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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:24

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

 

Il était une fois en France 

t.01 et t.02 

 

 

 

 

(Fabien Nury et Sylvain Vallée) 

 

 

Ed. Glénat, 2007 et 2008 

 

 

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Dossier téléchargeable :  Iletaitunefoisenfrance.pdf

 

 

 

 Les intrigues en résumé : 

 

 

-  Tome 1 - L’Empire de Monsieur Joseph : 

 

  1965 : Clichy - Joseph Joanovici est en train de mourir dans un appartement miteux en compagnie de sa fidèle compagne, Lucie Schmidt, aussi nommée « Lucie-Fer ».  Depuis la rue, un homme surveille leur fenêtre. Il se nomme Legentil, un juge ennemi juré de Joanovici. 

 

   1905 : Kichinev, Bessarabie roumaine... Deux enfants juifs se cachent pour échapper à un de ces massacres qui, sous le tsar Nicolas II, sont monnaie courante contre les Bolcheviks ou les Juifs, entre autres. Le garçon se nomme Joseph, la fille Eva. Ils s’aiment et se marieront des années plus tard. Voici le destin d’un homme, ambigu et charismatique, illettré et ferrailleur, "collabo", résistant, qui a connu la pauvreté et est devenu milliardaire avant de connaître la chute. Un homme qui fut au cœur de l’Histoire du XXème siècle… 

 

 

 

-  Tome 2 - Le vol noir des corbeaux : 

 

 En Juin 1940, à la Rochelle, alors qu'il s'apprête à quitter le sol français avec sa famille et son assistante pour les Etats-Unis, Joseph Joanovici reçoit la visite d'un faussaire qui lui ouvre un horizon plus doré en lui facilitant son introduction auprès des allemands. Pour ce faire, il remonte à Paris avec la ferme intention de faire jouer ses appuis à la Chambres des Députés et récupérer son entreprise de ferraille mise sous séquestre.   La guerre étant consommatrice de métal, les affaires reprennent rapidement en liaison avec l'occupant allemand, mais son ascension rapide et ses combines suscitent des jalousies qui débouchent sur la délation. De fait, Joseph et sa famille étant en danger, seule la collaboration peuvent leur permettre d'échapper au pire, mais à quel prix ? 

  

 

 

 

  L’étrange Monsieur Joseph : 

 

 

 Personnage atypique d’une période troublée de l’Histoire contemporaine, Joseph Joanovici demeure avant tout le reflet d’une époque et d’un contexte sociétal - la France de Vichy - où les choix politiques, idéologiques et comportementaux n’étaient le plus souvent dictés que par une seule règle : survivre. 

 

 

 

 Ferrailleur d’origine juive roumaine, né vers 1905 et arrivé en France en 1925, Joanovici, totalement illettré mais particulièrement observateur, se fait rapidement un nom à Clichy en banlieue parisienne. A partir de 1940, et pendant toute l’Occupation, il fournit tour à tour les Nazis, la Résistance et le renseignement soviétique en métaux, armes et informations diverses, octroyant sa protection personnelle contre le nerf de la guerre. A la Libération, il est plusieurs fois arrêté, interrogé et relâché : s’il écope de cinq ans de prison en 1949, il est libéré dès 1952, mais assigné à résidence à Mende (Lozère). Dès 1957, il tente de relancer ses affaires, mais est contraint par le fisc à quitter le territoire national. Expulsé d’Israël pour avoir collaborer avec l’Allemagne d’Hitler, il meurt ruiné en 1965.  

 

  

 La légende s’empare assez rapidement du personnage : il inspire en effet directement une partie de l’intrigue du film Monsieur Klein de Joseph Losey (1976),  est cité comme protagoniste de l’Affaire de la Rue Lauriston par l’écrivain Patrick Modiano (La Ronde de Nuit - 1969), puis plus directement par Alphonse Boudard qui lui consacre un roman biographique très documenté en 1998 (L’étrange Monsieur Joseph). Il fournit à Jacques Audiard la trame scénaristique de son film, Un héros très discret, en 1996 (idée reprise au roman homonyme de Jean-François Deniau paru en 1989), puis prend les traits de Roger Hanin dans l’adaptation télévisuelle du récit d’A. Doudard effectuée par la réalisatrice Josée Dayan en 2001. 

 

 

 

 

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Joseph Joanovici, photo de la préfecture de Police de Paris, 1ère de couverture du livre d'Alphonse Boudard (Ed. Presse Pocket) et projet d'affiche publicitaire par S. Vallée.

 

      

Questionnaire pour les élèves : 

 

 

  La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

 

 

 NIVEAU 1 

 

 

-  Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

 

 

-   Le nom de l’éditeur apparait-il ? 

 

 

-   Que représente l’illustration de chacun des albums ? (la décrire) 

 

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ? 

 

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ? 

 

 

 

  NIVEAU 2 

 

 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums. 

 

 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « historique» ? Cherchez la définition et la signification de «svastika» et « croix gammée ». 

 

 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

 

 

 

 

NIVEAU 3 

 

 

-   Essayer de décrire l’atmosphère chaque couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

 

 

-   En quoi le titre de la série « Il était une fois en France » peut-il être compris tour à tour comme fiction, récit historique ou chronique documentaire d’une période ?  Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, d’autres exemples de récits, films ou photos décrivant la vie à Paris sous l’Occupation. Trouvez en quoi l’un des titres est une référence au Chant des Partisans (hymne de la Résistance Française). 

 

 

-   Chercher de la documentation sur Joseph Joanovici : retracez la biographie du personnage, ses activités et tentez de vous interroger sur les valeurs morales du personnage. 

 

 

   

 

 Lecture et analyse de la couverture : 

 

   

 Selon les propres mots du scénariste Fabien Nury, la série Il était une fois en France se devait de fonctionner sur un double mode : celui d’un récit de fiction historique, c’est à dire un biopic (condensé de l’américanisme biographic picture) relativement crédible et documenté, et celui  propre à une saga feuilletonesque, mêlés dans un esprit cinématographique. La série, qui sera constituée au final de  six volumes, est dessinée par Sylvain Vallée, lui-même féru des films français mettant en scène la période des années 1920-1950. De ces références communes découlera naturellement le choix du titre de la série : comment ne pas retrouver en effet, dans Il était une fois en France, la citation directe d’univers issus du cinéma de Sergio Leone (Il était une fois en Amérique - 1984) ou de Francis Ford Coppola (Le Parrain et Le Parrain 2 - 1972 et 1974), soit des œuvres mythiques ayant déjà décrit l’ascension et la chute de caïd du Milieu.

 

 

 

  « Il était une fois… », c’est tout autant un renvoi au monde de la narration (conte, fable, récit merveilleux), qu’à l’Histoire et au Passé (voir le nom des séries d’animation ludo-éducative et télévisuelle créées par Albert Barillé dans les années 1970-1990) ; ce choix nominatif est renforcé par la tonalité littéraire de chacun des titres d’albums. On notera notamment un Vol noir des corbeaux très proche du nom déjà donné par Jean-Pierre Gibrat à sa série (Le vol du corbeau, publié chez Dupuis (2002 et 2005) se déroule déjà dans un Paris occupé, en Juin 1944). C’est une référence directe aux premières lignes du fameux Chant des Partisans (« Amis, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? »), ainsi qu’un renvoi au corbeau délateur du célèbre film polémique d’Henri Georges Clouzot (1943).

 

 

 

 

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 Projet de maquette pour la couverture du tome 1 et visuel finalisé.

 

 

 

 

 

Sur le même mode, on admirera le travail de construction graphique des couvertures. Le premier album adopte une « charte » très simple, permettant au titre de prendre toute la démesure de la saga ainsi annoncée. Les deux tiers droits sont plongés dans les ténèbres d’un haut mur derrière lequel se profile une aperçue en plongée d’un personnage songeur et d’une ancienne casse de voiture (on distingue une épave d’une Traction Avant Citroën, emblématique des années 1930-1950, ainsi que divers morceaux de ferrailles). Le personnage anonyme (rapporté au  mystérieux Monsieur Joseph du titre), bien que pouvant être connoté enquêteur, détective privé ou journaliste pour un lecteur lambda, se défini à vrai dire une nouvelle fois sur un mode cinématographique : la vue en plongée, le cigare fumant, le vent dans le manteau et l’auréole lumineuse qui l’environne le situent en effet dans une perspective carriériste fructueuse (c’est l’Empire annoncé…), sans le soustraire ni à la noirceur environnante ni à une Histoire visiblement pesante. La plongée et les couleurs sombres d’une grande partie du visuel s’accordent ici à un titre dont la typographie sera volontairement vieillie et abimée, et viennent refléter la noirceur d’âme du personnage, lui-même miroir de son époque. C’est, enfin, en rapportant cette couverture à une image symbolique du Citizen Kane d’Orson Welles (1941), que l’on trouvera la meilleure définition de Joseph Joanovici : l’ascension, le mythe et le mystère entourant un homme devenu puissant et régnant sans partage, mais dont aucun témoignage, après sa disparition, ne donnera au final une image entièrement véridique.

 

 

 

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Citizen Kane, d'Orson Welles (1941) : l'un des films les plus célèbres du Cinéma.

 

 

 

 

 

 

 Le visuel du second album reprend une photographie d’époque de Roger Schall, assez proche de celle placée en couverture d’A Paris sous la botte nazie, livre de Jean Eparvier publié en Novembre 1944. L’image nous montre une perspective de la Rue de Rivoli, couverte d’étendards nazis à croix gammée, la puissance de l’Occupant étant par ailleurs symbolisée dans l’uniforme du sergent des Waffen SS en train de surveiller la rue… Cette même vue est à comparer avec le travail très critiqué du photographe André Zucca, seul autorisé par la propagande nazie en 1941 à illustrer le journal Signal de photos en couleurs de la capitale (la Rue de Rivoli apparaitra ainsi déserte, tandis que Paris sera nonchalant, hors du temps et paraissant tout à fait s’accommoder de la présence des troupes allemandes… ).

 

 

  Le dessinateur choisi toutefois d’adapter cette image, à la fois en allongeant la perspective, en renforçant le contraste des couleurs, en replaçant le fameux « mur noir » déjà présent sur le premier visuel (des traces ensanglantées sont discrètement placées à l’avant-plan) et en intensifiant la marque visuelle des drapeaux flottant au vent (la croix gammée changera également de sens pour paraitre plus dynamique et menaçante, tout en venant simplifier la première lecture).

 

 

 

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Deux photos d'époque (couverture du livre Paris sous la botte nazie (1944) et vue de la Rue de Rivoli par André Zucca (1941) ; projets successifs pour la couverture du tome 2.

 

 

 

 La vue de face « coince » le lecteur dans une image et une Histoire immédiate : l’Occupant est partout, et l’unique solution de repli est la discrétion (le soldat allemand ne nous voit pas) ou la voie de l’ombre, de l’autre côté du mur-frontière. Le principal protagoniste de la série est lui-même invisible : point de héros, mais une focalisation justifiée sur la période, où « survivre » est devenu l’unique règle à  observer. Comme l’explique du reste Sylvain Vallée : « la thématique du tome 2 rejoint celle de Monsieur Klein. Le personnage face à la mécanique punitive nazie. Là, il va tenter de trouver les moyens de subsister face à cette mécanique écrasante, la délation, les camps etc. L’album commence en 1940 et Joseph tente de fuir pour rejoindre La Rochelle et s’embarquer pour les États-Unis. La thématique de cet album est vraiment comment Joseph cherche à sauver sa peau… ».

 

 

 

   Œuvre immédiatement frappante puisque inscrite dans la réalité de notre histoire récente, Il était une fois en France dresse un portrait d’une époque en « eaux troubles » d’une puissance peu commune : la légende y rejoint la fiction, tandis que la vérité de l’aspect documentaire donne un alibi de premier ordre au lecteur que la série n’oublie pas de questionner, pareillement à son « héros ». Dans les mêmes conditions, et, dans un camp ou dans un autre, comment aurions-nous agi ?

 

 

 

 

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Projet de couverture et visuel finalisé pour le tirage de tête du tome 1.

 

 

    

 Pistes supplémentaires : 

 

 

-  http://www.glenatbd.com/monsieurjoseph  : site des éditions Glénat dédié à la série. 

 

 

-   http://sylvainvallee.canalblog.com : le blog de Sylvain Vallée, où l’on retrouvera quantité de visuels, de crayonnés de planches et de dessins préparatoires à la série. 

 

 

-  http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?auteur=95 , http://www.expressbd.com/crbst_283.html et http://videos.france5.fr/video/iLyROoafYPFV.html : interviews de Sylvain Vallée et Fabien Nury réalisées lors de la parution du second volume. 

 

 

-   http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Joanovici : biographie de Joseph Joanovici sur l’encyclopédie Wikipédia

 

 

-  http://french-chanson.narod.ru/chant.html : texte écrit et chanté du Chant des Partisans

 

 

-   http://saintsulpice.unblog.fr/2008/05/23/andre-zucca-les-parisiens-sous-loccupation et http://www.rue89.com/oelpv/quand-paris-rend-hommage-a-andre-zucca-photographe-collabo : photographies de Paris pendant l’Occupation et polémiques autour du travail d’André Zucca. 

 

 

  

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

 

Images toutes ©Fabien Nury - Sylvain Vallée / Editions Glénat.

 

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Sylvain Vallée.

 

 

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:22

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

L’ENVOLEE SAUVAGE t.01 et t.02 

    

(Laurent GALANDON et Arno MONIN)   

 

 Ed. Bamboo  - Collection Angle de vue, 2006 et 2007. 

 

 

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Dossier téléchargeable : L'envolée sauvage.pdf

  

  Les intrigues en résumé : 

 

  

  -    Tome 1 : La dame blanche : 1941. Simon habite à la campagne dans une famille qui l’a recueilli. Il est juif et sa présence devient insupportable au maire instituteur pro-allemand. Protégé par le curé du village, Simon est envoyé dans un séminaire dont il s’évade… 

 

 

 -      Tome 2 : Les autours des palombes : Simon, juif réfugié dans une ferme éloignée de la tourmente, est bientôt rattrapé par l'antisémitisme forcené. Il s'enfuit à nouveau et tombe sous la protection de Firmin, un résistant auquel Simon va donner un coup de main. Malheureusement, Simon est pris par la milice et déporté à Auschwitz avec la petite Ada. 

  

  

 

    Questionnaire pour les élèves : 

 

 

 

 La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

 

 

 

  NIVEAU 1 

 

 

-     Quels sont les titres de ces B.D. ? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

 

 

-     Les noms de l’éditeur ou de la collection apparaissent-ils ? 

 

 

-     Que représente l’illustration ? (la décrire) 

 

 

-     Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ? 

 

 

-     Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ? 

 

 

   

 NIVEAU 2 

 

 

-    Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire commune racontée dans ces albums. 

 

-     Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration de chacun de ces albums. Quels détails indiquent le dramatique sujet historique traité au sein de ces albums ? 

 

 

-     Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

 

 

 

 

  NIVEAU 3 

 

 

-      Essayer de décrire l’atmosphère de chacune des couvertures. Identifier notamment avec le visuel du second album, le lieu de l’action principale et l’époque à laquelle se déroule chaque récit. 

 

 

-     « L’ambiance » de ces couvertures vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

 

 

-     Un enfant solitaire, une étoile jaune, un « animal totem » (ou animal symbolique) : avec la documentation dont vous disposez, tentez de trouver des titres d’œuvres où l’on retrouve l’association de ces éléments. 

 

 

      

  Lecture et analyse de la couverture : 

 

   

  Comment parler de la Shoah à un public adolescent contemporain ? Voici la lourde et difficile question à laquelle on voulu répondre le scénariste Laurent Galandon et le dessinateur Arno Monin. Faire acte de mémoire, mais traiter le sujet avec délicatesse, poésie, et garder un espoir lié à l’enfance, sans détourner par ailleurs les horreurs de la réalité historique. On rappellera ici que l’Holocauste fit  plus de cinq millions de victimes. Pour la France, 75 721 Juifs, dont près de 11 000 enfants, seront déportés de 1942 à 1944, principalement vers le camp d’Auschwitz.

 

 

 A l’inverse de bien des œuvres, le double album de l’Envolée sauvage surprend en ce qu’il n’est finalement ni inspiré par un témoignage direct d’un survivant des camps de la mort, ni ancré dès sa couverture dans un patrimoine visuel strictement « historisant ».

 

 

 

 La couverture de l’Envolée sauvage t.1 : la dame blanche est symptomatique de ces choix. C’est d’abord un titre surprenant (le sous-titre n’apparait qu’en page de titre intérieure), intriguant, déroutant… Le jeune lecteur ne devrait pas pour autant en déduire un récit strictement animalier, puisque le personnage central est bien un humain. S’agit-il alors d’une atmosphère fantastique ? Le paysage automnal décharné, les rochers monolithiques, les nuages sombres et le vent violent, les couleurs froides et pluvieuses, et la présence d’un rapace blanc inciteraient à répondre par l’affirmative ; d’autant plus que le sous-titre de ce premier volume, la fameuse Dame blanche, fait s’entrecroiser bien des notions : la référence fantomatique, le surnom de la chouette effraie et l’association entre un héros adolescent et un animal-totem de couleur blanche contribueront sans doute pour nombre de jeunes lecteurs à pré-situer l’œuvre quelque part entre Harry Potter, Tintin et Sans-Famille. Ce qui sera dès lors intéressant pour l’enseignant tiendra en la constitution d’un lien entre les thématiques internes à ces récits et celles inhérentes au cycle de Galandon et Monin : une adolescence orpheline et en souffrance, un décorum ou contexte hostile, une itinérance et un récit d’apprentissage, l’établissement de liens d’amitiés indéfectibles avec l’Autre, compris comme inséparable compagnon de route.

 

  

 

 De cette couverture, encore, et passé le mystère déroutant de la première découverte, on appréciera justement les détails : la typographie manuscrite et torturée du titre, la correspondance entre la déchirure blanche (où viennent s’inscrire le titre et les noms des auteurs) et la chouette, le visage fermé du personnage, qui semble lui-même suivre un chemin incertain (sans passé, puisqu’on n’en distingue pas les origines, cachées derrière la colline, et sans avenir, puisque se perdant entre herbes et rochers de sinistres augures). Au croisement des lignes de force de ce visuel, notre œil sera in fine attiré par la minuscule étoile jaune fixée sur le vêtement, à la place du cœur du personnage. Dévoilement lourd de perspectives et de conséquences, puisque le jeune héros, encore anonyme pour le lecteur, n’en paraitra que plus menacé : isolé, perdu, en proie à l’hostilité des éléments et dont la seule présence est « résumée » autant par une clôture aliénante que par une chouette ayant bien du mal à tenter son « envolée sauvage » (celle-ci perdant visuellement des plumes face à la tempête annoncée).

 

  

 

 Le même schéma s’établit en correspondance, en couverture du second volume l’Autour des palombes. Tout d’abord une modification de la donne dramatique puisque le contexte devient référencé : on reconnaitra en arrière-plan la sinistre entrée du camp d’Auschwitz, lieu de mort et d’enfermement connoté à la fois par la présence de divers éléments hostiles (clôtures et fils de fer barbelés, nuages noirs ou fumées acres, cailloux) et par l’autour des palombes, puissant rapace (ici ramené à l’aigle symbole du pouvoir fasciste) cherchant à s’emparer des faibles proies que semblent constituer les enfants/adolescents. Ceux-ci, à l’inverse de la première couverture, s’affranchissent à la fois d’un contexte pesant, puisque représentés « en marche », en contreplongée, et dans l’état de franchir un seuil important, soit un quadruple enjeu du sort, du hasard, de la liberté et du destin, notions toutes contenues dans la symbolique du vert se déroulant sur leurs pieds. Cette envolée libertaire, riche de tous les espoirs, s’oppose toutefois encore et en partie aux idées d’exclusion (symbolique de l’étoile jaune) et d’entrave (système totalitaire, barbelés, etc.), représentées sur ce visuel dans une itinérance étymologiquement « sinistre » des caractères. « Sinistre », c’est-à-dire, « à gauche »,  « préjudiciable » pour reprendre le sens premier donné par le latin.

 

   

 On déduira enfin de ce même parcours droite-gauche l’idée d’un retour, d’un nouveau regard sur le chemin parcouru, qui donne sans doute aux deux couvertures de l’Envolée sauvage leur portée symbolique la plus universelle : sans passé, le présent n’a pas d’avenir. Là se définissent bien tout le cœur et l’âme du message du devoir de mémoire.

 

 

 

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 L'entrée principale du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau après la Libération, en 1945.

 

 

   

Interview de Laurent Galandon :  

 

  

 Comment vous est venue l'idée de parler de la Shoah ? Une idée entre fiction et réalité, ou inspirée de choses réelles ? 

 

 

 Non, pas de base réelle. Je ne suis pas de confession juive, je n’ai pas connu ou ne connaît pas (ou alors sans le savoir) de personnes directement « touchées » par la Shoah. Par contre, j’ai eu l’occasion de travailler avec des jeunes en grandes difficultés et j’ai été étonné (atterré même peut-être) par leur méconnaissance sur le sujet. Aussi ai-je eu envie de participer, modestement, d’une part à un devoir de mémoire et, d’autre part, à une démarche « pédagogique ». Mais, rien de tout cela n’était conscient à l’écriture de l’histoire. 

 

  

  L'idée du titre s'est-elle imposée immédiatement ? 

 

 

  Assez rapidement en tout cas. C’est « un peu idiot » mais j’ai besoin d’un titre lorsque j’écris une histoire, quitte à le modifier par la suite. Ce titre, « l’envolée sauvage » permet de mettre en évidence plusieurs aspects historiques (le développement de l’antisémitisme ; la violence et l’horreur de la déportation et de l’extermination…) ainsi que des éléments directement liés à l’histoire de notre héros (sa passion et sa relation aux oiseaux). Par ailleurs, le titre porte également d’évidentes métaphores (liberté/emprisonnement…). Enfin, et plus simplement, il « sonne » bien, non ? Un film, très bien, réalisé par Caroll Ballard, porte ce même titre. 

 

   

  Avez-vous effectué beaucoup de recherches graphiques concernant l’élaboration de cette couverture ? 

 

 

La couverture, c’est l’espace de liberté – totale - d’Arno ! Aussi n’avons-nous jamais d’idée arrêtée. Généralement, nous attendons qu’une première grosse partie de l’album soit avancée pour commencer à en parler. Alors nous échangeons, pas tant sur la forme, plus sur l’ambiance et les informations que nous souhaitons y faire passer, les éléments qui nous semblent importants et forts.  Arno proposera alors des premiers roughs, mais finalement ils ne seront pas très éloignés les uns des autres. Lors de cette phase, l’éditeur est très présent. Des échanges « à trois » se mettent en place pour arriver à une mouture définitive. Arno fait preuve d’une grande sensibilité (pendant tout l’album) mais, plus encore à l’égard de la couverture. Aussi sommes-nous arrivés assez vite aux couvertures telles qu’elles sont, les albums sortis. 

 

 

 

  Autre question, avez vous, lors de la parution du tome 2, évoqué l'idée d'une "relation graphique" évidente entre les couvertures des deux albums, outre, sans doute, l'évocation d'une itinérance ? 

 

 

    Oui. La "marque blanche" dans laquelle apparaît le titre. Pas tant pour la "signification" qu'elle pourrait porter mais davantage en terme de "marqueur" graphique.  Dans la première couverture, Simon est seul et statique, à ce stade il subit encore l'Histoire ; dans le tome 2, il est en mouvement et avec Ada, son histoire s'inscrit dans l'Histoire.

 

 

   Des références filmiques ou littéraires ? 

 

  

  Elles sont nombreuses. En matière cinématographique, outre les « grands classiques »,  je citerai La vie est belle dont (en toute modestie), je me sens assez proche. Le personnage de Roberto Benigni arrive à traverser les épreuves grâce à l’humour qu’il déploie pour laisser croire à son fils que leur déportation est un jeu ; Simon affronte des épreuves similaires grâce à son « amour » pour les oiseaux. En matière de livre, évidemment Si j’étais un homme de Primo Levi, mais j’évoquerai aussi volontiers C’est en hiver que jours rallongent  de Joseph Biallot (qui a également connu les camps). 

 

 

   

 Que pensez-vous des adaptations de "Paroles de..." et plus généralement des "mises en images" des témoignages des survivants de cette période ? 

 

 

   A part l’inégalé et l'inégalable chef d’œuvre Maus d’Art Spiegelman, je connais assez peu les adaptations de cette période en BD. Yossel de Joe Kubert est également un bel ouvrage (sur le ghetto de Varsovie) qui tient davantage du carnet de croquis que de la bande dessinée. Donc, si c’est bien fait, je crois que chaque pierre à l’édifice de l’indispensable devoir de mémoire est le bienvenu… Peut être plus encore en ce début de XXIème siècle. 

 

 

 

 

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Recherches graphiques pour la couverture du tome 2 (Copyright Arno Monin et Editions Bamboo).

 

 

   

Pistes supplémentaires : 

 

 

 

-    http://www.angle.fr/catalogue/l-envolee-sauvage-tome-1-grand-angle-15.html : site officiel de l’éditeur Bamboo. 

   

 

-     http://www.dailymotion.com/video/x3gjzk_interview-l-galandon-et-a-monin-par  : interview vidéo des auteurs. On y trouvera de nombreux détails sur la naissance de l’œuvre et le concept de « devoir de mémoire ». 

 

 

-     http://workinprogresslg.blogspot.com/ : blog exposant les différents projets de Laurent Galandon. On y retrouvera divers documents et critiques de l'Envolée sauvage (voir à la date du 23 Aout 2007).

 

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Shoah et http://fr.wikipedia.org/wiki/Auschwitz : articles consacrés à la Shoah et au camp d’Auschwitz sur l’encyclopédie Wikipédia

 

   

-     http://www.ushmm.org/wlc/fr/ : encyclopédie multimédia de la Shoah. 

 

 

-     http://www.actuabd.com/article.php3?id_article=2038 : la Shoah en bande dessinée, une bibliographie… 

 

 

-      www.abc-lefrance.com/fiches/VieestbelleBenigni.pdf : dossier ABC Le France consacré au film La vie est belle (R. Benigni - 1998). 

 

 

 

   

 Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

 

Images toutes Galandon/Monin et Ed. Bamboo©.

 

L’interview de Laurent Galandon est reproduite dans ce dossier avec l’aimable autorisation de l’auteur.  

 

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:21

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

BLACKSAD t.01 : 

 

Quelque part entre les ombres 

 

 

 

(J. Diaz Canales et J. Guarnido) 

 

 

 Ed. Dargaud, 2000. 

 

 

 

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  Dossier téléchargeable : Blacksad.pdf

   

   

  L’intrigue en résumé : 

 

  Natalia Wilford, une chatte actrice, est retrouvée morte assassinée.  Le détective privé John Blacksad décide alors de retrouver l'assassin, autant pour le réduire au silence que pour venger celle qui a été non seulement sa première cliente, mais aussi son premier amour. 

 

 

 

  De l’influence du Film Noir sur la création contemporaine : 

 

 Donner une définition du Film Noir n’est pas une chose aisée : on y trouvera une forme d’écriture, à la fois française et américaine, autant littéraire que cinématographique, venant définir un récit policier où le personnage principal, le plus souvent un détective privé, se retrouve emmené malgré lui à devoir résoudre l’écheveau complexe du désordre social. Basé sur une étude (proche du réalisme ou du naturalisme) des rapports faussés entre les personnages, le film noir est profondément pessimiste : la criminalité, l’univers opaque et sinistre de la ville tentaculaire, la nuit et la pluie, un éclairage expressionniste, la corruption policière, la jalousie, la trahison et les enjeux de pouvoir en sont les éléments clés et formels les plus remarquables. 

 

 

 Les premiers grands romanciers du genre, comme Dashiell Hammett (1894-1961) ou Raymond Chandler (1888-1959) participent très vite à l’écriture filmique des adaptations de leurs propres œuvres (Le Faucon Maltais par John Huston en 1941, Le Grand Sommeil par Howard Hawks en 1946), dans une véritable vogue courant de 1940 à 1958, année où paraissent La Soif du Mal (Orson Welles) et Sueurs Froides (Alfred Hitchcock). 

 

   

 Le Film Noir aura une influence exceptionnelle dès les années 1930 sur la production graphique paraissant dans la presse quotidienne ou hebdomadaire, via le succès de comics strips tels qu’Agent Secret X9 (scénarisé par D. Hammett), The Spirit, Rip Kirby et Dick Tracy. Ces bandes puisent leurs inspirations dans la violence urbaine et d’authentiques faits divers, et amènent le roman comme le cinéma à s’interroger sur leurs propres références. Il faudra toutefois attendre les années 1970 pour voir arriver des films hommages au « genre » Film Noir, tels que Le Privé (Robert Altman - 1973) ou Chinatown (Roman Polanski - 1974), puis, des années 1980 à 2000, des œuvres mêlant adroitement les ambiances du Polar, du Fantastique et de la Science-Fiction (Blade Runner de Ridley Scott en 1982, Dark City d’Alex Proyas en 1998, Sin City de Frank Miller en 2005).  Seven (David Fincher - 1995) et L.A. Confidential (Curtis Hanson - 1997) ont par ailleurs redéfini pour longtemps au Cinéma les règles scénaristiques et stylistiques faisant des codes du « genre » film noir un arrière-plan en permanence recontextualisé de l’Amérique contemporaine,  située quelque part entre thriller, film policier et drame psychologique. 

 

 

 En Bande Dessinée, on retrouvera des références au Film Noir (autant qu’aux séries policières, au roman à énigme ou au polar social) dans divers champs allant de l’adaptation littérale à la parodie : citons ici et uniquement pour les récits où le héros est un détective privé,  Gil Jourdan de Maurice Tillieux,  Jess Long d’Arthur Piroton (le héros est agent du FBI mais les histoires archétypales du genre et particulièrement documentées), l’Inspecteur Canardo de Benoit Sokal (à la fois parodie et hommage aux personnages de Philip Marlowe, Mike Hammer et Columbo),  Jérome K. Jérome Bloche d’Alain Dodier et Sin City de Franck Miller. 

 

   

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Questionnaire pour les élèves : 

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

  

 

NIVEAU 1 

 

 

-  Quel est le titre de cet album ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

 

 

-   Les noms de l’éditeur ou de la collection apparaissent-ils ? 

 

 

-   Que représente l’illustration ? (la décrire) 

 

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ? 

 

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ? 

 

 

 

NIVEAU 2 

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans cet album. 

 

 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « policier » ? Cherchez la définition de « détective privé ». 

 

 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

 

 

 

NIVEAU 3 

 

-  Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» de cette couverture vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

 

 

-  Pourquoi le personnage central est-il un animal : à quel archétype littéraire et/ou cinématographique fait-il référence ?  Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, d’autres exemples de récits-animaliers, en contes, fables, romans ou bandes dessinées. 

 

 

-  Chercher la définition du genre « Film Noir » et listez-en les principaux codes ou éléments clés, ainsi que les œuvres, auteurs et personnages majeurs. 

 

 

 

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   Roughs et recherches graphiques diverses pour le visuel de Quelque part entre les ombres.

 

 

    

 Lecture et analyse de la couverture : 

 

 

 Fable, récit animalier, roman policier, film noir, bande dessinée anthropomorphique : Blacksad, quelque part entre les ombres  se présente d’emblée au lecteur comme une œuvre multi-référente, où toutefois, le genre émergeant comme les couleurs (sombres) données de prime abord, fondent le style résolument adulte.

 

 

 Le dessinateur d’origine espagnole Juanjo Guarnido était encore animateur employé dans les Studios Disney, lors de la réalisation du premier volume de la série Blacksad, qui comporte désormais trois titres (Arctic-Nation (tome 2 paru en 2005) et Ame rouge (tome 3 paru en 2005)). Dès 1990, il conçoit avec le scénariste Juan Diaz Canales l’histoire en noir et blanc d’un détective privé, agissant dans l’Amérique  des années 1950. John Blacksad sera donc in fine un « privé », félin anthropomorphisé au poil noir et au museau blanc, dont l’allure générale est reprise au Sam Spade incarné par Humphrey Bogart  dans le Faucon Maltais.

  

 

 Le visuel de couverture parait être une reprise, consciente ou non, de la couverture du troisième album des aventures de l’Inspecteur Canardo de Sokal (autre contexte mêlant le monde animal au genre noir), à ceci près que le méchant de l’histoire (l’inquiétant chat Raspoutine) serait en quelque sorte devenu le héros d’une aventure où la noirceur garde une place importante, comme l’affirme du reste le titre. Si le jaune et le noir sont des couleurs immédiatement référentes du genre policier, on remarquera en outre le choix d’un brun sépia, signalant une histoire passée, et le vert amande des yeux venus nous fixer, symbole du jeu du destin et du hasard auxquels les personnages du récit vont immanquablement se livrer. Un vert connotant la puissance du dollar américain autant que la liberté d’âme et d’action naturelle du chat n’est pas non plus à exclure de cette analyse.

  

 

 Ce qui est frappant sur cette couverture, outre la force émotionnelle d’un gros plan de face, c’est le manque d’informations délivrées dans le cadre : le lecteur est bien « quelque part entre les ombres » perdu par son éventuel manque de « références » ou de preuves, mais interrogé au plus profond de lui-même (par le personnage-animal) comme témoin d’une narration placée in situ : le crime a déjà eu lieu, l’affaire à déjà commencé. Qui est coupable ? Rien n’indique rien : ni un paratexte en huis-clos (comment distinguer, dans les noms proposés, le dessinateur du scénariste ?), ni un titre « anglophone » énigmatique et cependant très parlant une fois traduit (« noire tristesse »), ni la nuit dans laquelle s’engouffre l’histoire et d’où émerge la tête de Blacksad.

 

   

  Titre sombre, regard noir et tendu, cigarette nerveusement en train de se consumer, typographie connotée, sous-titre « dactylographié » : autant d’éléments clés du roman et du film noir qui interviennent ici peut-être de manière plus littéraire que graphique, dans la mesure où, tous réunis, ils sont enfin parlants. Jeu sur les stéréotypes, ce visuel se veut être en effet une incarnation littérale du personnage du privé : portrait psychologique profond d’un personnage volontaire, charmeur et perspicace mais non dénué de cynisme ni de brutalité. Le personnage donne corps à la série et vice versa, comme l’indique le titre : n’apparaîtront donc pas ici ni l’arrière-plan mythologique urbain, ni la femme fatale, ni une dangereuse adversité. Ces trois éléments se retrouveront au demeurant en filigrane sur les visuels des albums suivants…

 

   

  Blacksad propose par conséquent dès sa couverture au lecteur une atmosphère, une ambiance et une tonalité : le noir en sera la marque récurrente à tous les niveaux, la nostalgie et le pessimisme laisseront un gout amer, tandis que le héros cheminera, au gré de ses propres réflexions en voix-off, dans une jungle urbaine teintée du vice et de la corruption. Soit - et avec la complicité du « lecteur-témoin » - une itinérance imposée avec rigueur et une valeur plastique sublimée, quelque part « entre les ombres » de chacune des cases.

 

 

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Blacksad, visuels de couvertures des tomes 2 et 3.

 

   

 

 Pistes supplémentaires : 

 

-       http://www.blacksadmania.com : site principal dédié à l’univers Blacksad

 

 

-       http://www.bdparadisio.com/intervw/blacksad/intblack.htm : interview des auteurs, réalisée en 2001. 

 

 

-       http://bernadac.club.fr/index.html : rétrospective de la Bande Dessinée policière au XXème siècle. 

 

 

-       http://fr.wikipedia.org/wiki/Film_noir : article consacré au genre du film noir sur l’encyclopédie Wikipédia

 

 

-       http://cinema.film-noir.bifi.fr  : exposition de la BIFI consacré à la lecture des affiches françaises du film noir américain. 

 

 

-       http://pagesdefrancais.free.fr/sequences/College/blacksad.htm : séquence pédagogique de niveau 5ème/4ème consacrée à l’étude du premier album de Blacksad 

 

 

-       http://crdp.ac-bordeaux.fr/cddp40/Bibliographies/litteraturepoliciere.pdf. : bibliographie sur la littérature jeunesse policière, réalisée en 2006. 

   

 

  A lire : 

 

-    Blacksad, les dessous de l’enquête - Editions Imbroglio, 2001 : livre making of dévoilant la genèse du premier tome de la série. 

 

 

-    Blacksad, l’histoire des aquarelles - Editions Dargaud, Collection Christian Desbois, 2005 : livre making of revenant sur les recherches de maquettes couleurs et les roughs (esquisses) aquarelles, phase préparatoire de la palette et de l’éclairage des trois albums constitutifs de la série. 

 

 

 

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Maquette et recherche de couleurs pour la couverture du tome 1.

Extrait p.5 de  Blacksad, l’histoire des aquarelles.

 

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes ©J. Diaz Canales et J. Guarnido et B. Sokal  

 

©Editions Dargaud et Casterman - 1982, 2000 et 2008.

 

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:20

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

SORCIERES et PLEINE LUNE

 

 

   

Christophe CHABOUTE

 

 

Ed. Le Téméraire et Vents d'Ouest - 1998, 2000 et 2001.  

 

 

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Dossier téléchargeable :  Sorcièresetpleinelune.pdf

 

 

  • L'auteur, sous le signe du noir et du blanc :

 

 

 Christophe Chabouté est né en 1967 en Alsace. Le grand public découvrira seulement en 1998 celui qui n'était jusqu'ici qu'un graphiste free-lance : le succès immédiat de l'album Sorcières (Ed. le Téméraire), et l'Alph-Art Coup de Cœur venu récompenser au Festival d'Angoulême Quelques jours d'été (Ed. Paquet), imposent le style comme les thématiques fortes de l'auteur. Attiré très jeune par les domaines du dessin et de la narration, Chabouté cadre ses histoires dans un noir et blanc souvent intimiste et crépusculaire, où les personnages dérivent entre la solitude d'une morne réalité, un fantastique attirant et l'exutoire d'une folie meurtrière. Il obtient le Grand Prix RTL pour sa vision du destin d'Henri Désiré Landru en 2006 (Ed. Vents d'Ouest) parfaite mise en œuvre du rapport entretenu selon l'auteur entre l'Histoire, l'intimité poétique des personnages et leur mouvance entre raison et déraison, grandeur et décadence, fatalité et destin, dessinés dans un noir et blanc qui sait habilement éviter tout manichéisme.

 

 

  • Les intrigues en résumé :

 

- Certaines sorcières peuvent être machiavéliques, rancunières, manipulatrices, d'autres maladroites, voire touchantes. Aucune ne laisse indifférent. Êtes-vous sûr que votre voisine n'en est pas une ?

 

 

- Un fonctionnaire à la vie réglée voit en une nuit ses petites habitudes bien ancrées voler en éclats. De minable tortionnaire il devient violeur puis voleur. Et si tout cela n'était que l'effet de la pleine lune ?

 

 

  • Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

 

NIVEAU 1

 

- Quels sont les titres de ces B.D. ? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

 

- Quel est le nom de l'éditeur et de la collection ?

 

 

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

 

- Que représente l'illustration ? (la décrire)

 

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de l'illustration ?

 

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l'image ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l'histoire commune racontée dans ces albums.

 

- Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l'illustration de chacun de ces albums. A quel genre littéraire/cinématographique peut-on les associer ?

 

- Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère de chacune des couvertures. Identifier le lieu de l'action principale et l'époque à laquelle se déroule chaque récit.

 

- « L'ambiance » de ces couvertures vous parait-elle lourde ou légère? Expliciter vos choix.

 

- Une pleine lune, un chat (noir), un bois dans la nuit, un personnage solitaire: avec la documentation dont vous disposer, tenter de trouver des titres d'œuvres où l'on retrouve l'association de ces éléments.

 

 

  • Lecture et analyse de la couverture :

 

  Chez Chabouté, les titres sont une entrée en matière immédiate : c'est d'abord un univers cumulatif de deux genres, le Fantastique ou le Policier, souvent associés dans la notion de thriller psychologique ou surnaturel. C'est ensuite une référence à l'univers du conte et de la fable, dans la mesure où chaque récit est titré du nom d'un personnage, s'inscrit dans un lieu emblématique et se déroule sous des cieux propices.

 

 

  Sorcières et Pleine Lune traduisent leur appartenance à ce même corpus, autant par la grande similarité qui réunit ces deux visuels, que par les quelques détails qui peuvent les différencier. On se posera en outre la question de savoir en quoi les tonalités noires et blanches de la mise en images « à la manière » de Chabouté peuvent associer l'œuvre de celui au roman graphique, et plus généralement au monde de la Littérature romanesque (voir sur ce point l'album paru en 2006 Construire un feu, adaptation d'une célèbre nouvelle de Jack London).

 

 

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  Economie de moyens, longs silences et ambiances de rigueur ne suffiraient pas à définir le style narratif de l'auteur, dont les visuels en clairs-obscurs ici étudiés sont cependant de parfaits exemples. Symbole de cette économie, le décor se réduit à l'essentiel : ciel infernal et rougeoyant,  forêt (Noire) évocatrice des frissons de l'enfance et des cauchemars du monde adulte, quelque part entre Le Petit Chaperon Rouge, le Petit Poucet et un récit de Stephen King. Une forêt maléfique digne des longs métrages de Walt Disney (Blanche Neige et les 7 Nains (1937), La Belle au Bois Dormant (1957)), qui peut d'ailleurs se résumer à un seul arbre (cette fois on songera à l'arbre-refuge du Chevalier sans-tête de la Légende du Val Dormant de Washington Irving (1819), qui inspira le Sleepy Hollow de Tim Burton (1999)) et  qui symbolise dès ses origines tout un pan du Cinéma Fantastique. Corrompue par le mal, soumise ou alliée au vampire - on ne sait -, la forêt maléfique protège l'antre du Mal. Le passage vers la mort, le désespoir et la peur, symbolisé par un pont, se trouve justement au cœur de cette forêt ("Et quand il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre" est l'un des cartons les plus célèbres du cinéma muet, issu du film Nosferatu de  F.W. Murnau en 1921). La forêt incarne ce lieu de transition entre le monde rationnel, rassurant, peuplé d'humains ordinaires et celui, terrifiant, de l'occulte et du fantastique, habité par les monstres et autres créatures du diable. Avec Nosferatu, le ton est donné. D'emblée la forêt occupe un rôle-clef dans le Fantastique, et en particulier dans les récits d'épouvante. Chabouté en a fait son décor-type, de l'illustration pour l'intégrale de ses premiers récits, parue en 2006, jusqu'aux visuels de La bête ou Construire un feu.

 

 

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  De cette union surnaturelle entre la terre, le ciel et le vivant découle toutefois chez Chabouté non la monstruosité mais la peur et la folie : un chat noir et un humain en fuite sous la pleine lune en sont les signes annonciateurs, mais seul le lecteur les transformera sciemment ou inconsciemment en ce qu'ils ne sont pas encore graphiquement parlant (un chat sorcier(e) surnaturel ou un loup-garou). Cette « inconscience » tire sa force d'un décorum savamment mis en place : ciel tourmenté, arbre décharné, chat de sinistre présage (un chat noir est l'incarnation du Diable depuis le Moyen Age) digne de son homologue du Cheshire chez Lewis Caroll (Alice au Pays des Merveilles, 1865) et monde clos (de barbelés !) duquel on n'entrouvre qu'une porte timide. Chacun de ses éléments est enfin associé dans un jeu pictural proche du ténébrisme, où les contrastes entre ombres et lumières insinuent une violence psychologique sourde.

 

 

  Silhouette anonyme et apeurée, l'humain, bien que désireux de poursuivre un récit entamé sur le rythme de lecture traditionnel (gauche-droite), ne fait que subir un environnement-monde qui le dépasse : pour preuve, sur le visuel de Sorcières, la toile-piège qui lui est tendue dans la partie droite de l'illustration, entre chat à l'affut d'une innocente victime et barbelés mortifères (un détail modifié dans la version la plus récente de l'album) ; preuve encore, sur le visuel de Pleine Lune, entre une forêt opaque et  déjà prédatrice de l'ombre du coureur, et non sens instauré par la course comme par la dualité ombre-lumière de ce même coureur (pourquoi court il vers la nuit et non la lumière ? Pourquoi l'ombre projetée sur le sol ne correspond-elle pas à l'angle naturel de la lumière lunaire (qui par ailleurs semble totalement indépendante du décor-forêt de l'avant plan) ?). Une ombre maléfique sans doute, que l'on n'aura là aussi aucun mal à rapprocher de celles de Dracula (Bram Stocker, 1897) ou de Nosferatu dans le folklore et le cinéma expressionniste anglo-saxons. Entre promesse de l'ombre et la bête dans l'ombre, Chabouté semble donc avoir choisi, à travers un découpage justement très cinématographique de chacune de ses histoires.

 

 

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  Le silence trouble, le sentiment de solitude, le froid ou la nuit, le monde réduit à un univers clos sont également très récurrents chez Chabouté (voir l'ensemble des visuels de couvertures) : l'humanité en est en général exclue, au profit du regard engagé du lecteur-spectateur, qui prendra donc (à tort ou à raison) la place du héros traditionnel. A la lecture du visuel, on ne saurait justement dire où se situer, à l'inverse de quantités d'illustrations : avant, pendant ou après l'action principale ? La scène est là, mais sans figurants, éternel témoin muet d'un drame perpétuel : celui de l'affrontement avec la réalité et avec le temps, dont on connait l'ultime issue. Rien ne sert de courir...

 

 

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 Les albums de Chabouté sont en noir et blanc : intemporels, comme un étrange et cruel portrait du quotidien, et par là même une définition du Polar et du Fantastique. Plein soleil ou Pleine lune. Noir et blanc comme la vie et la mort qui hantent en vérité tous ses personnages de papier.

 

 

  • Pistes supplémentaires :

 

 

- http://colombine65.free.fr/chaboute : site non-officiel de l'auteur.

 

-  www.ventsdouest.com/christophe-chaboute-000000017484-091.htm : page dédiée sur le site des éditions Vents d'Ouest.

 

- http://www.bdselection.com/php/index.php?rub=page_dos&id_dossier=25: interview de l'auteur.

 

- http://www.bodoi.info/archives/2008-09-03/1788/1788 : interview réalisée par le magazine Bodoï (dossier téléchargeable au format PDF).

 

- http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-dossiers&id_article=508: page consacrée à l'album Tout seul sur le site de France 5.

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes Ch. Chabouté, Ed. Le Téméraire, Glénat et Vents d'Ouest©.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:19

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

CHUTE DE VELO

 

 

Etienne DAVODEAU

 

Editions  Dupuis - 2004

 

 

 

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Dossier téléchargeable :  7chutedevelo.pdf

 

 

 L'auteur et l'album :

 

 

  Né en 1965, Etienne Davodeau fait partie intégrante de cette « nouvelle vague » d'auteurs complets, qui depuis une dizaine d'années, ont complètement renouvelé le panorama et les thématiques abordées dans le 9ème Art. Engagés entre fiction et récit-reportage depuis son premier scénario en 1992, les albums de Davodeau se lisent d'abord à l'aune d'une position militante affirmée. Celle-ci n'altère toutefois en rien la qualité documentaire du propos, comme en témoignent ces « récits du réel » successifs que sont Rural (2001), Les mauvaises gens (2005) ou Un homme est mort (2006 - Prix France-Info 2007 de la BD d'actualité). Largement autobiographique, le style de l'auteur permet d'ancrer sa narration dans un graphisme emprunt d'émotion qui joue dignement d'une « lecture éditoriale » du quotidien. Chute de vélo, paru en 2004, est l'album-archétype de cette double volonté fictionnelle et documentariste : chronique sociale douce-amère,  cette « chute » est celle de la découverte, à mi-mots, du secret détenu par chacun, et qui est ce lent passage vers la gravité des adultes.

 

 

 

  L'intrigue en résumé :

 

 

  Les membres d'une famille ordinaire préparent la vente de la maison de leur mère. De l'autre coté de la rue, un maçon forme son apprenti d'une bien étrange façon. Tout ce petit monde se retrouve mêlé et emmêlé dans une comédie grave, amère et légère tout à la fois.

 

 

Questionnaire pour les élèves :

 

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

 

NIVEAU 1

 

- Quel est le titre de la B.D.? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

- Quel est le nom de l'éditeur et de la collection ?

 

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

- Que représente l'illustration ? (la décrire)

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de l'illustration ?

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l'image ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l'histoire racontée dans la B.D.

 

-  Tenter d'expliquer l'absence de personnages sur ce visuel. A quelles œuvres vous fait penser le thème de la ville, du village ou du monde abandonné, vides de toute présence humaine ?

 

-   Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

 

  

NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère de cette couverture. Identifiez le lieu de l'action principale.

 

- «L'ambiance» de cette couverture vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix

 

- Pouvez-vous expliquer le rapport entre le titre et l'illustration ?

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture :

 

 

 Chute de vélo s'offre à nous dès le visuel de couverture sous le double signe du mystère : que signifie au juste le titre et où sont les héros ? Le dessin offre un vide dérangeant et auquel le lecteur traditionnel n'est guère habitué : aucun détail, objet abandonné ou visage lointain, ne retient l'œil qui est attiré par la ligne de fuite qu'offre la vue longiligne de la rue. Tout au plus ce même lecteur remarquera une étrange correspondance entre le dessin et la collection « Aire Libre ».

 

 

 Le vide. L'absence. L'incertitude. La peur ? Quatre thèmes mis en correspondance et qui peuvent conduire à s'interroger sur la trame narrative : l'album est-il une adaptation des Enfants de Timpelbach d'Henry Winterfield (1937), où des enfants retrouvent leur village abandonné par les adultes ; est-ce une variation sur la fin du monde digne de Je suis une légende (Richard Matheson - 1954), narrant la vie du dernier homme sur Terre ? Rien de tout celà, car, là encore, aucune trace ne l'indique, ni jouet délaissé, ni trace de fuite, ni destruction de bâtiment...

 

 

  Ruelle ou rue de village ou de banlieue en zone rurale, la vue fait prioritairement penser à une carte postale récente : lieu sans âme (humaine ou animale) ni voiture, mais lieu entretenu, soigné même si l'on s'en réfère aux murs extérieurs et à la végétation, à l'exception notable de la haie ombragée sur la gauche. Les élèves ne devraient à l'évidence pas remarquer une temporalité pourtant bien marquée : la présence de la végétation et le ciel indiquent la saison estivale, qui elle-même crédibilise la rue déserte (chaleur et départs en vacances...). Il ne s'agit pas d'un récit ancien puisque les poteaux, câbles et lampadaires électriques sont tous contemporains. L'ambiance graphique de ce visuel est renforcée par le biais de teintes pastel beiges qui viennent s'opposer aux ardoises des toits noirs  environnants.

 

 

  D'où nous vient cette impression de mélancolie et de malaise ? Du titre, tout d'abord, car évoquer une « chute de vélo », c'est exprimer autant l'enfance que des souvenirs douloureux, et parler au même degré de cercle tragique inexorable que de destinée humaine. Titre qui ne se raccorde visuellement ni à un vélo ni à enfant et le rend donc d'autant plus troublant...

 

 

  Cette impression de malaise se glisse de manière subtile dans le champ visuel : notre œil est tôt ou tard accroché par la masse noire de la haie sur la gauche (côté négatif symbolique), haie visiblement mal entretenue (des branches folles dépassent) et dont l'ombre répercutée sur la route trace une courbe insinueuse du terrain situé au-delà : alors seulement nous remarquerons le portail légèrement entrouvert, comme un appel au franchissement. Frontière ou limite inscrite dans l'espace entre les deux poteaux électriques, puisque le village se trouve après, mais que notre champ d'action se situe en amont ; village situé sous un ciel bleu alors que la zone circonscrite derrière la haie est sous un ciel jaunâtre, de beaucoup plus orageux...

 

 

 Fracture ou faille spatiale signifiée, la rue se poursuit comme un courant que l'on ne serait retenir : pas de témoins, pas de témoignages, mais une certaine « image des choses », comme une carte postale, qui entre murs et clocher, se serait laisser emporter par le vent et par le temps. C'est tout l'art de Davodeau, exprimé en une couverture qui est un tableau silencieux autant qu'un long chuchotement.

 

 

 

Pistes supplémentaires :

 

 

- http://www.etiennedavodeau.com/ : site officiel de l'auteur.

 

- http://www.bdtheque.com/interview-etienne-davodeau-40.html et http://www.bruitdebulles.com/spip.php?article109: deux interviews d'Etienne Davodeau, concernant la perception de son œuvre et ses méthodes de travail.

 

- http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=1003: interview vidéo et dossier France 5 BD.

 

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes Ed. Dupuis©.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:16

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

PETER PAN T.01 : Londres

 

 

Régis LOISEL  

 

Editions Vents d'Ouest - 1990

 

 

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  Dossier téléchargeable :   4peterpan.pdf

 

 

  • L'album :

 

 

   Premier d'un série de six albums qui paraitront entre 1990 et 2004, Peter Pan t.01 : Londres est un nouveau coup de maitre pour un auteur alors essentiellement connu pour la série d'héroic-fantasy La Quête de l'Oiseau du Temps signée avec Serge Le Tendre (1983 à 1987 - Dargaud). Pour Loisel, il s'agissait avant tout de livrer une version plus proche de l'esprit de l'œuvre originelle de James Matthew Barrie, parue entre 1902 et 1911. C'est une vision adulte, à la fois tourmentée et féérique, sombre et romanesque, qui répond à bien des interrogations sur la propre genèse du personnage, jeté entre monde imaginaire et époque victorienne décadente.

 

 

 

  • L'intrigue en résumé :

 

 

  Londres, 1887. Le jeune Peter se bat pour survivre entre une mère alcoolique et les faubourgs nauséeux de la cité. Son imagination et les contes du vieux Mr. Kundall sont les seuls instants de bonheur qu'il peut s'offrir au milieu de la misère et de l'absurdité du monde des adultes. Tout bascule le jour où il rencontre une petite fée égarée, Clochette, qui vient pour l'emmener dans son monde imaginaire. Là-bas il rencontrera des fées, des lutins, des sirènes, des indiens, un capitaine que l'on n'appelle pas encore Crochet et un jeune satyre nommé Pan...

 

 

  • Questionnaire pour les élèves :

 

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

 

 

NIVEAU 1

 

- Quel est le titre de la B.D.? Son sous-titre? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

- Le nom de l'éditeur apparait-il ?

 

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

- Que représente l'illustration ? (la décrire) A quelle époque se déroule selon vous cette aventure ?

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de l'illustration ?

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit l'image ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l'histoire racontée dans la B.D.

 

-   Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

- A quel personnage de légende vous fait penser le «joueur de flûte» ?

 

 

 

NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère de cette couverture. Identifier le lieu et l'époque dans lesquels se déroule l'action principale.

 

- Que signifie selon vous l'évolution entre les visuels de 1ère et de 4ème de couverture ?

 

- A quel(s) genre(s) littéraire(s) ou cinématographique(s) se rattache(nt) selon vous cette couverture? Expliciter vos choix.

 

 

 

  • Lecture et analyse de la couverture :

 

 

 Peter Pan... En choisissant ce titre pour un nouvel album en 1990, Loisel cherchait avant tout un titre simple et universel, compréhensible par la grand public et plus facile à promouvoir pour le jeune éditeur qu'étaient alors les éditions Vents d'Ouest. Si la mythologie de « l'enfant refusant de grandir » décrite par J.M. Barrie est connue de tous, elle est aussi ancrée à l'époque dans un graphisme purement disneyen, suite à l'adaptation animée de 1953. Le challenge pour Loisel était donc tout à la fois de modifier cette donne visuelle et de basculer les référencements instaurés. Que connait-on au juste de l'enfant Peter ou du héros Peter Pan ?

 

 

  Entre reconstitution, documentation et interprétation, l'histoire, dessinée à la manière d'un récit de Charles Dickens, se devait d'amorcer à la fois un cadre, une ambiance, un itinéraire et l'univers du Merveilleux.

 

 

 

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  Les projets de couverture pour ce tome 1 (visibles dans les ouvrages L'envers du décor et Loisel, dans l'ombre de Peter Pan) nous donnent à voir tour à tour différentes versions de la première rencontre entre le jeune Peter et la Fée Clochette, visages agrémentés de boiseries et cheminées londoniennes. Le choix final de Loisel est donc particulièrement révélateur de sa tendance à « évacuer » l'imagerie traditionnelle, au profit d'un décor planté comme toile de fond théâtrale et lieu de passage tout autant que de quête initiatique.

 

 

 

 Peter Pan, Londres : la nuit, un hiver rigoureux, une ruelle étroite et sordide, où les rats pullulent (« Londres, le froid, la faim et la misère... » sont les premiers mots de l'album). S'agit-il réellement de Peter, ou plutôt d'un orphelin issu des Misérables (le personnage de Gavroche est visuellement très proche dans le roman de Hugo, écrit en 1862) ou du Oliver Twist de Dickens (1837) ? Lire l'image de la couverture, c'est voir une enfance abandonnée, orpheline, en proie au Mal sous toutes ses formes (maladie contagieuse transmise par le rat, alcool,...), autant qu'un récit de l'errance. Car, en dépit d'une vue en contreplongée venant isoler encore plus l'unique personnage humain dessiné (dont on aura peut-être d'ailleurs du mal à savoir s'il s'agit d'un enfant ou d'un adulte, du fameux Peter Pan ou d'un autre caractère), force est de constater que « Peter » semble bien de fait contrôler son destin : cheminement de la gauche vers la droite (sens de lecture, positif), rai de lumière venant contrebalancé les ténèbres et musique ensorceleuse qui attire les rongeurs. Il y a un rapport inquiétant de l'imaginaire au réel, du monde magique au monde réel, qui éclate sur ce visuel dans le contraste saisissant entre les couleurs froides du dessin et celles très chaudes des textes. Le Peter Pan de Loisel, comme le Joueur de flûte d'Hamelin des Frères Grimm, résonne comme une menace et un avertissement : qui peut se jouer du Destin dans le rapport de force entre l'Ici et l'Ailleurs ?

 

 

 

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   Il faudrait bien sur dans un deuxième temps montrer aux élèves la notion de cycle et de quête initiatique en visualisant l'ensemble des quatrièmes de couverture de la série : la Fée Clochette se substitue à Peter au dos du tome 1, une ombre adulte inquiétante suit leurs traces au dos du tome 2 pour se révéler pleinement au dos du tome 3 (surgit alors le macabre Jack l'Eventreur, sinistre docteur à la lourde sacoche). Le volume suivant voit cette fois-ci l'ombre silhouettée et finalisée de Peter devenue « Pan », portant la même trousse de médecin que le meurtrier précédemment évoqué : personnage entièrement dévoilé au dos du tome 5, dans la posture semi-mythologique du Dieu Pan, jouant consciencieusement d'une flûte renvoyant à la même déité, et insouciant des éléments extérieurs. Le tome 6 clôt cet ensemble avec le sillage de la fée Clochette repartant dans le sens inverse de l'itinérance débutée au premier album. Le rideau tragique retombe, fin du dernier acte...

 

 

 

 Atmosphère Victorienne, ambiance délétère propice au crime (l'album débute en 1887, soit un an avant le roman et le début de la vague d'assassinats commis par Jack l'Eventreur), lieu des conflits entre adultes et enfants, de la confrontation entre rêves et réalités : Londres est le décor psychologique de la série tout autant que du lecteur, qui y cherchera à l'évidence Oliver Twist et Sherlock Holmes, et peut-être encore plus Fagin ou James Moriarty. Ceux-ci sont les évidents annonciateurs du Capitaine Crochet, qui est aussi le double antinomique de Peter Pan (la nouvelle l'Etrange cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde est publiée par Robert Louis Stevenson en 1886).

 

 

 

  Dernière interrogation légitime en rapport avec cette couverture : où est passé le « vert » emblématique et de Peter Pan, et des ouvrages de Loisel ? Couleur verte symbolique de l'espoir et de la renaissance, du Destin et de la Fortune, mais aussi couleur changeante, redoutée dès le Moyen Age et perpétuée par un Diable déguisé en Homme Vert dans le folklore anglo-saxon. Couleur d'une certaine liberté, enfin, entre cieux et enfers, dans l'attente d'un passage, sinon d'une Résurrection.

 

 

 

  Voilà ce qui est dévoilé in fine, dans l'ombre de Peter Pan... et donc en jeu de miroir entre couvertures.

 

 

  Jeu aléatoire du renvoi des références littéraires et graphiques, aussi, qui s'exprime ici entre le dehors et le dedans, le vu et le perçu, le cadre et le hors champ (là ou va Peter, soit l'intérieur de l'album ou le Pays Imaginaire...). Le visuel sera lu dans l'album (à la case 1 de la planche 23), après le passage de témoin entre Mr Kundall et Peter : témoignage du récit en devenir, l'objet-livre (en l'occurrence l'Odyssée d'Homère) a paradoxalement disparu en couverture, si ce n'est dans les mains propres au lecteur, tandis que le dialogue de la case (« ...un, livre, un livre plein d'histoires, c'est les copains qui vont être contents !» adresse un Peter insouciant aux rats qui l'environne) est laissé en suspens, lui aussi en devenir.

 

 

  • Pistes supplémentaires :

 

- http://www.ventsdouest.com/loisel/peter.html : site flash officiel du Peter Pan de Loisel (Editions vents d'Ouest).

 

http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=953: interview vidéo de Régis Loisel sur le site France 5 BD.

 

- http://www.regisloisel.com/ : le site de Régis Loisel.

 

- http://www.lefantastique.net/bd/dossiers/loisel/peterpan.htm : analyse des différents albums Peter Pan.

 

- http://www.sirjmbarrie.com/ : site consacré à James Matthew Barrie

 

- http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Joueur_de_fl%C3%BBte_de_Hamelin: lien Wikipédia sur la légende du Joueur de flûte de Hamelin.

 

- http://www.tueursenserie.org/article.php?id_article=8 et http://grands.criminels.free.fr/jacktheripper.html : récits d'enquêtes, théories et portraits de Jack l'Eventreur

 

 

  • Ouvrages de référence :

 

- Série Peter Pan (Editions vents d'Ouest) :

 

Peter Pan t.01 : Londres

Peter Pan t.02 : Opikanoba

Peter Pan t.03 : Tempête

Peter Pan t.04 : Mains Rouges

Peter Pan t.05 : Crochet

Peter Pan t.06 : Destins

 

 

- Peter Pan, l'envers du décor. Régis Loisel et Vents d'Ouest. Paris - 1991 et 1996.

 

- Les cahiers de la Bande Dessinée présentent: Loisel. Vents d'Ouest, Paris - 2004

 

- Loisel dans l'ombre de Peter Pan. Régis Loisel et Christelle Pissavy-Hivernault, Vents d'Ouest, Paris - 2006.

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes ©Editions Vents d'Ouest - 1990, 1992, 1996, 2002 et 2004 -

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:15

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

JASON BRICE T.01 : ce qui est écrit

 

 

 

ALCANTE et M. JOVANOVIC

 

 

Editions Dupuis - 2008

 

 

 

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  Dossier téléchargeable  :  dossierjasonbrice.pdf

 

  • L'album :

 

   L'ouvrage, paru an Août 2008, s'inscrit dans la collection Repérages de l'éditeur Dupuis, rendue prestigieuse de par le succès rencontré par des séries adultes orientées vers l'aventure, le policier et le thriller, telles que Largo Winch (Van Hamme et Francq), Soda (Tome et Gazzotti), Jessica Blandy (Renaud et Dufaux) ou Jérôme K. Jérôme Bloche (Makyo et Dodier). A l'instar de ces différents héros, le Jason Brice d'Alcante et Jovanovic est avant tout un enquêteur privé, agissant dans un monde aux menaces puissantes mais troubles. Le paranormal et le contexte Londonien de la Belle Epoque situent le scénario dans un ancrage aux références littéraires précises, dont le titre de ce premier volume délivre du reste la voie. 

 

 

  • L'intrigue en résumé :

 

  Londres, 1920. Au lendemain de la Grande Guerre, nombreux sont les médiums et autres spirites qui contre espèces sonnantes et trébuchantes permettent à des mères ou épouses éplorées de "communiquer" avec leur fils ou mari disparu. Jason Brice, cartésien de nature et détective de profession, propose sa lucidité et ses services à ces femmes prêtes à tout croire. Il démonte les trucs, astuces et arnaques de ces marchands de l'occulte, pour qui le paranormal est un fonds de commerce très lucratif. Désabusé par l'inhumanité des uns et la naïveté des autres, Jason Brice ne croit plus en grand-chose, et certainement pas aux forces obscures ! Jusqu'au jour où une jeune et jolie femme lui demande d'enquêter sur un mystérieux livre où est raconté par le menu son proche assassinat...

 

 

   

  • Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

 

 

 

NIVEAU 1

 

 

 - Quel est le titre de la B.D.? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

 - Quel est le nom de l'éditeur et de la collection ? Retrouver (au CDI ou en vous aidant d' Internet et du site des Editions Dupuis (http://www.dupuis.com/FR/index.shtml) le nom d'autres séries connues de la même collection.

 

 - Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

- Que représente l'illustration ? (la décrire)

 

 - Quelles sont les couleurs dominantes de l'illustration ?

 

 - Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit l'image ?

 

   

NIVEAU 2

 

    -   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l'histoire racontée dans la B.D.

 

 -   Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ?  En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?  En la comparant aux précédents projets, dire en quoi cette couverture est différente ou plus complète.

 

 -  A quels autres héros de romans ou de films vous fait penser le nom «Jason Brice»? Expliciter l'accroche de la série «le détective de l'occulte ».

 

   

 

NIVEAU 3

 

  - Essayer de décrire l'atmosphère de cette couverture. Identifier le lieu et l'époque dans lesquels se déroule l'action principale (aidez-vous des précédents projets de couvertures).

 

 - Que signifie selon vous le titre ?  A quoi fait-il référence ?  Faire des recherches sur l'ouvrage «Le Titan» visible sur le dessin de couverture.

 

 - A quel(s) genre(s) littéraire(s) ou cinématographique(s) se rattache(nt) selon vous cette couverture ? Expliciter vos choix.

 

 

   

  • Lecture et analyse de la couverture :

 

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  La première de couverture du premier tome de Jason Brice a donné lieu à plusieurs projets successifs, tous sujets de débats entre le scénariste Alcante, le dessinateur Milan Jovanovic, le maquettiste Franck Achard et le coloriste Sébastien Gérard. Image référente dès le début pour le maquettiste Franck Achard, une couverture réalisée par le dessinateur américain Mike Mignola pour le Comics Journal (n°189, d'Août 1996) fut l'élément déclencheur : en dépit d'une atmosphère assez proche de Jason Brice (Notes : le héros de Mignola, Hellboy, est un démon à forme humaine agissant dans le contexte de la Deuxième Guerre Mondiale, mais inspiré des récits de Lovecraft et de Poe), Achard ne souhaitait toutefois pas imposer sa vision des choses.  Le premier et le second projet de couverture (essais originaux du dessinateur) traduisent une interrogation première autour du personnage : le héros est-il un homme de sciences ou un homme de lettres ? Squelettes, objets d'arts inquiétants de différentes nationalités, animaux difformes et autres sujets de collections dignes d'un Muséum d'Histoire Naturelle ou d'un Cabinet de curiosités début de siècle laissent la place à des signes cabalistiques et ésotériques. Différence encore, d'un projet à l'autre, entre le « vu » et le « lu » pour le héros, ainsi placé d'emblée entre imaginaire et fiction, crédulité et incrédulité. L'époque n'est pas immédiatement perceptible, même si le contexte scientifique précédemment évoqué y fait ouvertement référence, de surcroit pour un lecteur déjà habitué à parcourir les aventures d'Adèle Blanc Sec (Tardi), de Sherlock Holmes ou d'Harry Dickson.

 

 

  Le troisième projet de couverture (également essai original de M. Jovanovic), instaure une double évolution : une atmosphère de réflexion trouble et inquiétante (le héros n'est plus « in situ »), où le personnage se rapproche cette fois-ci des pratiques de l'occultisme et du spiritisme, dans une position assise qui évoque cependant la prière (et donc l'exorcisme). Ce qui frappe le plus le lecteur est toutefois que le héros le fixe dans les yeux, comme lourd témoin ou responsable d'une tragédie en devenir... Sentiment renforcé par la présence de la pipe d'opium et d'un logo-titre qui se teinte de gouttes de sang. On rapprochera ce dessin d'autres images récentes et similaires, telles que la première de couverture de Double Gauche t.3 : Mimsy (Corbeyran et Formosa - Dargaud - 2007), celle du onzième volume de la série le Chant des Stryges (Corbeyran et Guérineau - Delcourt - 2007) ou l'affiche du film Munich de Steven Spielberg (2006), pour des ambiances aussi sourdes les unes que les autres (la couverture du premier volume de Largo Winch étant à l'inverse plus légère).

 

 

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Une ambiance bien assise... En haut, la couverture du  Comics Journal par M. Mignola qui inspira le visuel finalisé.

 

 

Alcante et Jovanovic livrent ensuite un quatrième projet qui conditionne visuellement les deux projets précédents. C'est finalement le maquettiste Franck Achard qui proposera aux deux auteurs un double visuel qui sera finalement retenu pour la version finale, très riche et détaillée. Ce dernier projet renoue avec l'illustration de Mignola signalée plus haut. 

 

 

 

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  Ce dernier projet mérite amplement d'être décortiqué, décrypté, analysé : on y repérera avant tout un logo-titre Jason Brice finalisé, connotant une inscription à la plume, tandis que la mention du tome n°1 (qui figurait au départ en chiffre romain au centre du "o" de Jason") a tout bonnement disparue au profit du seul titre « ce qui est écrit » (littéralement... « Jason Brice ») et d'un losange blanc plus esthétique.

 

 

  L'ensemble du visuel cherche à répondre à la question « peut-on aller contre ce qui écrit ? ». Entre monde cartésien et puissances maléfiques obscures, le héros nous interroge. Une atmosphère de violence psychologique et physique est instaurée visuellement, de par des teintes rougeâtres très présentes et un décorum qui y fait référence (arme, combat, mort,...).  Le décor nous évoquera tour à tour un savoir hérité des Anciens (Grande Bibliothèque, dieux et héros mythologiques), des avancées scientifiques ou archéologiques (globe terrestre de salon, sujets d'études zoologiques, squelettes, statuettes précolombiennes,...) et un arsenal d'invocation des esprits (crâne, encensoir, bougies, runes, livres et objets cabalistiques divers). L'élément matériel s'y oppose au spirituel dans une association qui ne présage rien de bon : la Bible et le fusil, ou encore un revolver, un couteau et une bouteille d'alcool. Les symboles occultes des précédents visuels enrichiront la quatrième de couverture.

 

 

 L'ouvrage intitulé « The Titan » et signé de Morgan Fatoy est donné d'office au lecteur comme une piste d'investigation importante : une recherche simple le conduira au bien réel Naufrage du Titan, écrit par Morgan Robertson en 1898, livre étonnamment proche dans sa description du drame que subira le Titanic en Avril 1912. Ouvrage fictif et réel se croisent par conséquent pour donner le sel et la matière de l'aventure : qui croire, que savoir, à qui faire confiance ?

 

 

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  Si le contexte n'est peut-être pas immédiatement perceptible avec précision pour des élèves, ceux-ci arriveront du moins à voir que l'histoire de Jason Brice n'est pas contemporaine (aucun objet moderne comme un ordinateur ou un téléphone portable par exemple). La phrase « ce qui est écrit » renvoie également à un message biblique ou religieux qui peut faire écho à une interrogation sur le futur, l'histoire, l'ordre des événements ou le destin.

 

 

 

 L'aventure de Jason Brice multiplie bien sur dès la couverture les références littéraires et cinématographiques : un détective privé lié à l'occulte relie Jason Brice au Sherlock Holmes créé par Arthur Conan-Doyle en 1887 (lui aussi est fumeur invétéré...) et sans doute plus encore au Harry Dickson de Jean Ray (série qu'il reprend et popularise dès 1929). Le contexte anglo-saxon des années 1920 et l'occultisme inscrivent également le récit dans la lignée des œuvres d'Howard Phillips Lovecraft, l'un des pères de la littérature Fantastique au XXème siècle (à commencer par l'Appel de Cthulhu, nouvelle qui inspirera le jeu de rôle homonyme (édité  en 1981) où les personnages-joueurs incarnent des investigateurs devant lutter contre des complots démoniaques et des divinités monstrueuses).

 

 

  En Bande Dessinée, on se replongera dans des univers proches via les deux adaptations d'Harry Dickson (par Vanderhaeghe et Zanon, puis Nolane et Roman), via la série Adèle Blanc-Sec (Tardi) ou encore via le personnage de Mic Mac Adam (Benn et Desberg).

 

 

  Références télévisuelles et cinématographiques indéniables pour ce Jason Brice de papier, la série X-Files, les noms (quasi-identiques) de James Bond ou Jason Bourne (héros des romans de Robert Ludlum, récemment adaptés au cinéma, et qui inspireront la saga XIII de Vance et Van Hamme (l'un des faux noms de XIII étant Jason Fly...)) tout autant que le Jason et les Argonautes mythologique et filmique (version de 1963) forgent la vision et l'univers du scénariste Alcante. Sa manière de raconter l'histoire s'inspire à la fois de la série Lost et du scénario du film Angel Heart (Alan Parker - 1987).

 

 

 

  Jason Brice instaure une atmosphère, une ambiance entre classicisme et modernité. Il faut y voir et y lire un mélange entre thriller et mystère, sérial d'aventure et policier du style whodunit. Il faut en franchir le seuil et s'aventurer toujours un peu plus loin, derrière les cases...

 

 

 

 

  • Pistes supplémentaires :

 

- http://www.dupuis.com/FR/index.shtml : site officiel des Editions Dupuis.

 

- http://www.universbd.com/spip.php?article7260 : interview du scénariste Alcante concernant la parution de Jason Brice.

 

- http://secretebase.free.fr/etrange/propheties/titanic/titanic.htm : dossier sur le livre de Morgan Robertson.

 

- http://noosfere.org/heberg/jeanray/main.htm : site de Jean Ray.

 

- http://www.imaginaire.ca/DHD-Index.htm : dossier Harry Dickson.

 

- http://harrydickson.free.fr/index2.htm : site consacré à l'adaptation d'Harry Dickson en BD par Vanderhaeghe et Zanon.

 

- http://www.hplovecraft-fr.com/doku.php?id=start: site sur H.P. Lovecraft.

 

- http://www.roliste.com/jeu.jsp?id=286 et http://www.tentacules.net/index.php : deux sites spécialisés sur le jeu de rôle l'Appel de Cthulhu et l'œuvre de Lovecraft.

 

 

   

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

 

Images toutes ©Editions Dupuis et Dargaud 

 

 Dossier réalisé avec l'aimable autorisation des auteurs : Alcante, Milan Jovanovic, Sébastien Gérard et Franck Achard.

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