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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:20

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

SORCIERES et PLEINE LUNE

 

 

   

Christophe CHABOUTE

 

 

Ed. Le Téméraire et Vents d'Ouest - 1998, 2000 et 2001.  

 

 

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Dossier téléchargeable :  Sorcièresetpleinelune.pdf

 

 

  • L'auteur, sous le signe du noir et du blanc :

 

 

 Christophe Chabouté est né en 1967 en Alsace. Le grand public découvrira seulement en 1998 celui qui n'était jusqu'ici qu'un graphiste free-lance : le succès immédiat de l'album Sorcières (Ed. le Téméraire), et l'Alph-Art Coup de Cœur venu récompenser au Festival d'Angoulême Quelques jours d'été (Ed. Paquet), imposent le style comme les thématiques fortes de l'auteur. Attiré très jeune par les domaines du dessin et de la narration, Chabouté cadre ses histoires dans un noir et blanc souvent intimiste et crépusculaire, où les personnages dérivent entre la solitude d'une morne réalité, un fantastique attirant et l'exutoire d'une folie meurtrière. Il obtient le Grand Prix RTL pour sa vision du destin d'Henri Désiré Landru en 2006 (Ed. Vents d'Ouest) parfaite mise en œuvre du rapport entretenu selon l'auteur entre l'Histoire, l'intimité poétique des personnages et leur mouvance entre raison et déraison, grandeur et décadence, fatalité et destin, dessinés dans un noir et blanc qui sait habilement éviter tout manichéisme.

 

 

  • Les intrigues en résumé :

 

- Certaines sorcières peuvent être machiavéliques, rancunières, manipulatrices, d'autres maladroites, voire touchantes. Aucune ne laisse indifférent. Êtes-vous sûr que votre voisine n'en est pas une ?

 

 

- Un fonctionnaire à la vie réglée voit en une nuit ses petites habitudes bien ancrées voler en éclats. De minable tortionnaire il devient violeur puis voleur. Et si tout cela n'était que l'effet de la pleine lune ?

 

 

  • Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

 

NIVEAU 1

 

- Quels sont les titres de ces B.D. ? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

 

- Quel est le nom de l'éditeur et de la collection ?

 

 

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

 

- Que représente l'illustration ? (la décrire)

 

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de l'illustration ?

 

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l'image ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l'histoire commune racontée dans ces albums.

 

- Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l'illustration de chacun de ces albums. A quel genre littéraire/cinématographique peut-on les associer ?

 

- Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère de chacune des couvertures. Identifier le lieu de l'action principale et l'époque à laquelle se déroule chaque récit.

 

- « L'ambiance » de ces couvertures vous parait-elle lourde ou légère? Expliciter vos choix.

 

- Une pleine lune, un chat (noir), un bois dans la nuit, un personnage solitaire: avec la documentation dont vous disposer, tenter de trouver des titres d'œuvres où l'on retrouve l'association de ces éléments.

 

 

  • Lecture et analyse de la couverture :

 

  Chez Chabouté, les titres sont une entrée en matière immédiate : c'est d'abord un univers cumulatif de deux genres, le Fantastique ou le Policier, souvent associés dans la notion de thriller psychologique ou surnaturel. C'est ensuite une référence à l'univers du conte et de la fable, dans la mesure où chaque récit est titré du nom d'un personnage, s'inscrit dans un lieu emblématique et se déroule sous des cieux propices.

 

 

  Sorcières et Pleine Lune traduisent leur appartenance à ce même corpus, autant par la grande similarité qui réunit ces deux visuels, que par les quelques détails qui peuvent les différencier. On se posera en outre la question de savoir en quoi les tonalités noires et blanches de la mise en images « à la manière » de Chabouté peuvent associer l'œuvre de celui au roman graphique, et plus généralement au monde de la Littérature romanesque (voir sur ce point l'album paru en 2006 Construire un feu, adaptation d'une célèbre nouvelle de Jack London).

 

 

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  Economie de moyens, longs silences et ambiances de rigueur ne suffiraient pas à définir le style narratif de l'auteur, dont les visuels en clairs-obscurs ici étudiés sont cependant de parfaits exemples. Symbole de cette économie, le décor se réduit à l'essentiel : ciel infernal et rougeoyant,  forêt (Noire) évocatrice des frissons de l'enfance et des cauchemars du monde adulte, quelque part entre Le Petit Chaperon Rouge, le Petit Poucet et un récit de Stephen King. Une forêt maléfique digne des longs métrages de Walt Disney (Blanche Neige et les 7 Nains (1937), La Belle au Bois Dormant (1957)), qui peut d'ailleurs se résumer à un seul arbre (cette fois on songera à l'arbre-refuge du Chevalier sans-tête de la Légende du Val Dormant de Washington Irving (1819), qui inspira le Sleepy Hollow de Tim Burton (1999)) et  qui symbolise dès ses origines tout un pan du Cinéma Fantastique. Corrompue par le mal, soumise ou alliée au vampire - on ne sait -, la forêt maléfique protège l'antre du Mal. Le passage vers la mort, le désespoir et la peur, symbolisé par un pont, se trouve justement au cœur de cette forêt ("Et quand il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre" est l'un des cartons les plus célèbres du cinéma muet, issu du film Nosferatu de  F.W. Murnau en 1921). La forêt incarne ce lieu de transition entre le monde rationnel, rassurant, peuplé d'humains ordinaires et celui, terrifiant, de l'occulte et du fantastique, habité par les monstres et autres créatures du diable. Avec Nosferatu, le ton est donné. D'emblée la forêt occupe un rôle-clef dans le Fantastique, et en particulier dans les récits d'épouvante. Chabouté en a fait son décor-type, de l'illustration pour l'intégrale de ses premiers récits, parue en 2006, jusqu'aux visuels de La bête ou Construire un feu.

 

 

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  De cette union surnaturelle entre la terre, le ciel et le vivant découle toutefois chez Chabouté non la monstruosité mais la peur et la folie : un chat noir et un humain en fuite sous la pleine lune en sont les signes annonciateurs, mais seul le lecteur les transformera sciemment ou inconsciemment en ce qu'ils ne sont pas encore graphiquement parlant (un chat sorcier(e) surnaturel ou un loup-garou). Cette « inconscience » tire sa force d'un décorum savamment mis en place : ciel tourmenté, arbre décharné, chat de sinistre présage (un chat noir est l'incarnation du Diable depuis le Moyen Age) digne de son homologue du Cheshire chez Lewis Caroll (Alice au Pays des Merveilles, 1865) et monde clos (de barbelés !) duquel on n'entrouvre qu'une porte timide. Chacun de ses éléments est enfin associé dans un jeu pictural proche du ténébrisme, où les contrastes entre ombres et lumières insinuent une violence psychologique sourde.

 

 

  Silhouette anonyme et apeurée, l'humain, bien que désireux de poursuivre un récit entamé sur le rythme de lecture traditionnel (gauche-droite), ne fait que subir un environnement-monde qui le dépasse : pour preuve, sur le visuel de Sorcières, la toile-piège qui lui est tendue dans la partie droite de l'illustration, entre chat à l'affut d'une innocente victime et barbelés mortifères (un détail modifié dans la version la plus récente de l'album) ; preuve encore, sur le visuel de Pleine Lune, entre une forêt opaque et  déjà prédatrice de l'ombre du coureur, et non sens instauré par la course comme par la dualité ombre-lumière de ce même coureur (pourquoi court il vers la nuit et non la lumière ? Pourquoi l'ombre projetée sur le sol ne correspond-elle pas à l'angle naturel de la lumière lunaire (qui par ailleurs semble totalement indépendante du décor-forêt de l'avant plan) ?). Une ombre maléfique sans doute, que l'on n'aura là aussi aucun mal à rapprocher de celles de Dracula (Bram Stocker, 1897) ou de Nosferatu dans le folklore et le cinéma expressionniste anglo-saxons. Entre promesse de l'ombre et la bête dans l'ombre, Chabouté semble donc avoir choisi, à travers un découpage justement très cinématographique de chacune de ses histoires.

 

 

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  Le silence trouble, le sentiment de solitude, le froid ou la nuit, le monde réduit à un univers clos sont également très récurrents chez Chabouté (voir l'ensemble des visuels de couvertures) : l'humanité en est en général exclue, au profit du regard engagé du lecteur-spectateur, qui prendra donc (à tort ou à raison) la place du héros traditionnel. A la lecture du visuel, on ne saurait justement dire où se situer, à l'inverse de quantités d'illustrations : avant, pendant ou après l'action principale ? La scène est là, mais sans figurants, éternel témoin muet d'un drame perpétuel : celui de l'affrontement avec la réalité et avec le temps, dont on connait l'ultime issue. Rien ne sert de courir...

 

 

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 Les albums de Chabouté sont en noir et blanc : intemporels, comme un étrange et cruel portrait du quotidien, et par là même une définition du Polar et du Fantastique. Plein soleil ou Pleine lune. Noir et blanc comme la vie et la mort qui hantent en vérité tous ses personnages de papier.

 

 

  • Pistes supplémentaires :

 

 

- http://colombine65.free.fr/chaboute : site non-officiel de l'auteur.

 

-  www.ventsdouest.com/christophe-chaboute-000000017484-091.htm : page dédiée sur le site des éditions Vents d'Ouest.

 

- http://www.bdselection.com/php/index.php?rub=page_dos&id_dossier=25: interview de l'auteur.

 

- http://www.bodoi.info/archives/2008-09-03/1788/1788 : interview réalisée par le magazine Bodoï (dossier téléchargeable au format PDF).

 

- http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-dossiers&id_article=508: page consacrée à l'album Tout seul sur le site de France 5.

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes Ch. Chabouté, Ed. Le Téméraire, Glénat et Vents d'Ouest©.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:19

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

CHUTE DE VELO

 

 

Etienne DAVODEAU

 

Editions  Dupuis - 2004

 

 

 

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Dossier téléchargeable :  7chutedevelo.pdf

 

 

 L'auteur et l'album :

 

 

  Né en 1965, Etienne Davodeau fait partie intégrante de cette « nouvelle vague » d'auteurs complets, qui depuis une dizaine d'années, ont complètement renouvelé le panorama et les thématiques abordées dans le 9ème Art. Engagés entre fiction et récit-reportage depuis son premier scénario en 1992, les albums de Davodeau se lisent d'abord à l'aune d'une position militante affirmée. Celle-ci n'altère toutefois en rien la qualité documentaire du propos, comme en témoignent ces « récits du réel » successifs que sont Rural (2001), Les mauvaises gens (2005) ou Un homme est mort (2006 - Prix France-Info 2007 de la BD d'actualité). Largement autobiographique, le style de l'auteur permet d'ancrer sa narration dans un graphisme emprunt d'émotion qui joue dignement d'une « lecture éditoriale » du quotidien. Chute de vélo, paru en 2004, est l'album-archétype de cette double volonté fictionnelle et documentariste : chronique sociale douce-amère,  cette « chute » est celle de la découverte, à mi-mots, du secret détenu par chacun, et qui est ce lent passage vers la gravité des adultes.

 

 

 

  L'intrigue en résumé :

 

 

  Les membres d'une famille ordinaire préparent la vente de la maison de leur mère. De l'autre coté de la rue, un maçon forme son apprenti d'une bien étrange façon. Tout ce petit monde se retrouve mêlé et emmêlé dans une comédie grave, amère et légère tout à la fois.

 

 

Questionnaire pour les élèves :

 

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

 

NIVEAU 1

 

- Quel est le titre de la B.D.? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

- Quel est le nom de l'éditeur et de la collection ?

 

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

- Que représente l'illustration ? (la décrire)

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de l'illustration ?

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l'image ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l'histoire racontée dans la B.D.

 

-  Tenter d'expliquer l'absence de personnages sur ce visuel. A quelles œuvres vous fait penser le thème de la ville, du village ou du monde abandonné, vides de toute présence humaine ?

 

-   Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

 

  

NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère de cette couverture. Identifiez le lieu de l'action principale.

 

- «L'ambiance» de cette couverture vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix

 

- Pouvez-vous expliquer le rapport entre le titre et l'illustration ?

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture :

 

 

 Chute de vélo s'offre à nous dès le visuel de couverture sous le double signe du mystère : que signifie au juste le titre et où sont les héros ? Le dessin offre un vide dérangeant et auquel le lecteur traditionnel n'est guère habitué : aucun détail, objet abandonné ou visage lointain, ne retient l'œil qui est attiré par la ligne de fuite qu'offre la vue longiligne de la rue. Tout au plus ce même lecteur remarquera une étrange correspondance entre le dessin et la collection « Aire Libre ».

 

 

 Le vide. L'absence. L'incertitude. La peur ? Quatre thèmes mis en correspondance et qui peuvent conduire à s'interroger sur la trame narrative : l'album est-il une adaptation des Enfants de Timpelbach d'Henry Winterfield (1937), où des enfants retrouvent leur village abandonné par les adultes ; est-ce une variation sur la fin du monde digne de Je suis une légende (Richard Matheson - 1954), narrant la vie du dernier homme sur Terre ? Rien de tout celà, car, là encore, aucune trace ne l'indique, ni jouet délaissé, ni trace de fuite, ni destruction de bâtiment...

 

 

  Ruelle ou rue de village ou de banlieue en zone rurale, la vue fait prioritairement penser à une carte postale récente : lieu sans âme (humaine ou animale) ni voiture, mais lieu entretenu, soigné même si l'on s'en réfère aux murs extérieurs et à la végétation, à l'exception notable de la haie ombragée sur la gauche. Les élèves ne devraient à l'évidence pas remarquer une temporalité pourtant bien marquée : la présence de la végétation et le ciel indiquent la saison estivale, qui elle-même crédibilise la rue déserte (chaleur et départs en vacances...). Il ne s'agit pas d'un récit ancien puisque les poteaux, câbles et lampadaires électriques sont tous contemporains. L'ambiance graphique de ce visuel est renforcée par le biais de teintes pastel beiges qui viennent s'opposer aux ardoises des toits noirs  environnants.

 

 

  D'où nous vient cette impression de mélancolie et de malaise ? Du titre, tout d'abord, car évoquer une « chute de vélo », c'est exprimer autant l'enfance que des souvenirs douloureux, et parler au même degré de cercle tragique inexorable que de destinée humaine. Titre qui ne se raccorde visuellement ni à un vélo ni à enfant et le rend donc d'autant plus troublant...

 

 

  Cette impression de malaise se glisse de manière subtile dans le champ visuel : notre œil est tôt ou tard accroché par la masse noire de la haie sur la gauche (côté négatif symbolique), haie visiblement mal entretenue (des branches folles dépassent) et dont l'ombre répercutée sur la route trace une courbe insinueuse du terrain situé au-delà : alors seulement nous remarquerons le portail légèrement entrouvert, comme un appel au franchissement. Frontière ou limite inscrite dans l'espace entre les deux poteaux électriques, puisque le village se trouve après, mais que notre champ d'action se situe en amont ; village situé sous un ciel bleu alors que la zone circonscrite derrière la haie est sous un ciel jaunâtre, de beaucoup plus orageux...

 

 

 Fracture ou faille spatiale signifiée, la rue se poursuit comme un courant que l'on ne serait retenir : pas de témoins, pas de témoignages, mais une certaine « image des choses », comme une carte postale, qui entre murs et clocher, se serait laisser emporter par le vent et par le temps. C'est tout l'art de Davodeau, exprimé en une couverture qui est un tableau silencieux autant qu'un long chuchotement.

 

 

 

Pistes supplémentaires :

 

 

- http://www.etiennedavodeau.com/ : site officiel de l'auteur.

 

- http://www.bdtheque.com/interview-etienne-davodeau-40.html et http://www.bruitdebulles.com/spip.php?article109: deux interviews d'Etienne Davodeau, concernant la perception de son œuvre et ses méthodes de travail.

 

- http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=1003: interview vidéo et dossier France 5 BD.

 

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes Ed. Dupuis©.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:16

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

PETER PAN T.01 : Londres

 

 

Régis LOISEL  

 

Editions Vents d'Ouest - 1990

 

 

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  Dossier téléchargeable :   4peterpan.pdf

 

 

  • L'album :

 

 

   Premier d'un série de six albums qui paraitront entre 1990 et 2004, Peter Pan t.01 : Londres est un nouveau coup de maitre pour un auteur alors essentiellement connu pour la série d'héroic-fantasy La Quête de l'Oiseau du Temps signée avec Serge Le Tendre (1983 à 1987 - Dargaud). Pour Loisel, il s'agissait avant tout de livrer une version plus proche de l'esprit de l'œuvre originelle de James Matthew Barrie, parue entre 1902 et 1911. C'est une vision adulte, à la fois tourmentée et féérique, sombre et romanesque, qui répond à bien des interrogations sur la propre genèse du personnage, jeté entre monde imaginaire et époque victorienne décadente.

 

 

 

  • L'intrigue en résumé :

 

 

  Londres, 1887. Le jeune Peter se bat pour survivre entre une mère alcoolique et les faubourgs nauséeux de la cité. Son imagination et les contes du vieux Mr. Kundall sont les seuls instants de bonheur qu'il peut s'offrir au milieu de la misère et de l'absurdité du monde des adultes. Tout bascule le jour où il rencontre une petite fée égarée, Clochette, qui vient pour l'emmener dans son monde imaginaire. Là-bas il rencontrera des fées, des lutins, des sirènes, des indiens, un capitaine que l'on n'appelle pas encore Crochet et un jeune satyre nommé Pan...

 

 

  • Questionnaire pour les élèves :

 

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

 

 

NIVEAU 1

 

- Quel est le titre de la B.D.? Son sous-titre? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

- Le nom de l'éditeur apparait-il ?

 

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

- Que représente l'illustration ? (la décrire) A quelle époque se déroule selon vous cette aventure ?

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de l'illustration ?

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit l'image ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l'histoire racontée dans la B.D.

 

-   Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

- A quel personnage de légende vous fait penser le «joueur de flûte» ?

 

 

 

NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère de cette couverture. Identifier le lieu et l'époque dans lesquels se déroule l'action principale.

 

- Que signifie selon vous l'évolution entre les visuels de 1ère et de 4ème de couverture ?

 

- A quel(s) genre(s) littéraire(s) ou cinématographique(s) se rattache(nt) selon vous cette couverture? Expliciter vos choix.

 

 

 

  • Lecture et analyse de la couverture :

 

 

 Peter Pan... En choisissant ce titre pour un nouvel album en 1990, Loisel cherchait avant tout un titre simple et universel, compréhensible par la grand public et plus facile à promouvoir pour le jeune éditeur qu'étaient alors les éditions Vents d'Ouest. Si la mythologie de « l'enfant refusant de grandir » décrite par J.M. Barrie est connue de tous, elle est aussi ancrée à l'époque dans un graphisme purement disneyen, suite à l'adaptation animée de 1953. Le challenge pour Loisel était donc tout à la fois de modifier cette donne visuelle et de basculer les référencements instaurés. Que connait-on au juste de l'enfant Peter ou du héros Peter Pan ?

 

 

  Entre reconstitution, documentation et interprétation, l'histoire, dessinée à la manière d'un récit de Charles Dickens, se devait d'amorcer à la fois un cadre, une ambiance, un itinéraire et l'univers du Merveilleux.

 

 

 

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  Les projets de couverture pour ce tome 1 (visibles dans les ouvrages L'envers du décor et Loisel, dans l'ombre de Peter Pan) nous donnent à voir tour à tour différentes versions de la première rencontre entre le jeune Peter et la Fée Clochette, visages agrémentés de boiseries et cheminées londoniennes. Le choix final de Loisel est donc particulièrement révélateur de sa tendance à « évacuer » l'imagerie traditionnelle, au profit d'un décor planté comme toile de fond théâtrale et lieu de passage tout autant que de quête initiatique.

 

 

 

 Peter Pan, Londres : la nuit, un hiver rigoureux, une ruelle étroite et sordide, où les rats pullulent (« Londres, le froid, la faim et la misère... » sont les premiers mots de l'album). S'agit-il réellement de Peter, ou plutôt d'un orphelin issu des Misérables (le personnage de Gavroche est visuellement très proche dans le roman de Hugo, écrit en 1862) ou du Oliver Twist de Dickens (1837) ? Lire l'image de la couverture, c'est voir une enfance abandonnée, orpheline, en proie au Mal sous toutes ses formes (maladie contagieuse transmise par le rat, alcool,...), autant qu'un récit de l'errance. Car, en dépit d'une vue en contreplongée venant isoler encore plus l'unique personnage humain dessiné (dont on aura peut-être d'ailleurs du mal à savoir s'il s'agit d'un enfant ou d'un adulte, du fameux Peter Pan ou d'un autre caractère), force est de constater que « Peter » semble bien de fait contrôler son destin : cheminement de la gauche vers la droite (sens de lecture, positif), rai de lumière venant contrebalancé les ténèbres et musique ensorceleuse qui attire les rongeurs. Il y a un rapport inquiétant de l'imaginaire au réel, du monde magique au monde réel, qui éclate sur ce visuel dans le contraste saisissant entre les couleurs froides du dessin et celles très chaudes des textes. Le Peter Pan de Loisel, comme le Joueur de flûte d'Hamelin des Frères Grimm, résonne comme une menace et un avertissement : qui peut se jouer du Destin dans le rapport de force entre l'Ici et l'Ailleurs ?

 

 

 

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   Il faudrait bien sur dans un deuxième temps montrer aux élèves la notion de cycle et de quête initiatique en visualisant l'ensemble des quatrièmes de couverture de la série : la Fée Clochette se substitue à Peter au dos du tome 1, une ombre adulte inquiétante suit leurs traces au dos du tome 2 pour se révéler pleinement au dos du tome 3 (surgit alors le macabre Jack l'Eventreur, sinistre docteur à la lourde sacoche). Le volume suivant voit cette fois-ci l'ombre silhouettée et finalisée de Peter devenue « Pan », portant la même trousse de médecin que le meurtrier précédemment évoqué : personnage entièrement dévoilé au dos du tome 5, dans la posture semi-mythologique du Dieu Pan, jouant consciencieusement d'une flûte renvoyant à la même déité, et insouciant des éléments extérieurs. Le tome 6 clôt cet ensemble avec le sillage de la fée Clochette repartant dans le sens inverse de l'itinérance débutée au premier album. Le rideau tragique retombe, fin du dernier acte...

 

 

 

 Atmosphère Victorienne, ambiance délétère propice au crime (l'album débute en 1887, soit un an avant le roman et le début de la vague d'assassinats commis par Jack l'Eventreur), lieu des conflits entre adultes et enfants, de la confrontation entre rêves et réalités : Londres est le décor psychologique de la série tout autant que du lecteur, qui y cherchera à l'évidence Oliver Twist et Sherlock Holmes, et peut-être encore plus Fagin ou James Moriarty. Ceux-ci sont les évidents annonciateurs du Capitaine Crochet, qui est aussi le double antinomique de Peter Pan (la nouvelle l'Etrange cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde est publiée par Robert Louis Stevenson en 1886).

 

 

 

  Dernière interrogation légitime en rapport avec cette couverture : où est passé le « vert » emblématique et de Peter Pan, et des ouvrages de Loisel ? Couleur verte symbolique de l'espoir et de la renaissance, du Destin et de la Fortune, mais aussi couleur changeante, redoutée dès le Moyen Age et perpétuée par un Diable déguisé en Homme Vert dans le folklore anglo-saxon. Couleur d'une certaine liberté, enfin, entre cieux et enfers, dans l'attente d'un passage, sinon d'une Résurrection.

 

 

 

  Voilà ce qui est dévoilé in fine, dans l'ombre de Peter Pan... et donc en jeu de miroir entre couvertures.

 

 

  Jeu aléatoire du renvoi des références littéraires et graphiques, aussi, qui s'exprime ici entre le dehors et le dedans, le vu et le perçu, le cadre et le hors champ (là ou va Peter, soit l'intérieur de l'album ou le Pays Imaginaire...). Le visuel sera lu dans l'album (à la case 1 de la planche 23), après le passage de témoin entre Mr Kundall et Peter : témoignage du récit en devenir, l'objet-livre (en l'occurrence l'Odyssée d'Homère) a paradoxalement disparu en couverture, si ce n'est dans les mains propres au lecteur, tandis que le dialogue de la case (« ...un, livre, un livre plein d'histoires, c'est les copains qui vont être contents !» adresse un Peter insouciant aux rats qui l'environne) est laissé en suspens, lui aussi en devenir.

 

 

  • Pistes supplémentaires :

 

- http://www.ventsdouest.com/loisel/peter.html : site flash officiel du Peter Pan de Loisel (Editions vents d'Ouest).

 

http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=953: interview vidéo de Régis Loisel sur le site France 5 BD.

 

- http://www.regisloisel.com/ : le site de Régis Loisel.

 

- http://www.lefantastique.net/bd/dossiers/loisel/peterpan.htm : analyse des différents albums Peter Pan.

 

- http://www.sirjmbarrie.com/ : site consacré à James Matthew Barrie

 

- http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Joueur_de_fl%C3%BBte_de_Hamelin: lien Wikipédia sur la légende du Joueur de flûte de Hamelin.

 

- http://www.tueursenserie.org/article.php?id_article=8 et http://grands.criminels.free.fr/jacktheripper.html : récits d'enquêtes, théories et portraits de Jack l'Eventreur

 

 

  • Ouvrages de référence :

 

- Série Peter Pan (Editions vents d'Ouest) :

 

Peter Pan t.01 : Londres

Peter Pan t.02 : Opikanoba

Peter Pan t.03 : Tempête

Peter Pan t.04 : Mains Rouges

Peter Pan t.05 : Crochet

Peter Pan t.06 : Destins

 

 

- Peter Pan, l'envers du décor. Régis Loisel et Vents d'Ouest. Paris - 1991 et 1996.

 

- Les cahiers de la Bande Dessinée présentent: Loisel. Vents d'Ouest, Paris - 2004

 

- Loisel dans l'ombre de Peter Pan. Régis Loisel et Christelle Pissavy-Hivernault, Vents d'Ouest, Paris - 2006.

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes ©Editions Vents d'Ouest - 1990, 1992, 1996, 2002 et 2004 -

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:15

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

JASON BRICE T.01 : ce qui est écrit

 

 

 

ALCANTE et M. JOVANOVIC

 

 

Editions Dupuis - 2008

 

 

 

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  Dossier téléchargeable  :  dossierjasonbrice.pdf

 

  • L'album :

 

   L'ouvrage, paru an Août 2008, s'inscrit dans la collection Repérages de l'éditeur Dupuis, rendue prestigieuse de par le succès rencontré par des séries adultes orientées vers l'aventure, le policier et le thriller, telles que Largo Winch (Van Hamme et Francq), Soda (Tome et Gazzotti), Jessica Blandy (Renaud et Dufaux) ou Jérôme K. Jérôme Bloche (Makyo et Dodier). A l'instar de ces différents héros, le Jason Brice d'Alcante et Jovanovic est avant tout un enquêteur privé, agissant dans un monde aux menaces puissantes mais troubles. Le paranormal et le contexte Londonien de la Belle Epoque situent le scénario dans un ancrage aux références littéraires précises, dont le titre de ce premier volume délivre du reste la voie. 

 

 

  • L'intrigue en résumé :

 

  Londres, 1920. Au lendemain de la Grande Guerre, nombreux sont les médiums et autres spirites qui contre espèces sonnantes et trébuchantes permettent à des mères ou épouses éplorées de "communiquer" avec leur fils ou mari disparu. Jason Brice, cartésien de nature et détective de profession, propose sa lucidité et ses services à ces femmes prêtes à tout croire. Il démonte les trucs, astuces et arnaques de ces marchands de l'occulte, pour qui le paranormal est un fonds de commerce très lucratif. Désabusé par l'inhumanité des uns et la naïveté des autres, Jason Brice ne croit plus en grand-chose, et certainement pas aux forces obscures ! Jusqu'au jour où une jeune et jolie femme lui demande d'enquêter sur un mystérieux livre où est raconté par le menu son proche assassinat...

 

 

   

  • Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

 

 

 

NIVEAU 1

 

 

 - Quel est le titre de la B.D.? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

 - Quel est le nom de l'éditeur et de la collection ? Retrouver (au CDI ou en vous aidant d' Internet et du site des Editions Dupuis (http://www.dupuis.com/FR/index.shtml) le nom d'autres séries connues de la même collection.

 

 - Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

- Que représente l'illustration ? (la décrire)

 

 - Quelles sont les couleurs dominantes de l'illustration ?

 

 - Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit l'image ?

 

   

NIVEAU 2

 

    -   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l'histoire racontée dans la B.D.

 

 -   Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ?  En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?  En la comparant aux précédents projets, dire en quoi cette couverture est différente ou plus complète.

 

 -  A quels autres héros de romans ou de films vous fait penser le nom «Jason Brice»? Expliciter l'accroche de la série «le détective de l'occulte ».

 

   

 

NIVEAU 3

 

  - Essayer de décrire l'atmosphère de cette couverture. Identifier le lieu et l'époque dans lesquels se déroule l'action principale (aidez-vous des précédents projets de couvertures).

 

 - Que signifie selon vous le titre ?  A quoi fait-il référence ?  Faire des recherches sur l'ouvrage «Le Titan» visible sur le dessin de couverture.

 

 - A quel(s) genre(s) littéraire(s) ou cinématographique(s) se rattache(nt) selon vous cette couverture ? Expliciter vos choix.

 

 

   

  • Lecture et analyse de la couverture :

 

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  La première de couverture du premier tome de Jason Brice a donné lieu à plusieurs projets successifs, tous sujets de débats entre le scénariste Alcante, le dessinateur Milan Jovanovic, le maquettiste Franck Achard et le coloriste Sébastien Gérard. Image référente dès le début pour le maquettiste Franck Achard, une couverture réalisée par le dessinateur américain Mike Mignola pour le Comics Journal (n°189, d'Août 1996) fut l'élément déclencheur : en dépit d'une atmosphère assez proche de Jason Brice (Notes : le héros de Mignola, Hellboy, est un démon à forme humaine agissant dans le contexte de la Deuxième Guerre Mondiale, mais inspiré des récits de Lovecraft et de Poe), Achard ne souhaitait toutefois pas imposer sa vision des choses.  Le premier et le second projet de couverture (essais originaux du dessinateur) traduisent une interrogation première autour du personnage : le héros est-il un homme de sciences ou un homme de lettres ? Squelettes, objets d'arts inquiétants de différentes nationalités, animaux difformes et autres sujets de collections dignes d'un Muséum d'Histoire Naturelle ou d'un Cabinet de curiosités début de siècle laissent la place à des signes cabalistiques et ésotériques. Différence encore, d'un projet à l'autre, entre le « vu » et le « lu » pour le héros, ainsi placé d'emblée entre imaginaire et fiction, crédulité et incrédulité. L'époque n'est pas immédiatement perceptible, même si le contexte scientifique précédemment évoqué y fait ouvertement référence, de surcroit pour un lecteur déjà habitué à parcourir les aventures d'Adèle Blanc Sec (Tardi), de Sherlock Holmes ou d'Harry Dickson.

 

 

  Le troisième projet de couverture (également essai original de M. Jovanovic), instaure une double évolution : une atmosphère de réflexion trouble et inquiétante (le héros n'est plus « in situ »), où le personnage se rapproche cette fois-ci des pratiques de l'occultisme et du spiritisme, dans une position assise qui évoque cependant la prière (et donc l'exorcisme). Ce qui frappe le plus le lecteur est toutefois que le héros le fixe dans les yeux, comme lourd témoin ou responsable d'une tragédie en devenir... Sentiment renforcé par la présence de la pipe d'opium et d'un logo-titre qui se teinte de gouttes de sang. On rapprochera ce dessin d'autres images récentes et similaires, telles que la première de couverture de Double Gauche t.3 : Mimsy (Corbeyran et Formosa - Dargaud - 2007), celle du onzième volume de la série le Chant des Stryges (Corbeyran et Guérineau - Delcourt - 2007) ou l'affiche du film Munich de Steven Spielberg (2006), pour des ambiances aussi sourdes les unes que les autres (la couverture du premier volume de Largo Winch étant à l'inverse plus légère).

 

 

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Une ambiance bien assise... En haut, la couverture du  Comics Journal par M. Mignola qui inspira le visuel finalisé.

 

 

Alcante et Jovanovic livrent ensuite un quatrième projet qui conditionne visuellement les deux projets précédents. C'est finalement le maquettiste Franck Achard qui proposera aux deux auteurs un double visuel qui sera finalement retenu pour la version finale, très riche et détaillée. Ce dernier projet renoue avec l'illustration de Mignola signalée plus haut. 

 

 

 

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  Ce dernier projet mérite amplement d'être décortiqué, décrypté, analysé : on y repérera avant tout un logo-titre Jason Brice finalisé, connotant une inscription à la plume, tandis que la mention du tome n°1 (qui figurait au départ en chiffre romain au centre du "o" de Jason") a tout bonnement disparue au profit du seul titre « ce qui est écrit » (littéralement... « Jason Brice ») et d'un losange blanc plus esthétique.

 

 

  L'ensemble du visuel cherche à répondre à la question « peut-on aller contre ce qui écrit ? ». Entre monde cartésien et puissances maléfiques obscures, le héros nous interroge. Une atmosphère de violence psychologique et physique est instaurée visuellement, de par des teintes rougeâtres très présentes et un décorum qui y fait référence (arme, combat, mort,...).  Le décor nous évoquera tour à tour un savoir hérité des Anciens (Grande Bibliothèque, dieux et héros mythologiques), des avancées scientifiques ou archéologiques (globe terrestre de salon, sujets d'études zoologiques, squelettes, statuettes précolombiennes,...) et un arsenal d'invocation des esprits (crâne, encensoir, bougies, runes, livres et objets cabalistiques divers). L'élément matériel s'y oppose au spirituel dans une association qui ne présage rien de bon : la Bible et le fusil, ou encore un revolver, un couteau et une bouteille d'alcool. Les symboles occultes des précédents visuels enrichiront la quatrième de couverture.

 

 

 L'ouvrage intitulé « The Titan » et signé de Morgan Fatoy est donné d'office au lecteur comme une piste d'investigation importante : une recherche simple le conduira au bien réel Naufrage du Titan, écrit par Morgan Robertson en 1898, livre étonnamment proche dans sa description du drame que subira le Titanic en Avril 1912. Ouvrage fictif et réel se croisent par conséquent pour donner le sel et la matière de l'aventure : qui croire, que savoir, à qui faire confiance ?

 

 

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  Si le contexte n'est peut-être pas immédiatement perceptible avec précision pour des élèves, ceux-ci arriveront du moins à voir que l'histoire de Jason Brice n'est pas contemporaine (aucun objet moderne comme un ordinateur ou un téléphone portable par exemple). La phrase « ce qui est écrit » renvoie également à un message biblique ou religieux qui peut faire écho à une interrogation sur le futur, l'histoire, l'ordre des événements ou le destin.

 

 

 

 L'aventure de Jason Brice multiplie bien sur dès la couverture les références littéraires et cinématographiques : un détective privé lié à l'occulte relie Jason Brice au Sherlock Holmes créé par Arthur Conan-Doyle en 1887 (lui aussi est fumeur invétéré...) et sans doute plus encore au Harry Dickson de Jean Ray (série qu'il reprend et popularise dès 1929). Le contexte anglo-saxon des années 1920 et l'occultisme inscrivent également le récit dans la lignée des œuvres d'Howard Phillips Lovecraft, l'un des pères de la littérature Fantastique au XXème siècle (à commencer par l'Appel de Cthulhu, nouvelle qui inspirera le jeu de rôle homonyme (édité  en 1981) où les personnages-joueurs incarnent des investigateurs devant lutter contre des complots démoniaques et des divinités monstrueuses).

 

 

  En Bande Dessinée, on se replongera dans des univers proches via les deux adaptations d'Harry Dickson (par Vanderhaeghe et Zanon, puis Nolane et Roman), via la série Adèle Blanc-Sec (Tardi) ou encore via le personnage de Mic Mac Adam (Benn et Desberg).

 

 

  Références télévisuelles et cinématographiques indéniables pour ce Jason Brice de papier, la série X-Files, les noms (quasi-identiques) de James Bond ou Jason Bourne (héros des romans de Robert Ludlum, récemment adaptés au cinéma, et qui inspireront la saga XIII de Vance et Van Hamme (l'un des faux noms de XIII étant Jason Fly...)) tout autant que le Jason et les Argonautes mythologique et filmique (version de 1963) forgent la vision et l'univers du scénariste Alcante. Sa manière de raconter l'histoire s'inspire à la fois de la série Lost et du scénario du film Angel Heart (Alan Parker - 1987).

 

 

 

  Jason Brice instaure une atmosphère, une ambiance entre classicisme et modernité. Il faut y voir et y lire un mélange entre thriller et mystère, sérial d'aventure et policier du style whodunit. Il faut en franchir le seuil et s'aventurer toujours un peu plus loin, derrière les cases...

 

 

 

 

  • Pistes supplémentaires :

 

- http://www.dupuis.com/FR/index.shtml : site officiel des Editions Dupuis.

 

- http://www.universbd.com/spip.php?article7260 : interview du scénariste Alcante concernant la parution de Jason Brice.

 

- http://secretebase.free.fr/etrange/propheties/titanic/titanic.htm : dossier sur le livre de Morgan Robertson.

 

- http://noosfere.org/heberg/jeanray/main.htm : site de Jean Ray.

 

- http://www.imaginaire.ca/DHD-Index.htm : dossier Harry Dickson.

 

- http://harrydickson.free.fr/index2.htm : site consacré à l'adaptation d'Harry Dickson en BD par Vanderhaeghe et Zanon.

 

- http://www.hplovecraft-fr.com/doku.php?id=start: site sur H.P. Lovecraft.

 

- http://www.roliste.com/jeu.jsp?id=286 et http://www.tentacules.net/index.php : deux sites spécialisés sur le jeu de rôle l'Appel de Cthulhu et l'œuvre de Lovecraft.

 

 

   

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

 

Images toutes ©Editions Dupuis et Dargaud 

 

 Dossier réalisé avec l'aimable autorisation des auteurs : Alcante, Milan Jovanovic, Sébastien Gérard et Franck Achard.

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