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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 16:52

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Le Décalogue   & Le légataire

 

Frank Giroud, Joseph Béhé et Camille Meyer

 

 

Auteurs associés :

 

G. De Vita, J.F. Charles, M. Faure, Franz, P. Gillon,

 A. Mounier, B. Rocco, L. Rollin, TBC

et Luc Révillon

 

 

Ed. Glénat, 2001- 2003 et 2006/2009

 

 

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  Dossier téléchargeable (format PDF) :  http://dl.free.fr/pXL9ypbAq

·    

L’intrigue en résumé :

 

 Le Décalogue : Voici l’histoire d’un livre envoutant et étrange appelé Nahik… S’il semble attirer le mauvais sort pour celui qui le détient, l’ouvrage est néanmoins extrêmement précieux : il décrit en effet l'existence d'un nouveau Décalogue religieux, peut-être dicté par le prophète Mahomet lui-même, et qui remettrait en cause les fondements mêmes de l'Islam, notamment dans les interprétations les plus violentes du Coran. Ouvrage de paix et de tolérance, mais aussi de bien des dangers si le Monde en apprenait l’existence.

 Bien des mystères demeurent : qui est ce mystérieux "Alan D." dont le nom figure sur Nahik ? Ce Décalogue est-il authentique ? Et qui est ce Fernand Desnouettes dont les aquarelles reproduisent si précisément une mystérieuse omoplate de chameau sur lequel est gravé le Décalogue ? 10 tomes à travers les siècles, remontant vers le passé, partent à la recherche de l'origine de Nahik

 

 Le Légataire : Merwan Khadder (héros du tome 2 du Décalogue) est un jeune extrémiste musulman, troublé dans ses penchants par la découverte de Nahik et des révélations de son possesseur, un homme de culture prénommé Halid Raza, objet d’une Fatwa. Traqué à la fois par les intégristes et les forces de police, il part à Glasgow retrouver Simon Broemecke (héros du tome 1 du Décalogue) dont le roman à succès La dernière Sourate, au grand étonnement de Merwan, est la traduction quasi-littérale de Nahik.

 Apprenant le suicide de l'écrivain, Merwann, qui tente en parallèle de décrypter les mémoires d’Halid Raza, doit faire face au tueur inquiétant de la Clyde ainsi qu’aux islamistes : il est arraché à ses poursuivants par des agents du Vatican, la papauté étant désireuse de lui faire jouer un rôle qu’il ignore…

 


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·    
Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-         Quels sont les titres du tome I et du tome VIII du Décalogue ? Parlent-ils du même objet ?

Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-         Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-         Pour l’ensemble de la saga du Décalogue, que représente dans chaque cas l’illustration principale ? (tenter d’associer les objets représentés à une époque)

 

-         Quelles sont les couleurs dominantes de ces couvertures ?

 

-         Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image, en complément du nom de la série?

 

NIVEAU 2

 

-         Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces titres et ces visuels, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums.

 

-         Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «historique» ou « thriller ésotérique» (chercher au besoin la signification de ces termes)?

 

-         Cherchez la définition des termes Décalogue Légataire, Coran, Sourate, Mahomet, fondamentalisme et extrémisme religieux.

 

-         Ces couvertures vous donnent-elles envie de lire dans chaque cas la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-            Essayez de décrire l’atmosphère de ces couvertures. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-           Faites des recherches sur le thème du thriller religieux, archéologique ou ésotérique.

 

-          Comparez ces couvertures avec celles de la saga du Triangle Secret : quelles sont les analogies ou les différences ? Mettez également en parallèle les couvertures et/ou affiches de films réalisées à partir des romans suivants : Da Vinci Code, La Règle des Quatre, Le Dernier Templier, Le Message de Nostradamus, L’Evangile selon Satan, …

 

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·    

Lecture et analyse de la couverture :

 

 La saga du Décalogue fut une opération ambitieuse entreprise au début des années 2000 par le scénariste Frank Giroud et son complice Joseph Béhé. Lancée en Janvier 2001 chez Glénat, la série se devait bien en effet de trouver rapidement son public pour arriver au terme des 10 ouvrages prédits dès le titre. Il est à noter que l’extraordinaire succès du Décalogue (plus d’un million d’exemplaires vendus en 2004), mis en parallèle de celui du Triangle Secret (autre grande saga ésotérique en sept volumes imaginée par Didier Convard et Denis Falque pour Glénat dès Avril 2000) n’était en rien dû à une veine amenée seulement en Mars 2003 avec l’impact du best-seller mondial Da Vinci Code de l’écrivain américain Dan Brown (adapté au cinéma en 2006 par Ron Howard).

Mis en scène de manière concomitante par dix dessinateurs, afin de permettre la parution rapide de l’intégralité des albums (qui paraitront de Janvier 2001 à Février 2003), le Décalogue est un écheveau complexe, offrant plusieurs pistes de lectures. Dans une interview effectuée par le magazine Bodoï en Novembre 2000, le dessinateur Joseph Béhé, « metteur en scène » du premier chapitre de la saga, expliquait ainsi :

 

 « Tout a commencé [en 1999] lors de la célébration des 30 ans des éditions Glénat, à Grenoble. J’ai eu le grand plaisir de rencontrer Frank Giroud […]. Il m’annonça qu’il venait d’écrire une série comme on en a jamais lu. Le Décalogue raconte en dix albums l’histoire d’un livre mystérieux, Nahik, dont la source remonte à la mort de Mahomet. Le tome 1 se passe de nos jours, le deuxième en 1995, le troisième en 1965. On remonte ainsi le temps jusqu’au dixième et dernier, se déroulant en 632.  Chaque épisode est rythmé par un des dix commandements d’un Décalogue réaménagé pour la circonstance par Frank Giroud.

Le défi est de permettre trois niveaux de lecture. Les dix tomes sont des histoires complètes qui se suffisent à elles-mêmes. Ensuite, on pourra lire les albums dans leur ordre de parution, en remontant le temps et l’histoire jusqu’à l’origine de Nahik. Et finalement, on pourra les lire en commençant par le dixième, en suivant l’ordre chronologique. A chaque lecture correspondra une émotion, une compréhension différente de l’ensemble ! »

 

Extrait de l’interview de Joseph Béhé, dans Bodoï n° 35, p.26 - Novembre 2000.

 

Les différents visuels de la saga du Décalogue désamorcent le « simple » propos ésotérique, l’ensemble de la série n’abordant d’ailleurs directement la question religieuse que dans trois des dix albums proposés (vol. II, IV et X). On peut y observer de manière générale un espace de représentation digne d’une nature morte, conférant un aspect pictural à l’ensemble. On sait par ailleurs l’importance dans ce récit des aquarelles contenues dans le précieux Livre, œuvre d’un peintre orientalisant dénommé Fernand Desnouettes. On s’attardera à repérer entre ces objets inanimés et les titres des ouvrages, les  indices d’une présence humaine en souffrance, en fonction des différentes époques traversées : à chaque couverture son drame, pourrait-on dire,  à la vue de la sinistre main gantée (du tueur psychopathe…), de lunettes brisées, d’une arme, du sang, d’un encrier renversé, d’une photo d’enfant déchirée ou tout simplement d’un crâne humain. On remarquera également l’importance de l’écrit (lettre, livre, coupure de journaux et … omoplate gravée), du fait religieux, toutes croyances mêlées (ange et croix chrétienne, icône byzantine, versets arabes) et bien sur de l’Histoire (buste égyptien, chapeau haut de forme, sabre de cavalerie). Ces trois éléments sont reliés par le titre de la série et le numéro de l’album, inscrits en trois typographies distinctes : les styles arabisant, judéo-chrétien et romain (pour les chiffres) s’y enlacent sur un fond brun uni, évocateur cette fois-ci d’un récit tourné l’Aventure et l’Archéologie historiques.

Le lecteur est fortement impliqué dans un visuel s’offrant comme mystérieux : la cadre subjectif le positionne en tant qu’acteur principal d’un récit qu’il ne peut maitriser ; dès le tome 1, il « est » la main gantée d’un tueur incontrôlable, puis, au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue, et en tant que complice de plus en plus omniscient d’une intrigue pluri-séculaire, il en devient le témoin privilégié mais tout aussi désarmé. Le lecteur a les  yeux ouverts sur le drame immédiat de l’Histoire : le sang est encore frais, l’encre renversée n’est pas sèche, la bougie devant l’icône vandalisée ne s’est pas encore consumée…

 

 En confiant l'adaptation de son scénario à des dessinateurs différents, Giroud a pu donner une tonalité unique à chacun des albums, ce qui n'est pas sans dérouter certains lecteurs : les tomes ne s'enchaînent pas de façon toujours évidente, et le lecteur est en permanence amené à construire lui-même certaines transitions. En Novembre 2003 a donc été réalisé un onzième tome, écrit par Luc Révillon (avec la collaboration de Frank Giroud et de cinq auteurs ayant œuvré sur la série) qui met en scène toutes les transitions manquantes : Le XIème Commandement. La couverture de cet ouvrage, conçue dans la lignée des précédentes, en est une mise en abyme : une main vieillie à l’extrême y pianote sur un clavier d’ordinateur portable, entre mystère contemporain (les codes requis à l’écran) et révélations du Passé (la photo d’un temple égyptien en ruine).


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  Le Légataire est l’une des deux séries dérivées du Décalogue, avec Les Fleury-Nadal (3albums parus depuis 2006 chez Glénat, dessinées par Lucien Rollin et Daniel Hulet). Cette nouvelle saga, prévue en cinq tomes, se distingue du Décalogue par deux points : un questionnement religieux plus marqué et l'abandon de la formule multi-dessinateurs. L'ensemble est confié au duo Joseph Béhé – Camille Meyer de manière à rendre la série plus homogène, chaque personnage étant ainsi représenté par le même auteur, toutes époques confondues.

 

 Comme le précise l’une des critiques de la série sur le site BDGest’ :

 

 « Le propos de cette nouvelle aventure, centrée sur le personnage de Merwan Khadder, n'est pas à proprement parler la religion musulmane mais bien sa pratique et l'application concrète de ses dogmes dans le monde moderne. Entre le respect à la lettre du texte coranique et une plus libre interprétation, chacun cherche sa propre voie, son juste milieu qui soit en phase avec sa conception de la société et du rapport entre les hommes. Le scénario ne s'apparente ainsi pas à une condamnation aveugle de l'extrémisme mais tente au contraire de comprendre les motivations de chaque intervenant, loin de tout manichéisme. Par les différentes tentatives, au cours des siècles, de répandre une bonne nouvelle qui serait loin de faire l'unanimité dans les cercles partisans, l'auteur insiste également sur un certain immobilisme dans lequel s'empêtre l'Histoire humaine : les sociétés se succèdent, tout comme les dirigeants, mais les mentalités peinent à suivre le chemin de l'évolution. D'où une éternelle remise à plus tard de la grande révélation. »

 

Extrait de la critique de D. Wesel

(Disponible sur http://www.bdgest.com/chronique-2905-BD-Decalogue-(Le)---Le-legataire-Le-labyrinthe-de-Thot.html).



  Pour chacun des ouvrages parus, le propre site du dessinateur est riche en roughs et recherches visuelles variées. Nous ferons donc largement référence ici à ce travail réalisé conjointement par Joseph Béhé, Camille Meyer et Gilles Scheid : si la couverture du tome 1 du Légataire (Janvier 2006) est un renvoi direct à celle du premier volume du Décalogue, l’un constituant la suite directe de l’autre, les visuels suivants innovant en rompant triplement avec les dix couvertures initiales. Sur la maquette adoptée, le bleu remplace le brun comme couleur de fond, les acteurs humains y ont une présence plus importante tandis que les titres figurent dans la partie basse.


 

On regardera ainsi ces travaux, largement illustrés et commentés, sur les différents liens suivants :

 

-         la couverture du Légataire, tome 2 (Janvier 2007) :

 

http://www.josephbehe.net/josephblog/index.php/2006/09/04/34-couverture-du-legataire-tome-ii

 
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-         Explication de l’ensemble des phases de recherches pour le Légataire, tome 3 (Avril 2008) :

 

http://josephbehe.net/josephblog/index.php/2007/09/10/55-maquette-de-couverture-pour-le-legataire-t3

http://josephbehe.net/josephblog/index.php/2007/10/31/59-maquette-de-couv-pour-le-legataire-t3-suite

http://josephbehe.net/josephblog/index.php/2007/11/09/60-crayonne-de-couverture-pour-le-legataire-t3

http://josephbehe.net/josephblog/index.php/2008/03/06/64-couverture-legataire-t3-glenat


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-         conception des visuels pour le Légataire, tome 4 (Mars 2009) :

 

http://www.josephbehe.net/josephblog/index.php/2008/09/12/73-couverture-legataire-t4-glenat

 

http://www.josephbehe.net/josephblog/index.php/2008/11/13/75-couv-du-legataire-t4-le-rendu-final

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  La conception des différentes couvertures du Légataire nous permet de comprendre la lente maturation de ces visuels, mise en correspondance avec un scénario qui louvoie entre mensonge et réalité du monde religieux. Sur chacune des couvertures, le Croyant semble détenir sa propre Vérité, tenue cachée ou volontairement obscure et éloignée d’un monde de non-initiés. Le Légataire, c’est celui qui hérite ou qui est désigné par voie testamentaire pour recevoir un bien : tout Homme étant naturellement le dépositaire des générations qui l’ont précédé, à charge pour lui et à son tour de transmettre, de diffuser et d’apprendre, au-delà des soubresauts ou des crises de l’Histoire. A chacun, dans le cadre qui est le sien, de s’y révéler : or, dans chacune des ces couvertures, une ombre regarde le lecteur, qui est de fait dans la lumière…

 

Celle apportée par le Livre.

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-     http://www.glenatbd.com/recherche/?q=Le+D%C3%A9calogue+ et http://www.glenatbd.com/recherche/?q=Le+L%C3%A9gataire+ : pages consacrées aux deux séries sur le site des Editions Glénat.

 

-      http://www.josephbehe.net : site officiel de Joseph Béhé.

 

-     http://kd2a.france2.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=1148 : interview vidéo de Joseph Béhé.

 

-     http://www.bdparadisio.com/intervw/decalogue/decalaut.htm et http://www.glenatbd.com/actu/les-auteurs/interview-de-franck-giroud.htm : interviews du scénariste Frank Giroud réalisée en 2001 et 2008. Voir également sur le site Auracan :

www.auracan.com/Interviews/Giroud/Giroud1.html

 

 


Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©F. Giroud, J. Béhé, C. Meyer et auteurs associés. Editions Glénat, 2001 - 2009.

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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 16:15

                DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Le Complexe du Chimpanzé t.01 :

Paradoxe

 

Richard Marazano et Jean Michel Ponzio

 

Ed. Dargaud, 2007.

 

 

 
Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/pRAhkfjqO


·     L’intrigue en résumé :

 

 Une capsule spatiale tombe dans l'océan Indien à proximité d'un bâtiment de l'US Navy. Repêchée et ouverte, elle se révèle habitée par deux hommes qui prétendent être Neil Armstrong et Buzz Aldrin, les deux célèbres astronautes appartenant à la mission Apollo XI ayant marché sur la Lune le 21 juillet 1969. Le problème ? Nous sommes en 2035, et les deux astronautes en question sont revenus sur terre où ils sont morts depuis longtemps.   

 

 Hélène Freeman devait être la première femme à poser le pied sur la planète Mars... Elle doit à présent choisir entre l'amour de sa fille et ses rêves de toujours, et se lancer dans un voyage dont elle ignore si elle en reviendra jamais...

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-  Quel est le titre de cet album ?

Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-  Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-  Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-  Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

Repérez le nom de la collection : quelles indications nous donnent cette appellation sur le genre du récit ?

 

NIVEAU 2

 

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

- Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «Science Fiction» ?

 

-  Cherchez la définition des termes Nasa, Apollo XI et une courte évocation de l’alunissage du 21 Juillet 1969.

 

- Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

- Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

- Faites des recherches sur le thème littéraire du voyage dans l’espace.

 

-  Comparez cette couverture avec les affiches des films  Rencontre du 3ème type (Steven Spielberg - 1978), E.T. l’extra-terrestre (Steven Spielberg - 1982), Apollo XIII (Ron Howard - 1995) et Wall-E (Andrew Stanton - 2008) : expliquez en les points de convergence et les thématiques affiliées

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

Levant la tête vers un ciel nocturne étoilé, une jeune fille pleure sur sa propre solitude, tandis qu’une navette spatiale américaine décolle dans un maelström de flammes et de fumées… Si le lecteur, à la vue de cette couverture, aura tôt fait d’en déduire intuitivement un récit de type aventure et/ou science fiction, il n’obtiendra aucune réponse à nombre de ses questions : que signifie le titre ? Qui est cette jeune silhouette féminine ? Pourquoi pleure-t-elle ? Quel genre de rapport entretient-elle avec la navette ?

 



 Le terme Science Fiction apparait dès 1851, mais ne s’impose en Amérique du Nord que pendant les années 1930, via des périodiques peu couteux et très populaires (les pulps magazines) qui diffusent nombre de récits et de bandes dessinées « d’anticipation ». Le mot français (science-fiction, avec un tiret), communément abrégé par les lettres S.F. dès les années 1970, décrit un genre littéraire mettant en avant des découvertures scientifiques inexistantes ou futuristes, autant que la découverte de mondes et d’espèces inconnues. Cette expérience spéculative prend sa source dans quelques grands romans de la fin du XIXème siècle : les Voyages Extraordinaires de Jules Verne (dont De la Terre à la Lune et Autour de la Lune, parus en 1865 et 1870), La Machine à explorer le temps (1895) et La Guerre des Mondes (1898) d’H.G. Wells, sans oublier divers précurseurs tels L’Histoire Véritable (Luecien de Samostate), Utopia (Thomas More - 1516), Histoire Comique des Etats et Empires de la Lune (Cyrano de Bergerac - 1650), Micromégas (Voltaire - 1752) et le Frankenstein de Mary Shelley (1818), souvent considéré comme le premier roman contemporain de science-fiction.

 



 La couverture évoque directement une thématique récurrente du récit de science-fiction : l’aventure humaine est sans fin, et l’avenir de l’humanité est dans l’espace, hors d’une Terre devenue trop réduite pour accueillir l’œkoumène. Cette filiation « scientifique » est affirmée par la présence d’un singe (chimpanzé) situé à mi-chemin entre le sol (humain) et l’espace (extra-terrestre par définition), ainsi que par une lecture verticale du dessin mis en scène. La navette quitte la planète bleue, dans un Big-Bang d’où émergent les rêves étoilés d’une fillette/adolescente/femme (toutes les lectures sont ouvertes au possible), tiraillée entre sa volonté de demeurer (son être) et celle de devenir (son âme). Partir ou rester, pouvoir et vouloir, être rationnel et imaginaire artistique se confondent…

Considérons encore que ce corps dédoublé (au-delà du titre affirmant une nature animale) précise un autre thème science fictionnel : celui de l’affrontement entre homme/femme et machine/robot. Si le récit présente ici une héroïne démunie et désarmée (à l’inverse par exemple du rôle joué par Sigourney Weaver dans la saga Alien), c’est parce que plus qu’un homme, elle nous fait pénétrer dans un espace sacré (voir les bras en croix et le regard levé vers le ciel…) et ésotérique où les quatre éléments (eau, feu, terre et air) s’additionnent à un cinquième (l’éther ou le Cosmos).


 


 Le « complexe du chimpanzé » désigne la capacité de l’animal de laboratoire à ressentir le fait qu’il est le sujet d’une expérience qu’il ne maitrise pas : hors, l’Humanité maitrise-t-elle ses énergies, sa propre reproduction, son avenir et la préservation de l’espace terrestre ?

 La construction de la couverture renvoie aux affiches de films emblématiques : 2001, l’odyssée de l’espace (S. Kubrick - 1968), Rencontre du 3ème type (Steven Spielberg - 1978), E.T. l’extra-terrestre (Steven Spielberg - 1982), Apollo XIII (Ron Howard - 1995) et Wall-E (Andrew Stanton - 2008). Le motif du ciel bleu étoilé comme appel à l’imaginaire et au plaisir procuré par le récit à grand spectacle (l’Entertainment à l’américaine) est notamment révélateur de ce regard cinématographique des auteurs, autant que de la transposition de valeurs universelles ou nationales : les couleurs bleu, blanc et rouge…  du drapeau américain, sont contenues dans les lettres USA visibles à l’arrière de la navette spatiale.

 



 Si le mot « paradoxe », enfin, qui donne son titre à l’album, est aussi un terme classique du récit de type S.F. (thème du voyage dans le temps), rien ne l’évoque directement sur cette couverture à l’exception du hors champ : si la navette décolle, on ne sait pour où ; si la jeune fille pleure, on ne sait pourquoi (bien qu’on puisse facilement en déduire un lien d’affection pour l’un des astronautes) ; si elle semble se protéger ou prier, on ne sait pourquoi. Le ciel est perceptible est donné comme but et futur, mais point de présent ni de passé, sol et Terre n’étant pas visibles, noyés dans la fumée et les gaz. Le paradoxe est là : un récit d’aventure sans bases ni attaches, sans menaces perceptibles ni héros immédiatement reconnaissable. La quête identitaire est bien posée, par conséquent, comme l’un des propos réels de l’album.

 

Que s’est-il passé au juste le 21 Juillet 1969 ?

Une Histoire fortuite, réelle ou imaginaire ?

 

Serait-on dans une Fiction sans le Savoir ?

 

 

Recherche de couverture par J.M. Ponzio. 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-  http://www.dargaud.com/front/albums/series/serie.aspx?id=5209 : page consacrée à la série sur le site des Editions Dargaud.

 

-  http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2206 : interview du scénariste Richard Marazano, en relation avec ce premier album.

 

-   http://www.allsf.net/ : tout sur la science-fiction (histoire, auteurs, adaptations diverses, etc.).

 

-   http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A8mes_de_la_science-fiction et http://fr.wikipedia.org/wiki/Genres_de_science-fiction : les thèmes et les genres principaux de la science-fiction.



Illustration pour un ex-libris (visible en grande taille : http://accel21.mettre-put-idata.over-blog.com/2/40/05/64/complexe-du-chimpanz-/Ex_libris_Complexe_T1.jpg ).



Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Ponzio et Marazano et Editions Dargaud. 2007.

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 18:00

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

De Cape et de Crocs t.01 :

le secret du Janissaire

 

Alain Ayroles et Jean Luc Masbou

 

Ed. Delcourt, 1999.

 

 

 

Dossier téléchargeable : http://dl.free.fr/fFlgG4Kx0
 

 

·     L’intrigue en résumé :


 
Au XVIIe siècle à Venise, Don Lope de Villalobos Y Sangrin, un loup espagnol téméraire et impulsif, et Armand Raynal de Maupertuis, renard français poète et enclin à la boisson, vont se lancer dans une aventure épique en quête du fabuleux trésor des Iles Tangerines. Durant leur périple, ils rencontreront leurs compagnons d'aventure dont Eusèbe (un lapin naïf mais rusé), Raïs Kader (un corsaire Turc bourru), Doña Hermine (éternelle amoureuse de Don Lope), et Bombastus (savant Allemand aussi cultivé qu'agaçant). Une aventure et une fable digne de la Commedia dell’arte…


 

·     Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-    Quel est le titre de cet album ?
Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-    Le nom de l’éditeur apparait-il ? Quel est le titre de la collection et que suggère-t-il ?

 

-    Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ?
Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

Repérez le nom de la collection : quelles indications nous donnent cette appellation sur le genre du récit ?

 

NIVEAU 2

 

-    Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-     Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «Aventure» ou « de cape et d’épée » ?

 

-     Cherchez la définition des termes janissaire, bretteur et commedia dell’arte.

 

-     Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-     Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-    Faites des recherches sur le thème du roman ou du récit feuilletonnesque dit de cape et d’épée.

 

-    Tentez de trouver des renseignements et/ou des œuvres (romans, pièces de théâtre, bandes dessinées, films, etc.) en rapport avec l’arrière-plan historique de cet album : Venise et l’Europe au XVIIIe siècle.

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 L’univers culturel artistique et littéraire extrêmement référencé de la saga De Cape et de Crocs (8 albums de 1999 à 2007) se devine dès cette première couverture. Outre un titre à la fois directement évocateur - et cependant déjà parodique - de la comédie de cape et d’épée, on devine tout à la fois Molière et Shakespeare, Le Roman de Renart et les Fables de la Fontaine, le roman picaresque, les Trois Mousquetaires et Cyrano de Bergerac


 

Le genre cape et d’épée est issu de la comedia de capa y espada hispanisante, soit une sorte de drame domestique rempli d’imbroglios et féconds en événements tragiques. Par la suite, on désigna ainsi des pièces à effets violents, à incidents tumultueux et où de grands coups d’épée tranchaient les situations et l’on appliqua le même nom aux romans d’aventures mettant en œuvre des procédés analogues. Son nom générique est dû à Ponson du Terrail (1829 - 1871 ; auteur de Rocambole) mais aussi au roman d’Amédée Achard, la Cape et l’épée, en 1875.


 De Cape et de Croc
s’apparente au roman historique, dans un récit situé pour l’essentiel entre le XVe et le  XVIIIe siècle, et qui privilégie les péripéties, les rebondissements et le suspense, accordant une place importante aux duels et à l’escrime.


 

La Fable et le récit animalier sont suggérés par le jeu de mots « de crocs », ainsi que par le nom et l’allure des principaux protagonistes (on devine les oreilles derrière la cape et le chapeau feutre à plumeau digne d’un mousquetaire du roi). Le titre de la collection (Terres de Légendes) renforce l’aspect onirique et merveilleux de la Cité des Doges, décor institué du second plan, entre canaux tortueux, Basilique Saint-Marc et palais intriguant, croissant de lune mystérieux et mer offerte aux désirs annoncés de voyages. Le titre de l’album, enfin, précise l’attrait de l’aventure (l’archétype scénaristique du secret), mêlé à une  relation compliquée avec l’Orient (le janissaire étant un redoutable soldat turcoman).


 

La couverture attire en dévoilant « tout et rien » : la globalité d’une sphère romanesque et  l’absence de nombreux renseignements (qui sont ces héros masqués ? Que font-ils dans cette Venise nocturne ? Qui est le fameux Janissaire du titre et quel est au juste son secret ?). Le lecteur est donc condamné à naviguer à vue d’œil ou à la boussole entre l’eau et le ciel, pour une destination d’autant plus inconnue que les cartes lui sont imprécises et indéchiffrables, et la mer remplie de sombres dangers (dragon).


Caravelle ou galère, l’embarcation vaut comme signifiant des futures étapes de nos personnages, pris dans une toile d’araignée de péripéties où la Lune semble, si l’on s’en fie à la carte représentée en arrière-plan, comme ultime échappatoire.

 


 Ne négligeons pas, pour finir, l’impact des couleurs (réalisées de manière directe sur les planches pour l’ensemble de la série) : la Lune et un ciel étoilé et bleuté comme motif de l’appel à l’imaginaire (voir les affiches des films : L’Ours (J.J. Annaud), E.T. (Steven Spielberg) ou Harry Potter à l’Ecole des Sorciers (C. Columbus)), le vert (symbole de la Nature, du Destin et du hasard) et le rouge (le sang et les passions), qui connotent la psychologie affirmée des personnages autant que leur volonté d’agir, entre coups du sort et soubresauts de l’histoire.

 

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-       http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/de_cape_et_de_crocs_1_le_secret_du_janissaire : page consacrée à la série sur le site des Editions Delcourt.

 

-       http://decape.free.fr/ : site très complet, consacré à l’ensemble de la série (personnages, références, dessins, auteurs, etc.)

 

-      http://nerial.free.fr/artelio/artelio/souche_121.html : interview avec le scénariste, Alain Ayroles, en 2005, concernant la genèse de la série.

 

-      http://www.bulledair.com/index.php?rubrique=interview&interview=itw_masbou : interview de Jean-Luc Masbou, réalisée en 2004.

 

-      http://www.scifi-universe.com/fiche_actu.asp?id=4588 : interview vidéo des auteurs (2006), sur le site Scifi-universe.

 

-      http://fr.wikipedia.org/wiki/Film_de_cape_et_d'%C3%A9p%C3%A9e : le film de cape et d’épée.

 

-      http://paularbear.free.fr/commedia-dell-arte/index.html : le site sur la commedia dell’arte.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Ayroles et Masbou et Productions Guy Delcourt. 1999.

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 11:36

 

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Un monde si tranquille t.01 :

la gloire d’Albert

 

Etienne Davodeau

Ed. Delcourt, 1999.

 

 

 

Dossier téléchargeable : http://dl.free.fr/jUUqRAI7S

 



 L’intrigue en résumé :

 

(Résumé éditeur)

 

 Albert est un brave type.

 

 Mais quand la radio annonce la mort de Philippot sur la route (le fameux cocktail alcool, fatigue et vitesse), il pète un peu les plombs. Il faut dire que Philippot n'était pas n'importe qui. Il avait fondé le parti "Traditions et Convictions" avec son ami de toujours, Bertrand Delorme, qui dirige le célèbre spectacle son et lumière "Nos valeurs, notre terroir". Ces deux-là avaient le vent en poupe.

 

  Leur spectacle fêtait ce soir-là son millionième spectateur et les élections législatives toutes proches se présentaient bien : le siège de député semblait à la portée de Delorme. La mort de Philippot est un sale coup.

 Mais ce n'est pas un accident. Albert le sait. Albert était là. Deux sales petits gauchistes ont tendu un piège à son chef bien-aimé. Albert est un brave type. Mais il est décidé : le temps est venu de mettre en pratique les belles théories de Philippot sur l'autodéfense.

 

Albert va agir. Ça faisait des années que sa vieille carabine de chasse ne servait plus…

 

 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

 La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-  Quel est le titre de cet album ?

Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-  Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ?

 Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

  Repérez le nom de la collection : quelles indications nous donnent cette appellation sur le

genre du récit ?

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en

quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-   Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent

indiquer un récit du genre «policier» ?

 

-   Cherchez la définition des termes polar, extrême-droite, gauchisme et autodéfense.

 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

 En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-   Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait

elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-   Faites des recherches sur le thème de la montée des extrêmes, en France ou dans le

monde.

 

-  Tentez de trouver des œuvres (romans, pièces de théâtre, bandes dessinées, films, etc.) en

rapport avec l’arrière-plan sociopolitique de cet album.

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

 Comme toujours avec Etienne Davodeau, l’histoire narrée, offerte comme un miroir fragile, touchant et mélancolique de notre société, est à la fois simple et complexe. Le personnage central, antihéros malmené et balloté par les événements, est l’archétype du militant traditionnaliste, aveuglé par son modèle néo-fasciste et inconscient des visées politiques personnelles menées dans un monde qui le dépasse socialement et intellectuellement. Un univers sans concession, entre survie et égocentrisme, soit le microcosme humain… observé sous le microscope de la satire sociale.

 

La Gloire d’Albert et Anticyclone sont les deux premiers polars d’une trilogie (intitulé Un monde si tranquille) qui s’achève en 2002 avec la publication de Ceux qui t’aiment, chronique sarcastique sur les rapports entre supporters et footballeurs milliardaires.

 

La couverture de l’album délivre ce même ensemble de simplicité apparente et de thématiques plus complexes. Comme l’explique Etienne Davodeau, les différentes recherches graphiques menées pour exprimer cette dualité illustrent une synthèse permanente : celle de l’ombre et de la lumière, de l’avant scène et des coulisses, de l’obscur et de la gloire éphémère.

 

« C’est un album avec une dimension parodique tout d’abord, à savoir que l’histoire se déroule dans un cadre qui est celui d’un son et lumière, en milieu rural, fait par un homme politique qui rencontre un succès inespéré, national, voire international : ça, c’est la dimension parodique. Et puis, l’autre aspect de cette dimension parodique, c’est l’envie d’un type assez obscur, un sans grade de passer à la lumière, de faire un truc notable, et d’être un héros, d’avoir quelques jours de gloire, d’où le titre, la Gloire d’Albert... et ceci au prix d’errements qu’il va amèrement regretter.


Donc, c’est une sorte de polar (en tout cas celui-là, je l’ai vraiment écrit comme un polar !) simplement, la définition de polar est sujette à caution et à débat... Pour ma part je m’en tiens plutôt à celle qu’a défini un de mes auteurs de chevets, à savoir Jean-Patrick Manchette, qui est à mon sens un des meilleurs auteurs de polar français (enfin, qui était puisqu’il est mort !), qui est un roman de critique sociale... Pour moi le polar est d’abord un roman de critique sociale, c’est un peu l’idée qui a généré ce bouquin... mais c’est avant  tout dans mon esprit une parodie ! »


(Extrait de l’interview de L. Renet et Fr. Grégoire ; cf. liens proposés).

 

Roughs et recherches pour le visuel de couverture :






























 
Le lecteur déduira notamment du titre de la collection (Sang Froid) l’idée de récit policier, sinon de polar : les couleurs (noir, blanc et bleu) et l’arme du personnage devraient également aider à cette interprétation. Mis en lumière, dévoilé et aveuglé par une lumière blafarde, Albert, qui est dessiné avec tous les stéréotypes du Beauf croqué par Cabu  (soit la caricature ironique du
Français braillard, brave type au racisme ordinaire et bardé de convictions), est aussi inexistant que le décor qu’il remplace de fait. Il est sur scène mais c’est un acteur interchangeable, glissé de lui-même dans le costume du chasseur auto satisfait de ses actes « assassins ». On pourra déduire de la présence des projecteurs une surmédiatisation du phénomène, et donc de l’extrémisme politique : durant tout l’album, les références directes au Front National, à Jean-Marie Le Pen, au spectacle son et lumière du Puy du Fou (Vendée) et à Philippe de Villiers seront très nettes, l’auteur lui-même les revendiquant largement, sans sombrer pour autant dans l’attaque politique directe puisque les militants d’extrême gauche sont également parodiés et ridiculisés.

 



  Entre sympathie et répulsion, compréhension et rejet, ombre et  lumière, le personnage d’Albert introduit dès la couverture deux idées essentielles et sous-jacente du jeu politique : celle de la défense du territoire nationale (doctrine que la lecture de l’album fera circuler entre les notions de patriotisme, nationalisme et chauvinisme) et celle de la justice par l’autodéfense (affiliée cette fois ci aux tonalités racistes, réactionnaires et fascistes prônées par certaines milices ou organisations). Ces deux idées engagent une double évocation du pouvoir et de la justice, notions clés du territoire républicain et souverain : si Albert s’autoproclame comme autojusticiable, doit-on en déduire qu’il le fait à sa seule gloire, ou qu’il suit au contraire la volonté d’une entité supérieure ? Dans les deux cas, on supposera le dépassement du cadre légal et social, permettant en cela les actes les plus cruels au nom d’un fondamentaliste dogmatique, qu’il soit personnel, religieux ou politique.

 

  
  Albert est sur scène, mais aussi mis en scène, dans une mécanique insidieuse qui impulse les notions d’ascension et de chute, pour les deux revers d’une médaille aux accents emprunts de corruption, de compromissions, de lâchetés, sinon de crimes. Est-il finalement logique que le chasseur soit dans la lumière « pure » (voir le premier titre voulu par l’auteur pour son œuvre) alors qu’il est supposé attendre sa proie dans l’ombre ? Certainement pas : en pleine gloire, mais comment et pourquoi ? Voilà une dénonciation subtile de la politique du chiffre et du résultat, au mépris des actes et des idées…

 

 

 

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-      http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/un_monde_si_tranquille_1_la_gloire_d_albert : page consacrée à l’album sur le site des Editions Delcourt.

 

-     http://www.etiennedavodeau.com : site personnel de l’auteur.

 

-     http://www.bruitdebulles.com/spip.php?article109&artsuite=0 : interview de l’auteur (2005) sur le site Bruitdebulles.

 

-    http://houbahop.chez-alice.fr/interviews/Davodeau1/liendav1.html : Interview réalisée par Laurent Renet et Frédéric Grégoire, dans le cadre de l'émission Culture Bulles du 12 octobre 1999 pour la sortie de l'album La Gloire d’Albert.

 

-     http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=1003 : interview vidéo de l’auteur sur le site France 5 BD.

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Beauf : article consacré par l’encyclopédie Wikipédia au stéréotype du « beauf »

 

 

 

 

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Étienne Davodeau et Guy Delcourt Productions.
La Gloire d'Albert -
 1999.


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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 11:03

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

 Murena t.01 :

la Pourpre et l’Or

 

 Jean Dufaux et Philippe Delaby

 Ed. Dargaud, 1997 et 2001.

 

 


 

Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/qX1US7Hre


 

·     L’intrigue en résumé :

 

  Mai 54, Rome, midi. Il fait une chaleur torride sur l'arène et les quelques gladiateurs survivants qui essaient encore de s'entretuer n'amusent plus personne, sauf l'empereur Claude, affalé dans les gradins déserts, avide d'entendre le dernier râle du dernier combattant...

 

  En dehors de l'arène, la vie est aussi féroce. Tout le monde veut le pouvoir, tout le monde est prêt à tuer pour l'obtenir. Agrippine, par exemple, seconde femme de Claude et mère de Néron, est en train de faire fabriquer un poison pour son cher époux : maintenant qu'il a reconnu son fils, il peut disparaître et lui laisser le trône. D'ailleurs, il faut faire vite : Claude parle de la répudier et d'épouser la femme qu'il aime, Lolia Paulina, mère de Lucius Murena. Evidemment, dans le collimateur d'Agrippine, la pauvre Lolia n'a aucune chance. Quant à Claude, il mourra empoisonné et son fils Britannicus sera écarté du pouvoir au profit de Néron. Voilà l'histoire de Rome telle qu'on nous la raconte dans les manuels scolaires, à ceci près qu'elle prend ici un relief surprenant : sanglante et crapuleuse, elle n'est que superstitions, trahisons, terreur et violence…


 

 

·     Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-   Quels sont le titre de la série et celui de cet album ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-   Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-   Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-    Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?
Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-   Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «historique» ?

 

-   Cherchez la définition du terme péplum.

 

-   Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-    Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-    Faites des recherches sur le contexte : Rome en l’An 54, l’empereur Claude, Britannicus, Agrippine, Néron ; les auteurs antiques : Sénèque le Jeune, Tacite et Suétone.

 

-    Tentez de trouver des œuvres (romans, pièces de théâtre, bandes dessinées, films, etc.) en rapport avec le contexte historique de cet album.

 




 Lecture et analyse de la couverture :

 


  Probablement série de bande dessinée la plus lue et la plus documentée sur l’histoire romaine après l’incontournable Alix (créé par Jacques Martin en 1948 dans le Journal de Tintin), Murena s’inscrit d’office comme une grande saga romanesque et historique, prenant appui tout autant sur les textes antiques que les sources archéologiques contemporaines.  

 Parmi les textes de références, on citera ici La Vie des Douze Césars (ouvrage publié de 119 à 122 par Suétone, et narrant la biographie parfois fort critique des 12 premiers imperatores, de Jules César à Domitien), Le Procès Néron (du latiniste Pierre Grimal) ou des ouvrages plus généraux comme Le guide romain antique de Georges Hacquard et Jean Dautry. Les notes historiques demeurent nombreuses dans Murena, chaque album étant complété d’un lexique exhaustif, de notes explicatives et de citations résumant l’intrigue principale. Ainsi en quatrième plat de couverture de  ce premier volume, nous trouverons :

 

"Il [Claude] était d'un naturel féroce et sanguinaire qui se trahissait dans les moindres choses comme dans les grandes… Dans tous les combats de gladiateurs donnés par lui ou quelqu'un d'autre, il faisait égorger même ceux qui tombaient par hasard pour observer leur visage quand ils expiraient."
(SUÉTONE, Claude, XXXIV.)

 

Murena, récit historique empreint de véracité, n’exclut en rien des tonalités plus romanesques : là aussi, des influences stylistiques sont à citer, du roman Moi, Claude empereur de Robert Graves (adapté pour la télévision britannique en 1976) aux films majeurs du genre épique que furent respectivement  Spartacus (S. Kubrick - 1960 ; le générique de Saul Bass ayant du reste inspiré les premiers visuels de couvertures) ou Gladiator (R. Scott - 2000 ; Ph. Delaby rendit un hommage au  film par le biais d’une somptueuse lithographie… et de la musique de Hans Zimmer, reprise sur son site !)

 

 


Lithographie hommage au film Gladiator.


  L’album La Pourpre et l’Or s’inscrit dans une première série de quatre albums - parus respectivement en 1997, 1999, 2001 et 2002 - intitulée "Le Cycle de la Mère" et dédiée à Agrippine. Une réédition du 1er volume, en 2001, sera l’occasion pour Delaby de refondre le premier visuel en un concept plus esthétique et plus en harmonie avec les tomes postérieurs. Cette illustration ne cesse d’intriguer le lecteur, qui y verra pourtant aisément la parfaite illustration en contrepoint du titre La Pourpre et l’Or : aux deux couleurs exclusives de la dignité impériale romaine s’opposent la pâleur froide et mortelle d’une unique statue, agissant dans l’ombre et guettant derrière une tenture les soubresauts inquiétants de l’Histoire. Cette silhouette féminine glaciale, prise en contreplongée,  a déjà les mains tâchées du sang de ses propres crimes : la couleur pourprée et la richesse dorée ne renvoient ici qu’au complot et aux intrigues d’alcôves, au sang et au meurtre passionnel…

 

  Ces sentiments premiers seront encore renforcés dans le second visuel délivré par Delaby en 2001 : l’ombre du décor de fond laisse la place à un mur de pierres taillées toujours précédé d’une riche tenture ouvragée aux couleurs du titre  (l’intrigue prend sa place dans le palais impérial…), tandis que la statue féminine, saisie comme un buste antique vivant, exprime par un regard vide ses propres fêlures et ses volontés destructrices et criminelles (le sang s’écoulant lentement entre ses doigts). Le lecteur est pris à témoin de l’Histoire : il est déjà omniscient, puisque inscrit dans un contexte postérieur aux actes décrits. Il verra la victime et le criminel, les intrigues côté cours ou côté jardin, la vie des empereurs comme celle des esclaves.

 



Rough et recherches couleurs pour la couverture de Murena tome 1.


   
Contrairement au titre, donc, l’intérêt du lecteur est bien plutôt focalisé dès cette couverture sur les ombres de l’Histoire et les mystères du Passé, plus que sur une histoire panégyrique par trop officielle. Aucun héros traditionnel, aucune figure historique, même, n’est là pour nous guider : cette couverture est un redoutable miroir des nos pensées, outrepassant le « simple » manuel scolaire. Comment, quand et pourquoi ce fait s’est-il produit ? Qui a agi et dans quelles circonstances ? Regard investigateur sur le récit comme témoin direct des (bas…) agissements des principaux personnages, le lecteur-statue médusé est là pour en perdre son Latin : la vie des caractères s’écoulera entre ses mains au fil temporel de la lecture des pages de l’album, derrière le rideau de la couverture, et il ne pourra qu’en cerner au mieux les motivations, les buts ou les folies, sans être en demeure de la moindre possibilité de les arrêter…

 


 Pourpre et Or, Pouvoir et Richesse, Folie et Démesure, Destruction et Mégalomanie…

 

 



Visuel pour l'intégrale du Premier Cycle.
 
 
 

 


   
Pistes supplémentaires :

 

-      http://www.dargaud.com/Murena/cycle-mere.html : site dédié à la série, réalisé par les Editions Dargaud.

 

-      http://www.dargaud.com/front/albums/series/couvertures.aspx?id=1741 : couvertures et liens vers les différents albums parus, sur le site des Editions Dargaud.

 

-      http://www.delaby-bd.be : site personnel de Philippe Delaby.

 

-      http://www.bedemoniaque.be/index.php?option=com_content&task=view&id=455&Itemid=49 : interview vidéo de Philippe Delaby sur le site BéDémoniaque.

 

-      http://www.graphivore.be/Interviews/philippe_delaby.php : interview de l’auteur réalisée par le site à l’occasion de la parution du tome 6.

 

-      http://daniel.gerber1.club.fr/scenaristes_dg/dufaux_bio.htm : biographie et œuvre de Jean Dufaux.

 

-      http://jeremy-bd.blogspot.com : blog de Jérémy Petiqueux, coloriste de la série Murena.

 

-      http://www.peplums.info/pep01a.htm : analyse des inspirations et influences de la série Murena.

 

-      http://alixintrepide.chez.com/ : le site non-officiel d’Alix de J. Martin (Editions Casterman).

 

-      http://www.empereurs-romains.net/ : biographies exhaustive de tous les empereurs romains.

 

-      http://www.dotapea.com/pourpre.htm : histoire et rôle social de la couleur pourpre.

 

 

 

                                                             Visuel du coffret du Premier Cycle. 



Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©P. Delaby/ Editions Dargaud. 1997-2008

 

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 13:24

   

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

 Quelques jours ensemble

 

 Alcante et Fanny Montgermont


Ed. Dupuis, 2008

 
Collection Aire Libre


 

 

 

 Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/qAPfdQC7l



  
  L'intrigue en résumé :


(Résumé de l'éditeur)

 
Xavier a 35 ans. Un « roi du monde », jouisseur, extraverti, dragueur, patron d'entreprise vivant à 200km/h... Il est aussi brillant que prétentieux et égoïste. Profondément immature, c'est le type même de l'éternel gamin.


 Julien a treize ans. Atteint d'une maladie génétique rare, il a l'aspect d'un vieillard. Ses traitements médicaux lourds - son espérance de vie est très réduite -, ainsi que le regard des gens sur sa différence l'ont fait se replier sur lui-même.


 Julien est le fils de Xavier. Aujourd'hui, ils se rencontrent. Pour la première fois...


 


  Questionnaire pour les élèves :

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.


 NIVEAU 1


 - Quel est le titre de cet album ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?


 - Le nom de l'éditeur apparait-il ? Quel est le nom de la collection ?


 - Que représente l'illustration principale ? (la décrire)


 - Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?


 - Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l'illustration ?
 Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l'image ?



  NIVEAU 2


 - Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après ce titre et ce visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.


 - Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l'illustration. Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « mélo/drame intimiste » (chercher au besoin la définition de ces termes et genres dans un dictionnaire) ?


 - Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?
En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?




 NIVEAU 3


 - Essayez de décrire l'atmosphère de cette couverture. «L'ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.


 - Faites des recherches sur la maladie génétique rare appelée progéria.


 - Argumentez autour de la question suivante : l'acceptation de la différence est-elle une chose aisée ? Tentez de trouver des œuvres (romans, pièces de théâtre, bandes dessinées, films, etc.) en rapport avec cette interrogation.




 Lecture et analyse de la couverture :


 En lisant le titre « Quelques jours ensemble » et en regardant la couverture, le lecteur se dévoile en son propre fort inconscient à la fois peu et beaucoup de l'intrigue.

  Ce « quelques » défini d'abord en effet une lecture temporelle des évènements, autour de la notion de rencontre entre les deux personnages illustrés : soit les caractères ont déjà été amenés à vivre un court moment en commun, soit ce temps est encore en devenir, tandis que la couverture ouvre une troisième voie, située plus proche de nous. Les personnages sont ensembles, dans l'immédiateté et le présent d'une lecture qui va justement se concentrer sur leur rapprochement. On déduira de même de leurs vêtements chauds que l'action se déroule en hiver ou dans un pays froid.


 
 Dans un second temps, le lecteur tentera de définir les deux êtres liés à priori par le mot « ensemble » : là aussi, tout semble à la fois les opposer (grand/petit, beauté/laideur, vêtements de marque ou non, jeu des regards) et les réunir (protecteur/protégé, mains et corps unis, complémentarité des couleurs vestimentaires (noir et couleurs vives pour les deux) comme du port du bonnet. Une lecture rapide y verra l'adulte et l'enfant ou deux étranges frères, mais on n'y détectera aucun signe avant-coureur d'une réelle maladie ou disgrâce physique si ce n'est en s'interrogeant sur le pourquoi du regard fuyant de «l'enfant»...


 
 Sur cette thématique de l'acceptation de la différence, Quelques jours ensemble entre en correspondance avec bien des œuvres : citons ici La Belle et la Bête (J. M. Leprince de Beaumont, 1757), Elephant Man (D. Lynch - 1980), Rain Man (B. Levinson - 1988) et Le Huitième Jour (J. Van Dormael, 1996).


 
 Troisième élément important : le décor et les couleurs. Le contexte est celui de la ville ou de la banlieue, décor terne et inhumain marqué par un faisceau en toile d'araignée de fils électriques et de câbles aériens. Un ciel sombre et nocturne percé par le vague halo d'un lampadaire ne contribue guère à égayer une scène ou les visages des personnages, saisis en contre-plongée, en prêtent pas à sourire. Les premiers visuels de couverture élaborés par la dessinatrice Fanny Montgermont étaient plus lumineux, adoucis par la présence mélancolique de flocons de neige, et circonstancient la lecture à notre propre attention au jeu de regard que s'accordait chaque personnage l'un envers l'autre.





Travaux de recherches pour le visuel de couverture.




  Revenant sur la genèse graphique de la couverture, Fanny Montgermont explique :


 
 Comment concevez-vous vos visuels de couvertures ? Y réfléchissez-vous longuement, à partir d'une image/case précise, ou la réalisez vous à "l'instinct" ?


Je les conçois à "l'instinct", selon la façon dont je ressens les personnages.



 Différentes recherches, différentes études, différents projets repoussés par l'éditeur : lesquels et pour quelles raisons ?


  Il n'y a eu qu'une proposition avant la définitive, avec des essais de deux ambiances colorées différentes. Le graphiste qui travaillait sur la maquette trouvait que l'idée de "rencontre fortuite" en racontait trop sur l'histoire. Il m'a orienté vers une idée de "relation" entre les deux personnages. J'ai ensuite fait un croquis sur fond blanc, puis le graphiste y a placé un fond bleu uni qui a plu à tout le monde, il ne me restait plus qu'à en faire un décor, sobre.


  La neige, l'Hiver et le Temps : un élément graphique d'importance ?


 C'est surtout pour donner l'ambiance générale de l'histoire, la neige était là pour rappeler une scène clef.

 


  Sur la couverture finalisée, l'ambiance, froide, situe les personnages dans une sorte de péril inexplicable : le lecteur ne sait encore où situer la menace, mais devine une histoire où est mis en exergue l'enfermement psychologique d'une situation sociale difficilement gérable. En « lisant » le décor, connoté à la manière d'une prison, si ce n'est à l'image d'un camp de concentration, toutes mesures gardées (on y verra notamment les lignes de clôtures et bâtiments-dortoirs, ainsi que le rachitisme et l'épuisement physique et moral de survivants « en sursis »), l'histoire prend une tournure véritablement dramatique : rassuré et inquiet sur le temps accordé au bonheur (« quelques jours... »), le lecteur est mis en face de sa propre solitude, notamment face aux cases traversées par son propre parcours temporel dans l'album. « Ensemble », et avec les personnages, pendant quelques pages, jusqu'au bout de l'histoire et avant que d'être poussé à la relire. Dans la connaissance intime des deux personnages s'instaure un rapport apposé en creux dès le visuel : il s'agit de voir, de croiser un regard, d'aller plus loin vers l'autre, cet inconnu...


  Un acte simple, tendre, complexe ou cruel, selon le temps que l'on peut ou que l'on souhaite y accorder...

 

 



  Pistes supplémentaires :


http://www.bodoi.info/a-la-une/2008-12-18/alcante-et-fanny-montgermont-osent-le-melodrame/9306 : chronique de l'album et interview des auteurs sur le site du magazine Bodoï.


- http://www.actuabd.com/Quelques-jours-ensemble-Par-Alcante-F-Montgermont-Dupuis-Aire-Libre : chronique et critique de l'album sur le site Actua BD.


- http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-dossiers&id_article=607 : dossier consacré à l'album sur le site France 5 BD.


- http://piscosour.free.fr/numero5/parleavecelle.html : interview et portrait de Fanny Montgermont (2005).


- http://fr.wikipedia.org/wiki/Prog%C3%A9ria : article de l'encyclopédie Wikipédia consacré à la progéria.


- http://195.115.141.14/biblio-filmo/biblio-filmo.php?fichier=handicap.xml : réflexion sur la représentation du handicap physique au cinéma et filmographie en correspondance.


- http://193.48.79.10/cg06_v3/cms/cgj06/upload/File/bd-handicap.pdf : plaquette BD sur le thème du handicap, éditée par le Conseil Général des Alpes Maritimes.

 

 

 

 

 



Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©F. Montgermont / Editions Dupuis. 2008.


Les paroles de Fanny Montgermont et les visuels sont ici reproduits avec l'aimable autorisation des auteurs.


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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 10:45

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Prométhée t.01 :

Atlantis
 


Christophe Bec

 

Ed. Soleil, 2008



 

Dossier téléchargeable : http://dl.free.fr/utRo1GTSE


·       L’intrigue en résumé :

 

(Résumé de l’éditeur) :

 

 13h13 min

 21 Septembre 2019

 La navette Atlantis disparaît mystérieusement des écrans de contrôle lors de son dernier vol.

 

 22 Septembre 2019

 Toutes les montres et les horloges de la planète s’arrêtent.

 Au même moment, le mécanisme d’Anticythère, un étrange astrolabe datant de la Grèce Antique, se met en marche alors qu’aucun scientifique n’y était parvenu jusqu’à présent.


 23 Septembre 2019

 La navette Atlantis réapparaît et atterrit à Cap Canaveral, un survivant est à bord : le commandant de la mission,

en état de choc au milieu des cadavres déchiquetés du reste de l’équipage.

 

 24 Septembre 2019


 Un sous-marin nucléaire américain capte l’écho sonar d’un U-boat de l’armée allemande disparu soixante-huit ans plus tôt…


 Un chalutier voit apparaître devant lui la monumentale coque du Titanic, disparu au même endroit, à 650 km au Sud-Est de Terre-Neuve.


 Alors que partout, les avions s’écrasent et que l’apocalypse s’abat sur la planète entière, le futur de l’Humanité semble soudain plonger dans les ténèbres, présageant le pire pour notre civilisation.

 

 

 

·      Le mythe prométhéen en perspective :

 

  Dans la Mythologie grecque, Prométhée (le Prévoyant) est un Titan, frère notamment d’Atlas, qui aida les futurs Dieux de l’Olympe à vaincre les Immortels, dont le terrifiant Cronos.  Vainqueur, Zeus créé par la suite la race humaine, à laquelle il enseigne l’architecture, l’astronomie, la navigation, les mathématiques, la médecine et la métallurgie. S’irritant finalement de leurs talents, Zeus décide d’exterminer sa propre création, chose à laquelle s’oppose Prométhée, surnommé à l’occasion le Philanthrope (amoureux de l’Humanité). Prométhée trompe Zeus sur le partage de nourriture entre Humains et Dieux, puis vole le feu sacré pour l’amener à la race humaine et lui apprendre les Arts et les Sciences. Pour le punir, Zeus le fit enchaîner sur un rocher isolé, dans le Caucase, où un aigle chaque jour venait lui dévorer le foie. Le supplice, supposé éternel, est arrêté le jour où Héraclès abattit l'aigle avec son arc. Pour ne pas déroger à son serment sacré, Prométhée gardera néanmoins tout sa vie avec lui une bague forgée avec le fer de ses chaines, ainsi qu’un morceau de roche caucasienne.





 Les auteurs de la Grèce Antique comme les mythes et légendes du monde entier ont donné différentes versions du voleur du feu divin. Ainsi, selon la Théogonie d’Hésiode (poète grec du VIIème siècle av. J.C.), Prométhée est lui-même le créateur des humains, à partir d’une motte d’argile. Eschyle (vers - 526 / - 456 av. J.C.) consacre quant à lui une trilogie au mythe, dont nous n’avons conservé que la première partie de manière complète (Prométhée enchainé, suivi de Prométhée délivré et Prométhée porte-feu). Dans la philosophie platonicienne, l’histoire du Titan devient une métaphore de l’apport de la connaissance aux hommes, concept que l’on retrouvera plus tard aussi bien dans le Christianisme (Adam et Eve chassés du Paradis),  ou tout autant chez les Inuits de l’Arctique que chez les Aborigènes australiens.


 

  Le mythe prométhéen énonce un double problème : celui  d’abord, du choix entre bonheur naturel inconscient et lutte pour le progrès technique, et celui, ensuite, de la croissance et de la démesure du pouvoir des Hommes, potentiellement destructeur. Cette hybris, ou folle volonté d’égaler les Dieux, se double d’un conflit œdipien profond : qui, du Créateur ou de la créature, devra finalement survivre, transmettre la vie aux générations futures et ainsi légitimer ses propres actions ?

 

 


 
Questionnaire pour les élèves :


La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 


NIVEAU 1

 

-    Quels sont le titre et le sous-titre de cet album ?
Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-  Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?
Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-   Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « anticipation » (chercher au besoin la définition de ce terme dans un dictionnaire) ?

 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-   Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-    Faites des recherches sur le Mythe de Prométhée et le mécanisme d’Anticythère.

 

-    Argumentez autour de la question suivante : le Progrès et la Connaissance sont-ils dangereux pour l’avenir de l’Humanité ? Tentez de trouver des œuvres (romans, pièces de théâtre, bandes dessinées, films, etc.) en rapport avec cette interrogation.

 



  Lecture et analyse de la couverture :

 

Outre un titre renvoyant diversement et sans doute confusément aux mythologies antiques, le lecteur de Prométhée t.01 : Atlantis devrait vraisemblablement se poser la question du genre auquel se réfère l’album : aventure, historique, fantastique et science-fiction seront sans doute les réponses les  plus immédiates, sans excluer ni la notion de thriller ni celle de polar ésotérique, deux modes récentes venant rattacher l’œuvre à l’univers littéraire et filmique américain.

 


  En y regardant de plus près, ce même lecteur s’apercevra fort justement que le monde des couvertures de bande dessinée et  des affiches de films sont décidemment deux univers de pus en plus proches : l’ultra réalisme du dessin favorise cette conception, ainsi que la reprise d’un standard du genre, celle de la métropole américaine ravagée par une force supérieure, qu’elle soit d’origine naturelle ou non. Quelque part entre la documentation liée aux attentats du 11 Septembre 2001, la fiction des effets spéciaux du cinéma hollywoodien (on citera les destructions récurrentes de New-York visibles dans Armageddon (M. Bay - 1998), Indépendance Day (R. Emmerich - 1996), Deep Impact (M. Leder - 1998) ou Je suis une légende (F. Lawrence - 2007) et la reprise du mythe de l’Atlantide, la partie inférieure du visuel est largement évocatrice. On y repérera surtout un lien discret entre Passé (Atlantide et Atlas), Présent (la navette spatiale américaine Atlantis) et Futur (le sort de l’Humanité, soutenu ou non par Atlas…) qui permet de mettre en abyme le mythe prométhéen précédemment évoqué.








 

  Prométhée
, justement, visible et duel (titré et incarné), en proie à son combat perpétuel contre le Temps et devant, en parallèle, affronter son destin de supplicié (mort et régénération) : il devient par là-même l’image en reflet du Héros traditionnel, l’histoire de la série étant indiquée en creux : une lutte contre la montre ou les éléments pour sauver l’Humanité courant à sa perte. L’homme est cependant démuni (nu) dans cette lutte terrifiante et devra en quelque sorte percer les mystères du temps et de l’espace, symbolisés ici par une horloge à priori énigmatique pour un non-spécialiste de langue grecque.

 


 (Suite et fin de cette analyse dans la partie 2 :

  
http://couverturedebd.over-blog.com/article-25504991.html)


 
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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 10:40

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Prométhée t.01 :

Atlantis

 


Christophe Bec

 

Ed. Soleil, 2008

 

 


 (Première partie de cette analyse :

http://couverturedebd.over-blog.com/article-25504874.html )

 

 

·  

Revenant sur la genèse graphique de la couverture (cf. le dossier et l’interview déjà disponibles sur ce blog : http://couverturedebd.over-blog.com/article-25061420.html), Christophe Bec explique :

 


 
En se basant sur la couverture, le lecteur potentiel ne peut que deviner un ensemble d'éléments reliés au genre "catastrophe" (temps compté, humanité condamnée par les dieux, ville et buildings en ruine à la manière du "11 Septembre") : le sous-titre l'engage cependant sur le terrain des grandes énigmes (l'Atlantide), voir du paranormal. Un choix voulu ?



  Le titre de ce tome 1 "Atlantis" vient avant tout de la navette du même nom. Ensuite, l'histoire de Prométhée semble liée à la mythologie grecque et Platon notamment a écrit des textes sur cette cité. Y'a t-il un lien réel ? Je ne peux bien évidemment rien révéler sur la chose à ce stade. Ensuite il est juste d'y voir un lien avec les "films catastrophes", j’ai en effet un peu monté ce tome 1 comme un film de ce genre : une montée en puissance de présages puis d'évènements mineurs qui vont conduire à une catastrophe de plus grande ampleur, et présentation de chacun des personnages sur lesquels on va se concentrer afin de faire vivre l'histoire plus de l'intérieur face aux évènements planétaires. Le micro et la macro en quelques sortes. Déjà, certains lecteurs imaginent que tous les personnages vont être amenés à se croiser... là non plus je ne répondrai pas, même si c'est une forte probabilité. La question est si cela s'avérait juste : dans quelles circonstances ?


 

  Ce Prométhée est en lui-même un mystère : on devine le narrateur omniscient, voir le héros mythologique prêt une seconde fois à secourir les hommes contre le Destin imposé par les "Dieux", mais d'où vient-il au juste, de quel élément graphique (Rubens ?) s'inspire t-il ?

 
  J'ai déjà répondu à cette question (notes : voir lien et dossier proposés plus haut), j'ignore la source exacte, mais le style ne semble pas être du Rubens par contre ! J’ai utilisé ici une œuvre citée sur Internet mais dont je n’ai jamais retrouvé la source exacte…

 

 

  Le rapport au temps de la cité semble destructeur : on songe donc à l'Atlantide, Pompéi, Lisbonne, San Francisco ou New York, ainsi qu'aux Merveilles du Monde détruites et aux civilisations disparues. La couverture cherche-t-elle à engager un rapport à l'Anticipation dans cette voie ?

 
  Bien entendu, mais là encore je ne peux rien révéler sous peine de dévoiler de futurs rebondissements de mon histoire, mais la remarque est tout à fait juste. Il est clair que cette image de ville détruite en couverture et plus qu'un simple présage, peut être la vision d'un futur proche ?

 

 

  Le A de Atlantis (visible aussi dans le o de Prométhée), et une référence claire aux Titans via un Prométhée jouant le rôle d'Atlas (soutien la voute céleste) : doit-on y lire une seconde genèse du monde, un retour aux sources radical pour un redémarrage à zéro (A comme Adam, apprenti, etc.) ?



  C’est effectivement une parfaite analyse des codes cachés dans cette couverture,  mais je ne peux toujours pas en dire beaucoup plus, sinon qu'en effet, il y  aura dans cette série une sorte de jeu de piste, on verra cela assez vite, dès le tome 2. La symbolique est très présente dans ce tome 1 et elle n'est pas là par hasard, c'est tout ce que je peux dire. Mais le code principal, celui qui amènera une grosse partie de la révélation et des explications est bien caché dans ce tome 1, mais subtilement implanté, si bien que ce n'est qu'une fois que l'on aura la réponse que cela paraîtra évident. Réponse donc dans quelques années, et quelques tomes !

 


 

  On pourra voir, dans les projets successifs de couvertures, la volonté de rapprocher cet album d’une « chaine » picturale impressionnante : citons notamment le Prométhée enchainé (Rubens - 1611), le Supplice de Prométhée (G. Assereto, XVIIème siècle), Prométhée enchainé (E. Brunet - 1885) et Prométhée (J. Delville - 1907). On y rajoutera la sculpture de James Pradier (1827) visible au Musée du Louvre.


















 


 

 
  Céramique grec, Théâtre, Sculpture, Peinture, Bande Dessinée, Photographie et Infographie : l’Art selon Christophe Bec invoque, dès  son positionnement en couverture, toute la question de la place de la création artistique face à une actualité et un avenir incertains. Le Beau est-il dans le Destruction et le Refondation, ou l’Art doit-il comme, tout Savoir et toute Technique, s’appuyer sur le Passé pour envisager l’Avenir ? La réponse à cette question est à vrai dire recherchée depuis les origines :

 

 
 Ce monde-ci, le même pour tous les êtres, aucun des dieux ni des hommes ne l'a créé ; mais il a toujours été, et il sera un feu toujours vivant, s'allumant avec mesure et s'éteignant avec mesure.

 


 
Son ignorance, mieux vaut la cacher.


        Héraclite, Fragments n° 30 et n°95.

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-      http://www.soleilprod.com/?page=Catalogue.Serie&id=562 : page consacrée à la série (éditions Soleil).

 

-      http://www.phylactu.fr/tag/promethee/ : planches, dossiers et interview de l’auteur.

 

-      http://www.bdtheque.com/interview-christophe-bec-35.html : interview sur le parcours et  l’œuvre de l’auteur.

 

 

 
Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Christophe Bec / Editions Soleil. 2008.

  
  L’interview de l’auteur et les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Christophe Bec.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:30

 

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

XIII Mystery t.01

 

Xavier Dorison et Ralph Meyer

 

Ed. Dargaud, 2008

 

 

Couv-finale.jpg

 

 

 

  Dossier téléchargeable :  http://dl.free.fr/qkEV5b2NR

 

 

 

·        L’intrigue en résumé :

 

         Sur le yacht LadyBee, on attend l'arrivée de XIII qui doit récupérer l'argent de son forfait. Mais l'homme qui arrive n'est pas celui attendu. Après avoir éliminé le personnel de bord, le tueur raconte son histoire à Kim Rowland, maintenue prisonnière sur le bateau, et explique comment il est devenu "La Mangouste"...

 

 

 

 

 Van Hamme, l'écriture dans la peau :

 

 

 

   Imaginée par le romancier et scénariste Jean Van Hamme (auteur des séries Thorgal et Largo Winch) et mise en images par William Vance dès 1984, la saga XIII raconte à l'origine l'histoire d'un inconnu retrouvé sur une plage, blessé par balle à la tempe gauche et ayant le chiffre XIII tatoué au-dessus de la clavicule. Il apparaît ensuite que cet homme a totalement perdu la mémoire des événements antérieurs à son réveil. Commence alors pour lui une quête vers la vérité au cours de laquelle il se verra impliqué dans un complot néofasciste, une révolution en Amérique Latine, pourchassé par des tueurs et par la justice... Il sera aux prises avec tous les « démons » de l'Amérique moderne (assassinat présidentiel (le mythe de John F. Kennedy plane sur le début de l'intrigue), Mafia, CIA, NSA, manipulations politiques de groupes industriels, corruption, Ku Klux Klan, racisme, etc.) au long de sa quête vers la mémoire, se développant sur 19 volumes dont un hors-série et un album spécial (le treizième...) auquel ce spin-off reprend justement le titre (The XIII Mystery, l'enquête, Dargaud 1999) et le prétexte narratif (dresser la fiche signalétique et la jeunesse de chaque personnage).

 

 

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 Saga éminemment populaire, XIII tire sa force d'une trame scénaristique reprise au romancier américain Robert Ludlum dans sa trilogie Jason Bourne (La Mémoire dans la peau, La Mort dans la peau et la Vengeance dans la peau (1980, 1987 et 1990) tous récemment adaptés avec brio au cinéma (de 2002 à 2007), tandis que les premiers albums de BD était adaptés pour le petit écran en une minisérie de deux épisodes. Certains reprocheront cet emprunt « voyant » fait par Van Hamme à Ludlum, mais ce serait à l'évidence réduire l'impact psychologique de la saga XIII, premier thriller adulte de la bande dessinée contemporaine, sur des générations de lecteurs, et nier la création graphique par Vance d'une galerie de personnages désormais emblématiques du genre. Si la trilogie de Ludlum se déroule par ailleurs essentiellement dans le contexte politique des années 1980, Van Hamme a réussi à donner à sa série une valeur dépassant le cadre temporel des années 1980-1990, durée pendant laquelle treize ( !) des dix-neuf albums auront été réalisés.

 

 

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  Après avoir signifié son intention d'arrêter la série et de donner enfin une identité au héros, et après une double parution événementielle en 2007 (les albums 18 (dessiné par Jean Giraud) et 19 (dessiné par William Vance) étant publié chacun à 500 000 exemplaires), Van Hamme s'est posée la question d'une éventuelle série dérivée (spin-off) : cette dernière devait notamment permettre d'éclaircir les origines, la psychologie et les buts des seconds-rôles de la saga.

 

 

  Van Hamme décide donc dès 2007 de garder un œil sur ses personnages avec fonction de directeur de collection. Il reste ainsi garant de la cohérence du titre quand bien même son mot d'ordre reste « Messieurs, étonnez-moi ! ». La règle de XIII Mystery, simple et ludique - mais pas sans risque - n'est pas sans évoquer l'expérience éditoriale menée par les éditions Dupuis sur le personnage de Spirou : un one shot (album unique) par personnage, des auteurs différents pour chaque titre, à charge pour chacun d'apposer sa patte au mythe. Pour ce premier jet, honneur donc à la Mangouste, personnage clef dont les destinées ont été confiées à un duo de choc, le scénariste Xavier Dorison (Le Troisième Testament, Sanctuaire, WEST, Long John Silver) et le dessinateur Ralph Meyer (Berceuse assassine, IAN). Des retrouvailles avec un « méchant » d'anthologie, présent dès les origines de la série (Le Jour du Soleil Noir, Dargaud, 1984), et qui fut définitivement abattu dans l'album Le jugement, paru en 1997 (Dargaud).

 

 

 

 

·      Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-    Quel est le titre de cet album ?

Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-  Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-  Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en

quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent

indiquer un récit du genre « thriller» ou « policier/espionnage » ?

 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

NIVEAU 3

 

-   Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait

elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix.

   

-   Que connote le titre de l’album, La Mangouste ?

 

-   Chercher de la documentation sur le romancier Robert Ludlum et tentez de vous

interroger sur les valeurs morales des deux personnages récurrents de la saga que sont

XIII/ « Jason Bourne » et la Mangouste.

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

La question immédiatement posée par le visuel de ce premier album XIII Mystery est celle du basculement des repères : le lecteur peut-il et doit-il trouver la même motivation à suivre les péripéties d’un criminel (même fictif) qu’il pouvait en avoir à suivre celle du héros traditionnel ? Des romans ou des films récents (Le Dernier Roi d’Ecosse (Kevin Mac Donald , 2006) sur la folie d’Idi Amin Dada ; La chute (Oliver Hirschbiegel, 2004), sur les derniers jours d’Adolf Hitler ; L’instinct de mort et L’ennemi Public n°1 (J.F. Richet, 2008), consacrés à Jacques Mesrine)  ont déjà tenté d’apporter des éléments de réponse à ce genre de questionnement, permettant le plus souvent de mettre en lumière la complexité de la personne humaine, confrontée aux coups du Destin et aux heurts de l’Histoire, et donc d’éviter tout manichéisme primaire. Placé sur l’axe de la parabole universelle plus que sur l’apologie ou la mise en œuvre d’une légende, de tels récits permettent d’approcher l’humain, ses déviances et ses peurs, pour en expliquer au mieux les terribles mécanismes.

 

Concernant La Mangouste, tueur à gages à l’efficacité redoutable, Xavier Dorison comme Ralph Meyer expliquent qu’il s’agissait fort justement de le replacer dans une perspective historique autant qu’un désir de vengeance « justifiable » a minina (dans l’album, les « contrats » du tueur concernent des criminels, pédophiles, maitres-chanteurs, etc.). Le questionnement philosophique est par ailleurs constant sur un double point : celui d’une société incapable de se faire justice elle-même, autant que sur les dérives de la vendetta personnelle…

 

 

logo.jpg

 

 

Revenant sur la genèse graphique de la couverture, Ralph Meyer explique :

 

  En ce qui concerne la couverture de la Mangouste, nous avons su très vite que le logo de XIII serait repris ainsi que la police de William Vance. Dès lors, nous sommes très vite partis, Xavier Dorison et moi, sur une idée très simple : jouer à fond l'utilisation de ces codes graphiques que Vance avait mis en place lui-même sur la série.

  Je pense notamment à ce vert sombre que l'on retrouve dans bon nombre de ses couvertures telles que Toutes les larmes de l'enfer ou Spads. 

 

larmes.jpg

 

spads.jpg

 

 La difficulté fut de trouver quelque chose de narratif dans une image au cadrage très basique : la Mangouste sur un fond vert.

 

 J'ai fait plein de projet au format timbre poste qui pour certains illustraient l'expression "avoir du sang sur les mains".

 

Premier-jet-coul-100dpi.jpg

 

 

Cover1-100dpi.jpg

 

Cover4-100dpi.jpg

 

Cover5-100dpi.jpg

 

couv-mangouste1.jpg

 

 Avec Xavier, nous avons retenu ce point de départ. C'est seulement lors de croquis plus poussés qu'est venue l'idée d'avoir en contre-point du sang, une Mangouste au visage souriant, amical, presque innocent. Dans un premier temps, j'ai eu du mal à trouver le sourire juste. Je restais quand même un peu dans le rictus que l'on connaît de la Mangouste. Mais avec l'aide de Xavier qui en avait une vision très précise, on a finalement trouvé le bon dosage.

 

Je pense que c'est ce contraste qui en fait une couverture qui peut titiller la curiosité…

 

Nous avions donc déjà ce "concept" lorsque nous en avons discuté avec Jean Van hamme et Yves Schlirf (notre éditeur) qui ont accepté notre point de vue et nous ont laissé faire. William Vance était plutôt emballé également par la direction prise.

 

 

 

 

 Ayant eu la tâche difficile de créer « une manière de faire » qui a des chances d’influer sur les futurs visuels des différents albums de XIII Mystery, Dorison et Meyer livrent une couverture forte et effectivement intrigante : le titre de cette nouvelle série insiste sur l’aspect énigmatique tout en  se jouant des connaissances des lecteurs. Ceux-ci, qu’ils connaissent ou pas l’itinérance du personnage-tueur dans la saga originelle, ne manqueront pas de s’interroger sur l’origine du sang maculant la chemise de la Mangouste. Sourire et pose décontracté, arme passée dans la ceinture, ce dernier ne semble pas perturbé par cet état des choses, révélant évidemment le cynisme cruel du personnage : à ceci, le croisement des couleurs froides (vert et bleu) et chaudes (jaune et rouge) donne tout son impact, supplantant ainsi subtilement la simplicité apparente du monde derrière lequel agit le tueur, « habillé » en noir et blanc. Placé en contrepoint et en plan américain, la Mangouste renvoie enfin aux standards du duel cinématographique : si le tueur est dans son rôle d’antagoniste, où est le héros, si ce n’est dans ce jeu de regard amusé échangé comme en reflet avec le lecteur ?

 

Et vous, à la place de ce tueur en devenir, quels choix feriez-vous ?

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

 

-       http://www.treize.com/ : site dédié à la série (éditions Dargaud).

 

 

-      http://www.bdxiii.com/index.html : le site non-officiel de XIII.

 

 

-      Interviews écrites, audio ou vidéo de Van Hamme et Dorison (2007 ou 2008) :

 

http://www.actuabd.com/Xavier-Dorison-1-2-Avec-XIII-on-m-a-confie-un-temple-j-ai-essaye-d-y-ajouter-ma-pierre

 

http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=977

 

 

Programmation des albums  à venir :

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Xavier Dorison -  Raph Meyer/ Editions Dargaud. 2007 et 2008.

 

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Ralph Meyer.

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:25

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

Long John Silver t.01 et t.02 

 

(Xavier Dorison et Matthieu Lauffray)  

Ed. Dargaud, 2007 et 2008. 

 

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Dossier téléchargeable : LongJohnSilver.pdf

 

  

 Les intrigues en résumé :

 

- Tome 1 - Lady Vivian Hastings :

 

 Délaissée par son mari parti découvrir le nouveau monde depuis plusieurs années, Lady Vivian Hastings est restée à Bristol, en Angleterre. Seule ? Pas tout à fait : Vivian, consciente de son charme, ne manque pas de courtisans... Ceux-ci ne connaissent pas sa situation matérielle inquiétante : ruinée bien que toujours propriétaire du domaine et, surtout, enceinte... Tout bascule le jour où Vivian reçoit enfin des nouvelles de son mari, qui lui somme de le rejoindre en Amérique du sud où Lord Hasting aurait découvert le mythique trésor de Guayanacapac ! Acculée, Lady Hastings décide de partir et fait appel, malgré les mises en garde du docteur Livesey, à une bande d'hommes sans foi ni loi dont le chef n'est autre que le redoutable Long John Silver...

 

 

 

  -  Tome 2 - Neptune :

 

 

  Lady Vivian Hastings et Long John Silver ont quitté Bristol afin de traverser l'Atlantique : destination la mythique cité de Guyanacapac... C'est ici, en Amazonie, que Lord Hastings aurait découvert l'or caché de la cité. Mais entre la belle Vivian et le redoutable pirate, les tensions sont fortes, malgré le pacte qui les unit...

 

    

 

  Livres aux Trésors :

 

 

  Roman parmi les plus connus au monde, L'Ile au trésor fut écrit à l'origine par Robert Louis Stevenson d'Octobre 1881 à Janvier 1882, sous forme d'épisodes à destination de la presse. Largement modifié, le récit devient finalement un livre en 1883. Très lucide théoricien du récit et de sa propre pratique, Stevenson exploite tous les ressorts du récit : il procède à la multiplication des narrateurs et des points de vue en insérant dans son récit mémoires ou lettres de personnages, ce qui a pour effet de donner des versions différentes de la même histoire et de laisser ouverte l'appréciation des personnages et des événements comme la signification même du récit. On se souviendra ainsi de la fin « ouverte » de l'Ile au trésor, où le mythique Long John Silver est laissé libre, ayant réussi à fuir : « De Silver, nous n'avons plus jamais entendu parler... ».

 

  Le Cinéma s'empare assez tôt de l'imagerie populaire et romantique du pirate, permettant ainsi des variantes aux serials traditionnels d'Aventure ou de Cape et d'épée (parmi les classiques : L'aigle des mers - Fr. Lloyd, 1924 ; Capitaine Blood - M. Curtiz, 1935 ; Le Corsaire Rouge - R. Siodmak, 1952) L'œuvre de Stevenson est ainsi adaptée dès 1934 dans un remarquable film homonyme réalisé par Victor Fleming, puis en 1952 dans une version produite par les Studios Disney (réalisation de B. Haskin).

 

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Couverture d'une réédition du Livre des Pirates d'Howard Pyle, publié pour la première fois en 1903.

Ci-dessous ; trois illustrations emblématiques de la vision romantique et sauvage du pirate selon Pyle

 

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"Pirates se battant pour un trésor" (1903)

 

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The true Captain Kidd (1902)

 

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Captain Keitt (1907)

 

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Marooned (1909)

(Notes : Le mot "maron" dérive ici du verbe "maronner" (attendre) et désigne l'abandon volontaire d'un marin par son équipage. A distinguer du mot "marronage", qui décrit à l'origine la fuite d'un esclave).

  

 

 

 

 

  Divers illustrateurs et écrivains vont tenter par la suite de donner leurs propres versions de l'itinérance des personnages : citons ici, tout d'abord, les travaux d'illustrations pionniers de l'américain Howard Pyle (1853-1911), qui composa probablement l'archétype visuel du futur pirate hollywoodien (homme cruel à la jambe de bois, ayant perdu un œil, portant un perroquet sur l' épaule et se référant au Jolly Roger, le pavillon noir) au sein de son ouvrage paru en 1903 (Howard Pyle's Book of Pirates). Le plus célèbre élève de Pyle, Newell Convers Wyeth (1882-1945), donna des illustrations d'une qualité jugée exceptionnelle au roman de Stevenson en 1911 : de fait, nul mieux que lui ne sut rendre le souffle épique et le gout du vent marin qui parcourait chaque ligne du récit initial, traversé par l'inquiétante présence de Silver. En 1995, l'écrivain suédois Björn Larson livre une première séquelle de l'Ile au trésor : dans son Long John Silver (publié chez Grasset) Stevenson prend lui-même la plume pour retracer la vie exacte du sinistre personnage décrit par le jeune Jim Hawkins dans le roman initial. L'occasion de se faire entrecroiser le mythe, la fiction et le réel, puisque Silver va croiser le Capitaine Flint, Daniel Defoë (auteur de Robinson Crusoë en 1719 et bien sur tous les personnages de l'Ile au trésor.

 

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Version de L'ile au trésor illustrée par N.C. Wyeth (1911) et exemples d'illustations (ci-dessous)

 

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Billy Bones (1911)

 

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L'otage (1911)

 

 

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  Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

- Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

- Le nom de l'éditeur apparait-il ?

 

- Que représente l'illustration de chacun des albums ? (la décrire)

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ?

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ?  Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ?

 

 

  NIVEAU 2

 

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums.

 

- Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l'illustration. Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «aventure historique»? Cherchez la définition et la signification de «pirate», «corsaire» et « jolly roger».

 

- Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

 NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère chaque couverture. «L'ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère? Expliciter vos choix.

 

- Trouvez en quoi l'un des titres est une référence au roman L'ile au trésor de R.L. Stevenson. Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, le descriptif de la vie de Long John Silver.  En quoi le titre de la série « Long John Silver» peut-il être compris tour à tour comme récit autobiographique, univers de  fiction ou roman historique ?  

 

- Que connote le titre du second album, Neptune ?

 

- Chercher de la documentation sur le monde des pirates et les romans maritimes: retracez la vie de ces personnages, leurs activités et tentez de vous interroger sur leurs valeurs morales.

 

  

 

 Lecture et analyse de la couverture :

 

 

  Dans l'esprit du scénariste Xavier Dorison et du dessinateur Matthieu Lauffray, Long John Silver ne constitue pas une simple « suite » au roman de Stevenson, mais plutôt un hommage appuyé au récit maritime de piraterie tout entier, ainsi qu'à l'imaginaire forgée durant les lectures de l'enfance. Pour les deux hommes, par ailleurs férus de cinéma (Dorison a scénarisé en 2006 le film Les Brigades du Tigre, de Jérôme Cornuau ; Lauffray a notamment effectué des recherches de décors et costumes pour Le Pacte des Loups (C. Gans, 2001) et 10 000 (R. Emmerich, 2008), la série graphique impulsée constitue une exploration de territoires vierges, aux limites des intérêts et de la psychologie de chacun des caractères.

 

  Selon Matthieu Lauffray : "Voila précisément  ce qui nous motive pour cette histoire de pirates, le sentiment d'évidence qui tourne autour de ce genre, puis le constat que style que nous cherchons n'existe pas encore sinon dans nos imaginations. Pour résumer, je dirai que nos pirates seront en grande partie l'opposé de "Pirates des Caraïbes" ou du "Corsaire Rouge". Il ne s'agira pas non plus d'une reconstitution historique véridique. L'idée est de mettre en scène un récit brut, fantasmatique, épique, qui mette en scène le fantasme du pirate, à la manière d'un Howard Pyle par exemple. Le vent du large et les mythiques zone encore blanche de la carte...".

 

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Recherches graphiques et étapes de l'élaboration de la couverture du tome 1 par M. Lauffray (1er dessin, encrage et mise en couleur directe).

 

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  Après un long travail de réécriture et des recherches documentaires poussées, le choix du visuel principal de la couverture ne fut pas un exercice aisé : afin de ne pas décevoir les lecteurs, Dorison et Lauffray optent tout d'abord pour une approche conventionnelle, par le biais d'un dessin sombre et flamboyant mettant en scène le fameux pirate, attablé à l'intérieur d'une taverne fumante devant une carte (au trésor...) et quelques doublons. Ce dessin se retrouvera finalement en fin d'album (puis en couverture du tirage de tête), car, pour mieux rompre avec la dimension iconique du pirate, les auteurs adoptent une posture strictement inverse : un visuel énigmatique et un personnage anonyme perçu de dos, dans un extérieur de prime abord incertain et sous une pluie battante... Couverture immédiatement frappante de par son immense pouvoir d'évocation : si le tricorne et le manteau long renvoient immédiatement les lecteurs de tous âges au XVIIIème siècle, beaucoup remarqueront malgré tout une relation plus ou moins forte entre le titre/sous-titre et le personnage. Homme ou femme, héros ou adversaire, quel est-il ? Plus encore, c'est un renforcement signifiant du récit placé sur un mode crépusculaire qui est ici mis à l'honneur : face à une Nature implacable et hostile - ici et par définition, doublement, la Mer et la forêt équatoriale -, sous une pluie qui renvoie elle-même au codes du genre Noir et du thriller, et face à de blancs oiseaux symboles de liberté et d'inaccessibilité, le monde passéiste et finissant du « pirate » semble littéralement en perdition. L'espace semble déjà avoir avalé son embarcation (visible en bas à gauche), noyée dans le brouillard humide d'un monde aux trésors et à l'avenir incertains.

 

 

 

  Cette couverture semble avoir été (inconsciemment du moins) inspirée par des affiches de films récents, eux-mêmes offerts sur le mode de l'aventure finissante, où des héros fatigués déposent les armes en tentant de dépasser in fine leur propre archétype : voir ainsi le visuel créé par Bill Gold pour Impitoyable (Cl. Eastwood, 1992) ou celui conçu par les Studios The Ant Farm pour Le Nouveau Monde (T. Malick, 2005). Cette conception s'oppose à l'approche classique dernièrement proposée par David Chauvel et Fred Simon sur leur adaptation de l'Ile au trésor (Editions Delcourt, collection Ex-Libris, 2007 et 2008), appuyée sur les illustrations de H. Pyle et N.C. Wyeth.

 

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 Pour le second album de Long John Silver, et dès le visuel, Dorison et Lauffray réinvestissent à proprement parler le monde « mythologique » de la piraterie : au milieu des éléments déchainés, un navire malmené portant le nom du Dieu romain des mers et océans, semblant de fait naviguer à vue à la seule lumière d'une lampe tempête portée par une femme... Soit la triple mise en évidence de la tragédie annoncée, en ce que l'orage, la course folle du navire et de ceux qu'il transporte (dont le malheur personnifié, selon les traditions, par la présence d'une femme à bord) ne peuvent aboutir qu'à un naufrage littéral des corps et des âmes. Selon Matthieu Lauffray : « Un navire est un lieu clos, perdu au cœur d'un grand nulle part. En effet en dépit des apparences, les grands espaces qu'il traverse ne sont qu'illusions inaccessibles. Un récit de navigation est un huis clos en plein air, un univers carcéral sous des airs de plaisance. En réalité, il n'y a ni alternatives, ni échappatoires aux enjeux qui le hantent. Or les circonstances qui ont suscité ce voyage comportent, en elles-mêmes, le nécessaire à une bonne explosion... ».

 

 

 

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   Le choix du logo-titre Long John Silver, calqué sur un pavillon noir semi-fictif puisque forgé en partie par les films hollywoodiens, résumé parfaitement la série, inhérente aux défauts et qualités intrinsèque d'un « héros à l'image faussée » (le pirate) :

 

 

  Xavier Dorison : « À mon sens, la plus grande qualité d'un pirate est d'être un rêveur. Il ne suit pas les voies toutes tracées, il se construit son propre monde et ses propres codes. En cela, il est un champion de la liberté.

 

  Et son plus grand défaut.... Est d'être un rêveur. On ne peut nier indéfiniment la réalité sans en payer les conséquences. De plus, celui qui rêve est, par définition, « ailleurs », loin de réalité. Or, cette vie réelle (pour ne pas dire, la société) est le seul endroit où l'on construit. Silver peut prendre le contrôle de tous les navires, il ne les bâtira jamais. Son exil de la société le condamne à être pillard, jamais architecte ou bâtisseur. »

 

  Matthieu Lauffray : « Un pirate est incapable de se soumettre à un autre système de valeur que celui qu'il a choisi. Il choisit son navire, il choisit sa mission et il nomme son capitaine. Mais là ne s'arrête pas son goût inné du caprice! Il est également indépendant et favorise toujours la joie de l'instant aux rêves des bâtisseurs. Ce choix de vie comporte une réponse possible dans un monde ouvert et distendu qui autorise le joyeux bazar, si violent soit-il ! Puis le temps est venu où notre petit monde n'a plus pu contenir trop de mouvements désordonnés. Le clou qui dépasse, on l'écrase comme disent nos amis chinois. Au final c'est à se demander si ce n'est pas plus une affaire de problèmes de stockage plus que d'idéologie...

 

  Long John me passionne car il a conscience de tout cela, contrairement à la plupart de ses semblables. Il voit la beauté de ce combat perdu d'avance. Cela en fait un jouisseur conscient de la tragédie de son idéal. Il aime l'individu. Il respecte cette lady Hastings car il voit en elle le courage de s'élever, de sortir de sa case. Il se voit en elle bien des années auparavant. Tout comme il aurait voulu léguer ses valeurs au jeune Hawkins puis au jeune Jack O'Kief. Il aimerait que tout cela demeure. Il a peur du vide, peur de la mort, il pleure ce monde qui massacre aveuglement la personnalité au profit du système. »

 

 

 

 

Mythe et fiction, imaginaire et réalité apparaissent comme chevillés au récit de pirate : le logo titre Long John Silver donne toutefois à cet univers baroque et épique finissant toute sa nostalgie mortifère : le nom de l'individu (John) est dévoré par l'image obsédante de la Mort, tandis que ne s'impriment que la légende, liée soit au surnom (Long) soit à l'hypothétique trésor (Silver) enterré dans l'inaccessible cimetière marin du genre. Car, et à l'égal de la fin ouverte de L'ile au trésor, on comprendra que la mer est sans routes et sans explications.

 

 Advienne que pourra !

  

 

 

 Pistes supplémentaires :

 

 

 La série est prévue en 4 tomes, et sera suivie d'une préquelle décrivant les origines de Long John Silver.

 

1. Lady Vivian Hastings (2007)

2. Neptune (2008)

3. Le Labyrinthe d'Emeraude (à paraître)

4. Guyanacapac (à paraître)

 

 

 

- http://www.dargaud.com/longjohnsilver : site dédié des éditions Dargaud.

 

 

- Interviews écrites, audio ou vidéo des auteurs, parues pour la sortie des tomes 1 et 2 :

  http://www.universbd.com/spip.php?article5360 

 

  http://www.expressbd.com/crbst_314.html 

 

  http://www.sceneario.com/sceneario_interview_XDORI.html 

 

 

   http://www.sceneario.com/sceneario_interview_LAUFF.html 

 

   http://www.france5.fr/bd/index.php?id_document=2012&page=bd-bande-dessinee-videos 

 

  http://www.graphivore.be/Interviews/dorison_lauffray.php 

 

  http://www.graphivore.be/news.php?idnews=1657 

 

  http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2606

 

 

- http://www.lauffray.com/: site officiel de Matthieu Lauffray.

 

- http://www.pirates-corsaires.com/: tout sur le monde des pirates et des corsaires.

 

 

 

 

- http://fr.wikipedia.org/wiki/L'%C3%8Ele_au_tr%C3%A9sor: article de l'encyclopédie Wikipédia consacré au roman l'Ile au trésor.

 

 

 

 

- http://www.kiss.qc.ca/Encyclopirate_WEB/Howard-Pyle/H_Pyle.html, http://giam.typepad.com/100_years_of_illustration/howard_pyle_18531911 et http://www.fontcraft.com/artype/pyle/: biographie et illustrations d'Howard Pyle (sites en Français et Anglais)

 

 

 

- http://en.wikipedia.org/wiki/N._C._Wyeth, 

 

http://www.toughton.com/books/treasure/pictures.htm et http://www.artcyclopedia.com/artists/wyeth_nc.html : biographie et illustrations de Newell Convers Wyeth (sites en Anglais)

  

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

  

Images toutes ©Xavier Dorison - Matthieu Lauffray / Editions Dargaud. 2007 et 2008.

 ©Editions Delcourt (Chauvel et Simon, 2007 et 2008)

 

 

Les visuels sont ici reproduits avec l'aimable autorisation de Matthieu Laufray.

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