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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 15:15

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

D. 1, Lord Faureston 

Ayroles, Maïorana & Leprévost

Delcourt, 2009.

 

 

 

 

d 1

 

 

Dossier d'analyse à lire en ligne :

 


L’intrigue en résumé 

 

 

 D. 1, Lord Faureston (2009) :

 

De retour d’une expédition en Afrique, l'explorateur Richard Drake fréquente la haute société victorienne. Il tombe sous le charme de Miss Catherine Lacombe, une Lady au caractère bien trempé. Drake va dès lors devoir affronter l’intriguant Lord Faureston, un dandy qui exerce un mystérieux pouvoir magnétique sur les femmes. Faureston, semblant cacher sa vraie nature, est surtout la hantise de Mister Jones, un obscur employé de banque qui, la nuit venue, devient chasseur de vampires !

 

 

D. 2, Lady d’Angerès (2011) :

 

Etant désormais certain de la monstrueuse identité vampirique de Lord Faureston, Richard Drake et l'improbable Mister Jones suivent sa piste du fog londonien jusqu'aux brumes de la lande anglaise. Le temps leur est compté car la belle Miss Lacombe, victime d’une agression, paraît sombrer dans les ténèbres. La traque s'intensifie et les chasseurs vont se découvrir une autre redoutable concurrente : la mystérieuse Lady d'Angerès. 

 

 

crayonne preparatoire d 1

   

Crayonné préparatoire pour la visuel du t.1.

 

 


Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé des ces deux albums :

 

A.    Etude des textes et paratextes

 

1.       Relevez le titre de cette série et sa typographie.

Que nous apprend-il sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.       Quels renseignements supplémentaires nous donne les sous-titres « Lord » et « Lady » ?

 

3.       Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.    Etude des images et dessins

 

4.       Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-          Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-          Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-          Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-          Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-          Couleurs dominantes ?

-          Présence ou non de personnages identifiables ?

-          Lieux, époque et actions ?

 

5.       D’après l’ensemble des éléments dessinés listés (1ères et 4èmes de couvertures), quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

6.       Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?  

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

7.       Que suggèrent les couleurs employées ?

 

8.       Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 d étude de perso 2

esquisse

d étude de perso

 

Différentes études de personnages par B. Maïorana.

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Après le succès de leur série Garulfo (6 volumes parus chez Delcourt de 1995 à 2002), et avant le succès de la série romanesque Twilight (création de l’américaine Stephenie Meyer dès 2005, la saga est adaptée au cinéma à partir de 2008), Alain Ayroles et Bruno Maïorana s’attaquent au récit vampirique en sachant éviter avec soin le parcours tracé par  Bram Stoker dans son Dracula, personnage auquel renvoie pourtant directement la signature de la série (D). Ayroles parvient en un seul album à instaurer une ambiance d'époque, des lieux et des personnages qui semblent jongler avec les mots comme avec la curiosité du lecteur. En un mot, à « croquer » de manière détournée tout un pan de la littérature populaire fantastique…

 

Le deuxième volume de la série D, Lady d’Angerès, permettra essentiellement aux auteurs de contourner une nouvelle fois les ficelles traditionnelles d’un genre devenu de nouveau mirifique suite aux créations multiples ayant suivie le succès de Twilight ; constatons que l’histoire commence à dépasser largement la cadre de la rivalité entre Faureston et Drake, et annonce un univers foisonnant propice à de nombreuses découvertes. En parallèle au récit principal, les révélations sur le passé d'explorateur de Drake font émerger un être complexe et violent, qui semble cacher bien des surprises… Riche en cases mais dynamique, cette suite laissera donc les lecteurs sur les dents et fera une nouvelle fois attendre la suite avec impatience.

 

Encrage et couleurs d 2

 

Encrage et version finale du visuel du t.2

 


Les origines du vampire, si elles ne sont pas cinématographiques, sont pourtant liées de près au 7ème art. Invention littéraire, le vampire naît en effet quasiment en même temps que la machine des frères Lumière. En décembre 1895 se déroule la première projection du cinématographe, l’Entrée du train en gare de La Ciotat, et moins de deux ans plus tard, en 1897, est publié Dracula de Bram Stocker, ouvrage fondateur du mythe.

 

Souvent mis en relation avec le personnage historique roumain de Vlad l’empaleur, le personnage fictif du comte Dracula - et par extension celui du « vampire » - n’apparaît pourtant pas dans la littérature par hasard. L’ensemble du XIXème siècle coïncide en effet avec une période où les mythes populaires et fantastiques se croisent pour former un hybride parfois monstrueux avec la deuxième révolution industrielle et l’essor des sciences. La société doit assimiler en très peu de temps tant de changements bouleversants que les peurs primaires refont surfaces, telles les refoulées de la modernité, et donnent naissance, outre Dracula, à plusieurs classiques successifs des genres Fantastique et Science-fiction : Frankenstein (Shelley, 1818), Dr Jekyll & Mister Hyde (Stevenson, 1886), L’ile du Dr Moreau et L’homme invisible (Wells, 1896 et 1897). Ces créatures s’épanouiront naturellement de la littérature au grand écran en passant par la bande dessinée, dès les premières tentatives de fiction, muettes et sommaires. Les vampires suceurs de sang se propagent dans le cinéma naissant de manière d’abord informe. C’est le nom qui effraie : en 1909 avec Vampyr of the coast aux Etats-Unis, en 1912 dans le court-métrage suédois Vampyr Inn, en 1913 dans The Vampyr aux Etats-Unis encore. En 1916, Louis Feuillade réalise le feuilleton Les Vampires, sans lien avec le mythe littéraire, mais fantasmant une fois de plus ce nom majestueux. Un fantasme qui donnera naissance à la même époque, à partir d’un poème de Rudyard Kipling datant de 1897 (The Vampire), à la Vamp, créature féminine précédant la femme fatale, mais partageant avec elle les attributs d’une dangereuse séduction.

 

dracula 1958 poster 02

 Dracula Has Risen From the Grave

 

Affiches des films Le Cauchemar de Dracula (T. Fisher, 1958) et Dracula et les femmes (F. Francis, 1968).

 

 

A l’évidence, la 1ère de couverture du tome 1 de D semble rassembler plusieurs éléments issus de la cosmogonie vampirique, tout en jouant sur le non-dit, le doute ou du moins le silence de l’incertitude. Le nom de la série demeure énigmatique sauf à le rapprocher (typographie comme écrite à la plume et plongée dans le sang oblige…) du nom « Dracula ». Symboliquement la lettre D fait aussi référence au monde divin (d comme dieu), à l’aristocratie (la particule « de »), à l’androgynie (l’association masculin-féminin induite par l’association d’une ligne droite et d’une courbe dans la forme de la lettre), ainsi, dans l’album, qu’à l’explorateur Drake. En vérité, ce seront donc à la fois le titre de la série et celui de l’album qui agiront de pair comme un révélateur, en accord avec le visuel : Faureston est bien l’anagramme de Nosferatu, terme popularisé par Bram Stoker dans son propre roman mais emprunté à Emily Gerard, auteur de nombreux ouvrages sur le folklore de Transylvanie. Le terme « nosferatu », qui désigne en roumain le « non mort » ou le « vampire » selon les versions auxquelles on se réfère, sera repris par le réalisateur Friedrich W. Murnau en 1922 pour le titre d’un film (devenu l’un des chefs-d’œuvre du cinéma expressionniste allemand) livré telle une adaptation muette de Dracula.

 

nosferatu

 

Nosferatu...

 

 

Le visuel de Lord Foreston est dominé par le motif de la mort : il s’agit d’une scène d’enterrement sous un ciel grisâtre, l’atmosphère sinistre étant renforcée par les dominantes noires et rouges, qui assimilent immédiatement les couleurs du titre au personnage central. Ce dernier, qui domine non seulement  la triste l’assemblée (maintenue telle un bloc uniforme sur une ligne d’horizon qui rejoint sa main gauche) mais aussi notre propre regard « d’outre-tombe » en contreplongée (le lecteur étant bel et bien, dans ce jeu de regard,  à la place du cercueil… ou du cadavre !), semble esquisser un ultime geste romantique sous forme d’adieu. La rose jetée dans la tombe prendra ainsi son sens premier d’hommage raffiné offert lors des funérailles, au profit d’un message parfaitement significatif : « je vous aime ». A cette ambiance autant digne du roman gothique anglais que du roman social et historique stendhalien (Le Rouge et le Noir, 1830) se superpose l’ensemble des références vampiriques : le personnage de Lord Faureston est-il sincère ou fait-il appel au réveil d’un corps en apparence dénué de vie, comme sa main droite ouverte semble en partie le suggérer ?

La rose rouge, fleur fraichement coupée, devient également un symbole extrêmement ambigu : en tant que symbole chrétien, le rosier, arbuste épineux aux fleurs puissamment parfumées symbolise l'amour, la beauté et la pureté. En Transylvanie, on place une rose sur la poitrine des morts pour prévenir toute réanimation. Des épines de la plante sont parfois répandues dans le cercueil, piquées dans le suaire et jetées en travers de la tombe pour "clouer" sur place le revenant… Fleur de la beauté et fleur du mal, la rose rouge dédouble en quelque sorte l’intriguant Foreston, qui semble de fait s’être ici débarrassé d’une âme dont il aura lui-même coupé l’essence de la vie, et renvoie tel un miroir au titre D rougeoyant de la série.

 

communaute sud

 

La rose en couverture du tome 11 de la série La communauté du sud par C. Harris (2011).

 

esquisse lady

Esquisse de personnage.

 

Lady d'Angeres


En 1ère de couverture de Lady d’Angerès,  les auteurs choisissent fort logiquement une continuité stylistique : mêmes teintes, mêmes symboliques, même jeu de regard vers un lecteur hors-champ envouté par la présence magnétique du vampire. Au lord s’est substituée une mystérieuse lady dont l’éventail gracieux laisse transparaitre la cruauté sanguinaire (on songe à la fameuse comtesse hongroise Elisabeth Bathory (1560-1614), qui sera accusé du meurtre de très nombreuses jeunes filles). Dans ce jeu diabolique des sens et des illusions, la vue devient prédominante sur l’odorat (odeur de la fleur ou de la mort) et le toucher (les mains de Faureston et l’éventail de d’Angerès) : seul celui qui aura vu la réalité saura…et pourra éventuellement survivre ! Cette remarque rejoindra du reste l’épigraphe du roman de Stendhal précité : « La vérité. L’âpre vérité ». L’arc de cercle que décrit l’éventail déplié de la lady, bien loin de charmer,  enferme ainsi sa proie dans un espace cerné de « dards » constitués par les brins matériels constitutifs de l’armature de l’accessoire féminin. Dans la même logique que sur le précédent visuel, le titre est donc « dans la tombe », cerné de noir et transpercé du nom du principal meurtrier. Saisi entre bestialité et humanité refoulée, le personnage du vampire s’offre à notre regard, mais reste dénué de toute culpabilité : l’œil - le nôtre - était donc dans la tombe, et regardait… Dracula !


 

Tomb-of-Dracula-Mag-03-01

 

Couverture du comic The Tomb of Dracula (n° 03 de février 1980, éd. Marvel). Couverture par Bob Larkin.


 

Pistes supplémentaires 

 

 

http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/d_1_lord_faureston

http://www.editions-delcourt.fr/special/D/

Pages consacrées à la série sur le site des éditions Delcourt.

 

http://bruno-maiorana.com : site officiel de Bruno Maïorana.

http://www.vampirisme.com/interview/maiorana-interview-du-dessinateur-de-d : interview du dessinateur.

http://www.youtube.com/watch?v=-7KmMMntg9E : reportage de France 3 consacré à la série.

 

www.vampires-fr.com , www.morsure.net et www.vampirisme.com : sites de références sur les vampires (origines, mythes, médias, etc.).

 

http://www.ebooksgratuits.com/ebooks.php?auteur=stoker_bram : texte intégral de Dracula sur ebooks libres et gratuits.

 

 couleurs thierry leprevost

  Décors mis en couleurs par Thierry Leprèvost.

 


Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Delcourt - Ayroles, Maïorana & Leprévost. 2009 - 2012.

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 15:25

  Paru en 2010 au Lombard dans la collection Signé, Nous ne serons jamais des héros est un one-shot qui narre la vie peu glorieuse de Mick, trentenaire chômeur et looser patenté dont l'existence va être bouleversée suite au décès de sa grand-mère. Notre antihéros désabusé va ainsi devoir renouer avec son père, un acariatre endurci suite à un ancien accident dramatique, mais avec lequel il s'embarque pour un tour du monde plus que nostalgique...

 

 Cet ouvrage discordant par rapport à la sphère des héros traditionnels de bande dessinée est réalisée conjointement par le scénariste Olivier Jouvray et les frères Salsedo (le dessinateur Frederik et le coloriste Greg). Le dessin semi-réaliste permet, dans ce road-movie de l'ordinaire, une juste réflexion sur les relations familiales évoquées, oscillant entre cynisme, non-dit et véritable tendresse.

 

En accord avec les auteurs, nous reprenons leurs termes pour décrire dans le détail les nombreuses étapes, intellectuelles ou graphiques, ayant mené au choix de la couverture finalisée...


En tentant toujours de voir plus loin !

 

 

http://lelitoulalu.blogs.lindependant.com/media/02/01/2124451519.jpg

 

Visuel finalisé (Le Lombard - 2010)

 

 


 

Première étape, un petit croquis de mise en place pour structurer l'idée.

 

http://2.bp.blogspot.com/_0NtKrR1I95k/S3qn9W0EX5I/AAAAAAAAAYQ/Zz6Yu6ET9BM/s400/projets-couv%27.jpg

 


Après, je passe sur la feuille définitive (dans mon cas, du Arches aquarelle satiné) sur laquelle je vais m'appliquer à réaliser un crayonné poussé.

 

http://2.bp.blogspot.com/_0NtKrR1I95k/S3qouAbdb2I/AAAAAAAAAYY/829_YRG3mTg/s400/crayonn%C3%A9.jpg



Le crayonné terminé, je prends ma plus belle plume (une Leonardt Hiro 801) ainsi que mon petit pot d'encre de chine et je passe à l'encre mon dessin. Achevé l'encrage, je réalise un lavis à l'aquarelle noire pour donner des valeurs et du relief.

 
http://2.bp.blogspot.com/_0NtKrR1I95k/S3qo52FWz4I/AAAAAAAAAYg/4cPjGzC1-a4/s400/encrage-et-lavis.jpg

 

 

Mon travail est maintenant terminé et je laisse la main à Greg, talentueux coloriste qui va donner une dimension supplémentaire à l'image, une atmosphère, une ambiance particulière...

 

http://3.bp.blogspot.com/_0NtKrR1I95k/S3qpCjfsupI/AAAAAAAAAYo/yhcQfZk7u1M/s400/couleur.jpg


Et voilà le résultat avant maquette.

L'éditeur se chargera de recadrer l'image et d'intégrer les titres noms des auteurs et logos...

 


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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 10:19

  Entre deux dossiers pédagogiques, nous décrivons parfois ici dans le détail les nombreuses étapes, intellectuelles ou graphiques, ayant mené au choix de la couverture finalisée. La catégorie "Première de Couverture" offre ainsi une partie "bonus" ou "making-of" additionnelle à la compréhension de l'album évoqué.

 

 

  Récemment interrogé dans le cadre du travail réalisé au profit du futur ouvrage consacré à la Deuxième Guerre mondiale dans la bande dessinée (à paraitre en 2012), le dessinateur Vincent Bailly nous fait ici la gentillesse de revenir (visuels inédits à l'appui) sur la genèse du visuel du tome 01 de l'adaptation d'Un sac de billes, paru aux éditions Futuropolis en 2011. Nous restituons ici une partie de cette interview, ainsi que les commentaires en rapport avec la 1ère de couverture.

 

 

 

Que pensez-vous de la 1ère transposition de cet ouvrage en bande dessinée, à savoir celle effectuée par Alain bouton et Mark Malès en 1989 (Bayard Editions) ? En aviez-vous rediscuté avec Joseph Joffo ?

 

 Vincent Bailly : Je ne savais pas qu’Un sac de billes avait déjà été adapté, et je ne l’ai appris qu’en commençant le travail de recherche et de documentation. Cette 1ère transposition était difficile à trouver et de toutes façons je voulais éviter de trop m’imprégner du travail d’un autre sur un sujet que nous avions à traiter, donc je n’ai pas chercher à le lire. Joseph Joffo nous l’a montrée la première fois qu’on s’est rencontré ; en fait il ne se trouvait pas assez « beaux garçons » lui et son frère dans les premières planches que j’ai amené et il m’a montré le travail de Mark Malès comme exemple… que je n’ai pas suivi, en bonne tête de mule...


 

UnSacDeBilles 02022005

  Editions Bayard - 1989


 

Comment s’est effectué le choix de la couverture ?

 

Vincent Bailly : On a commencé par en parler, on était d' accord pour éviter de tomber dans certains clichés trop convenus quand on représente l’époque et surtout quand on illustre l’antisémitisme pendant la Deuxième Guerre mondiale : à savoir deux petits juifs en train de courir sur fond de croix gammée, on l’a vu trop souvent et, à titre personnel, les symboles nazis me gavent tant ils sont  trop facilement repris. C’est très graphique et, ces derniers temps on les met à toutes les sauces, donc, si on n’en a pas besoin, autant s’en passer. Maintenant, pas de faux procès, quand on traite de la période il faut utiliser ces éléments, sans en rajouter.

J’ai fait plusieurs propositions sur mon petit carnet de croquis et j’ai envoyé tout ça à Kris à nos éditeurs, Claude et Sébastien, et le directeur artistique de chez Futuropolis, Didier.

 

rough couverture 1

  rough couverture 4   rough couverture 5  rough couverture 6 rough couverture 7

 

 Fig : roughs de couverture 1 à 5


 

Didier a immédiatement fait une très bonne proposition : il a recomposé trois des propositions pour en faire une première et une quatrième de couverture, et on a tous été d’accord tout de suite pour dire qu’on tenait une bonne couverture , ce qui est arrivé plutôt vite et ne se produit pas si souvent : il n’est pas rare qu’il y ait plusieurs allers-retours et de nouvelles propositions avant que tout le monde soit d’accord.

 

rough couv- un sac de billes

 

Couverture rough Didier SACdeBILLES-2

 

 

J’ai repris le rough à mon compte (fig. : rough couv. un sac de billes) puis j’ai attaqué la réalisation, qui m’a pris trois jours. Je mets les étapes pour le fun : d’abord le crayonné, on s’était demandé s’il fallait que les gamins au second plan soient visibles où si on ne faisait que leur pieds dépassants du haut de l’image. Finalement on avait besoin de leurs expressions donc je les ai dessinés entièrement. (étape 1)

Ensuite l’encrage : c’est du feutre. (étape 2)

Puis je monte les ombres et les couleurs de fond avec des encres aquarelles. (étapes 3 et 4)

Un jus général d’encre pour unifier le tout et même un peu d’informatique pour vérifier certains effets. (étape 5)

Finalisation à l’acrylique pour les détails et pour renforcer la saturation des couleurs les plus sombres qui passent mal à l’aquarelle (couverture brut)

 

couverture etape 1- crayonn+®

couverture etape 2- encrage couverture  couverture etape 3 copier

couverture etape 4 copier  couverture etape 5correction

 

couverture brut  couv

 

Même manière sur la 4ème de couverture, sauf que pour celle là j’avais changé de papier : j’utilise d’habitude du Vinci et, sur le conseil des copains, Maël et Joseph Béhé, j’ai testé le Lanaquarelle, qui est un super papier, mais finalement j’ai pris mes habitude avec l’autre donc le deuxième tome continue à se faire au Vinci.

 

4 e de couv-encrage  4 e de couv-noir

 

4 e de couv- 

 

 

Tous les visuels présentés sont © éd. Futuropolis, Kris et Bailly 2011.


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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 18:22

 Mister Hyde contre Frankenstein est le deuxième volume apparaissant chronologiquement dans la récente collection 1800, imaginée par le scénariste et dessinateur Jean-Luc Istin pour les Editions Soleil, et dont le concept consiste à revisiter les oeuvres littéraires fondatrices du XIXème siècle. Dans les lignes conjuguées de Mary Shelley (1797 - 1851) et de Robert Louis Stevenson (1850 -1894), le scénariste Dobbs et le dessinateur Antonio Marinetti imaginent ici une relecture originale de deux mythes au croisement des genres Fantastique et Science-fiction : Frankenstein ou Le Prométhée moderne, roman gothique écrit en 1818 et Le Cas étrange du docteur jekyll et de Mister Hyde, nouvelle publiée en janvier 1886. Les deux oeuvres, effectuant une introspection de la société victorienne, ouvrent à de profondes réflexions éthiques et philosophiques sur des questions telles le pouvoir des sciences, le progrés effectué par les civilisations ou la psychanalyse de l'inconscient humain.

 En Europe,  à différentes époques, deux savants irresponsables défient dangereusement les lois divines. Victor Frankenstein a donné vie à un être artificiel surhumain et conscient, mystériseusement disparue, tandis que le docteur Jekyll a éloboré une drogue lui permettant de dissocier le bien et le mal en chaque individu. Que se passerait-il si Jekyll se retrouvait en possession des recherches de Frankenstein ?

 Vous découvrez ici la genèse de la couverture du tome 1, La Dernière nuit de Dieu, paru en mars 2010 (le volume cloturant ce dyptique est attendu en août prochain). Signalons que le visuel de couverture a été réalisé par l'illustrateur Gérald Parel, et que le scénariste Dobbs nous explique ici, à travers l'évocation des thémes pricncipaux, les différentes étapes de réalisation.

 Question projets de couverture écartés, nous avions tous deux émis l’hypothèse de la présence de fioles, mais ces dernières, bien qu’intéressantes, nous ont paru vite inutiles car imposant une distance. De plus Jekyll demeure un savant dans l’inconscient collectif, donc il y aurait eu une redondance. Dans des versions antérieures, il y avait aussi une trop grosse présence de Jekyll et du monstre…

 


0105 0913



 L’importance du personnage de Jekyll est primordiale car cela permet de créer une interaction avec le lecteur : un regard caméra en quelque sorte qui implique et interroge, forcément
. Cependant, le visage de Jekyll est lui-même « séparé », car ses deux yeux ne sont pas éclairés de la même manière. L’œil situé dans la face éclairée est lui-même dans l’ombre (une marque du paradoxe, de la duplicité).

 

 Le personnage féminin (Faustine) tourne le dos au docteur et absorbe/se fond en lui : c’est d’ailleurs suffisamment décalé pour ne pas reprendre un visuel du type "affiche de Pretty Woman ", mais cela fonctionne  de la même manière puisque deux opposés s’allient. Elle se fond dans la masse noire car elle n’est dupe de rien et demeure une sorte de personnage de l’ombre.  Sa féminité permet aussi d’illuminer (lumière dramatique en contre-plongée) l’obscurité.

 

Tout fonctionne donc par jeu de regard implicite et explicite : le lecteur est forcé à une certaine complicité alors que le personnage féminin (Faustine) semble, quant à lui, avoir du mal à soutenir tout regard (Jekyll et le lecteur).

 
15 19 20




 L’autre point de focalisation, c’est le monstre de Frankenstein. Plus particulièrement lui et la lumière lunaire qui l’accompagne (c’est un équilibre d’image qui s’oppose à la lumière artificielle et sale de la ville). Le monstre demeure mystérieux, il n’est qu’une forme dans les ténèbres et contribue à la dynamique de la diagonale de force de l’image

 


 La clef de l’équilibre de l’image
, c’est finalement la position de Faustine entre les deux « monstres »  (elle partage tout de même son dos avec celui de son maitre). Il y a donc aussi deux parties féminines dans l’image qui lancent sur des pistes différentes : Faustine est insérée dans la partie principale de l’image, tandis que la prostituée (visible dans la ruelle) n’est que "décor" dans une dimension urbaine sale et jaunie...

 

Couverture T1 Mister Hyde


Couverture finale et réalisation des étapes "pas à pas " :





affiche

Poster américain de 1880.


 L'oeuvre de Stevenson, tout comme celle de Mary Shelley, fut portée plusieurs fois au cinéma : en 1931, Docteur Jekyll et Mr. Hyde (R. Mamoulian) fixe pour longtemps les codes et connotations sensuelles du mythe au sein des représentations hollywooodiennes, tandis que Victor Fleming en livre en 1941 une version plus classique. Relevons les parodiques Dr. Jekyll and Mister Mouse (production animées des studios Hanna-Barbera en 1947, mettant en scène Tom et Jerry) et Docteur Jerry et Mister Love, réalisé et interprété par l'inénarrable Jerry Lewis en 1963. Cas à part, Mary Reilly (Stephen Frears, 1996) nous fait revisiter l'histoire par le biais de la jeune domestique de la maisonnée. En 2005, le film canadien Jekyll + Hyde suivait quant à lui les douteuse recherches de deux étudiants en médecine ayant composé une drogue dérivée de l'ecstasy, susceptible de modifier leur personnalité...


457712 1020 A 
Affiche de 1931 pour le film de de R. Mamoulian




Liens annexes :

http://www.soleilprod.com/interviews%7C26%7C1800_la_nouvelle_collection_de_SOLEIL : présentation de la collection 1800 sur le site des Editions Soleil.

http://www.soleilprod.com/previews/mister%20hyde/pageflip_8.html : preview du tome 1.

http://dobbs.over-blog.com/ : blog du scénariste.

http://fr.wikisource.org/wiki/L%27%C3%89trange_Cas_du_docteur_Jekyll_et_de_M._Hyde et http://www.diogene.ch/IMG/pdf/shelley_frankenstein.pdf : oeuvres intégrales en ligne.



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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 18:24

 Dans les pas du mythique Rahan, Emmanuel Roudier a su réinvestir avec brio le champ de la bande dessinée "préhistorique"  :  né en 1971, passionné d’archéologie, l'auteur se fera remarquer avec Le Cycle de Vo’hounâ pour lequel il reçoit en 2003 le prix BoDoï - Leclerc « Décoincer la bulle » lors du Festival d'Angoulême. Le travail d’Emmanuel Roudier (planches de bandes dessinées ou illustrations originales) fera par la suite l’objet de plusieurs expositions, notamment au Musée d’Archéologie Nationale de Saint- Germain-en-Laye en 2005, au Neanderthal Museum en Allemagne et au Musée de l’Homme en 2006 ainsi qu’au Musée National de Préhistoire des Eyzies en 2007. 
 Depuis 2007, E. Roudier a développé une nouvelle série, Néandertal, où l'on suit la quête d’un homme rejeté par son clan en raison de son handicap...

 Vous découvrez ici la genèse de la couverture du tome 2, Le Breuvage de vie, paru en septembre 2009.




 Voici un petite visite guidée pas à pas de la réalisation de la couverture de l'album. J'espère que ce topo vous permettra de comprendre et d'apprécier la manière dont je m'y suis pris pour peindre cette illustration, à l'ancienne ou "en traditionnel" comme on dit maintenant quand on ne peint pas sur photoshop ! J'espère surtout, si vous aimez dessiner et peindre, que ce "pas à pas" vous donnera envie vous aussi de vous essayer à la création de ce genre d'image. (si c'est le cas, n'hésitez pas à m'envoyer les résultats !)


Etape01


 Etape 1


 Il s'agit du tracé au crayon de l'image. Ce tracé est effectué d'après un croquis de mise en place (je vous l'épargne, ça n'apporterait pas grand chose ici), agrandi "aux carreaux" pour conserver au plus juste les bonnes proportions. Le croquis de départ est réalisé sur un papier A4, et l'illustration finale sur un lavis Vinci format "raisin" (50x65 cm, moins les marges).




Etape02


 Etape 2


 Je commence par ébaucher l'arrière plan, ici le ciel et l'horizon crépusculaire, ce qui va donner le ton, c'est à dire la note dominante colorée de l'image.


 

Etape03
 
 Etape 3


 Dans la foulée, je rectifie les teintes du ciel et esquisse une ébauche du volume des nuages. Une fois ceci fait, je place avec un pinceau assez large les grandes masses colorées sur les personnages et le reste du décor. J'essaie de faire en sorte que les personnages soient liés au décor par la couleur et graphiquement, tout en m'assurant qu'ils s'en détachent convenablement par le contour de leur silhouette, leur contraste propre et/ou leur teinte (comme l'homme en ocre rouge).

 


Etape04

 Etape 4


 J'effectue la mise en place des couleurs du personnage principal, en m'assurant là encore qu'il entre dans un groupe cohérent avec les autres personnages, et qu'il s'en détache bien pour venir au premier plan.

 


Etape05

 Etape 5


 Une fois que je suis à peu près satisfait de l'ensemble du groupe, je commence à modeler les personnages du second plan en venant placer les ombres et les teintes sombres de leur anatomie et de leurs vêtements.

 



Etape06

 Etape 6


 Je fais de même avec le personnage en premier plan. Notez que pour le moment je ne me soucie toujours pas du décor et de l'arrière plan.

 

Etape07

 
 Etape 7

 Je poursuis le modelé des personnages en venant poser des lumières sur leurs corps, leurs vêtements et leurs armes, et en ajustant leur contraste propre et le contraste général du groupe.

 

Etape08

 Etape 8


 Je finalise quasiment le modelé des personnages et il est alors temps de passer au décor. C'est le moment de venir peindre l'herbe et les buissons de l'avant plan avec des gestes libres et souples qui vont donner de la vie, de l'énergie, et éviter un effet "gazon". Quelques retouches seront nécessaires et il faut surtout savoir ne pas trop détailler au risque de voir la zone se figer, s'alourdir et devenir trop présente en regard de sa place dans la composition. Au besoin, une petite série de glacis vont venir corriger la teinte globale de l'avant plan et l'assombrir juste ce qu'il faut.



Etape09

 Etape 9


 Je m'attaque au décor du second plan, herbe, buissons et arbre mort. Le choix de la couleur violette pour rehausser s'impose pour contraster avec le vert sombre du fond et évoquer des buissons de bruyère, par exemple. Je commence également à définir le contour de l'arbre mort et son contraste, ce qui m'amène à éclaircir la couleur du ciel.

 

 



Etape10

 
 Etape 10

 Du coup, l'ébauche des nuées ne me plait plus et, tout en renforçant le contraste global de l'image en assombrissant la silhouette de l'arbre et en éclaircissant toujours le ciel, je tente une nouvelle approche des nuages, non plus comme un "toit" orageux, mais comme un horizon de cumulonimbus.

 

 

Etape11
 
 Etape 11


 Finalement ça ne me plait pas non plus. Le bleu du ciel vient trop contredire l'aspect crépusculaire du paysage. L'aspect des nuages, trop gras, risque de plomber la composition et de se raidir si je veux vraiment en détailler le volume et la lumière. Je reprends donc presque tout le ciel en recouvrant l'ancien avec un certain nombre de glacis, jusqu'à trouver la bonne teinte. J'opte pour un vert plus jaune qu'au début, (plus proche de mon esquisse colorée) et qui tranchera mieux visuellement par rapport à la couleur du ciel de la couverture du tome 1.

 

 

 

Etape12
 
 Etape 12


 Je décide au bout du compte de ne pas trop exagérer sur la dramatisation et calmer le ciel avec des cirrus, cirrostratus et cirrocumulus. Je finalise l'arrière plan du paysage avec la rivière marécageuse et m'assure que le tout donne bien une ambiance crépusculaire. Une fois que je suis certain que mon ciel ne bougera plus, il est temps de finaliser les contrastes et les contours, en commençant par l'arbre dont je reprends pas mal le dessin des branches et en finissant avec les personnages, que je retouche infimement ici et là (une petite accroche lumineuse sur l'angle du bloc d'oxyde de manganèse, par exemple).

 

 

 Une fois que le résultat est jugé satisfaisant, c'est le moment tant attendu de retirer les scotchs de protection, histoire de pouvoir présenter un original propre et net !

 

 

 


finale
 
 Etape 13


 Ceci étant, avant de déclarer "c'est fini", il convient de laisser passer au moins trois ou quatre jours, juste pour pouvoir poser sur l'illustration un regard reposé, à même de relever des faiblesses ou des oublis par-ci par-là que la fatigue aurait laissé filtrer. Quand, avec un peu de recul, on se dit qu'il ne faut surtout plus y toucher, c'est que le moment est venu de signer l'image et de ranger les pinceaux.





Liens annexes :

http://roudier-neandertal.blogspot.com/ : site de l'auteur.

http://roudier-neandertal.blogspot.com/2007/11/making-of-de-la-couv.html : making-of de la couverture du tome 1 de la série Néandertal.

http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/neandertal_1_le_cristal_de_chasse : page dédiée à la série sur le site des Editions Delcourt.


 Le dossier a été établi avec l'aimable autorisation de l'auteur : toutes les images lui appartiennent de droits et ne sauraient être reproduites sans son autorisation.
 

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 10:19

 Ce nouveau dossier autour de l'élaboration d'une couverture laissera amplement la parole à Hervé Duphot, auteur notamment de l'adaptation du fameux roman fantastique d'Henry James, Le Tour d'écrou (1898), publié dans la collection Ex-libris chez Delcourt en 2009. L'auteur revient ici sur la genèse de ce projet et explique sa propre conception du premier plat de son ouvrage...


 Comment a débuté ce projet ?

Après quelques essais personnels d'adaptation et des mises en ligne de certaines de mes planches de bd sur le forum Café Salé, j'ai été contacté par Jean-David Morvan qui me demandait si j'étais intéressé par une adaptation littéraire et si j'avais un livre à lui proposer. 

 J'ai réfléchi plusieurs mois et je me suis souvenu d'un livre dont notre prof d'anglais au collège nous avait lu des extraits.
J'en avais gardé une impression assez forte,  de plus je voulais travailler sur un livre traversé par un univers fantastique. L'adaptation littéraire n'était intéressante pour moi qu'à cette condition. Mais hélas, les livres libres de droits issus  de la littérature fantastique sont assez peu nombreux ou ont été beaucoup adapté (comme Edgar Allan Poe). La littérature fantastique n'a commencé à se développer réellement qu'au 19ème siècle...

 J'ai relu le livre et le texte n'était vraiment pas facile d'accès et j'ai donc fait des essais pour moi sur une ou deux pages. Ça ne m'a pas semblé impossible alors j'ai poursuivi.

 J'ai ensuite commencé les premières pages que j'ai soumis à J.-D. Morvan et Delcourt qui ont aimé. J'ai été un peu maladroit dans la mesure ou le début de l'histoire ne reflète pas tout à fait la suite et mon style évolue un peu après les premières pages d'ailleurs. (Mais c'est mon premier album !).


  Pourquoi ce livre en particulier ?

- Pour l'ambiance ;
- Pour la façon dont est traité le fantastique (on n'est jamais sûr de rien, rien n'est montré) ;
- Pour jouer sur l'ambivalence des points de vue et l'atmosphère de folie (qui a raison dans l'histoire ? Les fantômes existent-ils où sont ils dans l'esprit de la gouvernante ?) ;
- Pour les enfants diaboliques (assez peu traités en bd finalement) ;
- Pour l'époque victorienne et le graphisme que je pouvais développer ;
- Pour le lieu unique qu'est le château ;
- Parce que cette histoire évoque de nombreux univers picturaux pour moi (Whistler, Turner, Sargent, les Nabis, même les impressionnistes), qu'il m'interessait de rendre en bd ;
- Pour l'aspect intimiste, la folie et le peu d'action (diffcile à rendre intéressant en bd mais un vrai enjeu).


Entre fidélité à l'oeuvre et adaptation plus ou moins littérale, quels ont été vos propres choix et comment ont-ils été "jugés" par la critique ?

 J'ai essayé d'être le plus fidèle possible au livre (peut-être trop mais c'est aussi la collection Ex-libris qui veut ça). J'ai adopté un style sobre et sans effet inutile pour bien resituer ça dans un univers "tout-à-fait normal", en faire le moins possible (pas de château type Dracula, pas d'apparitions fantômatiques exagérées…). Au contraire, il me semblait que la normalité apportait à l'histoire.

 Certains critiques l'ont bien compris, d'autres me l'ont reproché.

 On  m'a reproché aussi une certaine platitude qui est toutefois très forte dans le récit initial. Il y a énormément de redondance, tant dans l'action que dans les texte d'ailleurs. Il  se passe assez peu de choses en fait.

La difficulté est que le livre laisse une impression forte tout en étant assez lourd (à mon goût). Pourtant les gens semblent l'oublier. Le livre rappelle le film Les Autres (A. Amenabar, 2001),  qu'il a semble-t-il inspiré mais en beaucoup moins "moderne". Il existe également un film visiblement très bien, The Innocents (J. Clayton, 1961), ainsi qu'un opéra, que je n'ai pas vus.

De même, la fin du livre est assez décevante et nous l'avons pensée (avec l'éditeur) un peu plus ouverte (tout en étant fidèle).
 J'ai également beaucoup travaillé avec la couleur et le traitement au pinceau pour ajouter à cette ambiance à la fois intimiste et très "normale" aussi.


Venons-en à la couverture à proprement parler : quelles images aviez-vous en tête lors de sa conception et quelles furent les différentes étapes de son élaboration ?

 
Je pense que parfois on y réfléchit à la fin (comme c'est le cas sur l'album sur lequel je bosse actuellement) mais parfois des idées viennent en route et là c'est le cas.

Deux solutions : s
oit on prend une image forte de l'album, soit une image qui retranscrit l'ambiance. J'ai hésité longtemps entre les deux tout en sachant que la seule image vraiment forte c'est l'apparition derrière la vitre, et encore elle n'est forte qu'à l'intérieur du récit, sinon…


1

Ça, c'est une image que j'ai dessiné au début tout en sachant que ça ne ferait pas la couv' car le garçon n'y est pas. Et puis là, c'est la femme qui protège l'enfant et ce n'est pas vraiment ça dans l'histoire !


 2

3

 Une autre image d'ambiance mais pas assez choc pour une couv'. Elle m'était inspirée d'une peinture (Les Enfants Pailleron, 1881) de John Singer Sargent qui, d'ailleurs, a servi de couv' à certaines éditions du Tour d'écrou (j'ai découvert dans mes recherches que Sargent et Whistler se connaissaient !). C'est un viseul où rien ne se passe et où, pourtant, l'ambiance est très pesante. Mais ce qui marche en peinture ne fonctionne pas forcément en bd. Mais déjà la fenêtre est présente...


 Ensuite c'est autour de la fenêtre que vont s'orienter mes recherches. J'hésitais à mettre le ou les "méchants fantômes" dans la mesure où on ne sait pas durant le récit s'ils existent ou non. Les représenter en couv' aurait fait perdre de l'intérêt à l'histoire il me semble. Lorsqu'ils apparaissent dans l'album, on ne sait jamais si c'est la gouvernante qui affabule ou pas...


4
 
Un rough où les persos sont acculés contre la fenêtre. Le temps gris amène l'ambiance, mais au final c'est du dehors que vient le mal dans l'histoire, donc ça ne fonctionne pas trop.


 6

Une image qui n'est pas destinée à une couv', plus une recherche d'ambiance. Mais je ne pense pas que ce soit assez effrayant !


 7

Une variante des précédentes. Cette fois, le mal est dehors. Mais je ne me sentais pas de travailler de cette façon très picturale, proche de Sargent. Et je n'était pas convaincu non plus...

 8

 Une autre variante. Mais au final les fantômes menaçants ne se résument qu'à des personnages qui regardent par la fenêtre.


9 

A la même époque sort ce film (J.A. Bayona, 2007) et je me dis qu'on va m'accuser de plagiat ;-) L'ambiance est vraiment très proche. Pourtant dans ce film, la fenêtre ne joue pas un rôle majeur, contrairement au Tour d'écrou.


10

Cette fois je crobarde un rough sur un carnet que je mets en couleurs rapidement. Je tente une lumière qui créerait une ombre portée menaçante mais ça s'avère vite assez difficile à réaliser. L'image suivante le montre bien. Ça fait un visuel trop complexe ou bien ça m'oblige à jouer avec des effets de "transparence Photoshop", ce que je n'ai fait à aucun moment dans l'album : j'aime quand une couverture est traitée comme les dessins à l'intérieur.


11

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Malgré tout je ne me souviens plus, mais j'ai dû la proposer à l'éditeur avec deux autres pistes. Mais un peu trop grand-guignolesque à son goût...


13

 Un autre axe, plus graphique, un mix de personnages. C'est une idée esquissée rapidement qui aurait joué sur les regards et le côté trouble de chacun des personnages. Une ambiance très Cluedo au final ;-)


La même en couleurs. L'ambiance y est je trouve. Mais je ne crois pas l'avoir proposée !

14

 
Je propose finalement trois couvertures à l'éditeur :

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 Je ne sais plus vers lequel des visuels se porte mon choix.
 Sur le site Café Salé, je demande l'avis des internautes. Tout le monde préfère celui au crayon. Je ne sais plus quoi penser.


L'éditeur préfère celui avec la femme qui marche vers le château avec les enfants.


J'ai fait plusieurs recherches de couleurs :

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Cette image ne se situe pas dans l'histoire finalement, mais elle évoque bien cette ambiance menaçante.
Sont-ce les enfants qui sont maléfiques ou cette femme qu'on ne voit pas et qui les entraine vers ce château ?
J'essaie des couleurs diurnes, plus proches du récit. mais l'ambiance nocturne est plus forte. Je tente aussi une ambiance plus "aube", comme pour évoquer la fin ou le début de quelque chose, comme si elle ramenait à la maison, au petit matin, ces enfants qui ont fait des bêtises.

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 Je fais un essai avec des encres et de l'aquarelle. Au final j'aime cette teinte verdâtre qui n'existe pas vraiment dans la réalité et qui du coup apporte un plus au visuel.

 Au passage, sur tous ces essais, j'ai proposé un style de titre mais qui n'a pas retenu l'attention de l'éditeur. Peut-être ont-ils eu raison de partir sur un titre plus sobre, plus littérature classique. Je n'ai pas d'avis alors je les laisse faire.


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Je passe au crayonné.

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C'est la seule page où je me suis trompé dans le format. J'ai dû rajouter de la matière à la palette graphique (voir le haut des arbres et les côtés).

47565060

Au final je suis assez fier de cette couverture. Pour moi c'est très important et je trouve que la plupart du temps elles sont assez quelconques, mais là il me  semble avoir pondu un bon visuel ;-) Peut-être me trompe-je ?


Je trouve qu'un dos ça parle énormément. J'avais été marqué par ces peintures de Vilhelm Hammershoi, un peintre des pays nordiques qui peint ses personnages de dos. (Intérieur, 1899).

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James Abbott McNeil Whistler pour le personnage féminin :

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Les films Damien : la malédiction (R. Donner, 1976) et Le Village des damnés (W. Rilla, 1960) pour les enfants.

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Merci à vous !



Liens annexes :

http://www.editions-delcourt.fr/actualites/news/bande_annonce_le_tour_d_ecrou : page dédiée sur le site des Editions Delcourt.

http://herveduphot.free.fr/ et http://bradasse.canalblog.com/ : site et blog de l'auteur.
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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 09:31

 Rendre compte du travail des auteurs n'est jamais une chose aisée : l'écriture préparatoire et les diverses étapes de travail effectuées en amont de la réalisation graphique de l'album sont souvent ignorées du grand public ...

  Lors de l'ouverture de ce blog, l'élaboration du 1er dossier (consacré au tome 1 de la série Jason Brice) fut rendue possible grâce à la participation amicale du scénariste Alcante et du dessinateur Milan Jovanovic. Aujourd"hui, et par un juste retour des choses, nous levons un voile sur la création du tome 2 de la série (Ce qui est caché), dont la sortie est prévue pour le 30 octobre 2009.





Extrait de Jason Brice t.2 (2009).



 Alcante répond ici à quelques questions concernant sa conception du travail scénaristique :


 
Commençons par le début : quelle est l'origine de Jason Brice ? D'où provient son nom ? Les éléments descriptifs du personnage sortent-ils de ton imagination ou d'une personne croisée dans la rue, un ami ?

 D'où sort Jason Brice ? Son nom sort de mon imagination, je voulais quelque chose qui sonne bien. J'aime bien "Jason" car ça a un petit côté mythologique. "Brice" vient de "Brice Canyon" (un bien bel endroit). Evidemment il fallait aussi une consonnance british. Pour le physique, on s'est inspiré de l'acteur Daniel Craig. Quand j'ai commencé la série, j'ai écrit une biographie de 4 pages sur Jason, en tenant compte des évenements réels qui se sont déroulés durant sa vie (par exemple la Première Guerre mondiale, le conflit anglo-irlandais, ... ). Je voulais que son passé soit cohérent avec ce qu'on voit de Jason dans l'histoire, comme par exemple le fait qu'il ne parle pas beaucoup.

 Quand je présente l'histoire à un dessinateur, outre mes indications qui figurent dans le scénario, je lui indique où il peut trouver des éléments qui pouront le cas échéant l'inspirer (sites internets, livres, films, ...). Parfois je lui donne carrément une photo bien spécifique (par exemple pour la voiture de Jason, ou même son revolver).



 L'une des tes sources d'inspiration avérée est le film Angel Heart (Alan Parker, 1987). Dans ce dernier, Harry Angel enquête sur lui-même et sur sa propre disparition. Est-ce mélange de Fantastique et de Policier qui constitue le coeur de tes références ?

  Angel Heart est en fait une référence parmi d'autres. Je citerai aussi le manga Monster, la série télé Lost et le jeu de rôles L'Appel de Cthulhu. Je n'ai évidemment pas fait de copier-coller direct de ces univers, sinon ça n'a pas vraiment d'intérêt. Par rapport à Angel Heart, je voulais aussi reprendre l'aspect "plongée progressive en enfer", et avoir un fantastique quasi inexistant au départ, puis de plus en plus présent...



 Dans ton scénario, écris-tu l'intégralité des éléments que tu veux voir apparaître sur chaque planche (type de bâtiments,  éléments du mobilier,  vêtements, ... ) ou laisses-tu Milan Jovanovic improviser ?


 En fait, je suis relativement succint dans mes descriptions (quoique...) : je décris en quelques lignes ce qu'il faut voir dans la case ; si un élément du décor joue un rôle important, je vais bien sûr demander explicitement au dessinateur de le dessiner, mais sinon je peux simplement indiquer quelque chose du style "cette scène se passe dans un bar enfumé, le soir" et Milan fait le reste. Mais, en règle générale, j'envoie aussi beaucoup de documentation au dessinateur, car moi même j'ai du en chercher pour écrire mon scénario.




A titre d'exemple, pour la case ci-dessus avec le phare (qui est extraite... du tome 3 en préparation !), voici la description qui figure dans mon scénario :

=======================
4°) Grande case. Vue d’ensemble sur un phare situé en mer (et non sur la côte).  Nous sommes en fin de journée, mais le soleil ne s’est pas encore couché – il commence juste à faire un peu sombre. La mer est plutôt agitée sans qu’on puisse cependant parler de tempête. Quelques grosses vagues s’éclatent sur la base du phare. Un petit bateau y a accosté. Deux marins sont en train de l’arrimer solidement. Un troisième homme en costume passe sur le phare, où il est accueilli par le Gardien du phare, en uniforme noir.
Légende : Un quart de siècle plus tôt, en 1895, au large des côtes anglaises.
Gardien : Alors comme ça, c’est vous l’inspecteur !?
Inspecteur : Oui, bonsoir.
====================

et en plus de ça, j'avais mis en note de bas de page :
========================
Je suggère le phare « Needles Lighthouse » mais d’autres peuvent tout aussi bien convenir. Tu peux en trouver facilement sur Internet, notamment sur
http://www.trinityhouse.co.uk/interacti ... index.html

- Choisis celui qui te plaît le plus ! Seule indication à respecter : ce phare ne doit être accessible qu’en bateau. Autres phares intéressants : Wolf Rock, Bishop Rock, Smalls Lighthouse, Bell Rock, Skerries Lighthouse…
======================

Partant de là, Milan a fait un "mix" entre le phare Needles et un autre figurant sur le site que je lui ai mentionné...



 Internet aide aujourd"hui à trouver plus rapidement un lieu, une information. Mais la trame de l'histoire est influencée certainement par des lectures ou un environnement. Peux-tu en parler ?


En fait, Milan et moi sommes tous les deux des acharnés de la documentation.

Dans le dossier de présentation envoyé chez Dupuis et à Milan par la suite, j'avais notamment indiqué ceci :

1°) Les films suivants se déroulent (au moins en partie) à Londres dans les années 1920 ou dans une époque relativement proche.

- The Lodger (Les Cheveux  d'or) d’Alfred Hitchcock (filmé en 1926) ;
- Finding Neverland (Marc Forster, 2004)  qui se passe en 1904 ;
- Fairy Tale (Ch. Sturridge, 1997) : un film sur l’affaire des fées photographiées à Cottingley en 1917 ;
- Chambre avec vue (James Ivory, 1986) ;
- Nombreux films ou téléfilms tirés de l’œuvre d’Agatha Christie ;
- The Wings of the Dove (Ian Softley, 1997)
- Titanic (James Cameron, 1997) qui se passe en 1912 ;
- Howards End (James Ivory, 1992)

2°) Internet

-
http://www.fashion-era.com/1920s_life_b ... e_wars.htm : ce site donne une bonne vue d’ensemble sur la vie sociale en Grande Bretagne entre les deux guerres, et contient de nombreuses photos de mode féminine de l’époque.

-
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_Londres

- http://www.museumoflondon.org.uk/ : (section « sales / picture library ») ce site contient une galerie de photos dont 162 se rapportent à la période 1910-1930

-
http://www.markreubengallery.com/london.html : quelques photos des années 1920 et 30.

-
http://www.archive.org/details/SeeingLo1920  : il y a moyen de télécharger un film datant de 1920 avec diverses vues de Londres.

J'ai aussi acheté le livre "London Yesterday" (
http://www.amazon.com/London-Yesterday- ... 3927258687) qui contient de nombreuses photos d'époque, que j'ai entièrement photocopiées et envoyées à Milan...





En ce qui concerne par exemple la première page du tome 1, comment as-tu décris cette rue de Londres ? Et ce salon ?

Pour la première planche du T1, même principe que ci-dessus... En voici le découpage :

Case 1. Grande case. Vue d’ensemble sur une rue typique du Londres de 1920, à la tombée de la nuit. Quelques personnes se hâtent de rentrer chez elles – 2 hommes en costume noir et pantalon rayés, avec des chapeaux feutres ; et quelques ouvriers en tenue plus simples avec une casquette. On voit également une voiture d’époque, et un gardien de nuit qui allume une lampe à gaz. Il y a une légère bruine. A l’arrière-plan, quelques immeubles d’habitation donnent sur une petite rue perpendiculaire. Une lumière rougeoyante se dégage d’une fenêtre aux rideaux fermés, à l’étage d’un de ces immeubles. Une voix sort de là.

Voix : A travers les portails invisibles qui nous séparent…
Par le pouvoir surgissant des mots que je prononce…


Case 2. L’intérieur de la pièce. Il fait sombre, le seul éclairage provenant de deux grandes bougies posées sur une cheminée. Quatre personnes sont assises autour d’une table ronde :
- une vieille dame d’environ septante ans (AGATHA), habillée d’un chemisier blanc ;
- trois hommes âgés entre 30 et 40 ans :
o un personnage habillé tout en noir (le MÉDIUM), au look quelque peu détonnant (grosse chaîne en or, bagues,…).
o Son ACOLYTE, plus jeune, l’air quelque peu efféminé, en chemise blanche.
o JASON BRICE, notre héros, en costume gris.
Un plateau ouija est posé sur la table, entre eux. Divers objets plutôt angoissants sont éparpillés dans la pièce: un renard empaillé qui a les babines retroussées, comme s’il grognait, des statues de divinités hindoues / indonésiennes (notamment une de Garuda), une grande icône orthodoxe, une boule en cristal, un bocal en verre contenant un serpent dans du formol, un grand crucifix…

Médium 1: …Mr Walden, nous vous invoquons…

Médium 2: Si vous nous entendez, veuillez vous manifester, je vous prie….


Case 3. Agatha, la petite vieille, inquiète, tremblante, elle serre contre elle une photo de son mari (dans un cadre). Jason Brice est assis à côté d’elle, il lui tient doucement la main.

Médium : Votre épouse et votre neveu sont ici…

Acolyte : Je…Je sens…


Case 4. A l’avant-plan, les flammes des bougies deviennent soudain énormes (FFFFRRRR), projetant des ombres inquiétantes sur les murs. Les quatre personnes se retournent vers les flammes ! (Les flammes reprendront leur taille normale quelques cases plus loin)
Acolyte : …sa… présence !!!

Agatha : AaaaHH !





Ci-dessous : recherches de couvertures et maquette finale.

















Image en grand format : http://accel21.mettre-put-idata.over-blog.com/2/40/05/64/Jason-Brice-2/couv_j10.jpg



Un mot de conclusion, en rapport avec la réalisation de cette deuxième couverture ?


Oui, la couverture est belle hein !? Et très détaillée, comme de coutume avec Milan !

 Pour le titre, on a beaucoup hésité en fait. Le titre original était Le pacte des démons, puis on a eu une autre idée : Ce qui est caché. Jusqu'au dernier moment j'ai hésité, je penchais même plutôt pour Le pacte des démons mais Milan et l'éditeur préféraient le deuxième titre et je me suis rendu à leur avis.
 Vous me direz quel titre serait le meilleur une fois que vous aurez lu l'album...




Toutes les images sont ©Editions Dupuis, Alcante et Jovanovic - 2009.

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 09:45
 Très occupé, Frank Giroud n'avait guère eu le temps de participer au dossier concernant les couvertures de ses séries Le Décalogue et Le Testamentaire (voir l'article : http://couverturedebd.over-blog.com/article-29059184.html ). Il répond aujourd'hui à nos questions concernant la genèse de ces dernières...






- Dans quelles conditions a été imaginée la conception de la maquette générale du
Décalogue ?


 Elle devait obéir à plusieurs critères:


 - le livre (au sens noble, voire bibliophilique du terme) étant au centre de tous les récits, il fallait que la couverture évoque celui-ci, et se démarque donc de ce qui se fait généralement en bande dessinée ; 

- la couleur devait évoquer le cuir (matière traditionnelle du livre à l'époque où "Nahik" est censé avoir été fabriqué)

- le dessin, qui devait occuper une place mineure dans l'ensemble ;

 En outre, la couleur et la matière choisies devaient également évoquer les façades ocres des maisons arabes à l'époque du Prophète. N
ous avons décidé de renforcer ce côté "coranique" avec l'utilisation d'une calligraphie rappelant les caractères arabes.

 Bien que chaque récit soit autonome, il s'agissait d'une série, et  le lecteur devait comprendre au premier coup d'œil que chaque album faisait partie d'un tout : la maquette générale a donc été reprise sur les dix tomes, la contribution spécifique de chaque auteur apparaissant à travers un dessin à fond perdu, sans décor pour ne pas parasiter l'impression d'ensemble.

 Pour la première fois dans une série BD, le héros récurrent n'était pas un être humain mais un livre ("Nahik") ; j'avais donc demandé aux dessinateurs de ne pas représenter
un personnage mais un objet, en suggérant toutefois que cet objet évoque si possible un homme ou une femme (le poupon, la statue, l'icône, le dessin déchiré etc.).

 Rappelons que cette maquette a été conçu en collaboration avec Christian Blondel, alors maquettiste indépendant, et qui a depuis intégré le groupe Glénat. L'idée d'inscrire une lettre de "D-E-C-A-L-O-G-U-E" sur la tranche est de Joseph.






- Pour le Légataire, quelles ont été les "modifications" effectuée, en rapport ou non avec les concepts développés pour le Décalogue ?

 Les contraintes ne sont plus les mêmes. Il s'agit d'une seule et même histoire développée sur 5 tomes et dessinée par les mêmes auteurs.
Afin que le lecteur puisse faire le lien avec le Décalogue, nous avons conservé la même calligraphie sur les couvertures, ainsi que la même matière, mais en bleu. Il y a ainsi unité de l'univers (la matière et la calligraphie du titre générique) et spécificité de chaque série (brun pour Le Décalogue, bleu pour Le Légataire et rouge pour Les Fleury-Nadal).

 Le héros étant cette fois un individu de chair et d'os, nous sommes revenus à une conception plus classique (un personnage sur la couverture, sauf sur celle du tome 01 qui, en tant que volume "pont"  devait faire davantage référence à la série mère).



Merci de ces précisions.
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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:40

 

 

Une fois n'est pas coutume, le dossier "Première de couverture" est cette-fois aussi une avant-première, puisque l'album consacré (Prométhée t.01 : Atlantis, édité chez Soleil) ne parait que le

 26 Novembre 2008...

 

Christophe Bec se livre à un jeu de questions-réponses concernant la génèse de ce projet et bien sur de la couverture de ce premier opus encore mystérieux.

 

 

 

 

 

- Histoire, mythe, mythologie : l'histoire de l'album Prométhée semble conjuguer ses trois notions... Histoire, Science-Fiction et... voyage dans le temps ?

 

 

  D'emblée j'écarte une des notions citées : l'Histoire. Même s'il y a une introduction dans ce premier tome à l'époque des conquistadors, ma série est avant tout un récit contemporain, légèrement futuriste même devrais-je dire, puisque les évènements se déroulent en 2019. Ensuite oui, il y a un aspect mythologique lié, comme le titre l'indique, à Prométhée, mais ce ne seront que des saynètes qui viendront par intermittences, disséminées tout au long des albums. Quant au voyage dans le temps, ce n'est pas du tout la question de la série. Alors sans doute pouvons-nous appeler ça de la Science-Fiction, quoique, l'Anticipation serait peut être le terme le plus adapté. Mais finalement, je crois que Prométhée ne s'inscrit pas à proprement parler dans un genre clairement défini, pour moi il est plutôt au carrefour de genres comme le film Catastrophe ou le récit d'Anticipation.

 


- Prométhée : un titre évident ? La métaphore de la connaissance (et du pouvoir de création/destruction donné aux hommes) a dû sérieusement titiller un Ch. Bec démiurge de sa création et de la série, reprenant même le crayon pour cette nouvelle aventure...

 

 

Alors bien-sûr, je ne peux pas déjà dévoiler la raison de ce titre, mais bien-sûr le thème de la série est lié au mythe de Prométhée. J'ai en effet été sensibilisé dès mon plus jeune âge à la mythologie grecque au travers d'un livre de vulgarisation écrit par Michael Gibson intitulé « Les plus belles histoires de la Mythologie » et magnifiquement illustré par Giovanni Caselli, cet ouvrage m'a marqué à jamais, et est clairement devenu le déclencheur de mon envie sur la série Prométhée. Ensuite, si j'ai repris le crayon sur cette série, c'est suite aux ennuis financiers des Humanos (Notes : Les Humanoides associées) et ma décision d'arrêter (momentanément) le dessin, il fallait que je me relance sur un projet ambitieux, ne serait-ce que financièrement. L'histoire de Prométhée me trottait déjà dans la tête depuis un petit moment, je l'avais même « pitchée » à l'époque à mon directeur de collection aux Humanos qui avait été bien accroché par le thème central de cette histoire. Lorsque j'ai signé chez Soleil, je me suis orienté naturellement vers le développement de ce récit. En fait, je me le suis un peu taillé sur mesure, allant ce vers quoi je pense être mes forces.

 


 - Prométhée et l'hybris humaine : un récit mettant en scène la survie de la Terre (écosystème) ou strictement celle de l'Humanité ?

 

 

Celle du l'Humanité, mais une Humanité sans doute condamnée par le traitement qu'elle inflige à sa planète entre autres, et qu'elle s'inflige à elle-même. Mais ce n'est pas un récit écologique comme peut l'être Carthago (avec Eric Henninot, Humanoïdes Associés) par exemple. Le questionnement est tout autre.

 


- La couverture : Prométhée subi déjà la vengeance divine : le temps semble donc compté pour l'Humanité ?

 

 

Oui, en effet, une suite d'évènements planétaires qui se produisent tous les jours à 13 heures 13 semblent peu à peu menacer l'Humanité, ces terribles évènements sont là comme des présages. La question est : qui ou quoi est derrière tout ça ? D'autant plus qu'un de ces évènements n'est finalement pas si destructeur que cela, ce serait même l'inverse...

 

 

 

- Une explication du processus de maturation de cette couverture ?

 

 

 La réalisation d'une couverture est un exercice que j'affectionne tout particulièrement et dans lequel je crois être plutôt à l'aise. Mais ici, je voulais un peu renouveler mes visuels, me remettre en question, tenter autre chose. Le premier changement est que c'est un traitement en couleur directe, une peinture réalisée sur Photoshop contrairement à celles que j'avais réalisé précédemment qui étaient toutes au trait. Au niveau de la composition même, je voulais quelque chose de plus complexe que sur la série Sanctuaire qui fonctionnait sur un même mode assez simpliste : un personnage en petit dans un décor immense et inquiétant. Ici, je voulais que plusieurs messages passent : je voulais montrer une représentation de Prométhée enchaîné, la notion de temps, la notion de l'espace, les mauvaise présages et la menace sur l'Humanité.


 

 

 

 

 

  Pour la représentation de la menace je me suis très vite orienté vers une ville dévastée, même s'il n'y a pas de catastrophe d'une telle ampleur dans le tome 1. Finalement, j'avais là mon augure, le mauvais présage qui plane sur l'Humanité, une possible annonce d'un futur proche, une scène terrible que l'on retrouvera dans les tomes suivants. Pour le bas de l'image je me suis donc largement inspiré de photographies du World Trade Center après le 11 Septembre, cette catastrophe est dans tous les esprits et c'est cette représentation là que j'ai voulu capter (voir photos 1 et 2).

 


 

 

 

 Pour le temps et l'espace, je me suis naturellement orienté vers une horloge astronomique, celle de la ville de Berne (voir photo 3). Un temps, j'ai pensé intégrer le fameux mécanisme d'Anticythère (voir la reconstitution actuelle en photo) dont il est question dans l'album, mais finalement je ne l'ai pas trouvé assez parlant au niveau visuel. Je tiens à préciser quelque chose sur ce mécanisme, même si Prométhée peut être définie comme une série de Science Fiction, je ne me suis pas attaché sur cet objet à une vision scientifique de la chose, mais à une approche plus romanesque, d'autant que les dernières découvertes scientifiques viennent infirmer ce que j'avance dans mon récit, mais peut importe, l'important ici est d'amener du rêve, du possible.

 

 


 

 

 

  Dans l'album, une grosse partie du récit mythologique est réalisée d'après des tableaux de grands Maîtres que j'ai redessinés (exercice difficile mais passionnant). Il en est de même pour la représentation de Prométhée en couverture, réalisée d'après un tableau dont je ne suis par contre pas parvenu à identifier l'auteur. Je laisse les lecteurs éventuellement découvrir de quel tableau il s'agit.


  Après, toute la difficulté était d'intégrer tous ces éléments, de les composer, d'en faire une illustration équilibrée avec de l'impact. Et là, ça n'a pas été une chose aisée.

 


  Mais reprenons les choses dans l'ordre, ce visuel ne s'est pas imposé d'emblée, j'ai tout d'abord réalisé 3 roughs qui n'avaient rien à voir avec le visuel actuel.


  Le premier (rough 1) intégrait Prométhée et l'horloge astronomique uniquement, ce projet manquait d'impact et la notion de menace qui planait sur l'humanité était absente.

 


 

 Le second projet (rough 2) était plus convaincant, plus d'impact, plus inquiétant, mais peut-être trop métaphorique ou philosophique.

 

 


 Le troisième projet (rough3) quant à lui était un beau dessin mais uniquement centré sur Prométhée, donc pas assez de choses dites.

 

 


 

 C'est finalement en m'orientant vers un mixage de toutes les notions que je voulais intégrer dans cette couverture que la lumière est venue.


 On notera deux versions différentes de la couverture (voir comparatif), une version plus neutre des couleurs sur Prométhée et plus bas dans l'image, qui ne le faisait pas assez ressortir et qui déséquilibrait un peu l'image en écrasant trop le bas (voir illustration finale).

 

 

 

 

- Merci pour toutes ces précisions.

 

 

 

 

Phil. Tomblaine

 

 

Interview et visuels reproduits avec l'accord de l'auteur.

 

 

Dossier pédagogique à venir dès la sortie de l'album

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:27

Suite des inédits de Matthieu Lauffray avec cettes fois-ci la genèse du visuel du tome 02 de Long John Silver...

 

 

Voir le dossier principal ici :

 

 http://couverturedebd.over-blog.com/article-25048992.html

 

et

 

http://couverturedebd.over-blog.com/article-25049229.html

 

 

 

 

  La couverture du 2ème album de Long John Silver m'a posé moins de problèmes que la première…  La série était lancée, le logo était en place et ce deuxième livre était un huis clos maritime.


Il ne m'a pas fallu longtemps pour arrêter cette idée qui n'en étais pas vraiment une : dessiner un bateau. 


  Je ne vais pas me lancer dans l'éternel débat du fond et de la forme, d'abord car il est complexe et ensuite car je n'ai pas de réponses pertinentes.  Je dois tout de même préciser que lorsque j'annonçais mon intention, elle fut prise avec frilosité. La surprise m'en fut grande dans la mesure où j'attendais un argument fort recevable par ailleurs dans le genre de : 

 

« Voila une idée bien bateau ! » 

 


Je m'y préparais donc mais le reproche fut de toute autre nature et bien plus inattendu : 

 

peut-on faire une couverture sans personnages ? 

 

 

 

 Voila un argument que je n'attendais pas. Pas une seconde je n'avais pensé à ce problème auparavant, et voulez vous que je vous dise ? Je suis sur que vous non plus... 

 

 

  Il y a une raison à cela, c'est le genre d'argument que l'on entend chez les professionnels, car à force d'être professionnel on oublie l' « évidence », on raffine, on élabore et bientôt on oublie l'évidence ; un bateau c'est cool et ça a une fichue gueule !  Mais le doute était là...

 


Nous nous sommes donc mis à la recherche d'une seconde idée. 

 

 Je ne vais pas détailler le processus complet, mais voilà ce que cela donna :

 

 

  ljscoverdost202.jpg

 

Peut-être aurait-ce été plus approprié, plus spectaculaire, je serai bien incapable de le dire et vous laisse le soin de le déterminer... En parallèle, je tenais bon sur mon idée première et esquissait quelques roughs

 

  

 ljscovert2rough01.jpg

 

ljscoverdost2light.jpg  

 

 

 J'aimais l'idée du vent du large, de la simplicité de cette image sans "actions" proprement dite, sans conflits. 

 

 Une image qui dise la beauté d'un navire immense bravant les flots, avançant vers l'inconnu ! 


 Mais voila, je trouvais tout cela bien  mou. J'avais beau saturer, basculer l'horizon, recadrer, rien à faire. Etais-je incapable de résoudre cette image ? Etait-ce une mauvaise idée ? 

 

 


  Ce fut François Lebescond, notre éditeur, qui me mis sur la voie. Un éclair, me dit-il... 

 

Un Eclair ! Mais oui ! C'était évident, un contraste maximum pour un effet silhouette optimum ! Il fallait essayer !


Je me remis au boulot et voila le rough obtenu : 

 

ljscoverdost201.jpg

 

 

Cette fois ce fut l'évidence, et il n'y eu plus qu'à finaliser la coquine sans trop perdre l'irremplaçable nervosité d'un dessin gestuel, ouvert, qui laisse ainsi toute sa place ou pouvoir d'expression du dessin. 

 

 

ljscovert2final.jpg

 

 

 

Fin...

 
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