.pdf

   

   

  L’intrigue en résumé : 

 

  Natalia Wilford, une chatte actrice, est retrouvée morte assassinée.  Le détective privé John Blacksad décide alors de retrouver l'assassin, autant pour le réduire au silence que pour venger celle qui a été non seulement sa première cliente, mais aussi son premier amour. 

 

 

 

  De l’influence du Film Noir sur la création contemporaine : 

 

 Donner une définition du Film Noir n’est pas une chose aisée : on y trouvera une forme d’écriture, à la fois française et américaine, autant littéraire que cinématographique, venant définir un récit policier où le personnage principal, le plus souvent un détective privé, se retrouve emmené malgré lui à devoir résoudre l’écheveau complexe du désordre social. Basé sur une étude (proche du réalisme ou du naturalisme) des rapports faussés entre les personnages, le film noir est profondément pessimiste : la criminalité, l’univers opaque et sinistre de la ville tentaculaire, la nuit et la pluie, un éclairage expressionniste, la corruption policière, la jalousie, la trahison et les enjeux de pouvoir en sont les éléments clés et formels les plus remarquables. 

 

 

 Les premiers grands romanciers du genre, comme Dashiell Hammett (1894-1961) ou Raymond Chandler (1888-1959) participent très vite à l’écriture filmique des adaptations de leurs propres œuvres (Le Faucon Maltais par John Huston en 1941, Le Grand Sommeil par Howard Hawks en 1946), dans une véritable vogue courant de 1940 à 1958, année où paraissent La Soif du Mal (Orson Welles) et Sueurs Froides (Alfred Hitchcock). 

 

   

 Le Film Noir aura une influence exceptionnelle dès les années 1930 sur la production graphique paraissant dans la presse quotidienne ou hebdomadaire, via le succès de comics strips tels qu’Agent Secret X9 (scénarisé par D. Hammett), The Spirit, Rip Kirby et Dick Tracy. Ces bandes puisent leurs inspirations dans la violence urbaine et d’authentiques faits divers, et amènent le roman comme le cinéma à s’interroger sur leurs propres références. Il faudra toutefois attendre les années 1970 pour voir arriver des films hommages au « genre » Film Noir, tels que Le Privé (Robert Altman - 1973) ou Chinatown (Roman Polanski - 1974), puis, des années 1980 à 2000, des œuvres mêlant adroitement les ambiances du Polar, du Fantastique et de la Science-Fiction (Blade Runner de Ridley Scott en 1982, Dark City d’Alex Proyas en 1998, Sin City de Frank Miller en 2005).  Seven (David Fincher - 1995) et L.A. Confidential (Curtis Hanson - 1997) ont par ailleurs redéfini pour longtemps au Cinéma les règles scénaristiques et stylistiques faisant des codes du « genre » film noir un arrière-plan en permanence recontextualisé de l’Amérique contemporaine,  située quelque part entre thriller, film policier et drame psychologique. 

 

 

 En Bande Dessinée, on retrouvera des références au Film Noir (autant qu’aux séries policières, au roman à énigme ou au polar social) dans divers champs allant de l’adaptation littérale à la parodie : citons ici et uniquement pour les récits où le héros est un détective privé,  Gil Jourdan de Maurice Tillieux,  Jess Long d’Arthur Piroton (le héros est agent du FBI mais les histoires archétypales du genre et particulièrement documentées), l’Inspecteur Canardo de Benoit Sokal (à la fois parodie et hommage aux personnages de Philip Marlowe, Mike Hammer et Columbo),  Jérome K. Jérome Bloche d’Alain Dodier et Sin City de Franck Miller. 

 

   

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Questionnaire pour les élèves : 

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

  

 

NIVEAU 1 

 

 

-  Quel est le titre de cet album ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

 

 

-   Les noms de l’éditeur ou de la collection apparaissent-ils ? 

 

 

-   Que représente l’illustration ? (la décrire) 

 

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ? 

 

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ? 

 

 

 

NIVEAU 2 

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans cet album. 

 

 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « policier » ? Cherchez la définition de « détective privé ». 

 

 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

 

 

 

NIVEAU 3 

 

-  Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» de cette couverture vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

 

 

-  Pourquoi le personnage central est-il un animal : à quel archétype littéraire et/ou cinématographique fait-il référence ?  Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, d’autres exemples de récits-animaliers, en contes, fables, romans ou bandes dessinées. 

 

 

-  Chercher la définition du genre « Film Noir » et listez-en les principaux codes ou éléments clés, ainsi que les œuvres, auteurs et personnages majeurs. 

 

 

 

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   Roughs et recherches graphiques diverses pour le visuel de Quelque part entre les ombres.

 

 

    

 Lecture et analyse de la couverture : 

 

 

 Fable, récit animalier, roman policier, film noir, bande dessinée anthropomorphique : Blacksad, quelque part entre les ombres  se présente d’emblée au lecteur comme une œuvre multi-référente, où toutefois, le genre émergeant comme les couleurs (sombres) données de prime abord, fondent le style résolument adulte.

 

 

 Le dessinateur d’origine espagnole Juanjo Guarnido était encore animateur employé dans les Studios Disney, lors de la réalisation du premier volume de la série Blacksad, qui comporte désormais trois titres (Arctic-Nation (tome 2 paru en 2005) et Ame rouge (tome 3 paru en 2005)). Dès 1990, il conçoit avec le scénariste Juan Diaz Canales l’histoire en noir et blanc d’un détective privé, agissant dans l’Amérique  des années 1950. John Blacksad sera donc in fine un « privé », félin anthropomorphisé au poil noir et au museau blanc, dont l’allure générale est reprise au Sam Spade incarné par Humphrey Bogart  dans le Faucon Maltais.

  

 

 Le visuel de couverture parait être une reprise, consciente ou non, de la couverture du troisième album des aventures de l’Inspecteur Canardo de Sokal (autre contexte mêlant le monde animal au genre noir), à ceci près que le méchant de l’histoire (l’inquiétant chat Raspoutine) serait en quelque sorte devenu le héros d’une aventure où la noirceur garde une place importante, comme l’affirme du reste le titre. Si le jaune et le noir sont des couleurs immédiatement référentes du genre policier, on remarquera en outre le choix d’un brun sépia, signalant une histoire passée, et le vert amande des yeux venus nous fixer, symbole du jeu du destin et du hasard auxquels les personnages du récit vont immanquablement se livrer. Un vert connotant la puissance du dollar américain autant que la liberté d’âme et d’action naturelle du chat n’est pas non plus à exclure de cette analyse.

  

 

 Ce qui est frappant sur cette couverture, outre la force émotionnelle d’un gros plan de face, c’est le manque d’informations délivrées dans le cadre : le lecteur est bien « quelque part entre les ombres » perdu par son éventuel manque de « références » ou de preuves, mais interrogé au plus profond de lui-même (par le personnage-animal) comme témoin d’une narration placée in situ : le crime a déjà eu lieu, l’affaire à déjà commencé. Qui est coupable ? Rien n’indique rien : ni un paratexte en huis-clos (comment distinguer, dans les noms proposés, le dessinateur du scénariste ?), ni un titre « anglophone » énigmatique et cependant très parlant une fois traduit (« noire tristesse »), ni la nuit dans laquelle s’engouffre l’histoire et d’où émerge la tête de Blacksad.

 

   

  Titre sombre, regard noir et tendu, cigarette nerveusement en train de se consumer, typographie connotée, sous-titre « dactylographié » : autant d’éléments clés du roman et du film noir qui interviennent ici peut-être de manière plus littéraire que graphique, dans la mesure où, tous réunis, ils sont enfin parlants. Jeu sur les stéréotypes, ce visuel se veut être en effet une incarnation littérale du personnage du privé : portrait psychologique profond d’un personnage volontaire, charmeur et perspicace mais non dénué de cynisme ni de brutalité. Le personnage donne corps à la série et vice versa, comme l’indique le titre : n’apparaîtront donc pas ici ni l’arrière-plan mythologique urbain, ni la femme fatale, ni une dangereuse adversité. Ces trois éléments se retrouveront au demeurant en filigrane sur les visuels des albums suivants…

 

   

  Blacksad propose par conséquent dès sa couverture au lecteur une atmosphère, une ambiance et une tonalité : le noir en sera la marque récurrente à tous les niveaux, la nostalgie et le pessimisme laisseront un gout amer, tandis que le héros cheminera, au gré de ses propres réflexions en voix-off, dans une jungle urbaine teintée du vice et de la corruption. Soit - et avec la complicité du « lecteur-témoin » - une itinérance imposée avec rigueur et une valeur plastique sublimée, quelque part « entre les ombres » de chacune des cases.

 

 

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blacksad03.jpg

 

Blacksad, visuels de couvertures des tomes 2 et 3.

 

   

 

 Pistes supplémentaires : 

 

-       http://www.blacksadmania.com : site principal dédié à l’univers Blacksad

 

 

-       http://www.bdparadisio.com/intervw/blacksad/intblack.htm : interview des auteurs, réalisée en 2001. 

 

 

-       http://bernadac.club.fr/index.html : rétrospective de la Bande Dessinée policière au XXème siècle. 

 

 

-       http://fr.wikipedia.org/wiki/Film_noir : article consacré au genre du film noir sur l’encyclopédie Wikipédia

 

 

-       http://cinema.film-noir.bifi.fr  : exposition de la BIFI consacré à la lecture des affiches françaises du film noir américain. 

 

 

-       http://pagesdefrancais.free.fr/sequences/College/blacksad.htm : séquence pédagogique de niveau 5ème/4ème consacrée à l’étude du premier album de Blacksad 

 

 

-       http://crdp.ac-bordeaux.fr/cddp40/Bibliographies/litteraturepoliciere.pdf. : bibliographie sur la littérature jeunesse policière, réalisée en 2006. 

   

 

  A lire : 

 

-    Blacksad, les dessous de l’enquête - Editions Imbroglio, 2001 : livre making of dévoilant la genèse du premier tome de la série. 

 

 

-    Blacksad, l’histoire des aquarelles - Editions Dargaud, Collection Christian Desbois, 2005 : livre making of revenant sur les recherches de maquettes couleurs et les roughs (esquisses) aquarelles, phase préparatoire de la palette et de l’éclairage des trois albums constitutifs de la série. 

 

 

 

006.jpg

Maquette et recherche de couleurs pour la couverture du tome 1.

Extrait p.5 de  Blacksad, l’histoire des aquarelles.

 

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes ©J. Diaz Canales et J. Guarnido et B. Sokal  

 

©Editions Dargaud et Casterman - 1982, 2000 et 2008.

 

 

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