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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 13:24

   

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

 Quelques jours ensemble

 

 Alcante et Fanny Montgermont


Ed. Dupuis, 2008

 
Collection Aire Libre


 

 

 

 Dossier téléchargeable (format PDF) : http://dl.free.fr/qAPfdQC7l



  
  L'intrigue en résumé :


(Résumé de l'éditeur)

 
Xavier a 35 ans. Un « roi du monde », jouisseur, extraverti, dragueur, patron d'entreprise vivant à 200km/h... Il est aussi brillant que prétentieux et égoïste. Profondément immature, c'est le type même de l'éternel gamin.


 Julien a treize ans. Atteint d'une maladie génétique rare, il a l'aspect d'un vieillard. Ses traitements médicaux lourds - son espérance de vie est très réduite -, ainsi que le regard des gens sur sa différence l'ont fait se replier sur lui-même.


 Julien est le fils de Xavier. Aujourd'hui, ils se rencontrent. Pour la première fois...


 


  Questionnaire pour les élèves :

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.


 NIVEAU 1


 - Quel est le titre de cet album ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?


 - Le nom de l'éditeur apparait-il ? Quel est le nom de la collection ?


 - Que représente l'illustration principale ? (la décrire)


 - Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?


 - Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l'illustration ?
 Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l'image ?



  NIVEAU 2


 - Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après ce titre et ce visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.


 - Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l'illustration. Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « mélo/drame intimiste » (chercher au besoin la définition de ces termes et genres dans un dictionnaire) ?


 - Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?
En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?




 NIVEAU 3


 - Essayez de décrire l'atmosphère de cette couverture. «L'ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.


 - Faites des recherches sur la maladie génétique rare appelée progéria.


 - Argumentez autour de la question suivante : l'acceptation de la différence est-elle une chose aisée ? Tentez de trouver des œuvres (romans, pièces de théâtre, bandes dessinées, films, etc.) en rapport avec cette interrogation.




 Lecture et analyse de la couverture :


 En lisant le titre « Quelques jours ensemble » et en regardant la couverture, le lecteur se dévoile en son propre fort inconscient à la fois peu et beaucoup de l'intrigue.

  Ce « quelques » défini d'abord en effet une lecture temporelle des évènements, autour de la notion de rencontre entre les deux personnages illustrés : soit les caractères ont déjà été amenés à vivre un court moment en commun, soit ce temps est encore en devenir, tandis que la couverture ouvre une troisième voie, située plus proche de nous. Les personnages sont ensembles, dans l'immédiateté et le présent d'une lecture qui va justement se concentrer sur leur rapprochement. On déduira de même de leurs vêtements chauds que l'action se déroule en hiver ou dans un pays froid.


 
 Dans un second temps, le lecteur tentera de définir les deux êtres liés à priori par le mot « ensemble » : là aussi, tout semble à la fois les opposer (grand/petit, beauté/laideur, vêtements de marque ou non, jeu des regards) et les réunir (protecteur/protégé, mains et corps unis, complémentarité des couleurs vestimentaires (noir et couleurs vives pour les deux) comme du port du bonnet. Une lecture rapide y verra l'adulte et l'enfant ou deux étranges frères, mais on n'y détectera aucun signe avant-coureur d'une réelle maladie ou disgrâce physique si ce n'est en s'interrogeant sur le pourquoi du regard fuyant de «l'enfant»...


 
 Sur cette thématique de l'acceptation de la différence, Quelques jours ensemble entre en correspondance avec bien des œuvres : citons ici La Belle et la Bête (J. M. Leprince de Beaumont, 1757), Elephant Man (D. Lynch - 1980), Rain Man (B. Levinson - 1988) et Le Huitième Jour (J. Van Dormael, 1996).


 
 Troisième élément important : le décor et les couleurs. Le contexte est celui de la ville ou de la banlieue, décor terne et inhumain marqué par un faisceau en toile d'araignée de fils électriques et de câbles aériens. Un ciel sombre et nocturne percé par le vague halo d'un lampadaire ne contribue guère à égayer une scène ou les visages des personnages, saisis en contre-plongée, en prêtent pas à sourire. Les premiers visuels de couverture élaborés par la dessinatrice Fanny Montgermont étaient plus lumineux, adoucis par la présence mélancolique de flocons de neige, et circonstancient la lecture à notre propre attention au jeu de regard que s'accordait chaque personnage l'un envers l'autre.





Travaux de recherches pour le visuel de couverture.




  Revenant sur la genèse graphique de la couverture, Fanny Montgermont explique :


 
 Comment concevez-vous vos visuels de couvertures ? Y réfléchissez-vous longuement, à partir d'une image/case précise, ou la réalisez vous à "l'instinct" ?


Je les conçois à "l'instinct", selon la façon dont je ressens les personnages.



 Différentes recherches, différentes études, différents projets repoussés par l'éditeur : lesquels et pour quelles raisons ?


  Il n'y a eu qu'une proposition avant la définitive, avec des essais de deux ambiances colorées différentes. Le graphiste qui travaillait sur la maquette trouvait que l'idée de "rencontre fortuite" en racontait trop sur l'histoire. Il m'a orienté vers une idée de "relation" entre les deux personnages. J'ai ensuite fait un croquis sur fond blanc, puis le graphiste y a placé un fond bleu uni qui a plu à tout le monde, il ne me restait plus qu'à en faire un décor, sobre.


  La neige, l'Hiver et le Temps : un élément graphique d'importance ?


 C'est surtout pour donner l'ambiance générale de l'histoire, la neige était là pour rappeler une scène clef.

 


  Sur la couverture finalisée, l'ambiance, froide, situe les personnages dans une sorte de péril inexplicable : le lecteur ne sait encore où situer la menace, mais devine une histoire où est mis en exergue l'enfermement psychologique d'une situation sociale difficilement gérable. En « lisant » le décor, connoté à la manière d'une prison, si ce n'est à l'image d'un camp de concentration, toutes mesures gardées (on y verra notamment les lignes de clôtures et bâtiments-dortoirs, ainsi que le rachitisme et l'épuisement physique et moral de survivants « en sursis »), l'histoire prend une tournure véritablement dramatique : rassuré et inquiet sur le temps accordé au bonheur (« quelques jours... »), le lecteur est mis en face de sa propre solitude, notamment face aux cases traversées par son propre parcours temporel dans l'album. « Ensemble », et avec les personnages, pendant quelques pages, jusqu'au bout de l'histoire et avant que d'être poussé à la relire. Dans la connaissance intime des deux personnages s'instaure un rapport apposé en creux dès le visuel : il s'agit de voir, de croiser un regard, d'aller plus loin vers l'autre, cet inconnu...


  Un acte simple, tendre, complexe ou cruel, selon le temps que l'on peut ou que l'on souhaite y accorder...

 

 



  Pistes supplémentaires :


http://www.bodoi.info/a-la-une/2008-12-18/alcante-et-fanny-montgermont-osent-le-melodrame/9306 : chronique de l'album et interview des auteurs sur le site du magazine Bodoï.


- http://www.actuabd.com/Quelques-jours-ensemble-Par-Alcante-F-Montgermont-Dupuis-Aire-Libre : chronique et critique de l'album sur le site Actua BD.


- http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-dossiers&id_article=607 : dossier consacré à l'album sur le site France 5 BD.


- http://piscosour.free.fr/numero5/parleavecelle.html : interview et portrait de Fanny Montgermont (2005).


- http://fr.wikipedia.org/wiki/Prog%C3%A9ria : article de l'encyclopédie Wikipédia consacré à la progéria.


- http://195.115.141.14/biblio-filmo/biblio-filmo.php?fichier=handicap.xml : réflexion sur la représentation du handicap physique au cinéma et filmographie en correspondance.


- http://193.48.79.10/cg06_v3/cms/cgj06/upload/File/bd-handicap.pdf : plaquette BD sur le thème du handicap, éditée par le Conseil Général des Alpes Maritimes.

 

 

 

 

 



Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©F. Montgermont / Editions Dupuis. 2008.


Les paroles de Fanny Montgermont et les visuels sont ici reproduits avec l'aimable autorisation des auteurs.


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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 10:45

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Prométhée t.01 :

Atlantis
 


Christophe Bec

 

Ed. Soleil, 2008



 

Dossier téléchargeable : http://dl.free.fr/utRo1GTSE


·       L’intrigue en résumé :

 

(Résumé de l’éditeur) :

 

 13h13 min

 21 Septembre 2019

 La navette Atlantis disparaît mystérieusement des écrans de contrôle lors de son dernier vol.

 

 22 Septembre 2019

 Toutes les montres et les horloges de la planète s’arrêtent.

 Au même moment, le mécanisme d’Anticythère, un étrange astrolabe datant de la Grèce Antique, se met en marche alors qu’aucun scientifique n’y était parvenu jusqu’à présent.


 23 Septembre 2019

 La navette Atlantis réapparaît et atterrit à Cap Canaveral, un survivant est à bord : le commandant de la mission,

en état de choc au milieu des cadavres déchiquetés du reste de l’équipage.

 

 24 Septembre 2019


 Un sous-marin nucléaire américain capte l’écho sonar d’un U-boat de l’armée allemande disparu soixante-huit ans plus tôt…


 Un chalutier voit apparaître devant lui la monumentale coque du Titanic, disparu au même endroit, à 650 km au Sud-Est de Terre-Neuve.


 Alors que partout, les avions s’écrasent et que l’apocalypse s’abat sur la planète entière, le futur de l’Humanité semble soudain plonger dans les ténèbres, présageant le pire pour notre civilisation.

 

 

 

·      Le mythe prométhéen en perspective :

 

  Dans la Mythologie grecque, Prométhée (le Prévoyant) est un Titan, frère notamment d’Atlas, qui aida les futurs Dieux de l’Olympe à vaincre les Immortels, dont le terrifiant Cronos.  Vainqueur, Zeus créé par la suite la race humaine, à laquelle il enseigne l’architecture, l’astronomie, la navigation, les mathématiques, la médecine et la métallurgie. S’irritant finalement de leurs talents, Zeus décide d’exterminer sa propre création, chose à laquelle s’oppose Prométhée, surnommé à l’occasion le Philanthrope (amoureux de l’Humanité). Prométhée trompe Zeus sur le partage de nourriture entre Humains et Dieux, puis vole le feu sacré pour l’amener à la race humaine et lui apprendre les Arts et les Sciences. Pour le punir, Zeus le fit enchaîner sur un rocher isolé, dans le Caucase, où un aigle chaque jour venait lui dévorer le foie. Le supplice, supposé éternel, est arrêté le jour où Héraclès abattit l'aigle avec son arc. Pour ne pas déroger à son serment sacré, Prométhée gardera néanmoins tout sa vie avec lui une bague forgée avec le fer de ses chaines, ainsi qu’un morceau de roche caucasienne.





 Les auteurs de la Grèce Antique comme les mythes et légendes du monde entier ont donné différentes versions du voleur du feu divin. Ainsi, selon la Théogonie d’Hésiode (poète grec du VIIème siècle av. J.C.), Prométhée est lui-même le créateur des humains, à partir d’une motte d’argile. Eschyle (vers - 526 / - 456 av. J.C.) consacre quant à lui une trilogie au mythe, dont nous n’avons conservé que la première partie de manière complète (Prométhée enchainé, suivi de Prométhée délivré et Prométhée porte-feu). Dans la philosophie platonicienne, l’histoire du Titan devient une métaphore de l’apport de la connaissance aux hommes, concept que l’on retrouvera plus tard aussi bien dans le Christianisme (Adam et Eve chassés du Paradis),  ou tout autant chez les Inuits de l’Arctique que chez les Aborigènes australiens.


 

  Le mythe prométhéen énonce un double problème : celui  d’abord, du choix entre bonheur naturel inconscient et lutte pour le progrès technique, et celui, ensuite, de la croissance et de la démesure du pouvoir des Hommes, potentiellement destructeur. Cette hybris, ou folle volonté d’égaler les Dieux, se double d’un conflit œdipien profond : qui, du Créateur ou de la créature, devra finalement survivre, transmettre la vie aux générations futures et ainsi légitimer ses propres actions ?

 

 


 
Questionnaire pour les élèves :


La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 


NIVEAU 1

 

-    Quels sont le titre et le sous-titre de cet album ?
Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-  Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?
Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-   Trouvez le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « anticipation » (chercher au besoin la définition de ce terme dans un dictionnaire) ?

 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

-   Essayez de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Explicitez vos choix.

 

-    Faites des recherches sur le Mythe de Prométhée et le mécanisme d’Anticythère.

 

-    Argumentez autour de la question suivante : le Progrès et la Connaissance sont-ils dangereux pour l’avenir de l’Humanité ? Tentez de trouver des œuvres (romans, pièces de théâtre, bandes dessinées, films, etc.) en rapport avec cette interrogation.

 



  Lecture et analyse de la couverture :

 

Outre un titre renvoyant diversement et sans doute confusément aux mythologies antiques, le lecteur de Prométhée t.01 : Atlantis devrait vraisemblablement se poser la question du genre auquel se réfère l’album : aventure, historique, fantastique et science-fiction seront sans doute les réponses les  plus immédiates, sans excluer ni la notion de thriller ni celle de polar ésotérique, deux modes récentes venant rattacher l’œuvre à l’univers littéraire et filmique américain.

 


  En y regardant de plus près, ce même lecteur s’apercevra fort justement que le monde des couvertures de bande dessinée et  des affiches de films sont décidemment deux univers de pus en plus proches : l’ultra réalisme du dessin favorise cette conception, ainsi que la reprise d’un standard du genre, celle de la métropole américaine ravagée par une force supérieure, qu’elle soit d’origine naturelle ou non. Quelque part entre la documentation liée aux attentats du 11 Septembre 2001, la fiction des effets spéciaux du cinéma hollywoodien (on citera les destructions récurrentes de New-York visibles dans Armageddon (M. Bay - 1998), Indépendance Day (R. Emmerich - 1996), Deep Impact (M. Leder - 1998) ou Je suis une légende (F. Lawrence - 2007) et la reprise du mythe de l’Atlantide, la partie inférieure du visuel est largement évocatrice. On y repérera surtout un lien discret entre Passé (Atlantide et Atlas), Présent (la navette spatiale américaine Atlantis) et Futur (le sort de l’Humanité, soutenu ou non par Atlas…) qui permet de mettre en abyme le mythe prométhéen précédemment évoqué.








 

  Prométhée
, justement, visible et duel (titré et incarné), en proie à son combat perpétuel contre le Temps et devant, en parallèle, affronter son destin de supplicié (mort et régénération) : il devient par là-même l’image en reflet du Héros traditionnel, l’histoire de la série étant indiquée en creux : une lutte contre la montre ou les éléments pour sauver l’Humanité courant à sa perte. L’homme est cependant démuni (nu) dans cette lutte terrifiante et devra en quelque sorte percer les mystères du temps et de l’espace, symbolisés ici par une horloge à priori énigmatique pour un non-spécialiste de langue grecque.

 


 (Suite et fin de cette analyse dans la partie 2 :

  
http://couverturedebd.over-blog.com/article-25504991.html)


 
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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 10:40

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Prométhée t.01 :

Atlantis

 


Christophe Bec

 

Ed. Soleil, 2008

 

 


 (Première partie de cette analyse :

http://couverturedebd.over-blog.com/article-25504874.html )

 

 

·  

Revenant sur la genèse graphique de la couverture (cf. le dossier et l’interview déjà disponibles sur ce blog : http://couverturedebd.over-blog.com/article-25061420.html), Christophe Bec explique :

 


 
En se basant sur la couverture, le lecteur potentiel ne peut que deviner un ensemble d'éléments reliés au genre "catastrophe" (temps compté, humanité condamnée par les dieux, ville et buildings en ruine à la manière du "11 Septembre") : le sous-titre l'engage cependant sur le terrain des grandes énigmes (l'Atlantide), voir du paranormal. Un choix voulu ?



  Le titre de ce tome 1 "Atlantis" vient avant tout de la navette du même nom. Ensuite, l'histoire de Prométhée semble liée à la mythologie grecque et Platon notamment a écrit des textes sur cette cité. Y'a t-il un lien réel ? Je ne peux bien évidemment rien révéler sur la chose à ce stade. Ensuite il est juste d'y voir un lien avec les "films catastrophes", j’ai en effet un peu monté ce tome 1 comme un film de ce genre : une montée en puissance de présages puis d'évènements mineurs qui vont conduire à une catastrophe de plus grande ampleur, et présentation de chacun des personnages sur lesquels on va se concentrer afin de faire vivre l'histoire plus de l'intérieur face aux évènements planétaires. Le micro et la macro en quelques sortes. Déjà, certains lecteurs imaginent que tous les personnages vont être amenés à se croiser... là non plus je ne répondrai pas, même si c'est une forte probabilité. La question est si cela s'avérait juste : dans quelles circonstances ?


 

  Ce Prométhée est en lui-même un mystère : on devine le narrateur omniscient, voir le héros mythologique prêt une seconde fois à secourir les hommes contre le Destin imposé par les "Dieux", mais d'où vient-il au juste, de quel élément graphique (Rubens ?) s'inspire t-il ?

 
  J'ai déjà répondu à cette question (notes : voir lien et dossier proposés plus haut), j'ignore la source exacte, mais le style ne semble pas être du Rubens par contre ! J’ai utilisé ici une œuvre citée sur Internet mais dont je n’ai jamais retrouvé la source exacte…

 

 

  Le rapport au temps de la cité semble destructeur : on songe donc à l'Atlantide, Pompéi, Lisbonne, San Francisco ou New York, ainsi qu'aux Merveilles du Monde détruites et aux civilisations disparues. La couverture cherche-t-elle à engager un rapport à l'Anticipation dans cette voie ?

 
  Bien entendu, mais là encore je ne peux rien révéler sous peine de dévoiler de futurs rebondissements de mon histoire, mais la remarque est tout à fait juste. Il est clair que cette image de ville détruite en couverture et plus qu'un simple présage, peut être la vision d'un futur proche ?

 

 

  Le A de Atlantis (visible aussi dans le o de Prométhée), et une référence claire aux Titans via un Prométhée jouant le rôle d'Atlas (soutien la voute céleste) : doit-on y lire une seconde genèse du monde, un retour aux sources radical pour un redémarrage à zéro (A comme Adam, apprenti, etc.) ?



  C’est effectivement une parfaite analyse des codes cachés dans cette couverture,  mais je ne peux toujours pas en dire beaucoup plus, sinon qu'en effet, il y  aura dans cette série une sorte de jeu de piste, on verra cela assez vite, dès le tome 2. La symbolique est très présente dans ce tome 1 et elle n'est pas là par hasard, c'est tout ce que je peux dire. Mais le code principal, celui qui amènera une grosse partie de la révélation et des explications est bien caché dans ce tome 1, mais subtilement implanté, si bien que ce n'est qu'une fois que l'on aura la réponse que cela paraîtra évident. Réponse donc dans quelques années, et quelques tomes !

 


 

  On pourra voir, dans les projets successifs de couvertures, la volonté de rapprocher cet album d’une « chaine » picturale impressionnante : citons notamment le Prométhée enchainé (Rubens - 1611), le Supplice de Prométhée (G. Assereto, XVIIème siècle), Prométhée enchainé (E. Brunet - 1885) et Prométhée (J. Delville - 1907). On y rajoutera la sculpture de James Pradier (1827) visible au Musée du Louvre.


















 


 

 
  Céramique grec, Théâtre, Sculpture, Peinture, Bande Dessinée, Photographie et Infographie : l’Art selon Christophe Bec invoque, dès  son positionnement en couverture, toute la question de la place de la création artistique face à une actualité et un avenir incertains. Le Beau est-il dans le Destruction et le Refondation, ou l’Art doit-il comme, tout Savoir et toute Technique, s’appuyer sur le Passé pour envisager l’Avenir ? La réponse à cette question est à vrai dire recherchée depuis les origines :

 

 
 Ce monde-ci, le même pour tous les êtres, aucun des dieux ni des hommes ne l'a créé ; mais il a toujours été, et il sera un feu toujours vivant, s'allumant avec mesure et s'éteignant avec mesure.

 


 
Son ignorance, mieux vaut la cacher.


        Héraclite, Fragments n° 30 et n°95.

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

-      http://www.soleilprod.com/?page=Catalogue.Serie&id=562 : page consacrée à la série (éditions Soleil).

 

-      http://www.phylactu.fr/tag/promethee/ : planches, dossiers et interview de l’auteur.

 

-      http://www.bdtheque.com/interview-christophe-bec-35.html : interview sur le parcours et  l’œuvre de l’auteur.

 

 

 
Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Christophe Bec / Editions Soleil. 2008.

  
  L’interview de l’auteur et les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Christophe Bec.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:30

 

DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

XIII Mystery t.01

 

Xavier Dorison et Ralph Meyer

 

Ed. Dargaud, 2008

 

 

Couv-finale.jpg

 

 

 

  Dossier téléchargeable :  http://dl.free.fr/qkEV5b2NR

 

 

 

·        L’intrigue en résumé :

 

         Sur le yacht LadyBee, on attend l'arrivée de XIII qui doit récupérer l'argent de son forfait. Mais l'homme qui arrive n'est pas celui attendu. Après avoir éliminé le personnel de bord, le tueur raconte son histoire à Kim Rowland, maintenue prisonnière sur le bateau, et explique comment il est devenu "La Mangouste"...

 

 

 

 

 Van Hamme, l'écriture dans la peau :

 

 

 

   Imaginée par le romancier et scénariste Jean Van Hamme (auteur des séries Thorgal et Largo Winch) et mise en images par William Vance dès 1984, la saga XIII raconte à l'origine l'histoire d'un inconnu retrouvé sur une plage, blessé par balle à la tempe gauche et ayant le chiffre XIII tatoué au-dessus de la clavicule. Il apparaît ensuite que cet homme a totalement perdu la mémoire des événements antérieurs à son réveil. Commence alors pour lui une quête vers la vérité au cours de laquelle il se verra impliqué dans un complot néofasciste, une révolution en Amérique Latine, pourchassé par des tueurs et par la justice... Il sera aux prises avec tous les « démons » de l'Amérique moderne (assassinat présidentiel (le mythe de John F. Kennedy plane sur le début de l'intrigue), Mafia, CIA, NSA, manipulations politiques de groupes industriels, corruption, Ku Klux Klan, racisme, etc.) au long de sa quête vers la mémoire, se développant sur 19 volumes dont un hors-série et un album spécial (le treizième...) auquel ce spin-off reprend justement le titre (The XIII Mystery, l'enquête, Dargaud 1999) et le prétexte narratif (dresser la fiche signalétique et la jeunesse de chaque personnage).

 

 

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 Saga éminemment populaire, XIII tire sa force d'une trame scénaristique reprise au romancier américain Robert Ludlum dans sa trilogie Jason Bourne (La Mémoire dans la peau, La Mort dans la peau et la Vengeance dans la peau (1980, 1987 et 1990) tous récemment adaptés avec brio au cinéma (de 2002 à 2007), tandis que les premiers albums de BD était adaptés pour le petit écran en une minisérie de deux épisodes. Certains reprocheront cet emprunt « voyant » fait par Van Hamme à Ludlum, mais ce serait à l'évidence réduire l'impact psychologique de la saga XIII, premier thriller adulte de la bande dessinée contemporaine, sur des générations de lecteurs, et nier la création graphique par Vance d'une galerie de personnages désormais emblématiques du genre. Si la trilogie de Ludlum se déroule par ailleurs essentiellement dans le contexte politique des années 1980, Van Hamme a réussi à donner à sa série une valeur dépassant le cadre temporel des années 1980-1990, durée pendant laquelle treize ( !) des dix-neuf albums auront été réalisés.

 

 

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  Après avoir signifié son intention d'arrêter la série et de donner enfin une identité au héros, et après une double parution événementielle en 2007 (les albums 18 (dessiné par Jean Giraud) et 19 (dessiné par William Vance) étant publié chacun à 500 000 exemplaires), Van Hamme s'est posée la question d'une éventuelle série dérivée (spin-off) : cette dernière devait notamment permettre d'éclaircir les origines, la psychologie et les buts des seconds-rôles de la saga.

 

 

  Van Hamme décide donc dès 2007 de garder un œil sur ses personnages avec fonction de directeur de collection. Il reste ainsi garant de la cohérence du titre quand bien même son mot d'ordre reste « Messieurs, étonnez-moi ! ». La règle de XIII Mystery, simple et ludique - mais pas sans risque - n'est pas sans évoquer l'expérience éditoriale menée par les éditions Dupuis sur le personnage de Spirou : un one shot (album unique) par personnage, des auteurs différents pour chaque titre, à charge pour chacun d'apposer sa patte au mythe. Pour ce premier jet, honneur donc à la Mangouste, personnage clef dont les destinées ont été confiées à un duo de choc, le scénariste Xavier Dorison (Le Troisième Testament, Sanctuaire, WEST, Long John Silver) et le dessinateur Ralph Meyer (Berceuse assassine, IAN). Des retrouvailles avec un « méchant » d'anthologie, présent dès les origines de la série (Le Jour du Soleil Noir, Dargaud, 1984), et qui fut définitivement abattu dans l'album Le jugement, paru en 1997 (Dargaud).

 

 

 

 

·      Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

-    Quel est le titre de cet album ?

Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

-  Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

-  Que représente l’illustration principale ? (la décrire)

 

-  Quelles sont les couleurs dominantes de cette couverture ?

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

 

NIVEAU 2

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ce titre et ce visuel, imaginez en

quelques lignes quel pourrait être le récit de cet album.

 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent

indiquer un récit du genre « thriller» ou « policier/espionnage » ?

 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

NIVEAU 3

 

-   Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» générale vous parait

elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix.

   

-   Que connote le titre de l’album, La Mangouste ?

 

-   Chercher de la documentation sur le romancier Robert Ludlum et tentez de vous

interroger sur les valeurs morales des deux personnages récurrents de la saga que sont

XIII/ « Jason Bourne » et la Mangouste.

 

 

 

·     Lecture et analyse de la couverture :

 

La question immédiatement posée par le visuel de ce premier album XIII Mystery est celle du basculement des repères : le lecteur peut-il et doit-il trouver la même motivation à suivre les péripéties d’un criminel (même fictif) qu’il pouvait en avoir à suivre celle du héros traditionnel ? Des romans ou des films récents (Le Dernier Roi d’Ecosse (Kevin Mac Donald , 2006) sur la folie d’Idi Amin Dada ; La chute (Oliver Hirschbiegel, 2004), sur les derniers jours d’Adolf Hitler ; L’instinct de mort et L’ennemi Public n°1 (J.F. Richet, 2008), consacrés à Jacques Mesrine)  ont déjà tenté d’apporter des éléments de réponse à ce genre de questionnement, permettant le plus souvent de mettre en lumière la complexité de la personne humaine, confrontée aux coups du Destin et aux heurts de l’Histoire, et donc d’éviter tout manichéisme primaire. Placé sur l’axe de la parabole universelle plus que sur l’apologie ou la mise en œuvre d’une légende, de tels récits permettent d’approcher l’humain, ses déviances et ses peurs, pour en expliquer au mieux les terribles mécanismes.

 

Concernant La Mangouste, tueur à gages à l’efficacité redoutable, Xavier Dorison comme Ralph Meyer expliquent qu’il s’agissait fort justement de le replacer dans une perspective historique autant qu’un désir de vengeance « justifiable » a minina (dans l’album, les « contrats » du tueur concernent des criminels, pédophiles, maitres-chanteurs, etc.). Le questionnement philosophique est par ailleurs constant sur un double point : celui d’une société incapable de se faire justice elle-même, autant que sur les dérives de la vendetta personnelle…

 

 

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Revenant sur la genèse graphique de la couverture, Ralph Meyer explique :

 

  En ce qui concerne la couverture de la Mangouste, nous avons su très vite que le logo de XIII serait repris ainsi que la police de William Vance. Dès lors, nous sommes très vite partis, Xavier Dorison et moi, sur une idée très simple : jouer à fond l'utilisation de ces codes graphiques que Vance avait mis en place lui-même sur la série.

  Je pense notamment à ce vert sombre que l'on retrouve dans bon nombre de ses couvertures telles que Toutes les larmes de l'enfer ou Spads. 

 

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 La difficulté fut de trouver quelque chose de narratif dans une image au cadrage très basique : la Mangouste sur un fond vert.

 

 J'ai fait plein de projet au format timbre poste qui pour certains illustraient l'expression "avoir du sang sur les mains".

 

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 Avec Xavier, nous avons retenu ce point de départ. C'est seulement lors de croquis plus poussés qu'est venue l'idée d'avoir en contre-point du sang, une Mangouste au visage souriant, amical, presque innocent. Dans un premier temps, j'ai eu du mal à trouver le sourire juste. Je restais quand même un peu dans le rictus que l'on connaît de la Mangouste. Mais avec l'aide de Xavier qui en avait une vision très précise, on a finalement trouvé le bon dosage.

 

Je pense que c'est ce contraste qui en fait une couverture qui peut titiller la curiosité…

 

Nous avions donc déjà ce "concept" lorsque nous en avons discuté avec Jean Van hamme et Yves Schlirf (notre éditeur) qui ont accepté notre point de vue et nous ont laissé faire. William Vance était plutôt emballé également par la direction prise.

 

 

 

 

 Ayant eu la tâche difficile de créer « une manière de faire » qui a des chances d’influer sur les futurs visuels des différents albums de XIII Mystery, Dorison et Meyer livrent une couverture forte et effectivement intrigante : le titre de cette nouvelle série insiste sur l’aspect énigmatique tout en  se jouant des connaissances des lecteurs. Ceux-ci, qu’ils connaissent ou pas l’itinérance du personnage-tueur dans la saga originelle, ne manqueront pas de s’interroger sur l’origine du sang maculant la chemise de la Mangouste. Sourire et pose décontracté, arme passée dans la ceinture, ce dernier ne semble pas perturbé par cet état des choses, révélant évidemment le cynisme cruel du personnage : à ceci, le croisement des couleurs froides (vert et bleu) et chaudes (jaune et rouge) donne tout son impact, supplantant ainsi subtilement la simplicité apparente du monde derrière lequel agit le tueur, « habillé » en noir et blanc. Placé en contrepoint et en plan américain, la Mangouste renvoie enfin aux standards du duel cinématographique : si le tueur est dans son rôle d’antagoniste, où est le héros, si ce n’est dans ce jeu de regard amusé échangé comme en reflet avec le lecteur ?

 

Et vous, à la place de ce tueur en devenir, quels choix feriez-vous ?

 

 

 

 

·     Pistes supplémentaires :

 

 

-       http://www.treize.com/ : site dédié à la série (éditions Dargaud).

 

 

-      http://www.bdxiii.com/index.html : le site non-officiel de XIII.

 

 

-      Interviews écrites, audio ou vidéo de Van Hamme et Dorison (2007 ou 2008) :

 

http://www.actuabd.com/Xavier-Dorison-1-2-Avec-XIII-on-m-a-confie-un-temple-j-ai-essaye-d-y-ajouter-ma-pierre

 

http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=977

 

 

Programmation des albums  à venir :

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Xavier Dorison -  Raph Meyer/ Editions Dargaud. 2007 et 2008.

 

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Ralph Meyer.

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:25

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

Long John Silver t.01 et t.02 

 

(Xavier Dorison et Matthieu Lauffray)  

Ed. Dargaud, 2007 et 2008. 

 

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Dossier téléchargeable : LongJohnSilver.pdf

 

  

 Les intrigues en résumé :

 

- Tome 1 - Lady Vivian Hastings :

 

 Délaissée par son mari parti découvrir le nouveau monde depuis plusieurs années, Lady Vivian Hastings est restée à Bristol, en Angleterre. Seule ? Pas tout à fait : Vivian, consciente de son charme, ne manque pas de courtisans... Ceux-ci ne connaissent pas sa situation matérielle inquiétante : ruinée bien que toujours propriétaire du domaine et, surtout, enceinte... Tout bascule le jour où Vivian reçoit enfin des nouvelles de son mari, qui lui somme de le rejoindre en Amérique du sud où Lord Hasting aurait découvert le mythique trésor de Guayanacapac ! Acculée, Lady Hastings décide de partir et fait appel, malgré les mises en garde du docteur Livesey, à une bande d'hommes sans foi ni loi dont le chef n'est autre que le redoutable Long John Silver...

 

 

 

  -  Tome 2 - Neptune :

 

 

  Lady Vivian Hastings et Long John Silver ont quitté Bristol afin de traverser l'Atlantique : destination la mythique cité de Guyanacapac... C'est ici, en Amazonie, que Lord Hastings aurait découvert l'or caché de la cité. Mais entre la belle Vivian et le redoutable pirate, les tensions sont fortes, malgré le pacte qui les unit...

 

    

 

  Livres aux Trésors :

 

 

  Roman parmi les plus connus au monde, L'Ile au trésor fut écrit à l'origine par Robert Louis Stevenson d'Octobre 1881 à Janvier 1882, sous forme d'épisodes à destination de la presse. Largement modifié, le récit devient finalement un livre en 1883. Très lucide théoricien du récit et de sa propre pratique, Stevenson exploite tous les ressorts du récit : il procède à la multiplication des narrateurs et des points de vue en insérant dans son récit mémoires ou lettres de personnages, ce qui a pour effet de donner des versions différentes de la même histoire et de laisser ouverte l'appréciation des personnages et des événements comme la signification même du récit. On se souviendra ainsi de la fin « ouverte » de l'Ile au trésor, où le mythique Long John Silver est laissé libre, ayant réussi à fuir : « De Silver, nous n'avons plus jamais entendu parler... ».

 

  Le Cinéma s'empare assez tôt de l'imagerie populaire et romantique du pirate, permettant ainsi des variantes aux serials traditionnels d'Aventure ou de Cape et d'épée (parmi les classiques : L'aigle des mers - Fr. Lloyd, 1924 ; Capitaine Blood - M. Curtiz, 1935 ; Le Corsaire Rouge - R. Siodmak, 1952) L'œuvre de Stevenson est ainsi adaptée dès 1934 dans un remarquable film homonyme réalisé par Victor Fleming, puis en 1952 dans une version produite par les Studios Disney (réalisation de B. Haskin).

 

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Couverture d'une réédition du Livre des Pirates d'Howard Pyle, publié pour la première fois en 1903.

Ci-dessous ; trois illustrations emblématiques de la vision romantique et sauvage du pirate selon Pyle

 

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"Pirates se battant pour un trésor" (1903)

 

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The true Captain Kidd (1902)

 

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Captain Keitt (1907)

 

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Marooned (1909)

(Notes : Le mot "maron" dérive ici du verbe "maronner" (attendre) et désigne l'abandon volontaire d'un marin par son équipage. A distinguer du mot "marronage", qui décrit à l'origine la fuite d'un esclave).

  

 

 

 

 

  Divers illustrateurs et écrivains vont tenter par la suite de donner leurs propres versions de l'itinérance des personnages : citons ici, tout d'abord, les travaux d'illustrations pionniers de l'américain Howard Pyle (1853-1911), qui composa probablement l'archétype visuel du futur pirate hollywoodien (homme cruel à la jambe de bois, ayant perdu un œil, portant un perroquet sur l' épaule et se référant au Jolly Roger, le pavillon noir) au sein de son ouvrage paru en 1903 (Howard Pyle's Book of Pirates). Le plus célèbre élève de Pyle, Newell Convers Wyeth (1882-1945), donna des illustrations d'une qualité jugée exceptionnelle au roman de Stevenson en 1911 : de fait, nul mieux que lui ne sut rendre le souffle épique et le gout du vent marin qui parcourait chaque ligne du récit initial, traversé par l'inquiétante présence de Silver. En 1995, l'écrivain suédois Björn Larson livre une première séquelle de l'Ile au trésor : dans son Long John Silver (publié chez Grasset) Stevenson prend lui-même la plume pour retracer la vie exacte du sinistre personnage décrit par le jeune Jim Hawkins dans le roman initial. L'occasion de se faire entrecroiser le mythe, la fiction et le réel, puisque Silver va croiser le Capitaine Flint, Daniel Defoë (auteur de Robinson Crusoë en 1719 et bien sur tous les personnages de l'Ile au trésor.

 

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Version de L'ile au trésor illustrée par N.C. Wyeth (1911) et exemples d'illustations (ci-dessous)

 

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Billy Bones (1911)

 

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L'otage (1911)

 

 

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  Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

NIVEAU 1

 

- Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

- Le nom de l'éditeur apparait-il ?

 

- Que représente l'illustration de chacun des albums ? (la décrire)

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ?

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ?  Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ?

 

 

  NIVEAU 2

 

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums.

 

- Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l'illustration. Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «aventure historique»? Cherchez la définition et la signification de «pirate», «corsaire» et « jolly roger».

 

- Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

 NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère chaque couverture. «L'ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère? Expliciter vos choix.

 

- Trouvez en quoi l'un des titres est une référence au roman L'ile au trésor de R.L. Stevenson. Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, le descriptif de la vie de Long John Silver.  En quoi le titre de la série « Long John Silver» peut-il être compris tour à tour comme récit autobiographique, univers de  fiction ou roman historique ?  

 

- Que connote le titre du second album, Neptune ?

 

- Chercher de la documentation sur le monde des pirates et les romans maritimes: retracez la vie de ces personnages, leurs activités et tentez de vous interroger sur leurs valeurs morales.

 

  

 

 Lecture et analyse de la couverture :

 

 

  Dans l'esprit du scénariste Xavier Dorison et du dessinateur Matthieu Lauffray, Long John Silver ne constitue pas une simple « suite » au roman de Stevenson, mais plutôt un hommage appuyé au récit maritime de piraterie tout entier, ainsi qu'à l'imaginaire forgée durant les lectures de l'enfance. Pour les deux hommes, par ailleurs férus de cinéma (Dorison a scénarisé en 2006 le film Les Brigades du Tigre, de Jérôme Cornuau ; Lauffray a notamment effectué des recherches de décors et costumes pour Le Pacte des Loups (C. Gans, 2001) et 10 000 (R. Emmerich, 2008), la série graphique impulsée constitue une exploration de territoires vierges, aux limites des intérêts et de la psychologie de chacun des caractères.

 

  Selon Matthieu Lauffray : "Voila précisément  ce qui nous motive pour cette histoire de pirates, le sentiment d'évidence qui tourne autour de ce genre, puis le constat que style que nous cherchons n'existe pas encore sinon dans nos imaginations. Pour résumer, je dirai que nos pirates seront en grande partie l'opposé de "Pirates des Caraïbes" ou du "Corsaire Rouge". Il ne s'agira pas non plus d'une reconstitution historique véridique. L'idée est de mettre en scène un récit brut, fantasmatique, épique, qui mette en scène le fantasme du pirate, à la manière d'un Howard Pyle par exemple. Le vent du large et les mythiques zone encore blanche de la carte...".

 

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Recherches graphiques et étapes de l'élaboration de la couverture du tome 1 par M. Lauffray (1er dessin, encrage et mise en couleur directe).

 

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  Après un long travail de réécriture et des recherches documentaires poussées, le choix du visuel principal de la couverture ne fut pas un exercice aisé : afin de ne pas décevoir les lecteurs, Dorison et Lauffray optent tout d'abord pour une approche conventionnelle, par le biais d'un dessin sombre et flamboyant mettant en scène le fameux pirate, attablé à l'intérieur d'une taverne fumante devant une carte (au trésor...) et quelques doublons. Ce dessin se retrouvera finalement en fin d'album (puis en couverture du tirage de tête), car, pour mieux rompre avec la dimension iconique du pirate, les auteurs adoptent une posture strictement inverse : un visuel énigmatique et un personnage anonyme perçu de dos, dans un extérieur de prime abord incertain et sous une pluie battante... Couverture immédiatement frappante de par son immense pouvoir d'évocation : si le tricorne et le manteau long renvoient immédiatement les lecteurs de tous âges au XVIIIème siècle, beaucoup remarqueront malgré tout une relation plus ou moins forte entre le titre/sous-titre et le personnage. Homme ou femme, héros ou adversaire, quel est-il ? Plus encore, c'est un renforcement signifiant du récit placé sur un mode crépusculaire qui est ici mis à l'honneur : face à une Nature implacable et hostile - ici et par définition, doublement, la Mer et la forêt équatoriale -, sous une pluie qui renvoie elle-même au codes du genre Noir et du thriller, et face à de blancs oiseaux symboles de liberté et d'inaccessibilité, le monde passéiste et finissant du « pirate » semble littéralement en perdition. L'espace semble déjà avoir avalé son embarcation (visible en bas à gauche), noyée dans le brouillard humide d'un monde aux trésors et à l'avenir incertains.

 

 

 

  Cette couverture semble avoir été (inconsciemment du moins) inspirée par des affiches de films récents, eux-mêmes offerts sur le mode de l'aventure finissante, où des héros fatigués déposent les armes en tentant de dépasser in fine leur propre archétype : voir ainsi le visuel créé par Bill Gold pour Impitoyable (Cl. Eastwood, 1992) ou celui conçu par les Studios The Ant Farm pour Le Nouveau Monde (T. Malick, 2005). Cette conception s'oppose à l'approche classique dernièrement proposée par David Chauvel et Fred Simon sur leur adaptation de l'Ile au trésor (Editions Delcourt, collection Ex-Libris, 2007 et 2008), appuyée sur les illustrations de H. Pyle et N.C. Wyeth.

 

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 Pour le second album de Long John Silver, et dès le visuel, Dorison et Lauffray réinvestissent à proprement parler le monde « mythologique » de la piraterie : au milieu des éléments déchainés, un navire malmené portant le nom du Dieu romain des mers et océans, semblant de fait naviguer à vue à la seule lumière d'une lampe tempête portée par une femme... Soit la triple mise en évidence de la tragédie annoncée, en ce que l'orage, la course folle du navire et de ceux qu'il transporte (dont le malheur personnifié, selon les traditions, par la présence d'une femme à bord) ne peuvent aboutir qu'à un naufrage littéral des corps et des âmes. Selon Matthieu Lauffray : « Un navire est un lieu clos, perdu au cœur d'un grand nulle part. En effet en dépit des apparences, les grands espaces qu'il traverse ne sont qu'illusions inaccessibles. Un récit de navigation est un huis clos en plein air, un univers carcéral sous des airs de plaisance. En réalité, il n'y a ni alternatives, ni échappatoires aux enjeux qui le hantent. Or les circonstances qui ont suscité ce voyage comportent, en elles-mêmes, le nécessaire à une bonne explosion... ».

 

 

 

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   Le choix du logo-titre Long John Silver, calqué sur un pavillon noir semi-fictif puisque forgé en partie par les films hollywoodiens, résumé parfaitement la série, inhérente aux défauts et qualités intrinsèque d'un « héros à l'image faussée » (le pirate) :

 

 

  Xavier Dorison : « À mon sens, la plus grande qualité d'un pirate est d'être un rêveur. Il ne suit pas les voies toutes tracées, il se construit son propre monde et ses propres codes. En cela, il est un champion de la liberté.

 

  Et son plus grand défaut.... Est d'être un rêveur. On ne peut nier indéfiniment la réalité sans en payer les conséquences. De plus, celui qui rêve est, par définition, « ailleurs », loin de réalité. Or, cette vie réelle (pour ne pas dire, la société) est le seul endroit où l'on construit. Silver peut prendre le contrôle de tous les navires, il ne les bâtira jamais. Son exil de la société le condamne à être pillard, jamais architecte ou bâtisseur. »

 

  Matthieu Lauffray : « Un pirate est incapable de se soumettre à un autre système de valeur que celui qu'il a choisi. Il choisit son navire, il choisit sa mission et il nomme son capitaine. Mais là ne s'arrête pas son goût inné du caprice! Il est également indépendant et favorise toujours la joie de l'instant aux rêves des bâtisseurs. Ce choix de vie comporte une réponse possible dans un monde ouvert et distendu qui autorise le joyeux bazar, si violent soit-il ! Puis le temps est venu où notre petit monde n'a plus pu contenir trop de mouvements désordonnés. Le clou qui dépasse, on l'écrase comme disent nos amis chinois. Au final c'est à se demander si ce n'est pas plus une affaire de problèmes de stockage plus que d'idéologie...

 

  Long John me passionne car il a conscience de tout cela, contrairement à la plupart de ses semblables. Il voit la beauté de ce combat perdu d'avance. Cela en fait un jouisseur conscient de la tragédie de son idéal. Il aime l'individu. Il respecte cette lady Hastings car il voit en elle le courage de s'élever, de sortir de sa case. Il se voit en elle bien des années auparavant. Tout comme il aurait voulu léguer ses valeurs au jeune Hawkins puis au jeune Jack O'Kief. Il aimerait que tout cela demeure. Il a peur du vide, peur de la mort, il pleure ce monde qui massacre aveuglement la personnalité au profit du système. »

 

 

 

 

Mythe et fiction, imaginaire et réalité apparaissent comme chevillés au récit de pirate : le logo titre Long John Silver donne toutefois à cet univers baroque et épique finissant toute sa nostalgie mortifère : le nom de l'individu (John) est dévoré par l'image obsédante de la Mort, tandis que ne s'impriment que la légende, liée soit au surnom (Long) soit à l'hypothétique trésor (Silver) enterré dans l'inaccessible cimetière marin du genre. Car, et à l'égal de la fin ouverte de L'ile au trésor, on comprendra que la mer est sans routes et sans explications.

 

 Advienne que pourra !

  

 

 

 Pistes supplémentaires :

 

 

 La série est prévue en 4 tomes, et sera suivie d'une préquelle décrivant les origines de Long John Silver.

 

1. Lady Vivian Hastings (2007)

2. Neptune (2008)

3. Le Labyrinthe d'Emeraude (à paraître)

4. Guyanacapac (à paraître)

 

 

 

- http://www.dargaud.com/longjohnsilver : site dédié des éditions Dargaud.

 

 

- Interviews écrites, audio ou vidéo des auteurs, parues pour la sortie des tomes 1 et 2 :

  http://www.universbd.com/spip.php?article5360 

 

  http://www.expressbd.com/crbst_314.html 

 

  http://www.sceneario.com/sceneario_interview_XDORI.html 

 

 

   http://www.sceneario.com/sceneario_interview_LAUFF.html 

 

   http://www.france5.fr/bd/index.php?id_document=2012&page=bd-bande-dessinee-videos 

 

  http://www.graphivore.be/Interviews/dorison_lauffray.php 

 

  http://www.graphivore.be/news.php?idnews=1657 

 

  http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2606

 

 

- http://www.lauffray.com/: site officiel de Matthieu Lauffray.

 

- http://www.pirates-corsaires.com/: tout sur le monde des pirates et des corsaires.

 

 

 

 

- http://fr.wikipedia.org/wiki/L'%C3%8Ele_au_tr%C3%A9sor: article de l'encyclopédie Wikipédia consacré au roman l'Ile au trésor.

 

 

 

 

- http://www.kiss.qc.ca/Encyclopirate_WEB/Howard-Pyle/H_Pyle.html, http://giam.typepad.com/100_years_of_illustration/howard_pyle_18531911 et http://www.fontcraft.com/artype/pyle/: biographie et illustrations d'Howard Pyle (sites en Français et Anglais)

 

 

 

- http://en.wikipedia.org/wiki/N._C._Wyeth, 

 

http://www.toughton.com/books/treasure/pictures.htm et http://www.artcyclopedia.com/artists/wyeth_nc.html : biographie et illustrations de Newell Convers Wyeth (sites en Anglais)

  

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

  

Images toutes ©Xavier Dorison - Matthieu Lauffray / Editions Dargaud. 2007 et 2008.

 ©Editions Delcourt (Chauvel et Simon, 2007 et 2008)

 

 

Les visuels sont ici reproduits avec l'aimable autorisation de Matthieu Laufray.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:24

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

 

Il était une fois en France 

t.01 et t.02 

 

 

 

 

(Fabien Nury et Sylvain Vallée) 

 

 

Ed. Glénat, 2007 et 2008 

 

 

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Dossier téléchargeable :  Iletaitunefoisenfrance.pdf

 

 

 

 Les intrigues en résumé : 

 

 

-  Tome 1 - L’Empire de Monsieur Joseph : 

 

  1965 : Clichy - Joseph Joanovici est en train de mourir dans un appartement miteux en compagnie de sa fidèle compagne, Lucie Schmidt, aussi nommée « Lucie-Fer ».  Depuis la rue, un homme surveille leur fenêtre. Il se nomme Legentil, un juge ennemi juré de Joanovici. 

 

   1905 : Kichinev, Bessarabie roumaine... Deux enfants juifs se cachent pour échapper à un de ces massacres qui, sous le tsar Nicolas II, sont monnaie courante contre les Bolcheviks ou les Juifs, entre autres. Le garçon se nomme Joseph, la fille Eva. Ils s’aiment et se marieront des années plus tard. Voici le destin d’un homme, ambigu et charismatique, illettré et ferrailleur, "collabo", résistant, qui a connu la pauvreté et est devenu milliardaire avant de connaître la chute. Un homme qui fut au cœur de l’Histoire du XXème siècle… 

 

 

 

-  Tome 2 - Le vol noir des corbeaux : 

 

 En Juin 1940, à la Rochelle, alors qu'il s'apprête à quitter le sol français avec sa famille et son assistante pour les Etats-Unis, Joseph Joanovici reçoit la visite d'un faussaire qui lui ouvre un horizon plus doré en lui facilitant son introduction auprès des allemands. Pour ce faire, il remonte à Paris avec la ferme intention de faire jouer ses appuis à la Chambres des Députés et récupérer son entreprise de ferraille mise sous séquestre.   La guerre étant consommatrice de métal, les affaires reprennent rapidement en liaison avec l'occupant allemand, mais son ascension rapide et ses combines suscitent des jalousies qui débouchent sur la délation. De fait, Joseph et sa famille étant en danger, seule la collaboration peuvent leur permettre d'échapper au pire, mais à quel prix ? 

  

 

 

 

  L’étrange Monsieur Joseph : 

 

 

 Personnage atypique d’une période troublée de l’Histoire contemporaine, Joseph Joanovici demeure avant tout le reflet d’une époque et d’un contexte sociétal - la France de Vichy - où les choix politiques, idéologiques et comportementaux n’étaient le plus souvent dictés que par une seule règle : survivre. 

 

 

 

 Ferrailleur d’origine juive roumaine, né vers 1905 et arrivé en France en 1925, Joanovici, totalement illettré mais particulièrement observateur, se fait rapidement un nom à Clichy en banlieue parisienne. A partir de 1940, et pendant toute l’Occupation, il fournit tour à tour les Nazis, la Résistance et le renseignement soviétique en métaux, armes et informations diverses, octroyant sa protection personnelle contre le nerf de la guerre. A la Libération, il est plusieurs fois arrêté, interrogé et relâché : s’il écope de cinq ans de prison en 1949, il est libéré dès 1952, mais assigné à résidence à Mende (Lozère). Dès 1957, il tente de relancer ses affaires, mais est contraint par le fisc à quitter le territoire national. Expulsé d’Israël pour avoir collaborer avec l’Allemagne d’Hitler, il meurt ruiné en 1965.  

 

  

 La légende s’empare assez rapidement du personnage : il inspire en effet directement une partie de l’intrigue du film Monsieur Klein de Joseph Losey (1976),  est cité comme protagoniste de l’Affaire de la Rue Lauriston par l’écrivain Patrick Modiano (La Ronde de Nuit - 1969), puis plus directement par Alphonse Boudard qui lui consacre un roman biographique très documenté en 1998 (L’étrange Monsieur Joseph). Il fournit à Jacques Audiard la trame scénaristique de son film, Un héros très discret, en 1996 (idée reprise au roman homonyme de Jean-François Deniau paru en 1989), puis prend les traits de Roger Hanin dans l’adaptation télévisuelle du récit d’A. Doudard effectuée par la réalisatrice Josée Dayan en 2001. 

 

 

 

 

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Joseph Joanovici, photo de la préfecture de Police de Paris, 1ère de couverture du livre d'Alphonse Boudard (Ed. Presse Pocket) et projet d'affiche publicitaire par S. Vallée.

 

      

Questionnaire pour les élèves : 

 

 

  La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

 

 

 NIVEAU 1 

 

 

-  Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

 

 

-   Le nom de l’éditeur apparait-il ? 

 

 

-   Que représente l’illustration de chacun des albums ? (la décrire) 

 

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ? 

 

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ? 

 

 

 

  NIVEAU 2 

 

 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums. 

 

 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « historique» ? Cherchez la définition et la signification de «svastika» et « croix gammée ». 

 

 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

 

 

 

 

NIVEAU 3 

 

 

-   Essayer de décrire l’atmosphère chaque couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

 

 

-   En quoi le titre de la série « Il était une fois en France » peut-il être compris tour à tour comme fiction, récit historique ou chronique documentaire d’une période ?  Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, d’autres exemples de récits, films ou photos décrivant la vie à Paris sous l’Occupation. Trouvez en quoi l’un des titres est une référence au Chant des Partisans (hymne de la Résistance Française). 

 

 

-   Chercher de la documentation sur Joseph Joanovici : retracez la biographie du personnage, ses activités et tentez de vous interroger sur les valeurs morales du personnage. 

 

 

   

 

 Lecture et analyse de la couverture : 

 

   

 Selon les propres mots du scénariste Fabien Nury, la série Il était une fois en France se devait de fonctionner sur un double mode : celui d’un récit de fiction historique, c’est à dire un biopic (condensé de l’américanisme biographic picture) relativement crédible et documenté, et celui  propre à une saga feuilletonesque, mêlés dans un esprit cinématographique. La série, qui sera constituée au final de  six volumes, est dessinée par Sylvain Vallée, lui-même féru des films français mettant en scène la période des années 1920-1950. De ces références communes découlera naturellement le choix du titre de la série : comment ne pas retrouver en effet, dans Il était une fois en France, la citation directe d’univers issus du cinéma de Sergio Leone (Il était une fois en Amérique - 1984) ou de Francis Ford Coppola (Le Parrain et Le Parrain 2 - 1972 et 1974), soit des œuvres mythiques ayant déjà décrit l’ascension et la chute de caïd du Milieu.

 

 

 

  « Il était une fois… », c’est tout autant un renvoi au monde de la narration (conte, fable, récit merveilleux), qu’à l’Histoire et au Passé (voir le nom des séries d’animation ludo-éducative et télévisuelle créées par Albert Barillé dans les années 1970-1990) ; ce choix nominatif est renforcé par la tonalité littéraire de chacun des titres d’albums. On notera notamment un Vol noir des corbeaux très proche du nom déjà donné par Jean-Pierre Gibrat à sa série (Le vol du corbeau, publié chez Dupuis (2002 et 2005) se déroule déjà dans un Paris occupé, en Juin 1944). C’est une référence directe aux premières lignes du fameux Chant des Partisans (« Amis, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? »), ainsi qu’un renvoi au corbeau délateur du célèbre film polémique d’Henri Georges Clouzot (1943).

 

 

 

 

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 Projet de maquette pour la couverture du tome 1 et visuel finalisé.

 

 

 

 

 

Sur le même mode, on admirera le travail de construction graphique des couvertures. Le premier album adopte une « charte » très simple, permettant au titre de prendre toute la démesure de la saga ainsi annoncée. Les deux tiers droits sont plongés dans les ténèbres d’un haut mur derrière lequel se profile une aperçue en plongée d’un personnage songeur et d’une ancienne casse de voiture (on distingue une épave d’une Traction Avant Citroën, emblématique des années 1930-1950, ainsi que divers morceaux de ferrailles). Le personnage anonyme (rapporté au  mystérieux Monsieur Joseph du titre), bien que pouvant être connoté enquêteur, détective privé ou journaliste pour un lecteur lambda, se défini à vrai dire une nouvelle fois sur un mode cinématographique : la vue en plongée, le cigare fumant, le vent dans le manteau et l’auréole lumineuse qui l’environne le situent en effet dans une perspective carriériste fructueuse (c’est l’Empire annoncé…), sans le soustraire ni à la noirceur environnante ni à une Histoire visiblement pesante. La plongée et les couleurs sombres d’une grande partie du visuel s’accordent ici à un titre dont la typographie sera volontairement vieillie et abimée, et viennent refléter la noirceur d’âme du personnage, lui-même miroir de son époque. C’est, enfin, en rapportant cette couverture à une image symbolique du Citizen Kane d’Orson Welles (1941), que l’on trouvera la meilleure définition de Joseph Joanovici : l’ascension, le mythe et le mystère entourant un homme devenu puissant et régnant sans partage, mais dont aucun témoignage, après sa disparition, ne donnera au final une image entièrement véridique.

 

 

 

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Citizen Kane, d'Orson Welles (1941) : l'un des films les plus célèbres du Cinéma.

 

 

 

 

 

 

 Le visuel du second album reprend une photographie d’époque de Roger Schall, assez proche de celle placée en couverture d’A Paris sous la botte nazie, livre de Jean Eparvier publié en Novembre 1944. L’image nous montre une perspective de la Rue de Rivoli, couverte d’étendards nazis à croix gammée, la puissance de l’Occupant étant par ailleurs symbolisée dans l’uniforme du sergent des Waffen SS en train de surveiller la rue… Cette même vue est à comparer avec le travail très critiqué du photographe André Zucca, seul autorisé par la propagande nazie en 1941 à illustrer le journal Signal de photos en couleurs de la capitale (la Rue de Rivoli apparaitra ainsi déserte, tandis que Paris sera nonchalant, hors du temps et paraissant tout à fait s’accommoder de la présence des troupes allemandes… ).

 

 

  Le dessinateur choisi toutefois d’adapter cette image, à la fois en allongeant la perspective, en renforçant le contraste des couleurs, en replaçant le fameux « mur noir » déjà présent sur le premier visuel (des traces ensanglantées sont discrètement placées à l’avant-plan) et en intensifiant la marque visuelle des drapeaux flottant au vent (la croix gammée changera également de sens pour paraitre plus dynamique et menaçante, tout en venant simplifier la première lecture).

 

 

 

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Deux photos d'époque (couverture du livre Paris sous la botte nazie (1944) et vue de la Rue de Rivoli par André Zucca (1941) ; projets successifs pour la couverture du tome 2.

 

 

 

 La vue de face « coince » le lecteur dans une image et une Histoire immédiate : l’Occupant est partout, et l’unique solution de repli est la discrétion (le soldat allemand ne nous voit pas) ou la voie de l’ombre, de l’autre côté du mur-frontière. Le principal protagoniste de la série est lui-même invisible : point de héros, mais une focalisation justifiée sur la période, où « survivre » est devenu l’unique règle à  observer. Comme l’explique du reste Sylvain Vallée : « la thématique du tome 2 rejoint celle de Monsieur Klein. Le personnage face à la mécanique punitive nazie. Là, il va tenter de trouver les moyens de subsister face à cette mécanique écrasante, la délation, les camps etc. L’album commence en 1940 et Joseph tente de fuir pour rejoindre La Rochelle et s’embarquer pour les États-Unis. La thématique de cet album est vraiment comment Joseph cherche à sauver sa peau… ».

 

 

 

   Œuvre immédiatement frappante puisque inscrite dans la réalité de notre histoire récente, Il était une fois en France dresse un portrait d’une époque en « eaux troubles » d’une puissance peu commune : la légende y rejoint la fiction, tandis que la vérité de l’aspect documentaire donne un alibi de premier ordre au lecteur que la série n’oublie pas de questionner, pareillement à son « héros ». Dans les mêmes conditions, et, dans un camp ou dans un autre, comment aurions-nous agi ?

 

 

 

 

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Projet de couverture et visuel finalisé pour le tirage de tête du tome 1.

 

 

    

 Pistes supplémentaires : 

 

 

-  http://www.glenatbd.com/monsieurjoseph  : site des éditions Glénat dédié à la série. 

 

 

-   http://sylvainvallee.canalblog.com : le blog de Sylvain Vallée, où l’on retrouvera quantité de visuels, de crayonnés de planches et de dessins préparatoires à la série. 

 

 

-  http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?auteur=95 , http://www.expressbd.com/crbst_283.html et http://videos.france5.fr/video/iLyROoafYPFV.html : interviews de Sylvain Vallée et Fabien Nury réalisées lors de la parution du second volume. 

 

 

-   http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Joanovici : biographie de Joseph Joanovici sur l’encyclopédie Wikipédia

 

 

-  http://french-chanson.narod.ru/chant.html : texte écrit et chanté du Chant des Partisans

 

 

-   http://saintsulpice.unblog.fr/2008/05/23/andre-zucca-les-parisiens-sous-loccupation et http://www.rue89.com/oelpv/quand-paris-rend-hommage-a-andre-zucca-photographe-collabo : photographies de Paris pendant l’Occupation et polémiques autour du travail d’André Zucca. 

 

 

  

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

 

Images toutes ©Fabien Nury - Sylvain Vallée / Editions Glénat.

 

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Sylvain Vallée.

 

 

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:22

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

L’ENVOLEE SAUVAGE t.01 et t.02 

    

(Laurent GALANDON et Arno MONIN)   

 

 Ed. Bamboo  - Collection Angle de vue, 2006 et 2007. 

 

 

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Dossier téléchargeable : L'envolée sauvage.pdf

  

  Les intrigues en résumé : 

 

  

  -    Tome 1 : La dame blanche : 1941. Simon habite à la campagne dans une famille qui l’a recueilli. Il est juif et sa présence devient insupportable au maire instituteur pro-allemand. Protégé par le curé du village, Simon est envoyé dans un séminaire dont il s’évade… 

 

 

 -      Tome 2 : Les autours des palombes : Simon, juif réfugié dans une ferme éloignée de la tourmente, est bientôt rattrapé par l'antisémitisme forcené. Il s'enfuit à nouveau et tombe sous la protection de Firmin, un résistant auquel Simon va donner un coup de main. Malheureusement, Simon est pris par la milice et déporté à Auschwitz avec la petite Ada. 

  

  

 

    Questionnaire pour les élèves : 

 

 

 

 La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

 

 

 

  NIVEAU 1 

 

 

-     Quels sont les titres de ces B.D. ? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

 

 

-     Les noms de l’éditeur ou de la collection apparaissent-ils ? 

 

 

-     Que représente l’illustration ? (la décrire) 

 

 

-     Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ? 

 

 

-     Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ? 

 

 

   

 NIVEAU 2 

 

 

-    Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire commune racontée dans ces albums. 

 

-     Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration de chacun de ces albums. Quels détails indiquent le dramatique sujet historique traité au sein de ces albums ? 

 

 

-     Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

 

 

 

 

  NIVEAU 3 

 

 

-      Essayer de décrire l’atmosphère de chacune des couvertures. Identifier notamment avec le visuel du second album, le lieu de l’action principale et l’époque à laquelle se déroule chaque récit. 

 

 

-     « L’ambiance » de ces couvertures vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

 

 

-     Un enfant solitaire, une étoile jaune, un « animal totem » (ou animal symbolique) : avec la documentation dont vous disposez, tentez de trouver des titres d’œuvres où l’on retrouve l’association de ces éléments. 

 

 

      

  Lecture et analyse de la couverture : 

 

   

  Comment parler de la Shoah à un public adolescent contemporain ? Voici la lourde et difficile question à laquelle on voulu répondre le scénariste Laurent Galandon et le dessinateur Arno Monin. Faire acte de mémoire, mais traiter le sujet avec délicatesse, poésie, et garder un espoir lié à l’enfance, sans détourner par ailleurs les horreurs de la réalité historique. On rappellera ici que l’Holocauste fit  plus de cinq millions de victimes. Pour la France, 75 721 Juifs, dont près de 11 000 enfants, seront déportés de 1942 à 1944, principalement vers le camp d’Auschwitz.

 

 

 A l’inverse de bien des œuvres, le double album de l’Envolée sauvage surprend en ce qu’il n’est finalement ni inspiré par un témoignage direct d’un survivant des camps de la mort, ni ancré dès sa couverture dans un patrimoine visuel strictement « historisant ».

 

 

 

 La couverture de l’Envolée sauvage t.1 : la dame blanche est symptomatique de ces choix. C’est d’abord un titre surprenant (le sous-titre n’apparait qu’en page de titre intérieure), intriguant, déroutant… Le jeune lecteur ne devrait pas pour autant en déduire un récit strictement animalier, puisque le personnage central est bien un humain. S’agit-il alors d’une atmosphère fantastique ? Le paysage automnal décharné, les rochers monolithiques, les nuages sombres et le vent violent, les couleurs froides et pluvieuses, et la présence d’un rapace blanc inciteraient à répondre par l’affirmative ; d’autant plus que le sous-titre de ce premier volume, la fameuse Dame blanche, fait s’entrecroiser bien des notions : la référence fantomatique, le surnom de la chouette effraie et l’association entre un héros adolescent et un animal-totem de couleur blanche contribueront sans doute pour nombre de jeunes lecteurs à pré-situer l’œuvre quelque part entre Harry Potter, Tintin et Sans-Famille. Ce qui sera dès lors intéressant pour l’enseignant tiendra en la constitution d’un lien entre les thématiques internes à ces récits et celles inhérentes au cycle de Galandon et Monin : une adolescence orpheline et en souffrance, un décorum ou contexte hostile, une itinérance et un récit d’apprentissage, l’établissement de liens d’amitiés indéfectibles avec l’Autre, compris comme inséparable compagnon de route.

 

  

 

 De cette couverture, encore, et passé le mystère déroutant de la première découverte, on appréciera justement les détails : la typographie manuscrite et torturée du titre, la correspondance entre la déchirure blanche (où viennent s’inscrire le titre et les noms des auteurs) et la chouette, le visage fermé du personnage, qui semble lui-même suivre un chemin incertain (sans passé, puisqu’on n’en distingue pas les origines, cachées derrière la colline, et sans avenir, puisque se perdant entre herbes et rochers de sinistres augures). Au croisement des lignes de force de ce visuel, notre œil sera in fine attiré par la minuscule étoile jaune fixée sur le vêtement, à la place du cœur du personnage. Dévoilement lourd de perspectives et de conséquences, puisque le jeune héros, encore anonyme pour le lecteur, n’en paraitra que plus menacé : isolé, perdu, en proie à l’hostilité des éléments et dont la seule présence est « résumée » autant par une clôture aliénante que par une chouette ayant bien du mal à tenter son « envolée sauvage » (celle-ci perdant visuellement des plumes face à la tempête annoncée).

 

  

 

 Le même schéma s’établit en correspondance, en couverture du second volume l’Autour des palombes. Tout d’abord une modification de la donne dramatique puisque le contexte devient référencé : on reconnaitra en arrière-plan la sinistre entrée du camp d’Auschwitz, lieu de mort et d’enfermement connoté à la fois par la présence de divers éléments hostiles (clôtures et fils de fer barbelés, nuages noirs ou fumées acres, cailloux) et par l’autour des palombes, puissant rapace (ici ramené à l’aigle symbole du pouvoir fasciste) cherchant à s’emparer des faibles proies que semblent constituer les enfants/adolescents. Ceux-ci, à l’inverse de la première couverture, s’affranchissent à la fois d’un contexte pesant, puisque représentés « en marche », en contreplongée, et dans l’état de franchir un seuil important, soit un quadruple enjeu du sort, du hasard, de la liberté et du destin, notions toutes contenues dans la symbolique du vert se déroulant sur leurs pieds. Cette envolée libertaire, riche de tous les espoirs, s’oppose toutefois encore et en partie aux idées d’exclusion (symbolique de l’étoile jaune) et d’entrave (système totalitaire, barbelés, etc.), représentées sur ce visuel dans une itinérance étymologiquement « sinistre » des caractères. « Sinistre », c’est-à-dire, « à gauche »,  « préjudiciable » pour reprendre le sens premier donné par le latin.

 

   

 On déduira enfin de ce même parcours droite-gauche l’idée d’un retour, d’un nouveau regard sur le chemin parcouru, qui donne sans doute aux deux couvertures de l’Envolée sauvage leur portée symbolique la plus universelle : sans passé, le présent n’a pas d’avenir. Là se définissent bien tout le cœur et l’âme du message du devoir de mémoire.

 

 

 

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 L'entrée principale du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau après la Libération, en 1945.

 

 

   

Interview de Laurent Galandon :  

 

  

 Comment vous est venue l'idée de parler de la Shoah ? Une idée entre fiction et réalité, ou inspirée de choses réelles ? 

 

 

 Non, pas de base réelle. Je ne suis pas de confession juive, je n’ai pas connu ou ne connaît pas (ou alors sans le savoir) de personnes directement « touchées » par la Shoah. Par contre, j’ai eu l’occasion de travailler avec des jeunes en grandes difficultés et j’ai été étonné (atterré même peut-être) par leur méconnaissance sur le sujet. Aussi ai-je eu envie de participer, modestement, d’une part à un devoir de mémoire et, d’autre part, à une démarche « pédagogique ». Mais, rien de tout cela n’était conscient à l’écriture de l’histoire. 

 

  

  L'idée du titre s'est-elle imposée immédiatement ? 

 

 

  Assez rapidement en tout cas. C’est « un peu idiot » mais j’ai besoin d’un titre lorsque j’écris une histoire, quitte à le modifier par la suite. Ce titre, « l’envolée sauvage » permet de mettre en évidence plusieurs aspects historiques (le développement de l’antisémitisme ; la violence et l’horreur de la déportation et de l’extermination…) ainsi que des éléments directement liés à l’histoire de notre héros (sa passion et sa relation aux oiseaux). Par ailleurs, le titre porte également d’évidentes métaphores (liberté/emprisonnement…). Enfin, et plus simplement, il « sonne » bien, non ? Un film, très bien, réalisé par Caroll Ballard, porte ce même titre. 

 

   

  Avez-vous effectué beaucoup de recherches graphiques concernant l’élaboration de cette couverture ? 

 

 

La couverture, c’est l’espace de liberté – totale - d’Arno ! Aussi n’avons-nous jamais d’idée arrêtée. Généralement, nous attendons qu’une première grosse partie de l’album soit avancée pour commencer à en parler. Alors nous échangeons, pas tant sur la forme, plus sur l’ambiance et les informations que nous souhaitons y faire passer, les éléments qui nous semblent importants et forts.  Arno proposera alors des premiers roughs, mais finalement ils ne seront pas très éloignés les uns des autres. Lors de cette phase, l’éditeur est très présent. Des échanges « à trois » se mettent en place pour arriver à une mouture définitive. Arno fait preuve d’une grande sensibilité (pendant tout l’album) mais, plus encore à l’égard de la couverture. Aussi sommes-nous arrivés assez vite aux couvertures telles qu’elles sont, les albums sortis. 

 

 

 

  Autre question, avez vous, lors de la parution du tome 2, évoqué l'idée d'une "relation graphique" évidente entre les couvertures des deux albums, outre, sans doute, l'évocation d'une itinérance ? 

 

 

    Oui. La "marque blanche" dans laquelle apparaît le titre. Pas tant pour la "signification" qu'elle pourrait porter mais davantage en terme de "marqueur" graphique.  Dans la première couverture, Simon est seul et statique, à ce stade il subit encore l'Histoire ; dans le tome 2, il est en mouvement et avec Ada, son histoire s'inscrit dans l'Histoire.

 

 

   Des références filmiques ou littéraires ? 

 

  

  Elles sont nombreuses. En matière cinématographique, outre les « grands classiques »,  je citerai La vie est belle dont (en toute modestie), je me sens assez proche. Le personnage de Roberto Benigni arrive à traverser les épreuves grâce à l’humour qu’il déploie pour laisser croire à son fils que leur déportation est un jeu ; Simon affronte des épreuves similaires grâce à son « amour » pour les oiseaux. En matière de livre, évidemment Si j’étais un homme de Primo Levi, mais j’évoquerai aussi volontiers C’est en hiver que jours rallongent  de Joseph Biallot (qui a également connu les camps). 

 

 

   

 Que pensez-vous des adaptations de "Paroles de..." et plus généralement des "mises en images" des témoignages des survivants de cette période ? 

 

 

   A part l’inégalé et l'inégalable chef d’œuvre Maus d’Art Spiegelman, je connais assez peu les adaptations de cette période en BD. Yossel de Joe Kubert est également un bel ouvrage (sur le ghetto de Varsovie) qui tient davantage du carnet de croquis que de la bande dessinée. Donc, si c’est bien fait, je crois que chaque pierre à l’édifice de l’indispensable devoir de mémoire est le bienvenu… Peut être plus encore en ce début de XXIème siècle. 

 

 

 

 

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Recherches graphiques pour la couverture du tome 2 (Copyright Arno Monin et Editions Bamboo).

 

 

   

Pistes supplémentaires : 

 

 

 

-    http://www.angle.fr/catalogue/l-envolee-sauvage-tome-1-grand-angle-15.html : site officiel de l’éditeur Bamboo. 

   

 

-     http://www.dailymotion.com/video/x3gjzk_interview-l-galandon-et-a-monin-par  : interview vidéo des auteurs. On y trouvera de nombreux détails sur la naissance de l’œuvre et le concept de « devoir de mémoire ». 

 

 

-     http://workinprogresslg.blogspot.com/ : blog exposant les différents projets de Laurent Galandon. On y retrouvera divers documents et critiques de l'Envolée sauvage (voir à la date du 23 Aout 2007).

 

 

-     http://fr.wikipedia.org/wiki/Shoah et http://fr.wikipedia.org/wiki/Auschwitz : articles consacrés à la Shoah et au camp d’Auschwitz sur l’encyclopédie Wikipédia

 

   

-     http://www.ushmm.org/wlc/fr/ : encyclopédie multimédia de la Shoah. 

 

 

-     http://www.actuabd.com/article.php3?id_article=2038 : la Shoah en bande dessinée, une bibliographie… 

 

 

-      www.abc-lefrance.com/fiches/VieestbelleBenigni.pdf : dossier ABC Le France consacré au film La vie est belle (R. Benigni - 1998). 

 

 

 

   

 Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

 

Images toutes Galandon/Monin et Ed. Bamboo©.

 

L’interview de Laurent Galandon est reproduite dans ce dossier avec l’aimable autorisation de l’auteur.  

 

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:21

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

BLACKSAD t.01 : 

 

Quelque part entre les ombres 

 

 

 

(J. Diaz Canales et J. Guarnido) 

 

 

 Ed. Dargaud, 2000. 

 

 

 

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  Dossier téléchargeable : Blacksad.pdf

   

   

  L’intrigue en résumé : 

 

  Natalia Wilford, une chatte actrice, est retrouvée morte assassinée.  Le détective privé John Blacksad décide alors de retrouver l'assassin, autant pour le réduire au silence que pour venger celle qui a été non seulement sa première cliente, mais aussi son premier amour. 

 

 

 

  De l’influence du Film Noir sur la création contemporaine : 

 

 Donner une définition du Film Noir n’est pas une chose aisée : on y trouvera une forme d’écriture, à la fois française et américaine, autant littéraire que cinématographique, venant définir un récit policier où le personnage principal, le plus souvent un détective privé, se retrouve emmené malgré lui à devoir résoudre l’écheveau complexe du désordre social. Basé sur une étude (proche du réalisme ou du naturalisme) des rapports faussés entre les personnages, le film noir est profondément pessimiste : la criminalité, l’univers opaque et sinistre de la ville tentaculaire, la nuit et la pluie, un éclairage expressionniste, la corruption policière, la jalousie, la trahison et les enjeux de pouvoir en sont les éléments clés et formels les plus remarquables. 

 

 

 Les premiers grands romanciers du genre, comme Dashiell Hammett (1894-1961) ou Raymond Chandler (1888-1959) participent très vite à l’écriture filmique des adaptations de leurs propres œuvres (Le Faucon Maltais par John Huston en 1941, Le Grand Sommeil par Howard Hawks en 1946), dans une véritable vogue courant de 1940 à 1958, année où paraissent La Soif du Mal (Orson Welles) et Sueurs Froides (Alfred Hitchcock). 

 

   

 Le Film Noir aura une influence exceptionnelle dès les années 1930 sur la production graphique paraissant dans la presse quotidienne ou hebdomadaire, via le succès de comics strips tels qu’Agent Secret X9 (scénarisé par D. Hammett), The Spirit, Rip Kirby et Dick Tracy. Ces bandes puisent leurs inspirations dans la violence urbaine et d’authentiques faits divers, et amènent le roman comme le cinéma à s’interroger sur leurs propres références. Il faudra toutefois attendre les années 1970 pour voir arriver des films hommages au « genre » Film Noir, tels que Le Privé (Robert Altman - 1973) ou Chinatown (Roman Polanski - 1974), puis, des années 1980 à 2000, des œuvres mêlant adroitement les ambiances du Polar, du Fantastique et de la Science-Fiction (Blade Runner de Ridley Scott en 1982, Dark City d’Alex Proyas en 1998, Sin City de Frank Miller en 2005).  Seven (David Fincher - 1995) et L.A. Confidential (Curtis Hanson - 1997) ont par ailleurs redéfini pour longtemps au Cinéma les règles scénaristiques et stylistiques faisant des codes du « genre » film noir un arrière-plan en permanence recontextualisé de l’Amérique contemporaine,  située quelque part entre thriller, film policier et drame psychologique. 

 

 

 En Bande Dessinée, on retrouvera des références au Film Noir (autant qu’aux séries policières, au roman à énigme ou au polar social) dans divers champs allant de l’adaptation littérale à la parodie : citons ici et uniquement pour les récits où le héros est un détective privé,  Gil Jourdan de Maurice Tillieux,  Jess Long d’Arthur Piroton (le héros est agent du FBI mais les histoires archétypales du genre et particulièrement documentées), l’Inspecteur Canardo de Benoit Sokal (à la fois parodie et hommage aux personnages de Philip Marlowe, Mike Hammer et Columbo),  Jérome K. Jérome Bloche d’Alain Dodier et Sin City de Franck Miller. 

 

   

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Questionnaire pour les élèves : 

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

  

 

NIVEAU 1 

 

 

-  Quel est le titre de cet album ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

 

 

-   Les noms de l’éditeur ou de la collection apparaissent-ils ? 

 

 

-   Que représente l’illustration ? (la décrire) 

 

 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ? 

 

 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ? 

 

 

 

NIVEAU 2 

 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans cet album. 

 

 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « policier » ? Cherchez la définition de « détective privé ». 

 

 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

 

 

 

NIVEAU 3 

 

-  Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» de cette couverture vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

 

 

-  Pourquoi le personnage central est-il un animal : à quel archétype littéraire et/ou cinématographique fait-il référence ?  Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, d’autres exemples de récits-animaliers, en contes, fables, romans ou bandes dessinées. 

 

 

-  Chercher la définition du genre « Film Noir » et listez-en les principaux codes ou éléments clés, ainsi que les œuvres, auteurs et personnages majeurs. 

 

 

 

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   Roughs et recherches graphiques diverses pour le visuel de Quelque part entre les ombres.

 

 

    

 Lecture et analyse de la couverture : 

 

 

 Fable, récit animalier, roman policier, film noir, bande dessinée anthropomorphique : Blacksad, quelque part entre les ombres  se présente d’emblée au lecteur comme une œuvre multi-référente, où toutefois, le genre émergeant comme les couleurs (sombres) données de prime abord, fondent le style résolument adulte.

 

 

 Le dessinateur d’origine espagnole Juanjo Guarnido était encore animateur employé dans les Studios Disney, lors de la réalisation du premier volume de la série Blacksad, qui comporte désormais trois titres (Arctic-Nation (tome 2 paru en 2005) et Ame rouge (tome 3 paru en 2005)). Dès 1990, il conçoit avec le scénariste Juan Diaz Canales l’histoire en noir et blanc d’un détective privé, agissant dans l’Amérique  des années 1950. John Blacksad sera donc in fine un « privé », félin anthropomorphisé au poil noir et au museau blanc, dont l’allure générale est reprise au Sam Spade incarné par Humphrey Bogart  dans le Faucon Maltais.

  

 

 Le visuel de couverture parait être une reprise, consciente ou non, de la couverture du troisième album des aventures de l’Inspecteur Canardo de Sokal (autre contexte mêlant le monde animal au genre noir), à ceci près que le méchant de l’histoire (l’inquiétant chat Raspoutine) serait en quelque sorte devenu le héros d’une aventure où la noirceur garde une place importante, comme l’affirme du reste le titre. Si le jaune et le noir sont des couleurs immédiatement référentes du genre policier, on remarquera en outre le choix d’un brun sépia, signalant une histoire passée, et le vert amande des yeux venus nous fixer, symbole du jeu du destin et du hasard auxquels les personnages du récit vont immanquablement se livrer. Un vert connotant la puissance du dollar américain autant que la liberté d’âme et d’action naturelle du chat n’est pas non plus à exclure de cette analyse.

  

 

 Ce qui est frappant sur cette couverture, outre la force émotionnelle d’un gros plan de face, c’est le manque d’informations délivrées dans le cadre : le lecteur est bien « quelque part entre les ombres » perdu par son éventuel manque de « références » ou de preuves, mais interrogé au plus profond de lui-même (par le personnage-animal) comme témoin d’une narration placée in situ : le crime a déjà eu lieu, l’affaire à déjà commencé. Qui est coupable ? Rien n’indique rien : ni un paratexte en huis-clos (comment distinguer, dans les noms proposés, le dessinateur du scénariste ?), ni un titre « anglophone » énigmatique et cependant très parlant une fois traduit (« noire tristesse »), ni la nuit dans laquelle s’engouffre l’histoire et d’où émerge la tête de Blacksad.

 

   

  Titre sombre, regard noir et tendu, cigarette nerveusement en train de se consumer, typographie connotée, sous-titre « dactylographié » : autant d’éléments clés du roman et du film noir qui interviennent ici peut-être de manière plus littéraire que graphique, dans la mesure où, tous réunis, ils sont enfin parlants. Jeu sur les stéréotypes, ce visuel se veut être en effet une incarnation littérale du personnage du privé : portrait psychologique profond d’un personnage volontaire, charmeur et perspicace mais non dénué de cynisme ni de brutalité. Le personnage donne corps à la série et vice versa, comme l’indique le titre : n’apparaîtront donc pas ici ni l’arrière-plan mythologique urbain, ni la femme fatale, ni une dangereuse adversité. Ces trois éléments se retrouveront au demeurant en filigrane sur les visuels des albums suivants…

 

   

  Blacksad propose par conséquent dès sa couverture au lecteur une atmosphère, une ambiance et une tonalité : le noir en sera la marque récurrente à tous les niveaux, la nostalgie et le pessimisme laisseront un gout amer, tandis que le héros cheminera, au gré de ses propres réflexions en voix-off, dans une jungle urbaine teintée du vice et de la corruption. Soit - et avec la complicité du « lecteur-témoin » - une itinérance imposée avec rigueur et une valeur plastique sublimée, quelque part « entre les ombres » de chacune des cases.

 

 

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Blacksad, visuels de couvertures des tomes 2 et 3.

 

   

 

 Pistes supplémentaires : 

 

-       http://www.blacksadmania.com : site principal dédié à l’univers Blacksad

 

 

-       http://www.bdparadisio.com/intervw/blacksad/intblack.htm : interview des auteurs, réalisée en 2001. 

 

 

-       http://bernadac.club.fr/index.html : rétrospective de la Bande Dessinée policière au XXème siècle. 

 

 

-       http://fr.wikipedia.org/wiki/Film_noir : article consacré au genre du film noir sur l’encyclopédie Wikipédia

 

 

-       http://cinema.film-noir.bifi.fr  : exposition de la BIFI consacré à la lecture des affiches françaises du film noir américain. 

 

 

-       http://pagesdefrancais.free.fr/sequences/College/blacksad.htm : séquence pédagogique de niveau 5ème/4ème consacrée à l’étude du premier album de Blacksad 

 

 

-       http://crdp.ac-bordeaux.fr/cddp40/Bibliographies/litteraturepoliciere.pdf. : bibliographie sur la littérature jeunesse policière, réalisée en 2006. 

   

 

  A lire : 

 

-    Blacksad, les dessous de l’enquête - Editions Imbroglio, 2001 : livre making of dévoilant la genèse du premier tome de la série. 

 

 

-    Blacksad, l’histoire des aquarelles - Editions Dargaud, Collection Christian Desbois, 2005 : livre making of revenant sur les recherches de maquettes couleurs et les roughs (esquisses) aquarelles, phase préparatoire de la palette et de l’éclairage des trois albums constitutifs de la série. 

 

 

 

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Maquette et recherche de couleurs pour la couverture du tome 1.

Extrait p.5 de  Blacksad, l’histoire des aquarelles.

 

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes ©J. Diaz Canales et J. Guarnido et B. Sokal  

 

©Editions Dargaud et Casterman - 1982, 2000 et 2008.

 

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:20

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

SORCIERES et PLEINE LUNE

 

 

   

Christophe CHABOUTE

 

 

Ed. Le Téméraire et Vents d'Ouest - 1998, 2000 et 2001.  

 

 

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Dossier téléchargeable :  Sorcièresetpleinelune.pdf

 

 

  • L'auteur, sous le signe du noir et du blanc :

 

 

 Christophe Chabouté est né en 1967 en Alsace. Le grand public découvrira seulement en 1998 celui qui n'était jusqu'ici qu'un graphiste free-lance : le succès immédiat de l'album Sorcières (Ed. le Téméraire), et l'Alph-Art Coup de Cœur venu récompenser au Festival d'Angoulême Quelques jours d'été (Ed. Paquet), imposent le style comme les thématiques fortes de l'auteur. Attiré très jeune par les domaines du dessin et de la narration, Chabouté cadre ses histoires dans un noir et blanc souvent intimiste et crépusculaire, où les personnages dérivent entre la solitude d'une morne réalité, un fantastique attirant et l'exutoire d'une folie meurtrière. Il obtient le Grand Prix RTL pour sa vision du destin d'Henri Désiré Landru en 2006 (Ed. Vents d'Ouest) parfaite mise en œuvre du rapport entretenu selon l'auteur entre l'Histoire, l'intimité poétique des personnages et leur mouvance entre raison et déraison, grandeur et décadence, fatalité et destin, dessinés dans un noir et blanc qui sait habilement éviter tout manichéisme.

 

 

  • Les intrigues en résumé :

 

- Certaines sorcières peuvent être machiavéliques, rancunières, manipulatrices, d'autres maladroites, voire touchantes. Aucune ne laisse indifférent. Êtes-vous sûr que votre voisine n'en est pas une ?

 

 

- Un fonctionnaire à la vie réglée voit en une nuit ses petites habitudes bien ancrées voler en éclats. De minable tortionnaire il devient violeur puis voleur. Et si tout cela n'était que l'effet de la pleine lune ?

 

 

  • Questionnaire pour les élèves :

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

 

NIVEAU 1

 

- Quels sont les titres de ces B.D. ? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

 

- Quel est le nom de l'éditeur et de la collection ?

 

 

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

 

- Que représente l'illustration ? (la décrire)

 

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de l'illustration ?

 

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l'image ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l'histoire commune racontée dans ces albums.

 

- Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l'illustration de chacun de ces albums. A quel genre littéraire/cinématographique peut-on les associer ?

 

- Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

 

NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère de chacune des couvertures. Identifier le lieu de l'action principale et l'époque à laquelle se déroule chaque récit.

 

- « L'ambiance » de ces couvertures vous parait-elle lourde ou légère? Expliciter vos choix.

 

- Une pleine lune, un chat (noir), un bois dans la nuit, un personnage solitaire: avec la documentation dont vous disposer, tenter de trouver des titres d'œuvres où l'on retrouve l'association de ces éléments.

 

 

  • Lecture et analyse de la couverture :

 

  Chez Chabouté, les titres sont une entrée en matière immédiate : c'est d'abord un univers cumulatif de deux genres, le Fantastique ou le Policier, souvent associés dans la notion de thriller psychologique ou surnaturel. C'est ensuite une référence à l'univers du conte et de la fable, dans la mesure où chaque récit est titré du nom d'un personnage, s'inscrit dans un lieu emblématique et se déroule sous des cieux propices.

 

 

  Sorcières et Pleine Lune traduisent leur appartenance à ce même corpus, autant par la grande similarité qui réunit ces deux visuels, que par les quelques détails qui peuvent les différencier. On se posera en outre la question de savoir en quoi les tonalités noires et blanches de la mise en images « à la manière » de Chabouté peuvent associer l'œuvre de celui au roman graphique, et plus généralement au monde de la Littérature romanesque (voir sur ce point l'album paru en 2006 Construire un feu, adaptation d'une célèbre nouvelle de Jack London).

 

 

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  Economie de moyens, longs silences et ambiances de rigueur ne suffiraient pas à définir le style narratif de l'auteur, dont les visuels en clairs-obscurs ici étudiés sont cependant de parfaits exemples. Symbole de cette économie, le décor se réduit à l'essentiel : ciel infernal et rougeoyant,  forêt (Noire) évocatrice des frissons de l'enfance et des cauchemars du monde adulte, quelque part entre Le Petit Chaperon Rouge, le Petit Poucet et un récit de Stephen King. Une forêt maléfique digne des longs métrages de Walt Disney (Blanche Neige et les 7 Nains (1937), La Belle au Bois Dormant (1957)), qui peut d'ailleurs se résumer à un seul arbre (cette fois on songera à l'arbre-refuge du Chevalier sans-tête de la Légende du Val Dormant de Washington Irving (1819), qui inspira le Sleepy Hollow de Tim Burton (1999)) et  qui symbolise dès ses origines tout un pan du Cinéma Fantastique. Corrompue par le mal, soumise ou alliée au vampire - on ne sait -, la forêt maléfique protège l'antre du Mal. Le passage vers la mort, le désespoir et la peur, symbolisé par un pont, se trouve justement au cœur de cette forêt ("Et quand il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre" est l'un des cartons les plus célèbres du cinéma muet, issu du film Nosferatu de  F.W. Murnau en 1921). La forêt incarne ce lieu de transition entre le monde rationnel, rassurant, peuplé d'humains ordinaires et celui, terrifiant, de l'occulte et du fantastique, habité par les monstres et autres créatures du diable. Avec Nosferatu, le ton est donné. D'emblée la forêt occupe un rôle-clef dans le Fantastique, et en particulier dans les récits d'épouvante. Chabouté en a fait son décor-type, de l'illustration pour l'intégrale de ses premiers récits, parue en 2006, jusqu'aux visuels de La bête ou Construire un feu.

 

 

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  De cette union surnaturelle entre la terre, le ciel et le vivant découle toutefois chez Chabouté non la monstruosité mais la peur et la folie : un chat noir et un humain en fuite sous la pleine lune en sont les signes annonciateurs, mais seul le lecteur les transformera sciemment ou inconsciemment en ce qu'ils ne sont pas encore graphiquement parlant (un chat sorcier(e) surnaturel ou un loup-garou). Cette « inconscience » tire sa force d'un décorum savamment mis en place : ciel tourmenté, arbre décharné, chat de sinistre présage (un chat noir est l'incarnation du Diable depuis le Moyen Age) digne de son homologue du Cheshire chez Lewis Caroll (Alice au Pays des Merveilles, 1865) et monde clos (de barbelés !) duquel on n'entrouvre qu'une porte timide. Chacun de ses éléments est enfin associé dans un jeu pictural proche du ténébrisme, où les contrastes entre ombres et lumières insinuent une violence psychologique sourde.

 

 

  Silhouette anonyme et apeurée, l'humain, bien que désireux de poursuivre un récit entamé sur le rythme de lecture traditionnel (gauche-droite), ne fait que subir un environnement-monde qui le dépasse : pour preuve, sur le visuel de Sorcières, la toile-piège qui lui est tendue dans la partie droite de l'illustration, entre chat à l'affut d'une innocente victime et barbelés mortifères (un détail modifié dans la version la plus récente de l'album) ; preuve encore, sur le visuel de Pleine Lune, entre une forêt opaque et  déjà prédatrice de l'ombre du coureur, et non sens instauré par la course comme par la dualité ombre-lumière de ce même coureur (pourquoi court il vers la nuit et non la lumière ? Pourquoi l'ombre projetée sur le sol ne correspond-elle pas à l'angle naturel de la lumière lunaire (qui par ailleurs semble totalement indépendante du décor-forêt de l'avant plan) ?). Une ombre maléfique sans doute, que l'on n'aura là aussi aucun mal à rapprocher de celles de Dracula (Bram Stocker, 1897) ou de Nosferatu dans le folklore et le cinéma expressionniste anglo-saxons. Entre promesse de l'ombre et la bête dans l'ombre, Chabouté semble donc avoir choisi, à travers un découpage justement très cinématographique de chacune de ses histoires.

 

 

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  Le silence trouble, le sentiment de solitude, le froid ou la nuit, le monde réduit à un univers clos sont également très récurrents chez Chabouté (voir l'ensemble des visuels de couvertures) : l'humanité en est en général exclue, au profit du regard engagé du lecteur-spectateur, qui prendra donc (à tort ou à raison) la place du héros traditionnel. A la lecture du visuel, on ne saurait justement dire où se situer, à l'inverse de quantités d'illustrations : avant, pendant ou après l'action principale ? La scène est là, mais sans figurants, éternel témoin muet d'un drame perpétuel : celui de l'affrontement avec la réalité et avec le temps, dont on connait l'ultime issue. Rien ne sert de courir...

 

 

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 Les albums de Chabouté sont en noir et blanc : intemporels, comme un étrange et cruel portrait du quotidien, et par là même une définition du Polar et du Fantastique. Plein soleil ou Pleine lune. Noir et blanc comme la vie et la mort qui hantent en vérité tous ses personnages de papier.

 

 

  • Pistes supplémentaires :

 

 

- http://colombine65.free.fr/chaboute : site non-officiel de l'auteur.

 

-  www.ventsdouest.com/christophe-chaboute-000000017484-091.htm : page dédiée sur le site des éditions Vents d'Ouest.

 

- http://www.bdselection.com/php/index.php?rub=page_dos&id_dossier=25: interview de l'auteur.

 

- http://www.bodoi.info/archives/2008-09-03/1788/1788 : interview réalisée par le magazine Bodoï (dossier téléchargeable au format PDF).

 

- http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-dossiers&id_article=508: page consacrée à l'album Tout seul sur le site de France 5.

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes Ch. Chabouté, Ed. Le Téméraire, Glénat et Vents d'Ouest©.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:19

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

 

 

 

CHUTE DE VELO

 

 

Etienne DAVODEAU

 

Editions  Dupuis - 2004

 

 

 

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Dossier téléchargeable :  7chutedevelo.pdf

 

 

 L'auteur et l'album :

 

 

  Né en 1965, Etienne Davodeau fait partie intégrante de cette « nouvelle vague » d'auteurs complets, qui depuis une dizaine d'années, ont complètement renouvelé le panorama et les thématiques abordées dans le 9ème Art. Engagés entre fiction et récit-reportage depuis son premier scénario en 1992, les albums de Davodeau se lisent d'abord à l'aune d'une position militante affirmée. Celle-ci n'altère toutefois en rien la qualité documentaire du propos, comme en témoignent ces « récits du réel » successifs que sont Rural (2001), Les mauvaises gens (2005) ou Un homme est mort (2006 - Prix France-Info 2007 de la BD d'actualité). Largement autobiographique, le style de l'auteur permet d'ancrer sa narration dans un graphisme emprunt d'émotion qui joue dignement d'une « lecture éditoriale » du quotidien. Chute de vélo, paru en 2004, est l'album-archétype de cette double volonté fictionnelle et documentariste : chronique sociale douce-amère,  cette « chute » est celle de la découverte, à mi-mots, du secret détenu par chacun, et qui est ce lent passage vers la gravité des adultes.

 

 

 

  L'intrigue en résumé :

 

 

  Les membres d'une famille ordinaire préparent la vente de la maison de leur mère. De l'autre coté de la rue, un maçon forme son apprenti d'une bien étrange façon. Tout ce petit monde se retrouve mêlé et emmêlé dans une comédie grave, amère et légère tout à la fois.

 

 

Questionnaire pour les élèves :

 

 

La couverture d'une B.D. comporte deux messages : l'un écrit, l'autre dessiné.

 

 

NIVEAU 1

 

- Quel est le titre de la B.D.? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l'illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

 

- Quel est le nom de l'éditeur et de la collection ?

 

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

 

- Que représente l'illustration ? (la décrire)

 

- Quelles sont les couleurs dominantes de l'illustration ?

 

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l'illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l'image ?

 

 

 

NIVEAU 2

 

 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D'après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l'histoire racontée dans la B.D.

 

-  Tenter d'expliquer l'absence de personnages sur ce visuel. A quelles œuvres vous fait penser le thème de la ville, du village ou du monde abandonné, vides de toute présence humaine ?

 

-   Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d'une B.D. ?

 

 

  

NIVEAU 3

 

- Essayer de décrire l'atmosphère de cette couverture. Identifiez le lieu de l'action principale.

 

- «L'ambiance» de cette couverture vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix

 

- Pouvez-vous expliquer le rapport entre le titre et l'illustration ?

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture :

 

 

 Chute de vélo s'offre à nous dès le visuel de couverture sous le double signe du mystère : que signifie au juste le titre et où sont les héros ? Le dessin offre un vide dérangeant et auquel le lecteur traditionnel n'est guère habitué : aucun détail, objet abandonné ou visage lointain, ne retient l'œil qui est attiré par la ligne de fuite qu'offre la vue longiligne de la rue. Tout au plus ce même lecteur remarquera une étrange correspondance entre le dessin et la collection « Aire Libre ».

 

 

 Le vide. L'absence. L'incertitude. La peur ? Quatre thèmes mis en correspondance et qui peuvent conduire à s'interroger sur la trame narrative : l'album est-il une adaptation des Enfants de Timpelbach d'Henry Winterfield (1937), où des enfants retrouvent leur village abandonné par les adultes ; est-ce une variation sur la fin du monde digne de Je suis une légende (Richard Matheson - 1954), narrant la vie du dernier homme sur Terre ? Rien de tout celà, car, là encore, aucune trace ne l'indique, ni jouet délaissé, ni trace de fuite, ni destruction de bâtiment...

 

 

  Ruelle ou rue de village ou de banlieue en zone rurale, la vue fait prioritairement penser à une carte postale récente : lieu sans âme (humaine ou animale) ni voiture, mais lieu entretenu, soigné même si l'on s'en réfère aux murs extérieurs et à la végétation, à l'exception notable de la haie ombragée sur la gauche. Les élèves ne devraient à l'évidence pas remarquer une temporalité pourtant bien marquée : la présence de la végétation et le ciel indiquent la saison estivale, qui elle-même crédibilise la rue déserte (chaleur et départs en vacances...). Il ne s'agit pas d'un récit ancien puisque les poteaux, câbles et lampadaires électriques sont tous contemporains. L'ambiance graphique de ce visuel est renforcée par le biais de teintes pastel beiges qui viennent s'opposer aux ardoises des toits noirs  environnants.

 

 

  D'où nous vient cette impression de mélancolie et de malaise ? Du titre, tout d'abord, car évoquer une « chute de vélo », c'est exprimer autant l'enfance que des souvenirs douloureux, et parler au même degré de cercle tragique inexorable que de destinée humaine. Titre qui ne se raccorde visuellement ni à un vélo ni à enfant et le rend donc d'autant plus troublant...

 

 

  Cette impression de malaise se glisse de manière subtile dans le champ visuel : notre œil est tôt ou tard accroché par la masse noire de la haie sur la gauche (côté négatif symbolique), haie visiblement mal entretenue (des branches folles dépassent) et dont l'ombre répercutée sur la route trace une courbe insinueuse du terrain situé au-delà : alors seulement nous remarquerons le portail légèrement entrouvert, comme un appel au franchissement. Frontière ou limite inscrite dans l'espace entre les deux poteaux électriques, puisque le village se trouve après, mais que notre champ d'action se situe en amont ; village situé sous un ciel bleu alors que la zone circonscrite derrière la haie est sous un ciel jaunâtre, de beaucoup plus orageux...

 

 

 Fracture ou faille spatiale signifiée, la rue se poursuit comme un courant que l'on ne serait retenir : pas de témoins, pas de témoignages, mais une certaine « image des choses », comme une carte postale, qui entre murs et clocher, se serait laisser emporter par le vent et par le temps. C'est tout l'art de Davodeau, exprimé en une couverture qui est un tableau silencieux autant qu'un long chuchotement.

 

 

 

Pistes supplémentaires :

 

 

- http://www.etiennedavodeau.com/ : site officiel de l'auteur.

 

- http://www.bdtheque.com/interview-etienne-davodeau-40.html et http://www.bruitdebulles.com/spip.php?article109: deux interviews d'Etienne Davodeau, concernant la perception de son œuvre et ses méthodes de travail.

 

- http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=1003: interview vidéo et dossier France 5 BD.

 

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

 

Images toutes Ed. Dupuis©.

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