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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 10:58

- DOSSIER PEDAGOGIQUE -

Black Face

 

R. Cauvin et W. Lambil

Dupuis, 1983. 

 

 

black face couv 

 
Dossier à télécharger :
 

 

 

 

La création d’un univers, autour des Tuniques Bleues

 

 En reprenant en 1972 le travail graphique de Louis Salverius, Willy Lambil choisit, en accord avec son scénariste, de réduire l’équipe initiale de cinq personnages à seulement deux :

 

« C’est moi qui ai tenu à ce qu’ils ne soient que deux, qu’ils forment un duo à la Laurel et Hardy (Stan Laurel (1890-1965) et Oliver Hardy (1892-1957) ont formé, de 1917 à 1950, le duo comique de cinéma le plus célèbre du 20ème  siècle, en tournant dans plus d’une centaine de films burlesques, muets puis parlant). Je pensais qu’en étant plusieurs, ils perdaient en consistance. […] Deux personnages, c’est un maximum. »

Extrait de l’interview du dessinateur, dans Willy Lambil, Editions Toth, 2003  - p.27

 

 De son côté, Raoul Cauvin précise : « Les éditions Dupuis m’ont demandé de lancer un nouveau western. Comme je ne voulais pas me mesurer à Lucky Luke, et que j’étais incapable de faire ce type de western, j’ai opté pour ce qui était en vogue à l’époque, les films sur les uniformes bleus. Je ne connaissais rien à la Guerre de Sécession, mais j’aimais ces grands spectacles avec des indiens et des soldats de cavalerie. L’aventure a commencé aussi bêtement que cela, par l’influence de tous ces films dont j’étais vraiment fou à l’époque, notamment les grandes productions avec John Wayne. » L’époque était déjà celle du « western spaghetti», mais on peut citer dans la filmographie de John Wayne quelques références majeures : La conquête de l’Ouest (J. Ford et H. Hathaway - 1962), El Dorado (H. Hawks - 1966), et Rio Lobo (H. Hawks - 1970).

 

Détail qui a son importance : dans le premier album de la série (Un chariot dans l’Ouest - 1970), l’histoire est celle d’un western traditionnel, appuyé par toute son imagerie (chariots de pionniers, affrontements entre tribus indiennes et régiment de cavalerie, canyon et mesa), ce qu’illustre d’ailleurs parfaitement l’image d’archive choisie en page de titre.

 

Le titre de la série, « Les Tuniques Bleues », fait référence aux uniformes de l’armée américaine les plus connus, ceux portés entre 1872 et 1900 par les régiments d’infanterie et de cavalerie dispersés en garnison dans différents forts le long de la frontier, et directement chargé de la protection des convois de pionniers contre les Indiens.

 

 

 

L’intrigue en résumé 

 

 

 Black Face, un noir enrôlé dans l'armée nordiste comme fossoyeur, est envoyé en mission dans le Sud afin d'inciter les esclaves de sa couleur à se révolter contre les Confédérés. Persuadé à juste titre que la vie dans le Nord n'est pas meilleure que celle dans le Sud, il accepte la mission, mais en profite pour inciter à la révolte contre tous les Blancs.

 Echappant au contrôle du Caporal Blutch et du Sergent Chesterfield, Black Face et ses hommes s’attaquent aux femmes et aux enfants Sudistes, puis décident de s’attaquer au camp Nordiste.

 Devenus hors-la-loi, ils contraignent le général Alexander à leur opposer le brutal et raciste Lieutenant Ripley…

 

 

 

Questionnaire pour les élèves

 

 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

 

On pourra observer avec les élèves le schéma de progression suivant, en leur ayant soumis ou non le résumé de l’album :

 

A.   Etude des textes et paratextes

 

1.      Relevez le titre de la série et celui de l’album.

Que nous apprennent-ils sur le genre du récit ?

Quelles hypothèses de lecture peut-on en tirer ?

 

2.      Trouvez le nom de la série.

 

3.      Existe-t-il un ou plusieurs rapport(s) entre le titre de l’album et celui de la série ?

La typographie de la série ou du titre nous renseignent-elles sur le genre du récit ?

 

4.      Relevez le(s) nom(s) du ou des auteur(s).

Leur rôle respectif est-il renseigné (vérifier en page de titre si ce n’est pas le cas) ?

Le nom de l’éditeur apparait-il ?

 

 

B.   Etude des images et dessins

 

5.      Décrire l’illustration principale, sans commenter ni juger :

-         Plan employé (vue d’ensemble, plan moyen ou gros plan) ?

-         Cadrage (visée frontale, plongée ou contreplongée, oblique) ?

-         Profondeur de champ (1er plan, 2nd plan, arrière plan) ?

-         Présence d’un hors champ ou d’une vue subjective ?

-         Couleurs dominantes ?

-         Présence ou non de personnages identifiables ?

-         Lieux, époque et actions ?

 

6.      D’après l’ensemble des éléments dessinés listés, quelles hypothèses de lecture peut-on désormais formuler ?

 

7.      Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre de la série et dans l’illustration ?

Quelles informations supplémentaires donne éventuellement l’image ?

 

8.      Que suggèrent les couleurs employées ?

 

9.      Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ?

En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

 

 

Lecture et analyse de la couverture 

 

 L’album Black Face est le vingtième de la série Les Tuniques Bleues, et fut réalisé par Raoul Cauvin et Willy Lambil pour les Editions Dupuis en 1982. Contenant les deux ingrédients principaux de la saga (l’humour et la valeur dramatique du contexte belliqueux), le récit se rapproche néanmoins d’une tonalité plus sombre et nuancée, profondément historique, en traitant pour la première fois frontalement les questions de l’esclavage et de la situation des Noirs dans la Guerre de Sécession.

 

 

black face couv2.jpg

 

Visuel de l'édition originale (1983)

 

 

 

Eléments de réponse :

 

A.       La 1ère de couverture présente généralement les héros dans une scène particulièrement accrocheuse et ayant une valeur synthétique du contenu de l’album. Les noms et rôles de Lambil et Cauvin y sont signalés, ainsi que le nom de l’éditeur (Dupuis) et le numéro de l’album dans la série (n°20, Les Tuniques Bleues). Le titre occupe une place importante, inséré dans un cartouche qui le met en valeur, outre sa propre typographie. Inscrit en noir sur fond jaune à l’origine, lors de la première version de la couverture parue dans une édition brochée en 1983, le titre s’en référait aux genres Aventure, Western et Policier.

 

 Pour la réédition parue en 1984 (couverture cartonnée), le titrage s’harmonise en devenant plus sobre, bien que plus « sanglant » : en effet, si la couleur rouge fait à la fois ressortir la violence contenue du dessin et le numéro de l’album, elle n’a plus la même connotation qu’auparavant. L’association des couleurs entre le titre Black Face, le  mot « noir » et le personnage à l’avant-plan disparait, bien que le lecteur fasse mentalement sans soucis le lien entre ces divers éléments.

 

B.        La situation présentée ici est un instant-clé des plus inquiétants : on devinera dans ce plan moyen la situation initiale (des héros dans le camp ennemi) et un élément perturbateur (un Noir armé, portant lui-même les couleurs nordistes). Les élèves pourront deviner un genre, le Western, et un contexte (les Etats-Unis, voire la Guerre de Sécession) par le biais de plusieurs éléments additionnés : un titre en langue anglaise, la présence d’un soldat Noir, des tombes portant elles-mêmes des épitaphes et noms anglo-saxons, un revolver Colt et son étui,  chevaux et chapeaux de style Stetson, tenues militaires (tuniques) bleues et grises.

  La construction de l’image permet d’affirmer plusieurs points : si les idées de danger et de mort sont omniprésentes (cimetière, menace de l’arme, « black », noir ou rouge du titre, surprise des personnages, cheval à terre en limite de hors-champ), c’est bien l’idée d’opposition et de confrontation qui est ici mise en scène. On observera ainsi sur cette couverture deux Blancs désarmés (de taille réduite, renvoyés dans l’arrière plan) contre un seul noir menaçant (vue de dos et en contreplongée),  des Sudistes contre un Nordiste,  des couleurs chaudes contre des couleurs froides,  des pierres tombales et  des herbes sèches (1er plan) opposés au ciel bleu et à la végétation verdoyante (2nd plan). La Mort (symbolisé par le mot black) fait véritablement face aux héros : la tonalité dramatique de l’Histoire se heurte au style semi-réaliste et humoristique du graphisme digne de l’Ecole de Marcinelle de Lambil. Cette commune de la ville belge de Charleroi a donné son nom au Journal de Spirou, fondé en ces lieux par Jean Dupuis en 1938. Les dessinateurs de l'École de Marcinelle (Jijé (qui en fut l’initiateur), Franquin, Morris, Will, Tillieux, Roba, Jidéhem, Gos) sont adeptes de la bulle arrondie, où fusent des dialogues simples, joyeux et spontanés. On leur oppose leurs concurrents bruxellois du Journal de Tintin (Hergé, Edgar P. Jacobs, J. Martin) qui détaillent des textes plus longs, très documentés et plutôt académiques, dans des phylactères de forme rectangulaire.

 

 

 Si cet album n’est pas le premier étudié, on s’interrogera naturellement sur cette situation énigmatique qui met finalement nos héros dans des uniformes et à la place de l’ennemi sudiste traditionnel : pris entre deux feux, sinon entre deux camps ou deux postures morales et politiques à tenir, Blutch et Chesterfield permettent d’affiner la réflexion raciale, cœur de cet album : le « visage noir » doit-il être défendu ou doit-on lui donner les moyens de se défendre par lui-même, en lui donnant non des armes mais des droits ?

 

 

Notes :

Ce dossier étant exceptionnellement long, retrouvez en l'ntégralité avec la

 version au format  PDF téléchargeable

sur le lien donné en haut de l'article.

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Published by philtomb - dans Déc'ouverte
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