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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 18:23

 

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

 

Notre Mère la Guerre

 

Maël & Kris

Futuropolis, 2009.


 

  Couverture finale t.1

 

 

DOSSIER en ligne et téléchargeable  :

 

Lecture en plein écran : http://fr.calameo.com/read/0001130873d910860f561


 

Mémoires de guerre(s)

 

Illustrer la dramaturgie des deux guerres mondiales est une vieille affaire de la bande dessinée : dès 1939, se succèdent aux Etats-Unis puis en France des illustrés réalisés « à l’ancienne » (illustrant avec une feinte naïveté les faits d’armes héroïques du premier conflit mondial) et des comics évidemment très partisans. En 1944, sous la pression alliée, la France commence à entreprendre un vaste chantier de reconstruction idéologique : le dessinateur Marijac lance de sa propre initiative le magazine hebdomadaire Coq Hardi et la série parodique Les trois mousquetaires du Maquis. Entre esprit de résistance et défense des valeurs nationales, les périodiques d’alors importent des bandes américaines ou innovent en misant sur de jeunes créateurs (c’est l’origine de l’âge d’or de la BD franco-belge, dès 1945). Aux USA comme en Angleterre, les auteurs s’impliquent dans le conflit ou en extraient leurs propres souvenirs de guerre, pour lancer diverses séries mettant en scène les combats en Afrique du Nord ou la bataille du  Pacifique : Milton Caniff lance Steve Canyon en 1947 (sur le modèle de son célèbre Terry et les Pirates) tandis qu’Hugo Pratt créera en 1957 Ernie Pike (inspiré du correspondant de guerre Ernest Pyle, tué en 1945) et en 1969 Les Scorpions du  désert. Délivré du discours pontifiant sur une guerre « propre », les auteurs osent dès les années 1950 présenter les affres d’une guerre « sale » et immorale.


 Ces lectures de jeunesse donneront lieu dès les années 1980 à une lecture beaucoup plus nuancée de la guerre : en noir et blanc, le 9ème Art évoquera tour à tour la Shoah (Maus, par Art Spiegelman en 1987), le drame de la destruction du Japon (Gen d’Hiroshima (1983), d’après l’expérience de l’auteur, Keiji Nakazawa), l’endoctrinement fasciste (L’histoire des 3 Adolf, par Osamu Tezuka en 1983) ou les lendemains du Débarquement en juin 1944 (La Guerre d’Alan, par Emmanuel Guibert (2000), d’après le récit authentique du vétéran Alan Cope).


Parallèlement, l’œuvre de Jacques Tardi, fortement engagée sur la Première Guerre Mondiale (C’était la guerre des tranchées (1993) ou Journal de guerre (2008)) réinvestit différents filtres culturels et mémoriels (témoignages directs ou indirects, sources historiques et muséologiques, influences artistiques) et permet aujourd’hui un retour nécessaire du travail historique, entre discours scientifique et sémiologique des apports spécifiques de la bande dessinée, émotion et compassion. Inspiré par Tardi et par le contexte, de nombreux auteurs contemporains on réinvesti le champ de bataille du premier conflit mondial, déclinant le plus souvent plusieurs thèmes sous l’apparence d’un seul (le récit guerrier) : citons ici Le Front (Juncker, 2003), Le Sang des Valentines (De Metter, 2004) Fritz Haber (Vandermeulen, 2005), Le Coeur des batailles (Morvan et Kordey, 2007) ou L’Ambulance 13 (Cothias et Mounier, 2010) sans oublier la « mise en bulles » des formidables témoignages délivrés dans Paroles de Poilus, Paroles de Verdun (2006 et 2007) et Vies tranchées, les soldats fous de la Grande Guerre (2010).


Au Cinéma, on relèvera une évolution parallèle : le premier film antimilitariste demeure Les Sentiers de la gloire (Stanley Kubrick, 1957), suivi, dans les années 1970, décennie contestataire et farouchement opposée à la Guerre du Viêt-Nam, par Les Douze Salopards (Robert Aldrich, 1967), Les hommes contre (Francesco Rossi, 1970) et Patton (Robert Aldrich, 1970). Plus près de nous, La vie et rien d’autre (Bertrand Tavernier, 1989), Il faut sauver le Soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998) ou Joyeux Noël (Christian Carion, 2005) entérinent un genre nouveau, repris par plusieurs auteurs du 9ème Art : le film ou le récit de guerre traditionnel se mêle à la fable didactique autant qu’au drame historique, n’interdisant ni un cynisme quasi-permanent ni une volonté philosophique d’interroger sur la portée éthique ou morale des valeurs nationales.

 

 

 

L’intrigue en résumé 

 

 

 Notre Mère la Guerre - Première Complainte (2009) :

 

En 1935 à Soulac dans le Tarn-et-Garonne, un vieil homme affaibli et alité nommé Roland Vialatte se confie à un prêtre. Vingt ans auparavant, en janvier 1915, autour de Méricourt, en Champagne pouilleuse. Alors que la guerre fait rage, trois femmes - une serveuse de bar, une infirmière de la Croix Rouge et une journaliste canadienne - sont retrouvées assassinées sur le front, mystérieusement accompagnées par une lettre d’adieu... signée de leur assassin. Pressé par un état-major soucieux de régler au plus vite l’affaire, le lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte est chargé de cette enquête délicate en première ligne des combats.

 

Notre Mère la Guerre - Deuxième Complainte (2010) :

 

Janvier 1915, l’armée compte ses morts. Les noms des soldats disparus résonnent dans les plaines encore marquées par les combats incessants. Pour les rescapés de l’escouade du caporal Peyrac, il s’agit avant tout de ne pas sombrer dans la folie face à la mort, omniprésente. Julien Dussart, dit Jolicœur, blessé et coincé au milieu du champ de bataille, et c’est toute la troupe qui se mobilise là où la moindre source de vie est synonyme d’espoir. Le Lieutenant Vialatte, lui, a été envoyé au front pour tenter de retrouver le meurtrier d’un tout autre genre de victimes, féminines, dont le nombre ne cesse d’augmenter. Entre deux salves ennemies, l’enquête avance. 

 

Image1

 

 1ère de couverture pour Notre Mère la Guerre. 2, Deuxième complainte

par Maël et Kris

 

Futuropolis, 2010

 


Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé des ces deux albums :

 

A.   Etude des textes et paratextes

 

1.    Relevez le titre du premier l’album.

Que nous apprend-il sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.    Quels renseignements supplémentaires nous donne le sous-titre « première complainte » ?

 

3.    La typographie du titre nous renseigne-t-elle sur le genre du récit ?

 

4.    Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.   Etude des images et dessins

 

5.    Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-       Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-       Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-       Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-       Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-       Couleurs dominantes ?

-       Présence ou non de personnages identifiables ?

-       Lieux, époque et actions ?

 

6.    D’après l’ensemble des éléments dessinés listés (1ères et 4èmes de couvertures), quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

7.    Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?  

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

8.    Que suggèrent les couleurs employées ?

 

9.    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?  

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 Le paysage est désolé et la mort omniprésente : voici, très vite, quels seront les deux principaux thèmes probablement relevés par la grande majorité des observateurs de la première de couverture du tome 1 de Notre Mère la Guerre. Le contexte de la Première Guerre Mondiale est lisible par le biais d’une tranchée (boueuse et torturée, fabriquée avec des éléments de fortune) et par un titre complexe, renvoyant aussi bien à l’expression « la mère des batailles » qu’aux idées conjuguées d’univers originel, de passage obligatoire et de domaine religieux. Ce « notre père » inversé, tracé de lettres noires morbides, tend à renvoyer vers l’idée dérangeante d’une déesse mère maléfique, cet effet étant encore souligné par le sous-titre de l’œuvre (première complainte) : le domaine de la chanson tragique traduira cette fois-ci l’épopée héroïque des différents acteurs du drame, narré telle une douloureuse confession par Roland Vialatte.

 

A ce premier champ exploratoire se substitue rapidement toute une série d’indices ou de faits mystérieux, constitutifs du « polar » dissimulé sous le récit historique : tout d’abord un corps (celui d’une infirmière étrangement armée), dont la pose sans vie ne laisse apparaitre que le visage cadavérique et quelques traces de sang inquiétantes. L’absence de tout soldat, ensuite, qui laisse présumer d’un quelconque boyau ou secteur abandonné, propice à tous les règlements de compte. Les arbres nus et déchiquetés, l’arme éteinte, la femme tuée (on fera le rapport entre cette non-présence et le titre) ainsi que le choix des couleurs terreuses et grisâtres connoteront une nouvelle fois une mort dédoublée : celle, massive et inhumaine, apportée par la Guerre, comprise comme sous-jacente de l’univers décrit et celle, plus individualisée et sans doute plus criminelle, ayant frappée très précisément cette jeune femme.  Autre absence notable : celle du héros-soldat ou de l’enquêteur attendu, qui laisse présager d’un rôle fort dévolu au lecteur et d’une démarche subjective des auteurs.

 

En 4ème de couverture de ce premier album, d’autres détails nous sont fournis : dans la nuit, les hommes montent au front, probablement au cours des premiers mois de la guerre, comme le laissent deviner les uniformes (le malheureux pantalon rouge garance et le képi en tissu seront remplacés par la  fameuse tenue bleu horizon au début de l’année 1915) et le cheval servant à la logistique. De nouveau, aucun personnage ne se détache vraiment de cette petite troupe : seules les lunettes d’un lieutenant militaire traduiront une différence entre cet homme (qui ne porte pas de fusil ni de paquetage) et les autres...

 

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  4èmes de couvertures pour Notre Mère la Guerre. Tomes 1 et 2

 par Maël et Kris

 

Futuropolis,2009 et 2010

 

 

Les 1ères et 4èmes de couverture de Notre Mère la Guerre, Deuxième complainte réinvestissent de manière plus explicite le champ religieux et liturgique : une troupe d’hommes (nous pourrons reconnaitre le soldat à la pipe visible en 4ème de couverture du tome 1) s’est abritée dans la nef d’une église dévastée, tous ayant l’air anxieux et la peur au ventre. Au dos, un homme seul prie, à la lumière vacillante d’un autel et à proximité des soins donnés par les infirmières aux blessés du conflit : sans voir son visage, nous reconnaitrons cette fois-ci l’officier (casquette et gabardine) visible en 4ème de couverture du tome précédent.

 

L’ensemble de ces éléments est naturelles plus révélateur de la volonté ciblée des auteurs : le récit de guerre est d’office évacué par une imagerie non constitutive de la sauvagerie physique des affrontements, au profit d’un discours engagé, ancré sur la propension psychologique de la guerre à détruire l’âme humaine. Hommes ou femme, combattants ou infirmière, jeunes ou vieux, toutes et tous se retrouvent moralement impliqués dans un théâtre d’ombres où les acteurs doivent accepter malgré eux - et parfois sans comprendre - le destin tragique qui est le leur.

 

Dans ce monde éminemment masculin, la femme se transmue en une quête aux accents mythologiques : outre l’antinomie offerte par « la » guerre et « la » mort comme catharsis maternelle, c’est « la » vie qui est recherchée par tous les biais au cours de différentes séquences qui seront précisément le cadre attendu du « repos des soldats » (prière, sexualité ou nourriture). Cet angle métaphysique et spirituel est ici du ressort du récit d’apprentissage : en 1ère et 4ème de couverture du tome 1, la croix rouge de l’infirmière et la route prise par les soldats renverront à cette idée de cheminement et de sacrifice, à cette intersection symbolique entre l’Homme et l’esprit divin, choix ultime auquel est confronté le héros au seuil de la mort en ouverture de l’œuvre. Nous retrouverons au final rassemblés ces symboles dans l’image de Vialatte priant aux pieds d’un Christ « outragé » par la Guerre.

 

Dans Notre Mère la Guerre, l’Homme affronte l’homme sans courage ni volonté : on ne distinguera en couverture que peur, lâcheté ainsi qu’une insaisissable camaraderie constitué de non-dits et de méfiances. La poésie offerte par ce diptyque est à vrai dire relativement inhumaine : c’est sans doute pour cela, parce qu’elle résonne comme un effrayant poème de Villon ou telle l’ironique et douloureuse Chanson de Craonne,  qu’elle nous émeut au plus haut point...



Pistes supplémentaires 

 

-   http://www.futuropolis.fr/fiche_titre.php?id_article=717195

Page dédiée à la série sur le site de l’éditeur.

 

-   http://www.bdgest.com/preview-573-BD-notre-mere-la-guerre-premiere-complainte.html 

http://www.bdgest.com/preview-749-BD-notre-mere-la-guerre-deuxieme-complainte.html 

Prévisualisations des tomes 1 et 2.

 

-   http://www.bodoi.info/magazine/2009-09-14/kris-scrute-lhomme-en-guerre/20556 

Interview du scénariste Kris sur le site Bodoï.

 

-   http://mael-dessousdetable.blogspot.com/ 

Blog de Maël.

 

-   http://www.curiosphere.tv/guerre14_18/ 

http://www.crdp-reims.fr/memoire/bac/1GM/menu.htm 

http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=423&chkDetails=on&hidetop=1 

http://www.museeairespace.fr/fileadmin/user_upload/Pdf/presse/Communiques/cp-putain-de-guerre.pdf 

Autour de la 1ère Guerre mondiale... en BD

 

 

 

 

Entretien avec Maël :

 

1. Pouvez-vous expliquer votre rencontre artistique et la genèse de ce projet ?

 

En 2006, alors que je termine Dans la colonie pénitentiaire [NdA : scénario de Sylvain Ricard, édit. Delcourt] et que je prépare L'Encre du passé fraîchement signé chez Dupuis [scénario par Antoine Beauzat], Claude Gendrot (ancien directeur éditorial chez Dupuis et éditeur pour Futuropolis depuis quelques mois alors) me contacte pour me proposer de travailler avec Kris sur un projet qui a pour cadre la Première Guerre Mondiale. À cette époque, Kris et moi ne nous connaissons pas. J’ai lu Un homme est mort [dessin par Etienne Davodeau, Futuropolis, 2006] et Coupures irlandaises [dessin par Vincent Bailly, Futuropolis, 2008], qui m’ont bien emballés ; Kris a lu Les Rêves de Milton [scénario de Frédéric Féjard et Sylvain Ricard], est séduit mais pas totalement convaincu par mon approche graphique. Ce sont les premières planches de L'Encre du passé qui achèveront de le convaincre. Il faut dire qu’il porte le sujet de Notre Mère la Guerre depuis longtemps, c’est pour lui un projet d’une grande importance, il faut trouver LE dessinateur pour cette histoire, et plusieurs noms plus prestigieux ont déjà décliné. De mon côté, ma première réaction est un mouvement de recul : la Première Guerre Mondiale, après Tardi et tout un tas d'autres créateurs talentueux (pas seulement en BD), et alors qu’en pleine escapade japonisante j’ai déjà sous le coude un projet en tant qu’auteur complet, franchement, ça me fait un peu peur...

 

Et puis, je reçois le script : intention, synopsis, parti-pris, ébauches de personnages. J’y repense plusieurs jours durant. Il y a un souffle, là-dedans, une matière brute, qu'il est rare de trouver dans un simple projet de bd. La guerre n’est pas le cadre de l'histoire : la guerre EST l'histoire, et inversement. L’angle est original, l’ambition presque excessive, et ça change vraiment de Tardi. Évidemment, « quelle connerie la guerre », mais là c’est plus nuancé, la fiction et l’épaisseur des personnages (antagonismes) devraient permettre d’explorer plus de facettes. Sur la forme, je n’ai pas de réserves, Kris est un bon scénariste, il sait raconter et dialoguer. Mes derniers remparts tombent quand j’ai la certitude, après discussion avec Kris et Claude Gendrot, qu’on ne prend pas le chemin du polar non plus, que l’intrigue, l’enquête, sont un moyen d'installer les situations extrêmes qui révéleront les personnages, les « hommes en guerre ».


Et donc, en 2007, nous disons « oui » à Notre Mère la Guerre, qui entre-temps a été redécoupé en trois parties.

 


   2. Quelles furent vos volontés artistiques ou éthiques, autour de la conception de ces couvertures ? Y’a-t-il eu par exemple des détails ou des scènes que vous ne vouliez pas montrer ?

 

Précisément : nous avons décidé assez vite de ne pas montrer une scène de chaque livre en particulier, du moins pas de la même façon. Mais il n’y a pas eu non plus d'autocensure. Il faut reprendre l'historique de la couverture de la Première complainte pour comprendre :

 

-              la direction artistique de cette couverture, orchestrée en particulier par Didier Gonord, tenait compte d'un point sur lequel nous sommes tombés d’accord, après discussion autour de nos premières idées : pas question de laisser dériver l’image de couverture de ce livre vers une scène de genre ou une illustration réductrice. Si vous regardez les premières aquarelles de recherche, vous voyez pas mal de pistes finalement anecdotiques, sans grand mystère (cf. premières images ci dessous).

 

-              à nos yeux, Notre Mère la Guerre n’est pas une « BD sur la guerre », ni un « polar », etc. C’est un peu tout ça, mais notre sujet est : qu'est-ce que la guerre (celle-ci en particulier, emblématique) fait de l’Homme (hommes et femmes) ? Nous avions aussi un titre fort : Notre Mère la Guerre, en soi, c’est tout un monde possible, à la limite de la provocation métaphysique.

 

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Recherches inédites pour Notre Mère la Guerre. 1, Première complainte

 

 

par Maël (2009)

 

 

 

Comment ont évolué la charte graphique, le visuel principal, les pages de garde, etc. ?

 

  Partant de là, Didier Gonord a fait une proposition très allégorique, qui donnait tout son sens à cette approche, mais qui nous éloignait trop, pour le coup, de notre récit, de nos personnages (cf. roughs numériques ci dessous).


 

NOTRE MERE-3 COUVS

 


Tenant compte de l'articulation en trois parties, cette piste imaginait décliner trois figures féminines de la guerre : la Nation emmenant ses fils à l'assaut, la République protégeant ses enfants, la Piéta pleurant ses morts. Le tout faisant référence, bien sûr, aux images de Delacroix, Michel-Ange...

Jugées trop désincarnées par rapport au récit, ces images ont été écartées comme pistes de couverture (mais pas de livre comme on le verra plus tard).

Est restée, tout de même, l’idée de ne pas faire redondance avec le titre (donc pas d’image de guerre des tranchées à proprement parler), et de replacer la figure de la femme (en creux, en repoussoir dans ce premier tome) dans le cadre du récit.

 

J’ai donc réalisé des esquisses de cette scène avec l’infirmière, qu’on pouvait croire endormie ou blessé au combat, avec notre gendarme Vialatte dans le champ. On a rapidement compris que la présence de notre personnage principal remettait trop d’anecdotique dans l’image, qui gagnait en mystère si on le retirait.

Mais, du coup, on était frustrés de ne pas montrer plus d’éléments concrets du récit - et là, on a opté pour une illustration « complémentaire » en 4ème de couverture, qui vient vraiment compléter la couverture en ramenant sur le parcours du personnage au fil de son enquête sur le front (proposition, là encore, de Didier Gonord).

Le principe artistique pour toutes les couvertures de cette série était ainsi défini : le mystère, le sous-texte, le « sous-jacent » en 1ère de couv’, le récit, le « terre-à-terre » en 4ème de couv’.

 

Quant à la piste allégorique, elle a trouvé sa place en page de titre, et permet de recoller à la dimension plus métaphysique du récit.

 

 

3. Comment se détache-t-on des albums - voire des affiches de films - déjà parus sur le sujet, sans parler de l'impact encore récent des œuvres de Jacques Tardi ?

 

Concernant la comparaison (inévitable), ou référence, à Tardi, c’est simple : nous ne faisons pas la même chose, et ne prétendons pas imiter une œuvre qui, en soi, est d’un aboutissement incomparable. Notre Mère la Guerre essaie, grâce à l'usage de la fiction, d’approcher des points de vue subjectifs, pas toujours à l’unisson ; Tardi, qui utilise une petite part de fiction comme fil rouge dans un travail de reconstitution, propose quelque chose de plus réel, de plus direct aussi.

 

Pour parler plus particulièrement des couvertures d’albums par rapport à d'autres visuels sur le même thème, comme dit plus haut, nous ne voulions pas d’illustration de type « guerre des tranchées », c'était une option trop réductrice. L’originalité étant contenue dans le titre, on pouvait proposer des images de couverture un peu moins directes et explicites. Pour le tome 2, Kris tenait particulièrement à focaliser sur la section Peyrac, et avait une idée très précise de ce qui devait sortir de ce portrait de groupe, ce côté « posé devant l'objectif », avec un regard dur et interrogateur vers nous qui les regardons, comme chargé de reproches. Pour éviter là encore de tomber dans l'illustration estampillée « guerre des tranchées », on a situé ça dans une église en ruines que j’avais déjà campée dans une précédente recherche, avec une approche de couleurs tirant vers le Sépia, pour accentuer l'aspect « photo », dans les mêmes tons que les terribles souvenirs de Peyrac.

 

 

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Recherches inédites pour Notre Mère la Guerre. 2, Deuxième complainte

 

par Maël (2010)

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine - Images toutes ©Futuropolis - Maël & Kris. 2011.

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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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